Les Béatitudes décrivent le chrétien

Lire l’évangile du quatrième dimanche du temps ordinaire (Mt 5, 1-12a)

« Vous qui avez été appelés par Dieu, regardez bien », nous avons entendu ces paroles dans la deuxième lecture, la lettre de l’Apôtre Saint Paul aux Corinthiens (1co. 1,26), et ce qu’il décrit c’est précisément la vocation à laquelle nous sommes appelés si nous nous décidons à suivre avec une ferme volonté le Seigneur : ce qui n’est pas, voilà ce que Dieu a choisi, pour réduire à rien ce qui est. Saint Paul ne faisait qu’exprimer en d’autres mots la réalité des béatitudes que le Seigneur énumère dans l’évangile de ce dimanche.

Saint Ambroise disait que « les gestes du Seigneur sont aussi des paroles », un enseignement pour nous. Dans le texte évangélique, il est important de regarder ses gestes et aussi les actions décrites par saint Mathieu. Voyant les foules (il indique que ceux qui suivaient Jésus étaient nombreux), Jésus gravit la montagne (comme autre fois, Moïse est monté au Sinaï, pour recevoir la loi de Dieu, Jésus monte, mais pour donner la loi, parce qu’Il est Dieu). Il s’assit (c’est l’attitude des maîtres dans le peuple d’Israël), et ses disciples s’approchèrent de lui (maintenant ce ne sont pas les foules, ce sont ses disciples à qui le Seigneur donne sa nouvelle loi).

Faisant relation aux deux monts, celui du Sinaï et celui de Béatitude, saint Jean Paul II disait  « Ces deux monts nous offrent la carte de notre vie chrétienne et une synthèse de nos responsabilités envers Dieu et le prochain. La Loi et les Béatitudes tracent ensemble le chemin à la suite du Christ et le sentier royal vers la maturité et la liberté spirituelle.» Le pape Jean Paul II disait aussi que « les béatitudes ne sont que la description d’un visage, le visage de Jésus-Christ. Et en même temps, les Béatitudes décrivent le chrétien. Elles sont le portrait du disciple de Jésus, la photographie de l’homme qui a accueilli le règne de Dieu et qui veut harmoniser sa vie avec les exigences de l’Évangile. Jésus s’adresse à cet homme en l’appelant «heureux» (Discours. 25 juillet 2002).

Pour accueillir donc l’esprit des béatitudes, il nous faut donc accepter sans réserves l’évangile tout entier, sans adaptations à l’esprit de ce monde.

Un premier aspect à remarquer, c’est qu’il ne s’agit pas de promesses de joie, la joie proclamée par les béatitudes arrive maintenant, c’est maintenant que ce bienheureux possède la joie, même si plusieurs béatitudes réservent une récompense dans le futur : « ils seront consolés, rassasiés, etc. ».

Les béatitudes ne sont pas des promesses dorées d’une gloire future, ce sont des cris triomphants de bénédiction par une joie permanente et que rien dans ce monde ne pourra enlever.

La deuxième remarque c’est que ces huit phrases dans leur langue originelle ont été des exclamations, alors que dans les langues modernes cela perd un peu ce sens. Elles étaient des expressions des joies, comme celle qui exprime un désir accompli : Ah ! Comment ils sont joyeux les pauvres d’esprit, quelle joie pour les miséricordieux !

Alors, bien que les traductions faites soient assez fidèles à la langue d’origine de l’évangile, il y pourtant une profondeur qui nous échappe, car chaque mot a une plus grande ampleur -si vous voulez -lorsqu’on découvre tout le sens en grec mais aussi dans les mots que le Seigneur a utilisé quand il proclamait l’évangile dans sa langue qui était l’araméen. Nous devons ici nous limiter à verser chacune des béatitudes, selon une traduction plus littérale des mots.

Heureux les pauvres de cœur, car le royaume des Cieux est à eux.

