Afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne 

Lire l’évangile du dimanche XXV du temps ordinaire  (Mt 20, 1-16)

Aujourd’hui la liturgie nous propose différents sujets. Nous en choisirons un : les appels de Dieu. Nous avons d’abord, l’appel au ciel, au salut éternel, mais aussi l’appel à vivre la sainteté quotidienne et l’appel à une mission particulaire dans l’Eglise.

Le Seigneur nous dit : « Le royaume des Cieux est comparable au maître d’un domaine qui sortit dès le matin afin d’embaucher des ouvriers pour sa vigne. » Mt 20, 1

  1. Dieu nous appelle à son Royaume : L’appel au ciel, au salut éternel.

La première affirmation que nous devons faire est que Dieu donne à toutes les personnes les grâces pour arriver au ciel. La sainteté est justement « arriver au ciel » «sauver l’âme » même si la personne est ou non canonisée. En effet, nous dit Saint Paul dans sa première lettre à Timothée : « (Dieu) Il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité. » (1 Tim 2, 4)

Dieu donne à tous les moyens nécessaires pour arriver au salut. Cela est clair d’après ce que Dieu nous a révélé et aussi nous pouvons le constater par notre vie. Combien de fois Dieu nous appelle et nous appellera à la conversion.

Nous le constatons dans l’histoire du peuple d’Israël, mais aussi nous le voyons dans des personnes qui ne faisaient pas partie du peuple choisi.

Par exemple, Melchisédech dans l’Ancien Testament : Melchisédech, roi de Salem, fit apporter du pain et du vin : il était prêtre du Dieu très-haut. Il le bénit en disant : « Béni soit Abraham par le Dieu très-haut, qui a créé le ciel et la terre. (Gn 14, 18 -19)

Corneille, dans le Nouveau  Testament : Corneille… C’était quelqu’un de grande piété qui craignait Dieu; il faisait de larges aumônes au peuple juif et priait Dieu sans cesse… il eut la vision très claire d’un ange de Dieu qui entrait chez lui et lui disait : « Corneille ! »… « Tes prières et tes aumônes sont montées devant Dieu pour qu’il se souvienne de toi. (Actes 10, 12-13 )

L’Église considère tout ce que l’on peut trouver de bon et de vrai  » comme une préparation évangélique et comme un don de Celui (Dieu) qui illumine tout homme pour que, finalement, il ait la vie  » [1]

  1. L’appel à vivre la sainteté quotidienne. La sainteté comme l’action constante de l’Esprit Saint en notre vie.

La sainteté est « arriver au ciel » mais nous sommes appelés à être saints ici, sur la terre, de cette manière on peut définir la sainteté comme  « L’union au Christ, l’imitation du Christ »  Saint Paul disait « Je vis, mais ce n’est plus moi, c’est le Christ qui vit en moi. » (Gal 2, 20) on peut dire aussi que la sainteté est « l’action constante ou habituelle des dons du Saint-Esprit en notre façon d’agir »

« L’appel à la plénitude de la vie chrétienne et à la perfection de la charité s’adresse à tous ceux qui croient au Christ, quels que soient leur rang et leur état « [2].  » Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait  » (Mt 5, 48) :

En parlant de la sainteté nous pouvons parler de la prière, la méditation, la lecture spirituelle, mais nous voudrons remarquer deux idées en relation à la vertu, parce que les vertus humaines sont perfectionnées par les vertus surnaturelles et finalement par les dons du Saint Esprit.

Aristote dit : « La vertu est acquise par la répétition d’actes intenses ». Il faut faire une distinction, les vertus humaines sont « acquises » de cette manière, « les vertus morales sont humainement acquises »[3]  mais les vertus surnaturelles sont données par Dieu, mais en tout cas la répétition des actes intenses de foi, par exemple, dispose la personne à recevoir une croissance de la foi.

La répétition d’actes : Les vertus sont des dispositions habituelles[4]. Les habitudes naissaient en nous par la répétition des actes.

Par exemple : une personne qui fait, du pain, la cuisine, la peinture, une maison… commence avoir l’expérience ou l’habitude… ; une personne qui est en train apprendre à écrire, à lire, à conduire, à marcher, etc., cette personne devient habituée. On dit « je suis habitué ». C’est cela, la façon normale d’agir de l’homme.

De la même manière par la répétition d’actes, il faut apprendre à être juste, chaste, prudent… Le prophète Isaïe dit : « Apprenez à faire le bien : recherchez le droit, rendez justice à l’orphelin, défendez la cause de la veuve. » (Is 1, 17)

Intenses : L’intensité fait relation à la force, à la puissance, avec l’amour que nous faisons ce que nous devons faire.

L’intention d’une servante que fait le repas pour son maître parce que sinon elle va être punie, ce n’est pas la même intention que celle de l’épouse qui aime son mari. Un garçon qui est obligé à jouer au football ne va pas jouer de la même façon qu’un garçon qui aime jouer au football.

Alors, la vertu s’est fait petit à petit en nous et on commence à aimer ce que nous devons faire. Saint Thomas dit : La vertu est « Ultimum potentiae » c’est-à-dire la perfection la plus haute à laquelle l’homme peut aspirer. Nous devenons maîtres de nous-mêmes.

  1. La mission. L’appel à travailler pour le royaume du ciel.

Allez à ma vigne, vous aussi !L’origine et le but de la mission est Dieu, est Jésus qui nous appelle et nous tous nous sommes appelés, à ce sujet dit le compendium « Guidée par l’Esprit Saint, L’Eglise poursuit tout au long de l’histoire la mission du Christ lui-même. Les chrétiens doivent donc annoncer à tous la Bonne Nouvelle apportée par le Christ, en suivant le même chemin que lui, en étant prêts également au sacrifice jusqu’au martyre. »[5]

Mais chacun de nous a sa fonction dans la vigne de Dieu, en effet il y a deux sacrements qu’on les appelle « sacrements de mission » ces deux sacrements, « l’Ordre et le Mariage sont ordonnés :

  • Au salut d’autrui.
  • Ils confèrent une mission particulière dans l’Église et servent à l’édification du peuple de Dieu.
  • S’ils contribuent également au salut personnel, c’est à travers le service des autres qu’ils le font. » [6]

Selon les différents fonctions, nous avons l’obligation d’éduquer, d’aider, de corriger, de punir, prêcher, toujours pour le bien de nos prochains.

Lorsque le prophète Ezéchiel est appelé, Dieu lui-même le remarque : «  Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël. Lorsque tu entendras une parole de ma bouche, tu les avertiras de ma part. Si je dis au méchant : “Tu vas mourir”, et que tu ne l’avertis pas, si tu ne lui dis pas d’abandonner sa conduite mauvaise afin qu’il vive, lui, le méchant, mourra de son péché, mais à toi, je demanderai compte de son sang.

Au contraire, si tu avertis le méchant, et qu’il ne se détourne pas de sa méchanceté et de sa conduite mauvaise, lui mourra de son péché, mais toi, tu auras sauvé ta vie. (Ezéchiel 3, 17- 19)

Si nous voyons notre vocation, à laquelle Dieu nous appelle nous devons la suivre. Sinon nous ne pouvons pas prier ce que nous disons dans le Notre Père : « que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel. »

La très sainte Vierge Marie, elle qui a fait la volonté de Dieu en disant « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole », qu’elle nous donne la grâce de travailler comme pour notre sanctification et pour la sanctification de nos prochains comme Dieu le veut.

P. Andrés Nowakowski V. E.

Monastère « Bx. Charles de Foucauld »

[1]Lumen gentium 16

[2]Lumen gentium 40

[3]CIC 1804

[4]Compendium N 378.

[5]Compendium 173.

[6]CIC  1534

Cet héritage vous est réservé dans les cieux!

Lire l’évangile du dimanche XXV du temps ordinaire  (Mt 20, 1-16)

« Mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins » Nous l’avons entendu dans la première lecture, la prophétie d’Isaïe. Et c’est une aide pour commencer à méditer sur la parabole de ce dimanche.

En fait, elle a été toujours difficile à comprendre et même à prêcher, comme disait un écrivain commentateur, quand les prêtres doivent parler d’elle, il leur arrive comme les animaux sauvages, lorsqu’ils se voient entourés par les chasseurs, ils échappent par où ils peuvent.

Le premier élément à remarquer c’est que cette parabole est introduite et elle finit avec presque la même phrase : la première ne vient pas insérée dans le passage évangélique qu’on a lu ce dimanche (Mt. 19,30) : Beaucoup de premiers seront derniers, beaucoup de derniers seront premiers, le chapitre 20, d’où est pris le texte de ce dimanche, commence   « En effet, le royaume des Cieux est comparable au maître. Et la parabole finit avec cette phrase identique : Ainsi les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers ». On peut dire que toute la parabole vient donc comme enfermée par le même enseignement.

Qu’est-ce que le Seigneur veut dire avec cela ? Il veut dire que le Royaume des Cieux, les choses de Dieu sont assez différentes que celles de l’homme, la façon dont l’homme interprète parfois les choses, surtout lorsque nous voudrions comprendre les choses de Dieu avec nos catégories et notre intelligence, mais le Seigneur nous dit : Mes pensées ne sont pas vos pensées.

On peut dire donc que les projets de Dieu sont tellement différents qu’ils sont pratiquement à l’inverse des projets des hommes : mes chemins ne sont pas vos chemins.

Et pour cela les dernières paroles du patron de la parabole méritent une explication, c’est la réponse à celui qui reproche son attitude:

On commence par les dernières paroles :

Vas-tu regarder avec un œil mauvais parce que moi, je suis bon ? Un premier aspect à souligner c’est que le mot en grec fait référence à un œil « tordu », à la place de mauvais ; c’est-à-dire un œil qui est incapable de voir les choses comme elles sont en réalité. Cela veut dire : tu ne peux pas voir comment (la manière dont) je suis bon.

N’ai-je pas le droit de faire ce que je veux de mon bien ? A la place de penser qu’il est injuste selon notre justice humaine, il faut plutôt penser que sa justice dépasse largement notre justice.

Je veux donner à ce dernier une pièce d’argent comme à toi : alors cette pièce d’argent ce sont les biens « ordinaires » de ce monde. Dieu donne à tous pareil, Il ne fait pas de différence.

Mais il faut que ceux qui travaillent sachent que même s’ils sont les derniers, ils seront les premiers, parce que les « injustices » de la Providence sont finalement apparentes dans ce monde ; l’autre vie est là pour tout équilibrer. Face à l’éternité, le temps de ce monde n’est rien.  Mais l’autre vie est déjà commencée, l’Eternité est greffée dans le temps, et cela nous l’appelons « la vie de la grâce et de la foi». Elle nous donne de façon presque visible la possibilité de voir que les derniers commencent à devenirs les premiers, comme une douce consolation, une assurance et une tranquillité de pouvoir nous réjouir des créatures de ce monde d’une joie pure et sainte et qu’elles nous aident aussi pour nous élever vers le Ciel.

C’est la grande vérité que nous apprend aussi Saint Pierre apôtre (1 Pierre 1,3-7) : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus Christ : dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître pour une vivante espérance grâce à la résurrection de Jésus Christ d’entre les morts, pour un héritage qui ne connaîtra ni corruption, ni souillure, ni flétrissure. Cet héritage vous est réservé dans les cieux, à vous que la puissance de Dieu garde par la foi, pour un salut prêt à se révéler dans les derniers temps. Aussi vous exultez de joie, même s’il faut que vous soyez affligés, pour un peu de temps encore, par toutes sortes d’épreuves ; elles vérifieront la valeur de votre foi qui a bien plus de prix que l’or. »

Alors, comment concilier la vérité de la Providence de Dieu avec celle de l’existence du mal dans ce monde ? Pour un grand nombre de personnes, cela est une grande difficulté, qui devient même radicale, lorsqu’ils arrivent à accuser Dieu du mal et de la souffrance, jusqu’à nier parfois l’existence de Dieu.

Sans la foi, on ne pourrait jamais donner une véritable réponse. Encore plus, on ne pourrait jamais accepter l’existence du mal dans nos vies sans croire d’abord dans le mystère pascal de Notre Seigneur Jésus-Christ. Il le confirme de sa propre vie (dans sa pauvreté, son humiliation, la fatigue et sa souffrance), encore plus, Il prend sur lui la souffrance « multiforme » de l’existence de l’homme dans ce monde.

Alors, c’est par notre foi en Jésus-Christ nourrie dans la prière, que peu à peu et graduellement nous découvrons le vrai sens de la souffrance que chacun expérimente dans sa propre vie.

Il s’agit d’une découverte qui dépend seulement de cette parole révélée par Dieu et de la Parole de la Croix du Christ, comme dit saint Paul (Cfr. 1 Cor 1, 18), du Christ qui est le pouvoir et la sagesse de Dieu.

Si nous découvrons à travers la foi ce pouvoir et cette sagesse, nous nous retrouvons donc sur les chemins de la Providence. C’est là que prennent sens les paroles du Psaume  22 : Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal,  car tu es avec moi : ton bâton me guide et me rassure.

La Providence se révèle donc comme le chemin que Dieu fait à côté de chacun de nous, Dieu marche avec nous les chemins de nos vies.

De façon belle et synthétique le Concile Vatican II a proclamé cela dans la constitution « Gaudium et Spes » (22): C’est donc par le Christ et dans le Christ que s’éclaire l’énigme de la douleur et de la mort qui, hors de son Évangile, nous écrase. Impossible de découvrir le sens de la souffrance, de la douleur sans la foi en Jésus-Christ, impossible de donner une réponse sans contempler d’abord le mystère de la Passion et de la Croix et sa Résurrection.

C’est dans la résurrection de Jésus, que nous comprenons la vie nouvelle, le Royaume de Cieux qui nous attend après cette vie, la vie de ce monde n’est qu’une préparation pour celle qui viendra, là où nous verrons clairement les pourquoi de Dieu, ce que parfois dans ce monde nous est impossible d’arriver à comprendre avec notre seule intelligence. Nous voyons actuellement de manière confuse, comme dans un miroir ; ce jour-là, nous verrons face à face (1 Co 13,12).

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné