LES ÉTAPES DE LA VIE DE CHARLES DE FOUCAULD XXII

A TRAVERS LE DÉSERT

Le Père de Foucauld part à pied avec le catéchumène Paul, « une ânesse portant la chapelle et les provisions, l’ânon qui ne porte rien, des sandales neuves et deux paires d’espadrilles ».

Après dix-huit jours, le 1er février 1904, il entre à Adrar, où le commandant Laperrine lui apprend que, des six tribus touareg, trois ont fait leur soumission depuis un an : les Iferas, les Taïtoq et les Hoggar ; le pays touareg est donc désormais ouvert aux chrétiens. Le commandant offre à son ami de l’accompagner dans la tournée « d’apprivoisement » qu’il compte faire parmi ses nouveaux sujets de l’Ahnet, de l’Adrar et du Djebel Ahaggar. En attendant l’heure du départ, le Père de Foucauld commence à étudier la langue (le tamacheq), pendant un séjour qu’il fait à Akabli, point de passage de caravanes.

Le 14 mars, le commandant Laperrine, fidèle au rendez-vous, sort d’Akabli avec son compagnon et ami, qui, cette fois, monte un méhari. Son intention est de pousser jusqu’à Tombouctou. Il passera par In-Ziz, l’Ahnet, l’Adrar, Timissao, In-Ouzal, Mabrouk, s’arrêtera peu de jours à Tombouctou, et reviendra par l’Adrar et le Hoggar. « Si l’état des esprits s’y prête, écrit le Père de Foucauld, notre pensée est qu’au retour on me laissera chez les Hoggar, et que je m’y fixerai. » Il étudie, au passage, les lieux d’installation possibles ; il y pense lorsque la colonne s’arrête au puits d’In-Ziza ; il y pense encore au puits de Timissao, où se trouve l’eau, la terre arable, et des grottes pouvant servir d’habitation.

La mission reçoit de nombreuses visites d’indigènes : c’est, au puits de Tintagart, le successeur désigné de l’amenokal des Taïtoq – plus loin celle d’un envoyé du marabout Abidin. Il a longtemps été un de nos ennemis acharnés ; il promet maintenant sa visite prochaine, avec le prince des Hoggar, l’amenokal Moussa ag Amastane.

Ce pays nouveau se révèle à Charles de Foucauld. « Le Hoggar, écrit-il, est un pays de montagnes et de hauts plateaux. La température y est donc plus fraîche que celle dont nous pensons parfois mourir ici. Dans la plupart des fonds, vallées, ravins, il y a des arbres, gommiers et éthels surtout : j’en ai vu de magnifiques. Le Hoggar s’étend, en latitude, du Djebel-Oudan au village de Tamanrasset ; en longitude, de l’oued Igharghar à Abalessa. Le village de Tit en est le centre : village fameux par le combat que le lieutenant Cottenest dut soutenir contre les Hoggar, et qui amena la soumission de tout le pays de pasteurs…

Ainsi va la mission, bien en paix, jusqu’au 16 avril. Ce jour-là, au puits du Timiaouin, dans le désert, la troupe du commandant Laperrine rencontre une colonne française composée de 25 tirailleurs soudanais, de 10 Kenata auxiliaires, et commandée par deux officiers. Cette troupe, partie de Tombouctou, vient dans un but quelque peu hostile : faire abandonner au chef de la mission du Nord le projet de traverser le Sahara jusqu’à Tombouctou, et d’entrer dans la région administrée par les postes du Sud.

Dès le premier salut échangé, Laperrine comprend que c’est à lui d’être le plus sage. Il s’aperçoit que ses camarades du Niger ne pardonnent pas même aux Iforas de s’être soumis à la France par l’intermédiaire des autorités algériennes. Il veut éviter tout éclat. Il renoncera à une gloire enviée, celle d’avoir traversé pacifiquement le désert de part en part, et se retirera. Mais la troupe du Niger se retirera aussi immédiatement, sans inquiéter ni molester les Iforas soumis.

Le Père de Foucauld, dans cette occasion, eut peine à se contenir. Ce n’est pas le voyageur subitement arrêté et obligé à rebrousser chemin qui montre son dépit ; c’est l’officier, le colonisateur, l’ami des Sahariens nomades, le prêtre, qui juge cet incident de route avec une sévérité dont je ne connais, sous sa plume, aucun autre exemple.

Cependant, il a su ne pas montrer sa réprobation. Il note seulement : « Après leur avoir fraternellement serré la main à l’arrivée, je partirai demain sans leur dire adieu. »

Le convoi du commandant Laperrine prend la route de l’Est, par l’Adrar et le Hoggar. A chaque instant, dans ce voyage de découverte, un puits, des palmiers, un croisement de pistes continuent d’éveiller chez le Père de Foucauld l’image d’une Fraternité ou d’une mission à fonder.

« Le Père de Foucauld »

René BAZIN

Vivre selon la Vérité, selon l’Esprit

Solennité de la Pentecôte

« L’Esprit de vérité vous conduira dans la vérité tout entière ». Nous dit le Seigneur dans l’évangile de ce dimanche de Pentecôte (Jn. 7, 37-39).

Demeurer dans la vérité et agir selon la vérité a été le problème essentiel pour les apôtres, mais aussi pour les disciples, soit dans les premiers temps, soit dans les nouvelles générations au long de l’histoire de l’Eglise. Demeurer dans la Vérité et agir selon la Vérité n’est pas une autre chose que vivre unis au Christ et agir selon la Vérité de l’Evangile.

L’Esprit Saint vient donc tout d’abord pour notre instruction, pour nous guider dans la connaissance de la vérité et pour y grandir toujours . Nous avons les paroles du Seigneur qui dit que l’Esprit de vérité vient pour annoncer la vérité, révéler ce qui était encore caché pour les disciples.

En effet, à plusieurs reprises les évangiles nous disent par exemple que « les apôtres n’avaient rien compris des paroles du Seigneur : leur cœur était endurci » (Cf. Mc 6, 52), ils ne comprennent pas non plus la finalité des miracles du Seigneur (cf. Mc 8, 21), ou bien ils comprenaient mal, de façon erronée les paroles et les gestes du Christ (cf. Mt 16, 6-11).

Mais, l’action d’enseigner de l’Esprit de Dieu ne se termine pas dans les apôtres, elle se prolonge en chacun de nous. Il rappelle toujours la vérité à l’Eglise. Il est venu pour demeurer et vivre dans la vérité reçue du Seigneur. Avec cela s’accomplissent aussi les paroles du Seigneur : « l’Esprit de vérité qui procède du Père, il rendra témoignage en ma faveur ». L’Esprit de Dieu guide donc l’Eglise et tous ses enfants jusqu’à la Vérité tout Entière.

« L’Esprit scrute le fond de toutes choses, même les profondeurs de Dieu » dit saint Paul dans la lettre aux Corinthiens. « Nous disons cela avec un langage que nous apprenons de l’Esprit ; nous exprimons avec ce langage des réalités spirituelles ». « L’homme, dit toujours saint Paul, par ses seules capacités, n’accueille pas ce qui vient de l’Esprit de Dieu, il ne peut pas comprendre, car c’est par l’Esprit qu’on examine toute chose.  Celui qui est animé par l’Esprit (l’homme spirituel) soumet tout à l’examen » c’est-à-dire qu’il sait discerner ce que vient de l’Esprit et ce qui vient de la chair, « les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit », comme nous l’avons aussi entendu dans la deuxième lecture, soit les pensées qui viennent de Dieu et les pensées qui n’appartiennent pas à Dieu.

Le Paraclet, Celui qui nous apprend toutes choses, a comme mission celle d’ouvrir nos intelligences à la Vérité et de préparer nos cœurs pour les rendre capables d’accepter les inscrutables desseins de Dieu et de son Fils, fait chair, crucifié et ressuscité pour notre salut.

Si nous sommes dociles et fidèles au « magistère », à l’enseignement de Dieu, l’Esprit de Dieu nous préserve de l’erreur.

Selon saint Jean dans sa lettre : « Bien-aimés, ne vous fiez pas à n’importe quelle inspiration, mais examinez les esprits pour voir s’ils sont de Dieu, car beaucoup de faux prophètes se sont répandus dans le monde. (cf. 1 Jn 4, 3). Et de même nous enseigne l’apôtre saint Paul : « il est bien pour nous de ne pas d’éteindre l’Esprit, mais de tout éprouver pour retenir ce qui est bon » (cf. 1 Th 5, 12.19-21)

Mais, l’Esprit ne se limite pas à nous faire connaître la vérité, mais aussi à la faire fructifier par les œuvres saintes et à agir dans la vérité.