Quelle joie pour celui qui est conscient qu’il dépend totalement de Dieu et qui pour cela  s’abandonne totalement en Lui et Lui obéit, car cette obéissance le fait citoyen du ciel.

Heureux ceux qui pleurent, car ils seront consolés.

Qu’est-ce qu’il est joyeux celui qui a le cœur défait à cause de la souffrance de ce monde et à causes de ses propres péchés, parce que sa douleur ne trouvera la consolation qu’en Dieu.

Heureux les doux, car ils recevront la terre en héritage.

Ah, quelle joie pour l’homme qui sait détester le mal et qui a appris par contre à avoir une grande maitrise sur lui-même et sur ses passions, et en même temps, de l’humilité pour reconnaître et son ignorance et sa faiblesse, cet homme a de la classe et de la noblesse parmi les autres en ce monde.

Heureux ceux qui ont faim et soif de la justice, car ils seront rassasiés.

Qu’il est heureux celui qui désire le bien total dans ce monde (la sainteté), comme désire l’aliment celui qui meure de faim et l’eau celui qui périt de soif dans le désert, celui-là trouvera en Dieu la satisfaction de tout son désir.

Heureux les miséricordieux, car ils obtiendront miséricorde.

Quelle joie pour la personne qui – prend pour soi la souffrance des autres, qui la ressent dans sa propre chair, car elle découvrira que les autres font de même avec elle (partageant sa souffrance) et que Dieu a fait cela en Jésus-Christ.

Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu.

Joyeux celui dont les motivations et les intentions n’ont pas de double sens, parce qu’en parcourant cette voie, il contemplera Dieu.

Heureux les artisans de paix, car ils seront appelés fils de Dieu.

Bienheureux ceux qui créent des liens d’honnêteté et de bien entre les hommes, parce qu’ils font quelque chose qui les rend semblables à Dieu.

Enfin  la dernière des béatitudes est divisée en deux parties, l’une générale et l’autre qui fait référence aux disciples de Jésus, le Seigneur parle d’eux. Il parle de persécution, de souffrir pour Lui. Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse, sauter de joie, dit Notre Seigneur, comme celui qui arrive au sommet d’une montagne.

Saint Jean Paul II dit aussi que cette joie véritable est une conquête, qui ne s’obtient pas sans une lutte longue et difficile. Le Christ possède le secret de la victoire.

Mais, la persécution est-elle inévitable à nous ?

Nous devons dire que oui, parce que la mission de l’Eglise (et des membres de l’Eglise, lorsqu’ils sont vraiment fidèles à l’évangile) est celle d’être la conscience du monde et de la société. Elle doit louer ce qu’il y a de bon, mais l’Eglise doit par obligation condamner le mal ; et ceux qui luttent pour le mal feront tout pour taire la voix de la conscience.

Alors, attention, le devoir de tout chrétien, ce n’est de pas découvrir les fautes pour critiquer et condamner. Mais, il peut être que son attitude et sa conduite soient déjà une condamnation en silence pour ceux qui ne vivent pas la loi de Dieu, et pour cela, il n’échappera pas à la haine.

La persécution ne sera pas nécessairement la mort, mais elle peut consister dans le mépris, la moquerie, l’agression et discrimination.

Le Seigneur continue à rechercher des témoins, Il a besoin des chrétiens qui soient disposés non seulement à mourir (comme les martyrs) mais aussi à vivre pour Lui.

Nous allons finir avec une pensée de saint Augustin : « tout homme qui cherche dans le nom de chrétien la gloire de ce monde et l’abondance de biens de ce monde, qu’il réfléchisse d’abord et sache que notre joie est à l’intérieur, comme on dit, dans l’âme de l’Eglise. Et nous pouvons ajouter, et notre récompense est en grande partie, dans les cieux. »

Que la très sainte Vierge Marie, la première à être appelée bienheureuse dans l’évangile, nous donne la grâce de vivre de façon héroïque l’esprit des béatitudes.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

Et je vous ferai pêcheurs d’hommes!

