LES ÉTAPES DE LA VIE DE CHARLES DE FOUCAULD I

Charles centeENFANCE ET JEUNESSE

CHARLES_DE_FOUCAULD_INSTITUT_DU_VERBE_INCARNECharles de Foucauld, né à Strasbourg le 15 septembre 1858. Son père, le vicomte de Foucauld de Pontbriand, et sa mère, Élisabeth de Morlet, moururent dès 1864, à quatre mois de distance, laissant deux enfants. Charles et Marie. Leur éducation fut confiée à M. Charles de Morlet, leur grand-père, qui avait à cette date près de soixante-dix ans.

Charles, qui était affectueux, ardent, studieux, fut assez gâté dans sa première enfance par ce grand-père auquel manquait l’application passionnée des parents aux devoirs de l’éducation première et le don de divination qui permet aux mères de s’alarmer des défauts de l’enfant et de les corriger. Les colères de Charles rencontraient une indulgence secrète et passaient pour un signe de caractère. Il était violent. La plus innocente moquerie le mettait en fureur. Un jour qu’il avait, dans un tas de sable, taillé et modelé un fort, toute une architecture de fossés et de tours, quelqu’un de ses proches, pensant lui être agréable, s’avisa de mettre, sur le sommet, des bougies allumées et, dans les fossés, des pommes de terre en guise de boulets. Charles, supposant qu’un se moquait de lui, entra en grande colère, piétina son œuvre, puis, la nuit venue, pour se venger, jeta, dans tous les lits de la maison, les pommes de terre bien roulées dans le sable.

Jusqu’à la guerre de 1870, Charles fut élevé à l’école épiscopale de Saint-Arbogast. CHARLES_DE_FOUCAULD_II_INSTITUT_DU_VERBE_INCARNELa guerre survint, et chassa d’Alsace le grand-père et les deux enfants, qui se réfugièrent à Berne, pour venir, en 1872, habiter Nancy. C’est au lycée de cette ville que Charles, qui avait quatorze ans, commença de prendre l’habitude du travail régulier. Il écrira encore que c’est pendent sa rhétorique qu’il a perdu toute foi, « et ce n’était pas le seul mal ».

L’année de philosophie fut pire : « Si vous saviez combien toutes les objections qui m’ont tourmenté, écartent les jeunes gens, sont lumineusement et simplement résolues dans une bonne philosophie chrétienne. Il y a eu, pour moi, une vraie révolution quand j’ai vu cela… Mais, on jette les enfants dans le monde sans leur donner les armes indispensables pour les ennemis qu’ils trouvent en eux et hors d’eux, et qui les attendent en foule à l’entrée de la jeunesse. Les philosophes chrétiens ont résolu depuis si longtemps, clairement tant de questions que chaque jeune homme se pose fiévreusement, sans se douter que la réponse existe, lumineuse et limpide, à deux pas de lui. »

CHARLES_DE_FOUCAULD_JEUNE_INSTITUT_DU_VERBE_INCARNECe collégien sortit du lycée bachelier, comme les autres, curieux de tout, décidé à jouir, et triste. Il se décida à préparer l’examen de Saint-Cyr, et partit pour suivre à Paris les cours de l’École Sainte-Geneviève. Lui-même, il s’est peint de souvenir, tel qu’il était à cette époque. « A dix-sept ans, je commençais ma deuxième année de rue des Postes. Jamais je crois n’avoir été dans un si lamentable état d’esprit. J’ai, d’une certaine manière, fait plus de mal en d’autres temps, mais quelque bien avait poussé alors à côté du mal ; à dix-sept ans, j’étais tout égoïsme, toute vanité, tout impiété, tout désir du mal, j’étais comme affolé. » « De foi, il n’en restait pas trace dans mon âme. » Ailleurs, il dira et répétera que, pendant treize années, il n’a pas cru en Dieu.

Admis au concours de l’École Militaire en 1876 l’un des derniers de la promotion, il ne gagne pas de rangs au cours de ses deux années d’école. Le général Laperrine, qui fut son ami, a écrit, dans un récit qu’il intitulait les Étapes de la conversion d’un housard : « Bien malin celui qui aurait deviné, dans ce jeune saint-cyrien gourmand et sceptique, l’ascète et l’apôtre d’aujourd’hui. Lettré et artiste, il employait les loisirs que lui laissaient les exercices militaires à flâner, le crayon à la main, ou à se plonger dans la lecture des auteurs latins et grecs. Quant à ses théories et à ses cours, il ne les regardait même pas, s’en remettant à sa bonne étoile pour ne pas être séché. »

« Le Père de Foucauld »

René BAZIN