Martyrologe  du 1 au 5 mars

(A la fin du Martyrologe de chaque jour, on dit)

V/ Précieuse aux yeux du Seigneur.

R/ Est la mort de Ses saints.

Oraison

Que sainte Marie et tous les saints intercèdent pour nous auprès du Seigneur, afin que nous obtenions secours et salut de Celui qui vit et règne pour les siècles des siècles. Amen

Le 1er mars

1.         À Rome, près de saint Paul sur la voie d’Ostie, en 492, la mise au tombeau du pape saint Félix III, qui fut l’aïeul du pape saint Grégoire le Grand.
2.         À Angers, vers 550, saint Aubin, évêque. D’une grande austérité, il stigmatisa avec énergie les mariages incestueux, fréquents chez les nobles, et promut le troisième concile d’Orléans pour la rénovation d’ l’Église en Gaule.
3.         À Ménévie au pays de Galles, vers 601, saint David, évêque. À l’imitation des exemples et des coutumes des Pères orientaux, il fonda un monastère, d’où sortirent un grand nombre de moines, qui évangélisèrent le pays de Galles, l’Irlande, les Cornouailles et l’Armorique.
4.         Dans le Maine, vers 680, saint Siviard, abbé d’Anisole.
5.         Dans une île du Rhin en Saxe, l’an 713, saint Switbert, évêque. D’abord moine en Northumbrie d’Angleterre, il devint le compagnon de mission de saint Willibrord, puis, ordonné évêque par saint Wilfrid, il revint sur le continent prêcher l’Évangile aux Bataves, aux Frisons et à d’autres peuples germains et mourut pieusement dans le monastère qu’il avait fondé dans sa vieillesse.
6.         Au Pays basque, au IXe siècle, saint Léon, évêque et martyr.
7*.         En Sicile, vers 900, saint Léon Luc, abbé de Corléon, qui suivit la Règle de saint Basile et brilla par sa vie érémitique et cénobitique.
8*.         À la Celle Neuve en Galice, l’an 977, saint Rudesinde, évêque et abbé. À la tête de l’Église de Dume, il eut soin de promouvoir ou de restaurer la vie monastique dans la province, puis, s’étant démis de sa charge épiscopale, il prit l’habit monastique dans le monastère de la Celle Neuve, dont il devint ensuite l’abbé.
9*.         À Taggia en Ligurie, l’an 1484, commémoraison du bienheureux Christophe de Milan, prêtre de l’Ordre des Prêcheurs, appliqué au culte divin et à la sainte théologie.
10*.         À l’abbaye de Bassano en Vénétie, l’an 1670, la bienheureuse Jeanne-Marie Bonomo, abbesse de l’Ordre de saint Benoît, remplie de dons mystiques, qui participa dans son âme et dans son corps aux douleurs de la passion du Seigneur.
11.         À Xilinxian dans la province chinoise de Guangxi, en 1856, sainte Agnès Cao Kuiying, veuve et martyre. Mariée d’abord à un paysan violent, à la mort de celui-ci, elle se consacra, sur mandat de l’évêque, à enseigner la doctrine chrétienne, ce qui lui valut d’être arrêtée, condamnée au supplice de la cage et finalement fusillée.

Le 2 mars

1.         À Néocésarée dans le Pont, l’an 251, saint Troadius, martyr de la persécution de l’empereur Dèce ; saint Grégoire le Thaumaturge donna l’assurance de son combat.
2.         À Lichfield en Angleterre, l’an 677, saint Céadde ou Chad, évêque. Dans des circonstances difficiles, il exerça son ministère épiscopal dans la province de Mercie et de Lindsey, et prit soin d’administrer son peuple selon les exemples des anciens Pères, en se montrant humble, pieux, zélé et apostolique.
3.         À Argira en Sicile, au IXe siècle, saint Luc Casali de Nicosie, abbé.
4*.         À Prague en Bohême, vers 1282, sainte Agnès, abbesse. Fille du roi Ottokar, elle repoussa plusieurs propositions de mariage, dont celle de l’empereur Frédéric II, préférant épouser le Christ Jésus. Elle embrassa la Règle de sainte Claire dans le monastère du Saint-Sauveur qu’elle avait fait construire, et où elle voulut observer la pauvreté parfaite, exhortée en cela par sainte Claire elle-même.
5*.         À Bruges en Flandre, l’an 1127, le bienheureux Charles le Bon, martyr. Prince du Danemark et ensuite comte de Flandre, il se montra gardien de la justice et défenseur des pauvres, jusqu’au jour où il fut tué par des soldats conjurés, qui refusaient la paix qu’il voulait leur imposer.
6.         À Séville en Espagne, l’an 1932, sainte Angèle de la Croix (Marie-Ange Guerrero y Gonzalez), vierge, Née pauvre, elle estimait qu’elle n’avait aucun droit, sinon de servir les pauvres et elle fonda des Sœurs de la Compagnie de la Croix.

Le 3 mars

1.         À Césarée de Palestine, vers 260, les saints Marin, soldat et Astérius, sénateur, martyrs durant la persécution de l’empereur Galère. Le premier, dénoncé comme chrétien par un compagnon d’armes jaloux, déclara hautement sa foi devant le juge et reçut la couronne du martyre par la décapitation ; et quand Astère recueillit le corps du martyr en lui faisant un coussin de son vêtement, aussitôt, rapporte-t-on, il reçut lui-même, avec le martyre, l’honneur qu’il rendait au martyr.
2.         À Calahorra en Espagne Tarragonaise, au début du IVe siècle, les saints Éméthère et Chélidoine, qui servaient comme soldats au camp de Léòn en Galice, quand se déchaîna la persécution. Tous deux, pour avoir confessé le nom du Christ furent conduits jusqu’à Calahorra et y reçurent la couronne du martyre.
3.         À Amasée dans le Pont, vers l’an 306, les saints Cléonique et Eutrope, martyrs de la persécution de l’empereur Maximien, sous le préfet Asclépiodote.
4.         À Brescia en Vénétie, vers l’an 526, saint Titien, évêque.
5. En Cornouaille d’Armorique, au VIe siècle, saint Guénolé, premier abbé de Landévennec, qui fut, dit-on, disciple de saint Budoc dans l’île Lavret et illustra à Landévennec la règle monastique.
6*.         À Bénévent en Campanie, vers l’an 670, sainte Arthellaïs, vierge.
7*.         À Nonantola en Émilie, l’an 807, saint Anselme, fondateur et premier abbé du monastère de ce lieu, où pendant cinquante ans il sut promouvoir la discipline monastique par ses préceptes et l’exercice des vertus.
8.         À Kaffungen en Hesse, vers l’an 1033 ou 1039, sainte Cunégonde. Avec son époux, l’empereur saint Henri, elle combla l’Église de bienfaits et, après sa mort, se retira comme moniale dans le cloître, faisant du Christ son héritier, et c’est là qu’elle mourut. Son corps fut déposé avec honneur près de celui de saint Henri, à Bamberg.
(Au Luxembourg : sa mémoire est célébrée le 13 juillet avec celle de saint Henri.)
9*.         En Frise, l’an 1175, le bienheureux Frédéric, prêtre, qui fut d’abord curé du bourg de Hallum, puis abbé du monastère prémontré du Jardin de Marie.
10*.         À Palerme en Sicile, l’an 1452, le bienheureux Pierre Jérémie, prêtre de l’Ordre des Prêcheurs, qui fut confirmé dans le ministère de la parole de Dieu par saint Vincent Ferrier et se donna tout entier au salut des âmes.
11*.         À Verceil dans le Piémont, en 1508, le bienheureux Jacobin de Canepacci, religieux de l’Ordre des Carmes, d’un zèle remarquable pour la prière et la pénitence.
12*.         Près de Gondar en Éthiopie, l’an 1716, les bienheureux martyrs Libéré Weiss, Samuel Marzorati et Michel-Pie Fasoli, prêtres de l’Ordre des Mineurs, qui furent lapidés à cause de la foi catholique.
13*.         À Vannes, en 1796, le bienheureux Pierre-René Rogue, prêtre de la Mission et martyr. Pendant la Révolution française, il récusa le serment à la Constitution civile du clergé, demeura dans la ville pour exercer son ministère en secret auprès des fidèles, fut condamné à mort dans l’église même où il avait célébré les saints mystères et il chantait les bontés du Seigneur tadis qu’on le menait à l’échafaud
14.         À Brescia en Lombardie, l’an 1852, sainte Thérèse-Eustochium (Ignace Verzeri), vierge, fondatrice de l’Institut des Filles du Sacré-Cœur de Jésus.
15*.         À Bergame, également en Lombardie, l’an 1890, le bienheureux Innocent de Berzo (Jean Scalvinoni), prêtre de l’Ordre des Frères Mineurs Capucins, qui s’illustra par une parfaite charité dans la diffusion de la parole de Dieu et dans l’audition des confessions.
16.         À Philadelphie, en Pennsylvanie aux États-Unis, en 1955, sainte Catherine Drexel, vierge, qui fonda la Congrégation des Sœurs du Saint-Sacrement et dépensa non seulement les biens qu’elle avait reçus en héritage, mais encore toutes ses forces, pour éduquer et aider les Indiens et les Noirs d’Amérique.

Le 4 mars

1.         Mémoire de saint Casimir, fils du roi de Pologne, prince que le zèle pour la foi, la chasteté, la pénitence, la bonté envers les pauvres et la dévotion envers l’Eucharistie et la Vierge Marie ont rendu célèbre. Atteint de phtisie, il mourut saintement, à l’âge de vingt-six ans, au château de Grodno, à Vilnius en Lituanie, l’an 1484.
2.         À Nicomédie en Bithynie, peut-être au IVe siècle, les saints Photius, Archélaüs, Quirin et dix-sept autres martyrs.
3*.         À Trèves en Rhénanie, l’an 705, saint Basin, évêque. Issu des ducs du royaume d’Austrasie, il fut d’abord moine, puis abbé de Saint-Maximin de Trèves et enfin élevé au siège épiscopal de la cité ; il donna son accord à la fondation de sainte Irmine à Echternach.
4*.         À Comacchio en Flaminie, au VIIIe siècle, saint Appien, moine, envoyé du monastère de Saint-Pierre au Ciel d’Or de Pavie dans cette ville, où il termina sa vie dans la retraite.
5*.         Au monastère de Cava en Campanie, l’an 1123, saint Pierre Ier. Il avait suivi la vie monastique depuis sa jeunesse, quand il fut élu évêque de Policastro, mais, fatigué de la vie bruyante du siècle, il revint à son monastère et là, devenu abbé, il restaura merveilleusement la discipline, selon les observances de Cluny.
6*.         À Chambéry en Savoie, l’an 1158, le bienheureux Humbert III, comte de Savoie. Après plusieurs mariages, il quitta le pouvoir pour se faire moine à Hautecombe, mais ses barons le contraignirent à reprendre le pouvoir et à se remarier. Au bout de quelques années, il put reprendre la vie monastique, dont il fit profession juste avant de mourir.
7*.         À Londres, en 1590, les bienheureux martyrs Christophe Bales, prêtre, Alexandre Blake et Nicolas Horner, martyrs, qui, sous la reine Élisabeth Ière, furent soumis aux supplices du gibet à cause de la foi catholique.
8*.         À Saint-Sauveur-le-Vicomte en Normandie, l’an 1877, la bienheureuse Placide (Eulalie Viel), vierge, qui dirigea avec zèle et humilité la Congrégation des Sœurs des Écoles chrétiennes de la Miséricorde.
9*.         À Vicence en Vénétie, l’an 1888, le bienheureux Jean-Antoine Farina, évêque, qui déploya une activité pastorale multiple et fonda l’Institut des Sœurs Maîtresses de Sainte-Dorothée Filles des Saints Cœurs, pour qu’elles veillent à la formation des jeunes filles pauvres et s’occupent de tous les affligés et marginalisés.
10*.         À Berezwecz, près de la ville de Glebokie en Pologne, l’an 1942, les bienheureux martyrs Miecislas Bohatkiewicz, Ladislas Mackowiak et Stanislas Pyrtek, prêtres, le premier de Pinsk, les autres de Vilnius, qui, sous le régime militaire nazi, furent jetés en prison et fusillés dans un bois.
**        A Vannes, en 1825, la bienheureuse Louise-Elisabeth de Lamoignon, (Mère Saint-Louis), veuve et religieuse, Fondatrice des sœurs de la Charité de Saint-Louis (béatifiée le 27 mai 2012 par Benoît XVI)
**        En Hongrie, en 1951, le bienheureux Meszlényi Zoltan Lajos Évêque hongrois martyr tué en haine de la foi sous le régime communiste soviétique (béatifié le 31 octobre 2009 par Benoît XVI)

Le 5 mars

1.         Commémoraison de saint Théophile, évêque de Césarée de Palestine, qui, sous l’empereur Septime Sévère, se rendit remarquable par sa sagesse et l’intégrité de sa vie, et mourut vers l’an 195.
2.         En Pamphylie, vers 250, saint Conon, jardinier, martyr. Sous l’empereur Dèce, il eut les pieds percés de clous, reçut l’ordre de courir devant un char, tomba sur les genoux et rendit l’âme en priant.
3.         À Rome, au cimetière de Calliste sur la voie Appienne, en 254, la mise au tombeau de saint Lucius, pape. Successeur de saint Corneille, il fut presque aussitôt envoyé en exil, sous l’empereur Gallus, mais ensuite, par une disposition divine, il revint indemne dans son Église, confesseur invincible de la foi. Saint Cyprien l’a célébré par de grandes louanges.
4.         Saint Phocae, À Sinope sur la Mer Noire, au IVe siècle,, martyr. Jardinier, il souffrit de multiples outrages pour le nom du Rédempteur
5.         À Césarée de Palestine, en 309, saint Adrien, martyr. Durant la persécution de Dioclétien, par ordre du préfet Firmilien, le jour où l’on avait coutume de fêter le jour natal de la Fortune des Césars, il fut, à cause de la foi au Christ, exposé d’abord à un lion, puis égorgé par l’épée.
6.         Sur la rive du Jourdain, également en Palestine, l’an 475, saint Gérasime, anachorète, qui, au temps de l’empereur Zénon, fut ramené par saint Euthyme à la foi orthodoxe et accomplit de grandes œuvres de pénitence, offrant à tous ceux qui s’exerçaient à la vie monastique sous sa direction une méthode de discipline et de conduite parfaite.
7*.         À Saighir dans la région d’Ossory en Irlande, vers l’an 530, saint Kiéran, évêque et abbé.
8*.         À Arles en Provence, vers l’an 618, saint Virgile, évêque, qui donna l’hospitalité à saint Augustin et ses moines qui se rendaient en Angleterre, sur la recommandation du pape saint Grégoire le Grand.
9*.         À Vigevano en Lombardie, l’an 1485, le bienheureux Christophe Macassoli, prêtre de l’Ordre des Mineurs, remarquable par sa prédication et sa charité envers les pauvres.
10*.         À Naples, l’an 1625, le bienheureux Jérémie de Valachie (Jean Kostistik), religieux de l’Ordre des Mineurs capucins, qui assista les malades sans relâche, avec amour et joie, durant quarante ans.
11.         À Naples également, l’an 1734, saint Jean-Joseph de la Croix (Charles-Gaétan Calosinto), prêtre de l’Ordre des Mineurs, qui suivit les traces de saint Pierre d’Alcantara et rétablit la discipline régulière dans beaucoup de couvents de la province de Naples.

Source: www.societaslaudis.org

LES ÉTAPES DE LA VIE DE CHARLES DE FOUCAULD XXI

Vers le milieu de l’année 1903, l’ermite forme le vœu de pénétrer jusqu’aux régions plus méridionales habitées par les Touareg, peuple de race berbère, intelligent et fier, beaucoup moins fanatique que l’Arabe. Il écrit le 24 juin à Mgr Guérin pour lui demander la permission d’aller s’installer chez eux, en attendant qu’il puisse y installer des prêtres.

« J’y prierai, j’y étudierai la langue et traduirai le Saint Evangile;… tous les ans je remonterai vers le Nord me confesser. Chemin faisant, j’administrerai les sacrements dans tous les postes… Je réserve l’autorisation de l’abbé Huvelin… J’écris au commandant Laperrine, lui demandant de m’autoriser à exécuter ce projet. »

Comme on le voit, l’imagination ardente de Charles de Foucauld rêve, demande, prépare de grands desseins mais, attentif à chaque plainte, et aussi à chaque nouvelle par où s’exprime le monde où il vit, il est toujours prêt à répondre et à se considérer comme en service commandé. L’été de 1903 lui offre, soudainement, l’occasion de porter les secours de la religion a des Français en péril de mort. Il est le seul prêtre dans ces régions immenses ; nos postes n’ont pas d’aumônier ; les âmes ont été négligées, bien qu’on attende d’elles la plus haute vertu d’obéissance et de sacrifice. Il n’a pas un instant d’hésitation : il part ; il remplit un des grands offices pour lesquels il s’est avancé dans le Sahara. Voici les faits.

Les attaques de convois ou de postes se multipliaient ; l’agitation pouvait, d’un moment à l’autre, tourner à la révolte. Le 16 juillet, 200 Berâbers attaquaient, à 3 heures du matin, 50 tirailleurs algériens de la compagnie d’Adrar, qui étaient obligés de battre en retraite. Neuf jours après le chef du bureau arabe de Beni-Abbès surprenait les Berâbers au puits de Bou-Kheïla, leur tuait 30 hommes et mettait les autres en fuite.

Taghit

Bientôt des entreprises plus importantes allaient être tentées contre nous. Charles de Foucauld est informé de ces rumeurs qui courent le désert. Le prêtre et l’ancien officier, tout lui-même s’émeut. Il y aura des morts et des blessés. Sûrement le devoir est là. Il écrit le 12 août au capitaine de Susbielle, commandant le bureau arabe de Taghit, que cet officier fait mettre en état de défense, à la nouvelle plus précise qu’une harka de 9.000 personnes va tomber sur la Zousfana.

La bataille se livre, du 17 au 20 août. Taghit se défend victorieusement. La harka, décimée, lève le camp le 21. Elle a 1 200 hommes hors de combat. « C’est le plus beau fait d’armes de l’Algérie depuis quarante ans, » dit Charles de Foucauld dans une lettre à sa famille.

Mais le regret le tourmente de n’avoir pas été là. Lui, l’aumônier du Sahara, il n’a pu consoler, absoudre, bénir les mourants et les blessés. N’avait-il pas demandé à partir ? Sans doute, mais il faut qu’il s’entraîne à la fatigue physique, qu’il puisse se passer d’escorte.

Alors, comme le 2 septembre un convoi est attaqué par une centaine de pilleurs embusqués, comme le combat a coûté 49 blessés du côté français, Frère Charles court au bureau des affaires indigènes ; il renouvelle sa demande. Cette fois elle est accueillie. L’aumônier du Sahara peut se rendre auprès des blessés. On lui donne un burnous, des éperons ; un des mokhazenis lui prête un cheval. A la dernière minute, un des assistants essaye de s’opposer à une aventure qu’il estime insensée :

– Comment permettre au Père de partir sans escorte ? Il sera tué en route.

– Je passerai, dit le Père simplement.

– Il passera, en effet, laissez-le aller, réplique le capitaine du bureau arabe, qui survient à ce moment ; il ne peut pas vous dire cela, mais lui, il peut traverser sans arme tout le pays soulevé ; personne ne portera la main sur lui : il est sacré.

A 10 heures, Frère Charles est en selle et part avec le courrier. On fait, à marches forcées, les 120 kilomètres qui séparent Béni-Abbés de Taghit, et le Père de Foucauld commence auprès des blessés sa mission d’ami et de prêtre. Un officier du poste, un témoin du séjour de près d’un mois qu’il passa dans la redoute, m’a dit :

« Je crois pouvoir affirmer que les 49 blessés, chacun en son temps, reçurent la Communion des mains du Père de Foucauld. »

Il revint à Beni-Abbès le 30 septembre 1903, et là, se mettant en retraite, il se demande où est le devoir :

« J’ai une grosse incertitude, écrit-il à l’abbé Huvelin, au sujet du voyage que j’avais projeté dans le Sud, dans ces oasis du Touat, Tidikelt, qui sont absolument sans prêtre, où nos soldats n’ont jamais la messe, où les musulmans ne voient jamais un ministre de Jésus… Je sais d’avance que Mgr Guérin me laisse libre, c’est donc à vous que je demande conseil…

« Je passerais dans l’Extrême-Sud deux, ou trois ou quatre mois… on m’invite, on m’attend… Je frissonne – j’en ai honte – à la pensée de quitter Beni-Abbès, le calme au pied de l’autel, et de me jeter dans les voyages, pour lesquels j’ai maintenant une horreur excessive… La raison montre aussi bien des inconvénients : laisser vide le tabernacle de Beni-Abbès, m’éloigner d’ici où peut-être il y aura des combats… Un convoi part pour le Sud le 10 janvier. Faut-il le prendre, ou ne pas partir du tout ? Je vous supplie de m’écrire une ligne à ce sujet. Je vous obéirai. »

Le 10 janvier 1904 passa. La réponse de l’abbé Huvelin ne vint pas. Le 13, un convoi escorté par 50 hommes de troupe devait partir pour le Touat et le Tidikelt. Le Père de Foucauld se décide, se joint au convoi et se dirige vers ces inconnus, les Touareg de l’Ahaggar, qui vont avoir désormais la plus large part de son amitié et de son apostolat, et chez lesquels sera consommé, un jour, son sacrifice.

« Le Père de Foucauld »

René BAZIN