Lire l’évangile du troisème dimanche du temps ordinaire (Mt 4, 12-23)

Le peuple qui habitait dans les ténèbres a vu une grande lumière. L’évangéliste saint Mathieu reprend la prophétie d’Isaïe, accomplie en Jésus.

Le Seigneur commence sa prédication au Nord de la Terre Sainte. Il s’agit du pays de Galilée, où se sont établies les tribus de Nephtali et celle de Zabulon, une fois le peuple d’Israël revenu d’Egypte après l’Exode dans le désert. La Galilée est une région très fertile dans la Terre Sainte ; en plus de l’agriculture, la pêche constituait l’autre grande ressource économique du pays grâce au lac de Tibériade (comme on le connaît par les évangiles, ou avec ses autres noms, lac de Génésareth, mer ou lac de Galilée).

Par le pays de Galilée passait aussi la route de la mer, de grande renommée dans ce temps. C’était une route de caravanes qui unissait Damas (Syrie) avec l’Egypte, en fait toute l’Asie avec l’Afrique, et pour cela les galiléens étaient des gens habitués à retrouver des étrangers, et même en quelque sorte, à imiter les habitudes des peuples non juifs, et pour cela et sa condition de carrefour des races et cultures, les juifs de Judée (le sud) l’appelaient non sans un sens péjoratif la Galilée des nations ! C’est dans la Galilée où le Seigneur commence donc son ministère, une lumière s’est levée, que l’évangile a retenti avec l’invitation à la conversion.

L’évangile de ce dimanche a encore une deuxième partie, celle de l’appel des premiers apôtres, le Seigneur les appelle dans les rives du lac de Galilée, la réponse des apôtres est immédiate, Pierre et André, Jacques et Jean, laissent à cet instant la vie qu’ils menaient jusqu’à ce moment (ils laissent l’affaire familiale), dans le cas de Jean et Jacques l’évangéliste nous dit aussi que le détachement est encore plus grand, ils laissent leur père avec qui ils travaillaient à ce moment-là.

Le mot « vocation » vient comme vous savez de « vocare », appeler, et dans cette vocation des apôtres nous pouvons recevoir un grand enseignement pour notre vie chrétienne.

Si bien Dieu appelle quelques chrétiens à Lui consacrer totalement leur vie à, comme c’est le cas des religieux, religieuses et des prêtres ; nous sommes tous appelés à la sainteté, à l’union avec Lui par la charité, à une vie plus parfaite, sans oublier que le sacrement du mariage est aussi une vocation, Dieu a appelé certains de ses enfants à fonder une famille et c’est précisément pour donner des enfants à l’Eglise, pour faire des nouveaux chrétiens.

La première chose à remarquer c’est que lorsqu’une vocation est authentique, c’est Dieu qui seulement peut l’appeler, c’est appel ne peut venir d’aucun être humain, ni le pape, ni l’évêque, ni les prêtres, non plus les parents, un oncle, un ami. A la limite, les hommes peuvent aider, à travers la prière, le conseil, l’accompagnement spirituel, on peut proposer mais c’est la personne qui se sent appelée qui doit répondre et cela en toute liberté.

Méditant l’évangile de ce dimanche on voit que le Seigneur choisit des hommes d’humble condition (analphabètes) et pauvres. Et pourtant Jésus les choisissait pour une mission de grande ampleur, ils allaient devenir les fondements de l’Eglise.

Dans sa Sagesse Infinie, quelles étaient les raisons qui ont poussé le Seigneur à faire ce choix ?

On peut dire que d’abord qu’Il est venu dans ce monde, pauvre et humble, maître d’humilité et le Seigneur voulait l’exercer en toutes choses, même parmi ceux qui allaient l’entourer dans sa vie terrestre : Il se moque des moqueurs, aux humbles il accorde sa grâce (Prov. 3,34).

Mais le Seigneur voulait que ses apôtres soient aussi humbles d’esprit dans la finalité qu’Il cherchait, car ces apôtres allait recevoir de sa part beaucoup de dons et de pouvoir, pour qu’ils réalisent dans ce monde la grande mission de l’Eglise, Il les voulait donc vraiment humbles afin d’éviter qu’ils ne rêvent d’attribuer tous ces dons à une capacité naturelle à eux, à un mérite personnel. De là, l’humilité que je dois avoir dans mon cœur si je veux que Dieu me choisisse pour des grandes choses à son service.

La troisième raison dépend de la précédente et dit que Dieu a choisi ses apôtres d’humble condition pour que la conversion du monde, tellement miraculeuse comme elle l’a été, ne soit pas attribuée à la force humaine, mais seulement à la vertu divine. C’est-à-dire, pour que des hommes si pauvres et méprisés persuadent un monde tellement orgueilleux d’une foi si nouvelle, d’une doctrine si élevée, d’une loi si pure et d’une vie si exigeante comme celle de l’évangile, il leur fallait la puissance divine pour pouvoir l’accomplir.

Alors, parlant de cet appel que fait le Seigneur dans l’humilité, il faut ici faire une remarque, précisément par rapport à la vocation sacerdotale, et à la bonne conception que nous devons avoir de cette vocation. Le prêtre est avant tout un serviteur, à qui Dieu a donné des grâces dont la plus grande est celle de perpétuer le sacerdoce de Jésus-Christ (essentiellement le sacrifice de la messe et le pardon des péchés). Il sera donc un père et un médecin, un chef avec une autorité non pour dominer de façon tyrannique et pour se faire servir (se considérant plus haut que le reste des hommes), son autorité lui ayant été donnée pour guider le peuple de Dieu vers la sainteté, pour servir les autres, et même pour mourir pour les âmes que Dieu lui a confiées. La responsabilité qu’il a entre ses mains est donc énorme, et il doit être conscient que le jugement de Dieu sera plus sévère pour lui que pour les autres. De là l’importance de la prière pour les prêtres.

Revenant à l’appel des apôtres, nous voyons que le Seigneur les appelle par des manières différentes. Comme nous le laissent voir les évangiles, Jésus a disposé par étapes le cœur de saint Pierre et saint André, il les rencontre trois fois, une première fois pour qu’ils le connaissent et passent un moment avec Lui, puis ils écoutent sa doctrine et ils deviennent des amis du Seigneur, mais la troisième fois, l’appel demande une réponse perpétuelle. De là, pour nous un fruit concret, c’est l’obéissance concrète aux inspirations de Dieu, et à l’appel du cœur qu’il fait même dans des petites choses, parce que de cette façon, Il les prépare pour des missions plus grandes, il s’agit de vivre donc la fidélité en des petites choses.

Dieu appelle aussi d’autres apôtres d’un coup, au premier appel, comme c’est le cas de saint Matthieu, collecteur d’impôts, pour montrer dans sa Volonté Toute Puissante de les vouloir près de Lui et de les faire renoncer et débarrasser des choses de ce monde.

Une dernière remarque par rapport aux apôtres, le Seigneur leur dit cette phrase : « Venez à ma suite, et je vous ferai pêcheurs d’hommes. » comme s’Il disait : je ne veux pas enlever l’inclination que vous avez pour ce travail honnête, mais je vais le faire plus sublime, plus parfait, ce seront des âmes que vous pêcherez, et non pour ce monde sinon pour le Ciel. C’est parce que le Seigneur aime ordonner sa grâce à la bonté qu’il trouve dans les choses de ce monde, lui donnant une nouvelle perfection. Comme dans toute vocation, Dieu nous demande aussi d’enlever le mal qu’il trouve dans notre vie, les mauvaises inclinations, et d’en perfectionner les bonnes pour sa plus grande Gloire.  Que la très Vierge Marie nous obtienne la grâce de devenir des vrais apôtres.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné