LES ÉTAPES DE LA VIE DE CHARLES DE FOUCAULD XVIII

Un document précieux permet de suivre les événements qui marquèrent le séjour à Beni-Abbès ; c’est un cahier que Frère Charles appelait son « diaire », et où il écrivait les menus faits de sa journée. En voici quelques extraits :

« 25 décembre 1901. — La bonne volonté, la piété inespérée des pauvres soldats qui m’entourent me permet de donner chaque soir sans exception une lecture et explication du saint Évangile (je n’en reviens pas qu’on veuille bien venir m’entendre) ; la bénédiction est suivie d’une très courte prière du soir. »

« 9 janvier 1902. — Premier esclave racheté : Joseph du Sacré-Cœur… Cet après-midi, il restait bien peu d’espoir de délivrer cet enfant ; son maître refusait de le vendre à aucun prix ; mais hier, mercredi, jour du bon saint Joseph, le maître, venant une dernière fois réclamer a accepté en deux minutes, le prix que je lui ai offert. Je l’ai payé séance tenante, et vous auriez joui alors de voir la joie du pauvre « Joseph du Sacré-Cœur », répétant qu’il n’avait plus « d’autre maître que Dieu… »

Pour racheter les esclaves du Sahara, pour en nourrir les pauvres Frère Charles n’aurait pas voulu ruiner ses amis ; il redoutait moins de les gêner un peu. Il quêtait de petites sommes, mais souvent.

La famille avait l’habitude et, tendrement, se laissait faire ; les Pères Blancs de temps à autre, soldaient silencieusement un arriéré de charité héroïque ; les officiers du cercle de Beni-Abbès, émus de pitié pour l’esclave, prenaient leur part dans le prix du rachat ; la caisse du bureau arabe demeurait fermée, fortement défiante. Lui, le libérateur, il se rendait bien compte qu’à vouloir racheter les esclaves il ruinait son crédit ; que l’économie politique lui donnait tort, et que, peut-être, la stricte raison était du même avis. Il taisait alors son examen de conscience :

« Je pourrais avoir une petite somme, écrivait-il en acceptant des honoraires de messe. Le bon Père abbé de Notre-Dame-des-Neiges m’en a offert, et si je n’ai aucun moyen de vivre et de payer mes dettes, je l’emploierai ; mais tant qu’il existe une lueur d’espoir de pouvoir m’en passer, je m’en passerai, parce que je crois cela « beaucoup plus parfait » : Je vis de pain et d’eau, cela me coûte 7 francs par mois… Comme vêtements, Staouéli m’a donné une robe et deux chemises avec douze serviettes, une couverte et un manteau ; c’est un don du bon Père Henry, ou plutôt un prêt, car, pour que je ne puisse les donner, il ne me les a que prêtés ; ici un officier très bien, le capitaine d’U…, m’a si gracieusement offert une couverte et deux petits tricots que je n’ai pu refuser ; vous voyez que je suis monté…

« Pour moi, je n’ai besoin de rien. Pour pouvoir réunir les esclaves, les voyageurs, les pauvres…, j’ai demandé à C… 30 francs par mois pour l’orge des esclaves, à M… 20 francs pour celui des voyageurs. J’ai encore quelques frais pour planter des dattiers qui dans trois ans me donneront ma nourriture, et celle des pauvres, s’il plaît à Dieu. »

« Je veux habituer tous les habitants, chrétiens, musulmans, juifs et idolâtres, à me regarder comme leur frère, le frère universel… Ils commencent à appeler la maison la Fraternité (la Khaoua, en arabe), et cela m’est doux. »

Mais l’avenir de l’œuvre qu’il avait fondée le préoccupait. Il faisait l’objet d’un véritable mémoire adresse au Père Guérin, préfet apostolique du Sahara :

Œuvre des esclaves, si durement traites, qui ont tous les vices et n’ont pas d’espérance, ni d’amis. « J’en vois parfois vingt par jour. »

Abri et repas pour les voyageurs pauvres. « J’en vois parfois trente ou quarante par jour. »

Enseignement chrétien des enfants, qui vagabondent tout le jour. « On leur donnerait quelques dattes le matin, un peu d’orge cuit à midi : cela coûterait deux sous par jour. On aurait peu d’enfants arabes, mais de petits Berbères… or l’établissement de la foi chez les Berbères y disposera et y fera entrer les Arabes. »

Asile pour les infirmes et les vieillards, hôpital militaire, hôpital civil pour les indigènes, visite des malades à domicile.

Que l’aide serait nécessaire !

« Si je ne vous demande pas d’envoyer ici de Sœurs Blanches, c’est que je sais que, partout où vous pourrez en établir, vous en établirez, et que vous n’en aurez jamais assez pour en mettre partout où il en faudrait. « Je suis toujours seul : je ne suis pas assez fidèle pour que Jésus me donne un compagnon, encore moins des… Je suis de mon mieux le petit règlement que vous connaissez… »

Ce mémoire, comme toute la correspondance du Père de Foucauld, montre l’extrême humilité de cet homme à qui les prétextes ni les occasions n’eussent manqué de se montrer orgueilleux.

Cette humilité est sans doute le principe de l’action qu’il exerça sur les infidèles et les chrétiens. Ce jugement peut surprendre. On s’imagine volontiers que l’humilité rompt l’élan de la nature ; on ne fait pas attention que, si elle détruit une force, elle la remplace aussitôt par une autre de beaucoup supérieure. Elle n’a rien à voir avec la timidité.

Qu’on mesure ce qu’il y a d’audace dans le programme que vient d’établir le Père de Foucauld. Un pauvre prêtre perdu dans une oasis saharienne, se propose de fonder et de faire vivre plus d’œuvres que n’en pourrait entretenir un monastère tout rempli de héros de la charité ; il n’oublie, dans son zèle, aucune âme ; il se laisse emporter loin dos palmiers de Beni-Abbès, il souhaite, il veut la conversion de toute l’Afrique, du monde entier. Qu’est-il donc ? Un dément ? Non : un homme très humble qui connaît la puissance de Dieu.

« Le Père de Foucauld »

René BAZIN

« Ce Dieu que vous prêchez ne nous intéresse pas » – L’Athéisme

Lire l’évangile du dimanche XXVIII  (Mt 22, 1-14)

Ce dimanche, saint Mathieu nous présente une autre parabole de Jésus et comme nous l’évoquions la semaine dernière, ce sont les derniers discours du Seigneur avant sa Passion.

Il y a pourtant quelques détails dans cette parabole qui doivent nous faire réfléchir.

Car, s’il est bon d’imaginer le royaume des cieux comme un festin de noces, comment penser que Dieu pourrait se comporter comme le roi de l’histoire, comment appliquer cette image à un Dieu qui est plein d’amour et bonté ? Pour répondre à cette question, il faut tout d’abord nous souvenir que dans les paraboles des évangiles, il y a toujours des éléments qui sont destinés à attirer l’attention ; elles ne sont pas des simples histoires, parce qu’en certains moments de l’histoire la réalité se transforme, générant ainsi la surprise qui invite à la réflexion.

Alors, l’histoire antique nous montre comment il fallait obéir aux rois d’Orient, dont les invitations devenaient un ordre auquel le  refus constituait une rébellion et une folie, voire une condamnation à mort. Nous devons aussi réfléchir sur cette attitude des premiers invités, qui en plus de refuser l’invitation,-  décident aussi de tuer les envoyés. Il est aussi étonnant de voir comment partant d’une simple invitation ce roi de la parabole arrive au fait catastrophique de faire brûler les villes des invités ingrats. Dans la deuxième partie nous trouvons aussi le fait curieux d’un des nouveaux invités qui n’est pas venu avec la tenue adéquate, d’ailleurs généralement offerte par le même amphitryon de noces : comment pouvait-il faire cela aux noces du même prince ?

Or, il vaut mieux regarder l’attitude des invités, plutôt que – celle du roi, car c’est chez eux que se trouve la faute ou bien la négligence. Si la fête de noces est un symbole de la vie éternelle c’est donc une véritable « sottise » que de refuser de venir et s’il fallait montrer quelque chose d’effrayant, Jésus l’a fait avec le châtiment d’incendier les villes des ingrats, mais cela n’est rien eu égard au mépris de l’entrée dans la vie éternelle ; en fait cela montre que les invités n’en étaient pas vraiment dignes. C’est aussi une grande sottise que d’essayer d’être dans l’Eglise mais sans l’habit de la grâce, ou bien, comme disent aussi les pères de l’Eglise, sans l’habit des bonnes œuvres, sans l’habit de la charité. Comme on l’évoquait la semaine dernière, citant le document de la Lumen Gentium, il y a des chrétiens qui sont avec « le corps » dans l’Eglise, mais pas avec le cœur.

Comme nous le savons, la foi est combattue de tous côtés, elle est mise en question, reléguée à une opinion de plus qu’on met en concurrence d’égalité avec les fausses opinions que génère le monde moderne.

Aujourd’hui, une grande quantité d’hommes et femmes nous disent : « Ce Dieu que vous prêchez ne nous intéresse pas, Il ne nous aide en rien, Il ne nous donne rien », ou répètent sans douleur la phrase de Nietzsche ce philosophe athée : « Dieu est mort », ou bien, ils ne se souviennent plus de Dieu. Nous connaissons bien de cas dans nos pays d’origine.

Le Seigneur et aussi saint Paul disent qu’à la fin des temps la foi de beaucoup sera ébranlée, l’Ecriture nous parle d’une grande apostasie, « le refus de Dieu », refuser de croire ou bien abandonner la foi.

Nous pouvons dire que cette grande apostasie a déjà commencé il y a déjà quelques années mais nous ignorons combien de temps elle durera. Il est grand le nombre de ceux qui ont abandonné la religion chrétienne et plus encore, combien se reconnaissent « athées » dans notre moment de l’histoire (par exemple, un 37 % de la population d’Europe Occidentale se reconnaît athée). Rappelons-nous que le mot athée est d’origine grecque et veut dire « sans Dieu ». Athéisme reçoit aussi le nom de « sécularisme » mais on parle du même phénomène ; selon les paroles du Bx. Pape Paul VI (Evangelii Nuntiandi, 55), le sécularisme « est une conception du monde d’après laquelle ce dernier s’explique par lui-même sans qu’il soit besoin de recourir à Dieu ; Dieu devenu ainsi superflu et encombrant. Un tel sécularisme, pour reconnaître le pouvoir de l’homme, finit donc par se passer de Dieu et même par renier Dieu.

Des formes nouvelles d’athéisme — un athéisme anthropocentrique, non plus abstrait et métaphysique mais pragmatique (concret, dans les faits), programmatique et militant — semblent en découler. En liaison avec ce sécularisme athée, on nous propose tous les jours, sous les formes les plus diverses, une civilisation de consommation, l’hédonisme érigé en valeur suprême, une volonté de puissance et de domination, des discriminations de toute sorte : autant de pentes inhumaines de cet humanisme»(un humanisme sans Dieu qui devient inhumain).

Alors, comment peut-on tomber dans l’athéisme ?

Il y a plusieurs raisons pour lesquelles on peut devenir athée, la première se produit dans le domaine intellectuel. Nous savons que Dieu se révèle dans sa Création, mais se cache à nous pour ainsi dire dans le mystère du mal, de la souffrance de l’innocent et de la mort. Il existe donc le grand danger de supprimer Dieu lorsqu’on n’examine pas en profondeur les causes ultime du mal ou lorsque notre regard se perd dans les créatures sans nous élever au Créateur.

Mais nous retrouvons les principales raisons de l’athéisme dans le domaine de la volonté et de l’affectivité, entre autres :

  1. La prépondérance des sens et du sensualisme, qui nous pousse à oublier la spiritualité de l’homme. Cela conduit au matérialisme et à l’utilitarisme (on ne cherche que ce qui peut laisser une rétribution matérielle), en plus de l’égoïsme et du mépris de l’autre.
  2. L’inertie (une paralysie spirituelle) ou indolence du cœur, qui amène à échapper aux obligations de magnanimité que l’existence de Dieu impose à l’homme. Si Dieu existe je dois me forcer pour Le trouver. Et pour cela l’athée veut rester à l’aise, sans inquiétude. Le grand philosophe chrétien Kierkegaard appelait cette attitude « le désespoir des faibles (des pusillanimes) ».
  3. L’orgueil et la haine, qui s’opposent directement à cette confiance abandonnée en Dieu. L’athée croit que Dieu avec ses commandements et ses lois menace sa liberté et la grandeur humaine. Cet athée aspire à une grandeur divine, qui est en définitive, le péché de Satan. Cette haine envers Dieu a conduit – un écrivain athée à dire : « Si par un malheureux hasard Dieu existait il faudrait l’abolir » et comme une conséquence directe, il était nécessaire de supprimer aussi tous ceux qui confessaient l’existence de Dieu.

Parlons maintenant d’un autre problème et c’est l’athéisme comme dirigeant d’un peuple.

Certains disent qu’un état sans Dieu pourrait faciliter la compréhension et l’union. Ils donnent comme argumentation que les religions ne sont pas utiles pour réconcilier les hommes, qu’elles sont plutôt l’origine des grandes souffrances, violences et tueries. Il est vrai que les fausses religions ont causé cela, comme on doit aussi dire qu’il y a des personnes qui ont utilisé notre religion pour leurs propres intérêts, faisant du mal comme le montre l’histoire.

Mais si nous regardons un peu le passé nous constatons que l’athéisme n’est pas le libérateur de l’humanité sinon la plus terrible et cruelle des oppressions comme ses adeptes l’ont démontré lorsqu’ils en ont eu l’opportunité.

Par exemple, le fait de la Révolution Française en 1789 est présenté parfois dans les écoles comme le premier pas vers la liberté de l’humanité, alors que l’objectif poursuivi par ses promoteurs était la création du premier état athée dans l’histoire. Beaucoup d’entre nous ignorent que dans les deux premières années qui ont suivi la révolution (seulement en deux année, 1792 et 1793), 20.000 hommes et femmes ont été exécutés par la guillotine, ainsi que 20.000 autres tués par d’autres moyens (beaucoup d’entre eux étaient évêques, prêtres et religieuses), l’Eglise compte parmi eux beaucoup de martyrs fidèles au Christ et à la foi. Il est encore plus surprenant de savoir qu’au lieu d’attaquer les gens qui avaient le pouvoir ancien (gens de la noblesse), mais le 84 % de ceux qui ont subi la mort à cause de la révolution  étaient des petits commerçants, des ouvriers et des campagnards. Lorsque les forces ont avancé vers le territoire catholique de la Vendée, le résultat fut de 120.000 personnes massacrés, soit 35% de la population (femmes, enfants et vieillards), 30.000 maisons détruites, les sources d’eau empoisonnées et la végétation arrachée pour éviter aux survivants tout possibilité de récupération ; parmi les victimes, les premières furent les jeunes femmes pour éviter qu’elles donnent une descendance chrétienne.

Malheureusement, l’histoire officielle dans nos écoles est racontée aujourd’hui par des athées et la révolution constitue l’acte le plus grand de la liberté de l’homme, alors que c’est en vérité une page de l’histoire teinte en rouge.

Un autre exemple,  l’état athée créé en Russie en 1917, qui a laissé comme triste bilan le massacre de 66 millions de personnes.

Comme conclusion, et parce que le risque existe toujours et nous devons y être attentifs : comment ne pas devenir un athée ?

Tout d’abord il faut savoir ouvrir nos yeux aux signes de Dieu. Ne pas éviter les questions profondes et permanentes dans la vie : l’origine des choses, la finalité de mon existence, la réalité de la mort, de la souffrance. Mais, il faut chercher les réponses là où je sais qu’il y a la vérité.

D’un autre côté, m’éloigner des opinions qui sèment les doutes dans ma foi, ne pas accepter d’un coup que l’’on dise quelque chose contre la foi, l’Eglise ou Dieu. Savoir aller consulter ceux qui dans l’Eglise peuvent résoudre ces questions.

Il faut aussi être attentifs à l’homme, à la personne humaine, c’est-à-dire que la charité, l’amour du prochain, c’est l’image de Dieu.

Cherchons Dieu en fin de tout notre cœur, comme disait Pascal : « Il y a trois sortes de personnes : les uns qui servent Dieu l’ayant trouvé, les autres qui s’emploient à le chercher ne l’ayant pas trouvé, les autres qui vivent sans le chercher ni l’avoir trouvé. Les premiers sont raisonnables et heureux, ceux du milieu sont malheureux et raisonnables. Mais les derniers sont fous et malheureux.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

On peut aussi lire ce très intéressant discours de saint Jean Paul II

Les idées pour ce sermon ont été prises d’une série de conférences en espagnol du P. Miguel Fuentes, V.E.