LES ÉTAPES DE LA VIE DE CHARLES DE FOUCAULD XII

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Ses histoires, et beaucoup d’autres qu’on racontait de lui, la singularité de son costume, sa politesse, sa charité, ses longues prières quotidiennes, appelaient l’attention de quiconque habitait Nazareth ou y passait même un peu de temps. On faisait de lui un personnage considérable ; on cherchait à savoir pourquoi il était venu de si loin dans le pays. Il se rencontra par exemple, à la poste, avec un Frère convers d’une maison de salésiens qu’il y a à Nazareth, et fut abordé par lui.

– Vous m’excuserez, dit le Frère, mais on rapporte de vous beaucoup de choses. Je voudrais savoir si elles sont vraies,

– A quoi bon ?

– On dit qu’en France, vous aviez une bonne place…

– Laquelle ?

– Une place de comte ?

Frère Charles sourit, et répondit négligemment :

– Je suis un vieux soldat.

Les membres de sa famille correspondaient avec l’ermite, qui se faisait appeler Frère Charles de Jésus, et dont l’âme s’épurait et s’affinait dans cette vie contemplative où il avait trouvé « la paix infinie, la paix débordante ». Ses réponses sont particulièrement tendres. Sa sœur ayant perdu un petit enfant, Frère Charles les console de cette façon :

 « Comme cet enfant est grand, comparé à vous, à nous tous ! Comme il nous domine !… Aucun de vos enfants ne vous aime autant, car il s’abreuve au torrent de l’amour divin… Je l’ai déjà invoqué, ce petit saint, mon neveu, un saint que je tutoie… Une mère vit en ses enfants : voilà déjà une partie de toi au ciel ! Plus que jamais tu auras, désormais, « ta conversation dans les cieux ».

Il lui écrit encore : « Dieu est le maître de nos cœurs comme de nos corps ; il nous donne, à son gré, la joie et la douleur, comme la santé et la maladie. Crois bien que c’est folie de te dire : ceci me rendra heureux, ceci me rendra malheureux, car le bonheur ou la tristesse ne dépendent pas de telle ou telle chose, mais de Dieu qui a mille millions de moyens de répandre en nous-mêmes la joie ou la douleur. »

bx_charles_de_foucauld_institut_du_verbe_incarneToute la correspondance de cette époque est de ce ton ailé, de même que ses méditations de retraite, d’où j’extrais les lignes suivantes, rappel très émouvant de l’histoire que je viens de retracer :

« Lorsque je commençais à m’écarter de vous, mon Dieu, avec quelle douceur vous me rappeliez à vous par la voix de mon grand-père, avec quelle miséricorde vous m’empêchiez de tomber dans les derniers excès en conservant dans mon cœur ma tendresse pour lui… Mais, malgré tout cela, hélas ! Je m’éloignais, je m’éloignais de plus en plus de vous, mon Seigneur et ma vie… et aussi ma vie commençait à être une mort, ou plutôt c’était déjà une mort à vos yeux… Et dans cet état de mort vous me conserviez encore : vous conserviez dans mon âme les souvenirs du passé, l’estime du bien, l’attachement dormant comme un feu sous la cendre, mais existant toujours, à certaines belles et pieuses âmes, le respect de la religion catholique et des religieux ; toute foi avait disparu, mais le respect et l’estime étaient demeurés intacts… Vous me faisiez d’autres grâces, mon Dieu, vous me conserviez le goût de l’étude, des lectures sérieuses, des belles choses, le dégoût du vice et de la laideur.

« Je faisais le mal, mais je ne l’approuvais ni ne l’aimais… Vous me faisiez sentir un vide douloureux, une tristesse, que je n’ai jamais éprouvée qu’alors !… Mon Dieu, c’était donc un don de vous… comme j’étais loin de m’en douter !

« Oh ! Mon Dieu, comme vous aviez la main sur moi, et comme je la sentais peu ! Que vous êtes bon ! Comme vous m’avez gardé ! Comme vous me couvriez sous vos ailes lorsque je ne croyais même pas à votre existence ! Et après avoir vidé mon âme de ses ordures et l’avoir confiée à vos anges, vous avez songé à y entrer, mon Dieu ! Car après avoir reçu tant de grâces, elle ne vous connaissait pas encore. Vous agissiez continuellement en elle, sur elle, vous la transformiez avec une puissance souveraine et une rapidité étonnante, et elle vous ignorait complètement… Vous lui inspirâtes alors des goûts de vertu, de vertu païenne, vous me les laissâtes chercher dans les livres des philosophes païens, et je n’y trouvai que le vide, le dégoût… Vous me fîtes alors tomber sous les yeux quelques pages d’un livre chrétien, et vous m’en fîtes sentir la chaleur et la beauté…

« Par quelles inventions, Dieu de bonté, vous êtes- vous fait connaître à moi? De quels détours vous êtes- vous servi ? Par quels doux et forts moyens extérieurs ? Par quelle série de circonstances étonnantes, où tout s’est réuni pour me pousser à vous : solitude inattendue, émotions, maladies d’être chéris, sentiments ardents du cœur, retour à Paris par suite d’un événement surprenant… Et quelles grâces intérieures, ce besoin de solitude, de recueillement, de pieuses lectures, ce besoin d’aller dans vos églises, moi qui ne croyais pas en vous, ce trouble de l’âme, cette angoisse, cette recherche de la vérité, cette prière : « Mon Dieu, si vous existez, faites- le moi connaître. » Tout cela, c’était votre œuvre, mon Dieu, votre œuvre à vous seul. »

« Le Père de Foucauld »

René BAZIN

« Souviens-toi de moi quand tu viendras dans ton Royaume »

Lire l’évangile de la Solennité du Christ Roi  (Lc 23, 35-43)

christ_roi_institut_du_verbe_incarneDans ce dimanche où nous célébrons avec joie cette solennité du Christ Roi de l’univers, l’Eglise nous invite à méditer le moment de la croix et cela peut nous sembler étrange. Aux yeux des hommes, ce Roi crucifié n’avait plus de pouvoir, le royaume est tombé dans l’échec ; les chefs religieux lui demandent en se moquant de Lui, de se sauver, tout comme les soldats et un des malfaiteurs, on demande au Seigneur d’abandonner la Croix, d’en descendre, d’arrêter la souffrance et se montrer puissant face au pouvoir et à la force de ce monde.

Pourtant sur sa tête, on lit qu’Il est roi, un roi couronné d’épines. Un roi qui a choisi de régner sur le bois de croix, comme le chante un très bel hymne le dimanche des rameaux. Un roi qui pour être roi comme Il veut, doit régner depuis la croix.

Dans cette heure suprême du premier vendredi saint de l’histoire, l’unique voix qui reconnaitra la royauté du Christ sera l’autre malfaiteur.

christ_roi_institut_du_verbe_incarne« Jésus, souviens-toi de moi quand tu viendras avec ton Royaume ». Dans ces mots au milieu de son agonie, ce malfaiteur reconnaît que Jésus est quelqu’un de puissant ; le malfaiteur demande la Miséricorde, que Dieu se souvienne de Lui au moment où Il viendra comme juge avec son Royaume.

« Amen, je te le dis : aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis». Saint Thomas d’Aquin se demande « comment le Seigneur peut dire au bon larron qu’Il sera avec lui ce même jour au Paradis ?»(notre foi nous apprend, en fait, qu’après sa mort, Jésus descend aux enfers, au sein d’Abraham pour y chercher tous les justes morts avant sa venue).  Et le grand théologien nous donne la réponse, l’âme de Jésus est toujours unie à la divinité, être avec Jésus signifie être dans le Paradis ; contempler son âme pleine de la divinité c’est comme contempler le Ciel : lorsque l’âme du bon larron sera avec l’âme du Seigneur, il sera donc dans le Ciel. Nous pouvons ajouter encore que le mot Paradis vient du perse et signifie « le jardin fermé d’un roi » où lui seul pouvait se promener, être invité à se promener avec lui – était l’un des plus grands honneurs.christ_roi_institut_du_verbe_incarne

Nous reconnaissons aussi la royauté du Christ, pour nous, les chrétiens, le Christ est notre Roi. Mais quelqu’un peut se demander : En fait, il semblerait qu’Il ne règne pas trop dans notre monde aujourd’hui ? S’il s’agit que les nations reconnaissent sa royauté, nous ne le voyons pas non plus de nos jours ? Mais, le fait que le Seigneur ne règne pas, ce n’est pas sa faute à Lui.

Christ the King 4.pdfAlors, avant d’instaurer son royaume dans la société, le Seigneur veut régner d’abord dans les cœurs des hommes et c’est par son amour qu’Il veut les conquérir pour les libérer de la servitude du péché.

Nous ne pouvons pas non plus imaginer un royaume prenant en comparaison les modèles politiques de notre monde. Le Seigneur avait dit devant Pilate : « Mon royaume ne procède pas de ce monde », il ne poursuit pas des intérêts politiques ou économiques, il n’est poussé par aucun intérêt matériel. Il cherche à régner de façon invisible par la grâce et sa souveraineté est invisible mais tout à fait réelle.

Il y avait un temps dans notre histoire où les rois se soumettaient à la loi du Christ, où les nations (surtout en Europe) imprégnaient leurs lois de l’esprit de l’Evangile, où il y avait des rois et des reines qui cherchaient à vivre- la sainteté dans leurs vies et à être des modèles pour les autres dans leurs règnes.

christ_roi_institut_du_verbe_incarneIl est curieux de relever que dans ce temps, tout le monde pensait que la terre était au centre de l’univers, et que les autres astres, même le soleil tournaient autour d’elle. Pourtant, cette époque savait regarder vers le Ciel ; ce monde, notre planète, n’avait qu’une mission, les préparer pour le Ciel, ces gens-là savaient regarder vers le Ciel.

christ_roi_institut_du_verbe_incarneAujourd’hui nous savons que notre planète n’est pas du tout le centre de l’univers, tout au contraire, elle est un petit point au milieu des grandes étoiles et constellations, tous les hommes les savent et pourtant, ils vivent comme si tous les espoirs devaient se concentrer en elle, nous soupirons pour ce monde, nous avons cloué notre regard en lui, oubliant le ciel, bien que nous disions être beaucoup plus en avance que le monde passé .

Et le Christ règnera encore une fois dans nos sociétés et dans nos pays, il y aura dans le futur des pays qui se proclament chrétiens et qui le seront en vérité (plus important encore) ? Dieu seulement le sait, mais il est vrai que cela dépend beaucoup de notre liberté. Mais si Jésus-Christ règne vraiment dans nos cœurs, Il a déjà conquis une partie, une grande partie de ce qui lui appartient.

Laissons Jésus régner dans nos cœurs, qu’Il fasse en nous un royaume de vérité et de vie, un royaume de sainteté et de grâce, un royaume de justice, d’amour et de paix, comme nous le demandons aujourd’hui au moment de la préface.

Que le Christ règne dans nos cœurs, comme Il a commencé à régner le vendredi de sa mort dans le cœur du bon larron, comme disait un père de l’Eglise : nous connaissons quelqu’un qui se convertit au dernier moment de sa vie pour que nous ne tombions pas dans le désespoir, mais aussi nous n’en connaissons qu’un seul cas, pour ne pas tomber dans un excès de confiance.

Nous allons finir avec l’histoire de ce bon larron, à qui la tradition de l’Eglise a donné un prénom, saint Dismas ou Dimas, et sa mémoire est célébrée le 25 mars.

christ_roi_institut_du_verbe_incarneEt une légende espagnole du moyen âge raconte qu’au moment où la sainte Famille échappée du Roi Hérode vers l’Egypte,  fut prise en otage en chemin par des bandits, un des chefs voulut tuer l’enfant Jésus, mais un autre eut pitié d’eux, les laissant en vie et les amenant passer la nuit à la grotte où il vivait avec sa famille, ce bandit avait eu un nouveau- né couvert de lèpre.

Alors la Vierge Marie, ayant lavé le Corps sacré de Jésus, prit ensuite cet enfant malade pour faire de même avec lui et à ce moment le petit fut guéri de sa maladie.

christ_roi_institut_du_verbe_incarnePar la suite, cet enfant devint malfaiteur comme son père, finissant sa vie crucifié à côté du Seigneur ; et comme au début de sa vie où son corps avait été guéri, c’est alors par la miséricorde de Dieu que son âme fut purifiée de la lèpre du péché. A la dernière minute de sa vie avec la promesse du Sauveur, ce bon larron a volé le Ciel.

Demandons à la très Vierge Marie la grâce de que son Fils règne dans nos cœurs et dans le cœur de tous les chrétiens.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné