La Vigne de Dieu est son Eglise

Lire l’évangile du dimanche XXVII du temps ordinaire (Mt 21, 33-43)

Nous sommes déjà dans les derniers dimanches de l’année liturgique, elle finira avec la Solennité du Christ Roi, à la fin du mois de novembre.

Chaque dimanche on avance de façon chronologique dans la vie publique de Notre Seigneur, et pour cela nous sommes presque dans les derniers chapitres de l’évangile de saint Mathieu.

En tenant compte de cela, il faut savoir que la parabole que nous venons de proclamer, le Seigneur l’a prononcée précisément le mardi avant sa mort, ce qui est pour nous le mardi saint.

Les maîtres du temple, comme dit l’évangile, c’est-à-dire les chefs des prêtres et les pharisiens venaient de poser des questions à Jésus par rapport à son autorité. L’attitude qu’ils prenaient était celle des représentants et protecteurs du peuple juif, le peuple qu’ils devaient protéger de tomber dans l’erreur.

Ainsi, à travers cette parabole, le Seigneur leur montre quelle sorte de protecteurs et de guides ils étaient, parce que finalement ce que les conduisait dans leur façon d’agir c’était la haine contre le Seigneur et non pas le zèle pour le culte et la loi.

Ils se rappelaient évidement cette prophétie d’Isaïe que nous avons écoutée dans la première lecture : la vigne du Seigneur de l’univers, c’est la maison d’Israël. A l’entrée du temple, il y avait même représentée aussi une grande vigne, image du peuple d’Israël. Ces guides religieux comprenaient bien que s’occuper donc de la vigne d’Israël voulait dire précisément aider le peuple dans la foi au Dieu unique, mission qu’ils n’avaient pas accomplie.

La parabole n’est pas difficile à interpréter, en fait les ennemis de Jésus l’ont comprise mieux que nous. Mais relisant le texte nous devons remarquer que bien que la parabole montre la cruauté des vignerons envers les serviteurs, elle laisse voir d’autre part que Dieu n’a pas retiré son amour, Il a par contre continué à envoyer de nouveaux appels à la conversion, envoyant à la fin son propre Fils. En fait la parabole garde encore le message que Dieu a beaucoup de patience même envers ceux qui sont plongés au plus profond de leur péché.

Mais la parabole devient une triste prophétie du sort du Fils Unique de Dieu et du grand péché de ces chefs religieux, ce que saint Augustin constate dans son commentaire : « Ce vignerons Le tuèrent à fin de pouvoir prendre son héritage, mais parce qu’ils L’avaient tué, ils le perdirent… »

Alors, l’image de la vigne et de l’héritier n’est pas la seule dans cet évangile, le Seigneur en donne une autre, celle de la pierre angulaire. Le Fils de Dieu serait donc la pierre que l’on méprise et que l’on rejette. Mais Il prédit, comme chaque fois qu’Il annonçait sa mort, son triomphe ; il serait la pierre qui unirait deux peuples juifs et gentils dans une même demeure, l’Eglise.

Et voilà que le Seigneur finit avec une douloureuse prophétie envers eux qui ont refusé de croire en Lui : Le royaume de Dieu vous sera enlevé pour être donné à un peuple qui lui fera produire son fruit.

Alors ce peuple nouveau nous l’appelons Eglise et nous devons rendre grâce au Seigneur de faire partie de ce peuple. Nous allons parler un peu aujourd’hui donc de l’Eglise, que nous appelons aussi Corps mystique du Christ parce qu’elle est unie à Christ, un Corps pour qu’il soit vivant, il faut qu’il soit uni à la tête.

Parfois, les hommes voient l’Eglise comme une simple société « naturelle » ou humaine. Il est vrai qu’elle est une société, parce que ses membres ont une finalité commune, tous dirigés par une seule autorité. Mais ce qui fait de l’Eglise une société différente des autres, c’est le fait d’avoir un composant surnaturel et infini. Ce composant est l’Esprit Saint et Il agit en elle comme principe d’unité. C’est la continuation de la Pentecôte, où l’Esprit est descendu sur tous les disciples qui se trouvaient au Cénacle en prière.

Comme chrétiens catholiques, nous devons donc refuser et combattre les erreurs qui tentent de qualifier l’Eglise comme une société simplement humaine et qui peut finir un jour comme beaucoup d’autres religions l’ont fait. Mais, il y a beaucoup de personnes qui ont une fausse idée sur la nature de l’Eglise Catholique, même parfois parmi ceux qui se considèrent catholiques, par exemple :

Ils se trompent ceux qui disent que l’Eglise n’est qu’une création humaine, inventée par les disciples de Jésus ; au contraire, c’est Jésus lui-même qui a créé l’Eglise, la soutient avec son pouvoir et la guidera dans l’histoire jusqu’à son retour glorieux.

Ils se trompent aussi les chrétiens catholiques qui considèrent que l’Eglise n’est que le pape et les cardinaux, et qui passent le temps à critiquer l’Eglise, mais ils ignorent qu’ils font partie aussi de l’Eglise et qu’ils sont l’Eglise !

Ils se trompent aussi ceux qui considèrent que l’Eglise est pécheresse ou coupable, parce que la façon correcte c’est de dire plutôt que l’Eglise est remplie d’hommes et femmes comme nous, et qui sont des pécheurs.

Au lieu de critiquer l’Eglise, tout en étant ses membres, nous devrions être plus responsables, sachant que l’image de notre Eglise deviendrait meilleure si chaque catholique commençait à vivre la foi de façon plus vivante, si chacun de nous grandissait en sainteté à travers la vie de la grâce et des sacrements. Parce qu’il est plus facile de déléguer la responsabilité du mal dans l’Eglise à d’autres qui sont peut-être aussi des grands pécheurs, mais d’éviter de me demander en moi-même : et moi, comment je vis ma vie chrétienne ?

Alors, il y a une question que nous pouvons nous poser aujourd’hui :

Je me considère vraiment membre de l’Eglise ? Je suis vraiment un membre de l’Eglise Catholique ? Comment le savoir ?

Le Concile Vatican II nous donne une très bonne réponse, qui doit nous faire réfléchir si ces paroles se réalisent en chacun de nous, en écoutant ces paroles je peux savoir si je suis pleinement un membre de l’Eglise, c’est une définition prise de la constitution dogmatique Lumen Gentium :

  • Sont incorporés pleinement à la société qu’est l’Église ceux qui, ayant l’Esprit du Christ, acceptent intégralement son organisation et les moyens de salut qui lui ont été donnés,
  •  et qui, en outre, grâce aux liens constitués par la profession de foi (même Credo, mêmes vérités), les sacrements, le gouvernement ecclésiastique et la communion, sont unis, dans l’ensemble visible de l’Église, avec le Christ qui la dirige par le Souverain Pontife et les évêques.
  •  L’incorporation à l’Église, cependant, n’assurerait pas le salut pour celui qui, faute de persévérer dans la charité, reste bien « de corps » au sein de l’Église, mais pas « de cœur». Il ne suffit pas d’appartenir de corps, il faut appartenir de cœur, et cela se fait en vivant la charité, qui est accomplissement de la loi de l’Evangile. Comme dit Saint Paul dans la lettre aux Romains : l’amour c’est le plein accomplissement de la Loi.
  •  Tous les fils de l’Église (continue le texte) doivent d’ailleurs se souvenir que la grandeur de leur condition doit être rapportée non à leurs mérites, mais à une grâce particulière du Christ (appartenir à l’Eglise c’est une grâce, que nous n’avons pas méritée);
  •  mais s’ils n’y correspondent pas par la pensée, la parole et l’action (à cette grâce), ce n’est pas le salut qu’elle leur vaudra, mais un plus sévère jugement.  (Lumen Gentium 14)

Nous sommes ce nouveau peuple d’Israël, nous sommes l’Eglise fondée sur la Pierre Angulaire qui est le Christ.

Mais nous devons être attentifs, bien qu’une grande partie du peuple d’Israël ait refusé d’accepter le Messie comme les évangiles nous le montrent, nous pouvons dans notre cœur refuser d’appartenir à son Corps Mystique qu’est l’Eglise ; là, où notre Seigneur nous a laissé toutes les grâces et moyens nécessaires pour notre salut éternel.

Nous aurons peut-être souvent des tentations contre l’Eglise mais nous devons lutter contre elles pour les vaincre, et en même temps demander la grâce de croire en Elle et de grandir dans son amour. A la Très Sainte Vierge Marie, Mère de l’Eglise nous demandons cette grâce.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

« Mon enfant, va travailler aujourd’hui à la vigne »

Le Christ dirige ces mots d’abord aux autorités du peuple juif, en effet le texte évangelique (Mt. 21, 28-32)  que nous avons entendu dit: Jésus disait aux grands prêtres et aux anciens du peuple :

Mais cette parabole parle de la façon dont nous devons faire la volonté de Dieu et pour cette raison elle nous est également adressée.

La volonté de Dieu est un sujet très complexe, nous évoquerons simplement trois distinctions que nous pouvons faire et qui sont très utiles pour la vie spirituelle.

  1. La volonté que Dieu nous révèle et notre attitude spirituelle.

2 La volonté de Dieu que nous connaissons par les grâces actuelles.

  1. La volonté que Dieu n’a nous pas encore révélée et notre attitude spirituelle : le saint abandon.

Nous ouvrons ici une parenthèse avant de continuer pour préciser que la volonté de Dieu est simple, mais nous faisons des distinctions par notre façon de connaître. Par exemple, la distinction que nous venons de faire de la volonté de Dieu révélée ou non révélée ne modifie absolument rien en Dieu, mais elle change par rapport à nous par le simple fait que l’une (la volonté révélée) est connue et que l’autre (celle qui n’est pas encore révélée) nous est inconnue.

  1. La volonté que Dieu nous révèle et notre attitude spirituelle.

Cette volonté est celle qu’il a lui-même révélée par certains signes, les préceptes, les interdictions, les conseils évangéliques. La volonté de Dieu a été manifestée « dans toute la vie et la prédication du Christ, et dans la catéchèse morale des Apôtres. Le Discours sur la Montagne en est la principale expression. »[1]

Aussi cette volonté est celle que Dieu manifeste par sa providence, tous les événements qui ne dépendent pas de la volonté de l’homme, par exemple celle qui se présente en des événements doux et joyeux, mais en d’autres qui sont amers et tristes.

La volonté signifiée permet aussi le mal causé par notre prochain : le ridicule, le mépris, les calomnies, les diffamations, les injustices … mais toujours ordonné à un bien surnaturel, notre sainteté

Les saints nous ont donné l’exemple de comment nous devons faire la volonté de Dieu, mais ils ont suivi l’exemple du Christ, Saint Paul nous dit ce que nous avons écouté dans la 2ème lecture (Ph 2, 1-5) : « Ayez en vous les dispositions qui sont dans le Christ Jésus : Le Christ Jésus, ayant la condition de Dieu…   il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. »

C’est la grâce que nous demandons dans la prière de Notre Père : « que ton Règne vienne, que ta volonté soit faite, sur la terre comme au ciel »

2 La volonté de Dieu que nous connaissons par les grâces actuelles.

La grâce actuelle est une action de Dieu surnaturelle et passagère sur les forces de l’âme humaine, dans le but de pousser l’homme à faire un acte de salut.[2]

La grâce actuelle illumine l’intelligence pour nous faire voir la volonté de Dieu et fortifie notre volonté pour nous faire agir surnaturellement.

Les Actes des Apôtres nous parlent de cette illumination en disant : « Lydie, une négociante en étoffes de pourpre, originaire de la ville de Thyatire, et qui adorait le Dieu unique, écoutait. Le Seigneur lui ouvrit l’esprit pour la rendre attentive à ce que disait Paul » (Actes 16, 14)

Les grâces actuelles peuvent nous pousser, pour ainsi dire à prier, à nous confesser, à une vocation particulière, à être plus généreux, etc.…

Pour cela nous devons être attentifs :

  • Parce que parfois nous sommes trop charnels : L’homme(le texte latin dit charnel) par ses seules capacités, n’accueille pas ce qui vient de l’Esprit de Dieu (1 cor 2, 14)
  • Parce que nous pouvons avoir des attachements : que c’est le sentiment qui unit une personne aux personnes ou aux choses auxquelles elle est liée.[3]
  • Il faut donc faire un bon discernement : parce que parfois, les lumières que nous recevons par les grâces actuelles ne sont pas des vérités de foi qui appartiennent aux vérités révélées. Plusieurs fois, nous devrions demander au confesseur ou au guide spirituel de nous conseiller, afin que nous puissions voir plus clairement ce que Dieu demande.
  • Et avoir de la docilité : Nous ne devons pas laisser que le Saint-Esprit nous attende, au moment où Il nous appelle, nous devons le suivre.

Un exemple qui peut nous illuminer : Lorsque nous nous attendons une personne que nous aimons beaucoup, au moment où il vient et frappe la porte, nous ouvrons immédiatement. Aimons- nous vraiment Dieu ?

 « Je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui ; je prendrai mon repas avec lui, et lui avec moi. « ( Ap 3,20 )

  1. La volonté que Dieu ne nous a pas encore révélée et notre attitude spirituelle : le saint abandon.

Notre avenir, notre futur, notre santé, notre paix, notre consolation, notre désolation ou notre aridité, notre vie courte ou longue.

Il y a beaucoup de difficultés auxquelles nous devrons faire face pour arriver au paradis ; parmi elles, les difficultés liées à la famille, au travail, à la santé et à la vie de nos enfants, à ma persévérance, à la persévérance de mon épouse … Si nous sommes consacrés, les difficultés dans la communauté, les difficultés de la mission ; et pour tous la persécution. Toutes ces difficultés nous ne pouvons pas les connaître, mais nous savons que Dieu nous aime et que nous aimons Dieu et que nous voulons grandir dans la charité, ainsi Saint Paul nous rappelle : « Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien » (Rm 8, 28)

Notre attitude doit être celle du saint abandon : si Dieu nous aime, nous devons être prêts à tout ce qu’il nous demande.

Le père Hurtado (Saint Alberto Hurtado) disait en relation au saint abandon : « il est comme si on signe un chèque en blanc et on le donne à Dieu, qu’il écrive ce que lui veut. Tout ce que Dieu va écrire, est et sera pour notre bien.

Le Bx. Charles de Foucauld priait ainsi :

Mon Père, mon Père, je m’abandonne à toi 
Fais de moi ce qu’il te plaira.
Quoi que tu fasses, je te remercie.
Je suis prêt à tout, j’accepte tout.

Car tu es mon Père, je m’abandonne à toi. Car tu es mon Père.

P. Andrés Nowakowski V. E.

Monastère « Bx. Charles de Foucauld »

[1]Compendium 421.

[2]Ott. Théologie Dogmatique. Pag 320

[3]Grand Robert.