LE CIERGE PASCAL

Cierge_pasquale_bx_Charles_de_Foucauld_Institut_du_Verbe_Incarné_IVLe soleil descend à l’horizon, et bientôt il aura cédé la place aux ombres de la nuit. La sainte Église a préparé, pour luire avec éclat durant la longue Veille qui déjà commence, un flambeau supérieur en poids et en grosseur à tous ceux que l’on allume dans les autres solennités. Ce flambeau est unique ; il a la forme d’une colonne ; et il est appelé à représenter le Christ. Avant qu’il ait été allumé, son type est dans la colonne de nuée qui couvrit le départ des Hébreux, au sortir de l’Égypte ; sous cette première forme, il figure le Christ dans le tombeau, inanimé, sans vie. Lorsqu’il aura reçu la flamme, nous verrons en lui la colonne de feu qui éclaire les pas du peuple saint ; et aussi la figure du Christ tout radieux des splendeurs de sa résurrection. La majesté de ce symbole est si grande, que la sainte Église emploie toutes les magnificences de son langage inspire, pour exciter à son endroit l’enthousiasme des fidèles. Dès le commencement du Vème siècle, on voit le Pape saint Zozime étendre à toutes les églises de la ville de Rome le privilège de bénir aujourd’hui ce Cierge, bien que le baptême ne fût conféré qu’au seul Baptistère du Latran. Le but de cette concession était de mettre tous les fidèles à portée de jouir des saintes impressions que ce grand rite est appelé à produire. C’est dans la même intention que la cérémonie du Cierge pascal peut s’accomplir aujourd’hui dans toutes les églises, même dans celles qui ne possèdent pas de fonts baptismaux.

Le jour de la Veillée Pascale  on allume avec le feu nouveau les lampes qui sont suspendues dans l’église. Cette illumination n’a lieu que quelque temps après celle du Cierge pascal, parce que la connaissance de la résurrection du Sauveur ne s’est répandue que successivement, jusqu’à ce qu’enfin elle ait éclairé tous les fidèles. Cette succession nous avertit aussi que notre résurrection sera la suite et l’imitation de celle de Jésus-Christ, qui nous ouvre la voie par laquelle nous devons rentrer en possession de l’immortalité, après avoir comme lui traversé le tombeau.

Allumé au feu nouveau qui brûle sur le parvis, le cierge pascal ouvre la procession de l’office de la lumière qui débute la Veillée pascale ; il entre le premier dans l’église plongée dans l’obscurité.

Le cierge pascal constitué de cire pure issue du travail des abeilles est décoré ; ce décor comporte des éléments obligatoires :
-  une croix ; Cierge_pasquale_bx_Charles_de_Foucauld_Institut_du_Verbe_Incarné_O
-  dans chacun des angles formés par les bras de la croix sont inscrits un des quatre chiffres du millésime de l’année ;
-  au- dessus et au-dessous de la croix, la première et la dernière lettre de l’alphabet grec (A alpha et Ω omega) symbolisant que le Christ est le commencement et la fin de toutes choses .

Indépendamment de ces éléments obligatoires le cierge pascal peut comporter d’autres symboles chrétiens.

TOUT EST DANS LA PASSION

Croix_Institut_du_Verbe_IncarnéSaint Paul de la Croix enseigne : «Tout est dans la passion. C’est là où on apprend la science des saints»[1]. Pour les chrétiens, la Passion est une source inépuisable de sagesse, un guide et un modèle pour toute notre vie.

Pour cela saint Pierre Claver disait :  » Le seul livre à lire est la Passion  » [2] . Et le grand saint Thomas écrit: «Celui qui veut mener une vie parfaite, n’a rien d’au­tre à faire que de mépriser ce que le Christ a méprisé sur la croix et de désirer ce qu’Il a désiré. »[3]

De la même manière, nous pouvons penser aux personnages de la Passion : nous devons rejeter diamétralement les mauvais exemples de certains d’entre eux et au contraire imiter les bons exemples des autres.

I

N’imite pas Hanne, qui était quelqu’un dominé par la convoitise du pouvoir (la plus grande tentation du clergé) et un avare.

N’imite pas Caïphe, qui était vénal et servile.

Passion_Institut_du_Verbe_IncarnéN’imite pas Ponce Pilate, un lâche qui ne veut pas se sacrifier pour la vérité.

Ne cherche pas à imiter Pierre, qui a été vaincu par une jeune servante, succombant à la peur de témoigner de Jésus.

Ne cherche pas à imiter le jeune homme échappé nu, qui a souffert plus pour échapper à la croix du Christ que pour Le suivre.

N’imite pas le mauvais larron (Gestas) [4], qui n’a pas reconnu la divinité de Jésus.

N’imite pas Judas, qui a trahi pour 30 pièces d’argent.

II

Tu dois imiter Simon de Cyrène prenant la croix et marchant derrière Jésus.

Tu dois imiter Saint Pierre, qui a fait pénitence pleurant largement ses péchés.

Tu dois imiter le bon larron (Dimas)[5], qui a reconnu la divinité de Jésus.

Tu dois imiter Marie Madeleine, dont ses nombreux péchés ont été pardonnés, pour avoir beaucoup aimé.

Tu dois imiter Saint Jean, qui fut le disciple aimé, pour avoir consacré sa vie à Dieu depuis jeune[6].

Notre_Dame_des_douleurs_Institut_du_Verbe_IncarnéTu dois imiter Marie, qui se tenait debout au pied de la croix.

Tu dois imiter celui qui a ouvert le côté du Seigneur (Longinus), qui, certifiant la mort de Jésus, nous en a donné la certitude pour que nous l’annoncions pour toujours.

Tu dois imiter Joseph d’Arimathie : demande toujours le Corps de Jésus : «fais tienne la victime expiatoire du monde»[7].

Tu dois imiter Nicodème : qui oint Jésus avec des arômes.

Par-dessus tout, tu dois imiter Jésus-Christ, qui s’immole sur la croix et à la messe, te « crucifiant » avec lui. Selon saint Grégoire de Nazianze.  » Immolons-nous nous-mêmes à Dieu, immolons chaque jour et notre personne et toute notre labeur, imitons la Passion du Christ avec nos propres souffrances, honorons son Sang avec notre propre sang, montons courageusement sur la croix… Adore Celui qui par amour pour toi, demeure suspendu à la croix ; et toi, te crucifiant toi aussi, obtiens quelque profit de ta propre faute ; rachète le salut avec la mort … »[8].

Décidons nous de vivre comme le troisième type d’homme [9] et selon le troisième degré d’humilité [10]!

Ayons des grands désirs « d’opprobres et de mépris »[11] pour mieux imiter Jésus !

Disons avec la Sainte Marie de Jésus Crucifié : « Si je ne goûte pas tes peines, ô mon Jésus, je vis triste et affligée. Blesse-moi, car je t’ai donné mon âme. Et si ce bien tu me fais, mon Dieu, je pourrais voir clairement que tu m’aimes ! »[12]

P. Carlos Buela IVE.

Fondateur de l’Institut du Verbe Incarné.

[1] Carlos Almeras « Saint Paul de la Croix ».

[2] Ángel Valtierra–Rafael M. de Hornedo, « Saint Pierre Claver».

[3] « Commentaire au Credo » num. 85.

[4] Nom donné par l’évangile apocryphe dit « de Nicodème » .

[5] Idem.

[6] L’histoire de l’Église témoigne sans cesse d’appels du Seigneur dans le jeune âge. Saint Thomas, par exemple, explique la prédilection de Jésus pour l’Apôtre Jean « en raison de son jeune âge » et en tire la conclusion suivante : « Cela fait comprendre que Dieu aime de façon spéciale ceux qui se donnent à son service dès leur première jeunesse ». Saint Jean Paul II. E. A. « Pastores davo vobis » 63.

[7] Saint Grégoire de Nazianze. « Des dissertations » 45.

[8] Idem.

[9] « Le troisième homme veut aussi se dégager de cette affection, et il le veut de telle sorte, qu’elle n’est pas plus portée à conserver la somme acquise qu’à ne pas la conserver. Il ne consultera, pour la retenir ou pour s’en défaire, que le mouvement intérieur de la grâce, et ce qui lui paraîtra le meilleur pour le service et la louange de la divine majesté. En attendant, il veut se conduire comme ayant tout abandonné de cœur, et s’efforce de ne désirer ni ce qu’il possède ni aucun autre bien sur la terre que dans la seule considération du service de la majesté divine; en sorte que le désir de pouvoir mieux servir Dieu, notre Seigneur, sera son unique règle pour se déterminer à retenir le bien qu’il a acquis ou à s’en dépouiller ». Saint Ignace de Loyola. « Exercices Spirituels » 155.

[10] « Le troisième degré d’humilité est très parfait. Il comprend les deux premiers, et veut de plus, supposé que la louange et la gloire de la Majesté divine soient égales, que, pour imiter plus parfaitement Jésus-Christ, notre Seigneur, et me rendre de fait plus semblable à lui, je préfère, j’embrasse la pauvreté avec Jésus-Christ pauvre, plutôt que les richesses; les opprobres avec Jésus-Christ rassasié d’opprobres, plutôt que les honneurs; le désir d’être regardé comme un homme inutile et insensé, par amour pour Jésus-Christ, qui le premier a été regardé comme tel, plutôt que de passer pour un homme sage et prudent aux yeux du monde». Saint Ignace de Loyola. « Exercices Spirituels » 167.

[11] Saint Ignace de Loyola. « Exercices Spirituels » 146.

[12] Bernardo María de San José, C.D. « La petite fleur arabe ».