LES ÉTAPES DE LA VIE DE CHARLES DE FOUCAULD XIII

6 – LE SACERDOCE 

Chasuble de la première messe du Bx. Charles de Foucauld

Ses années passées en Orient l’avaient habitué à la vie solitaire, à la discipline sans témoins, au travail sans programme imposé. Il avait fait l’apprentissage qui lui permettrait de supporter de bien plus dures épreuves, sans défaillance, dans la joie de celui qui obéit à sa vocation. Mais il ne savait pas ces choses, il allait seulement au-devant d’elles, confiant.

Après avoir passé quelques heures avec l’abbé Huvelin à Paris, et lui avoir ouvert toute sa pensée, l’ermite arriva, comme un pauvre, avec d’autres pauvres, un soir à la porte de l’abbaye ardéchoise, fourbu, tout brun de poussière. Le Frère portier ne l’attendait point et ne l’avait pas connu dix ans plus tôt. Quand il compta les hôtes que le monastère accueillerait, ce soir-là, au nom de la charité du Christ, il ne distingua point Frère Charles qui se garda de se nommer, mais mangea, comme les autres, son écuelle de soupe chaude, dormit avec eux dans la grange, et ne se fit connaître que le lendemain matin, quand la cloche conventuelle sonna la première

Dom Martin, ayant accueilli l’ex-Frère Marie-Albéric, s’occupa aussitôt, avec zèle, d’obtenir que Mgr de Viviers l’acceptât parmi les clercs du diocèse. Il y réussit, les témoignages, de plusieurs cotés sollicités, ayant représenté Charles de Foucauld comme un homme de haute vertu. Entre l’abbé de la Trappe et celui-ci, il fut convenu qu’après un court séjour à Rome, Charles de Foucauld reviendrait à Notre-Dame-des-Neiges, et s’y préparerait au sacerdoce. Cette préparation commença en septembre 1900.

On avait résolu d’abréger, le plus possible, les délais, pour l’ordination de ce candidat qui avait déjà tant étudié, tant prié, et si amplement prouvé sa vocation. Le 22 décembre, il était fait sous-diacre, à Viviers. Presque aussitôt, il se remettait en retraite, en vue du diaconat. Sa vie s’écoulait dans une méditation continuelle. Il feuilletait, à longueur de jour, l’Évangile, la Bible, les écrits des Pères. Nous avons les cahiers sur lesquels cet assidu notateur écrivait certaines de ses pensées et de ses résolutions. Assez promptement, se pose devant lui la question : « Que deviendrai-je ? » et les projets s’ébauchent, et la voie apparaît. Il irait porter l’Évangile, non « aux voisins riches, mais aux boiteux, aux aveugles, aux pauvres, c’est-à-dire aux âmes manquant de prêtres. Dans ma jeunesse, j’avais parcouru l’Algérie et le Maroc. Au Maroc, grand comme la France, avec dix millions d’habitants, pas un seul prêtre à l’intérieur ; au Sahara, sept ou huit fois grand comme la France et bien plus peuplé qu’on ne le croyait autrefois, une douzaine de missionnaires. Aucun peuple ne me semblait plus abandonné que ceux-ci… »

Chapelle du grand séminaire de Viviers

Il fut ordonné diacre la veille du dimanche de la Passion 1901 et son ordination eut lieu à Viviers le 9 juin de la même année.

La veille, le Père abbé dom Martin lui avait dit : « Je vous accompagnerai, prenez les provisions qu’il faudra pour nous deux. » Les deux voyageurs, quelques instants après, se mettaient en route. Lorsque l’heure du déjeuner fut arrivée, Charles de Foucauld tira de sa poche un petit paquet, ouvrit l’enveloppe, et, sur la robe de l’abbé, déposa trois figues pour chacun, deux noix et une bouteille d’eau.

Le soir même, le nouveau prêtre regagnait les montagnes de l’Ardèche, pour dire sa première messe le 10 juin, à Notre-Dame-des-Neiges.

« Le Père de Foucauld »

René BAZIN