LES ÉTAPES DE LA VIE DE CHARLES DE FOUCAULD XVI

 ERMITE DANS LE SUD-ALGÉRIEN (Continuation)

C’était le « terrain de culture » de la future « fraternité ». Le domaine renfermait plusieurs sources et d’anciens puits. On creusa les puits, on dégagea les sources. Frère Charles, imaginatif et l’esprit toujours en avance d’un jour, d’un mois ou d’un an sur le moment présent, ravi de cette nouvelle résidence, songeait déjà qu’il vivait là dans une demi-clôture, que les fruits et les légumes du jardin seraient abondants, qu’il en pourrait donner, qu’on éviterait ainsi la famine des années de grande sécheresse, qu’il serait le nourricier, le consolateur, l’ami de plus pauvres, particulièrement des soldats français et des esclaves.

La chapelle fut bâtie d’abord « rustique », « très pauvre, mais harmonieuse et jolie » écrit-il à un ami. C’est là qu’il passera tant d’heures, de jour ou de nuit, en adoration ou en méditation ; c’est là qu’il couche au début, seul dans cette cabane isolée. Il s’étend, tout habillé, sur le marchepied de l’autel. Il dormira près du tabernacle, comme le chien aux pieds de son maître. Encore se juge-t-il indigne d’une pareille faveur. Dès que les premières constructions, qui devaient accompagner la chapelle, furent commencées, un sous-officier de tirailleurs, M. J…, qui était de ses amis, s’étant levé de grand matin pour venir à l’ermitage, trouva le Père couché à l’abri d’un mur inachevé. « Comment, lui demanda-t-il, vous ne couchez plus dans la chapelle? – Non. – Vous me disiez que vous étiez bien là. – C’est justement pour cela que j’en suis parti. » Peu de temps après, le Père de Foucauld choisissait, pour y dormir, la sacristie de la chapelle. Or, la petite pièce qu’il appelait ainsi n’était pas assez longue pour qu’un homme pût s’y coucher sur le sable. Le même adjudant de tirailleurs en fit la remarque au Père, qui répondit : « Jésus, sur la croix, n’était pas étendu. »

Les ouvriers édifièrent, au-delà, des cases en brique et en boue sèche qui prirent le nom de cellules Saint- Pierre et Saint-Paul, puis lu chambre des « hôtes non chrétiens », une infirmerie, tandis que Père Charles ornait les bâtiments achevés d’écriteaux portant des pensées à méditer :

« Toi, suis-moi. »

« Je suis venu porter le feu sur la terre. »

« Tout ce que vous faites à un de ces petits, vous me le faites. »

« J’ai encore d’autres brebis, qui ne sont pas de cette bergerie ; il faut aussi que je les amène. »

Frère Charles songea qu’il fallait clore le terrain de la Fraternité, car il avait résolu de vivre en clôture, et de ne pas sortir des limites sans une raison grave. Dans les premiers temps, il s’était contenté de marquer, avec des cailloux de la grosseur d’un œuf, disposés en lignes, les frontières de son domaine. Un des soldats qui l’ont le plus souvent approché, en ce temps-là, m’a raconté qu’il revenait parfois au camp après le soleil couché. Attentif à se concilier les âmes de bonne volonté, plus poli et prévenant encore avec les humbles gens, auxquels on ne prend point garde et qui le sentent, qu’avec les grands et les puissants de la terre, Frère Charles l’accompagnait. Il causait amicalement ; il parlait de Dieu et de la beauté de la nuit. Autour d’eux le silence absolu et l’espace désert ; au-dessus, un ciel immense où pas une étoile n’était voilée. Un air chaud se levait du sable. Et ils allaient, l’ancien officier et le soldat, sur la piste à peine visible, chacun remerciant Dieu d’une amitié inattendue dont il était le principe et la fin. Et cela durait quelques minutes. Puis Frère Charles se baissait et tâtait la terre avec la main, pour savoir s’il n’avait pas atteint la limite. Quand il avait touché les cailloux échelonnés, il disait : « Je ne puis vous reconduire plus loin, voici la clôture ; à bientôt. »

On devine si nos soldats, loin, bien loin de leur famille et du pays, étaient touchés d’une amitié comme celle-là.

Voici une lettre écrite par Frère Charles à l’un d’eux :

« Cher ami, vous m’avez dit que vous êtes triste le soir… Voulez-vous, si c’est permis de sortir du camp, venir passer habituellement les soirées avec moi… nous causerons fraternellement de l’avenir… de ce que vous désirez, espérez… A défaut du reste, vous trouverez ici un cœur fraternel… Le pauvre vous offre ce qu’il a. Ce qu’il vous offre surtout, c’est sa très tendre, très fraternelle affection, son profond dévouement dans le Cœur de Jésus. « Frère Charles de Jésus. »

« Le Père de Foucauld »

René BAZIN

LITANIES DU SACRE COEUR

Béni soit le SACRÉ COEUR

Béni soit le Cœur qui révèle l’amour de Dieu.

Béni soit le Cœur qui a tant aimé le Père.

Béni soit le Cœur qui a tant aimé les hommes.

Béni soit le Cœur qui proclame la Béatitudes.

Béni soit le Cœur doux et humble qui soulage nos fardeaux.

Béni soit le Cœur qui offre le pardon aux pécheurs.

Béni soit le Cœur qui a reçu tant d’ingratitudes en échange de son amour.

Béni soit le Cœur ouvert par la lance.

Béni soit le Cœur d’où a jailli l’eau du baptême.

Béni soit le Cœur d’où a jailli le sang de la Nouvelle Alliance.

Béni soit le Cœur d’où est née l’Eglise, la nouvelle Eve.

Béni soit le Cœur qui nous a donné Marie comme Mère.