Cela se fait aussi en nous à travers les différents aspects de notre sanctification : la purification du péché, l’illumination de l’intelligence dans l’action concrète, dans l’observance des commandements, la persévérance dans le chemin vers la vie éternelle et dans « l’écoute de ce que l’Esprit dit aux églises », le discernement des signes de Dieu dans l’histoire.

On doit dire que l’homme peut choisir de vivre selon la loi de l’Esprit de la Vérité, mais il peut aussi librement choisir de vivre dans la fausseté de vie, non selon l’Esprit Saint. Saint Ignace de Loyola groupait tous les hommes en trois types différents, les deux premiers groupes ne vivent pas la vérité, sinon dans l’erreur et le troisième groupe est celui dont les hommes accordent leur vie à la Vérité de Dieu :

Pour le premier grand groupe d’hommes, la vérité se présente dans leur vie mais ils ne veulent pas la saisir. Ils préfèrent vivre dans la fausseté parce que le fait d’accepter la Vérité impliquerait de la vivre, d’agir en conséquence. La volonté des hommes du premier groupe ne veut donc pas saisir la vérité parce que cela signifie la conversion.  

Un poète espagnol Lope de Vega, imagine Dieu devant sa porte, qui passe la nuit dans le froid, en attendant que quelqu’un lui ouvre, et le poète fait parler son ange qui lui dit : « âme, regarde par la fenêtre et vois, avec quel amour Il insiste à t’appeler, et moi d’une beauté souveraine, demain on lui ouvrira je disais, pour répondre de même le lendemain ».

Saint Augustin explique cela dans ses propres confessions, cet état dans lequel il vivait avant sa conversion : « Et déjà j’accomplissais mes trente ans, embourbé dans la même fange, avide de jouir des objets présents, périssables, et qui divisaient mon âme. ‘Je trouverai demain, disais-je; demain la vérité paraîtra, et je la saisirai. ». Pour saint Augustin embrasser la vérité de l’Evangile impliquait un changement radical, mais à trente ans il se trouvait toujours prisonnier des tendances de la chair.

Dans ce même groupe nous trouvons tous sont ceux qui disent vouloir ce qu’au fond de leur âme ils ne veulent pas. Ils connaissent le médicament et ils ne le prennent jamais. Ils savent par exemple qu’une telle amitié est mauvaise  mais ne la brisent jamais.

Il faut savoir que celui qui veut le but, veut aussi les moyens : « tu veux te sanctifier ? Prends donc les moyens »

Le Deuxième groupe et plus dangereux que le premier : les gens que nous y trouvons tentent fabriquer une vérité, ils pensent qu’ils vivent une vie d’authentiques chrétiens. Mais ils ne font qu’amener Dieu à leurs désirs, leurs plaisirs ou leurs projets ; ou bien ils ne veulent pas renier leur opinion, leurs critères pour accepter ce que Dieu commande, ce que Dieu dispose.

Ils veulent programmer leur vie et la vie des autres et en même temps ils désirent que Dieu soit d’accord et qu’Il bénisse le plan qu’ils ont fabriqué à leur convenance.

Eux, ils connaissent la finalité, ils veulent servir Dieu, mais à leur façon et avec les moyens qu’ils choisissent, mais ces moyens ne sont pas ceux qu’il faut employer pour aller vers Dieu.

Quel profit trouve une âme si elle donne à Dieu une chose, lorsqu’Il lui en demande une autre ?

Saint Jean de la Croix parle de ceux qui commencent la vie Spirituelle en disant qu’ils cherchent plus à se satisfaire qu’à contenter Dieu. De là vient qu’ils estiment que tout ce qui ne favorise pas leur penchant n’est pas conforme à la volonté de Notre-Seigneur; et qu’au contraire tout ce qui est de leur goût est agréable à Dieu.

De cette volonté sont ceux qui prennent la médicine qu’ils veulent et pas celle qui est nécessaire, ils suivent leur propre volonté et pas celle de Dieu, ils cherchent la croix la plus légère, ils veulent rester bien avec Dieu et leurs goûts, leur plaisir. C’est le cas de ceux qui évitent les péchés mortels (ou veulent les éviter) mais qui n’évitent pas les occasions de péché.

Ils veulent SE servir de Dieu pour leurs projets.

La Véritable façon de vivre dans la vérité nous pouvons la trouver dans le troisième groupe d’homme.

A ce groupe appartiennent ceux qui suivent, comme dit saint Ignace de Loyola « le mouvement intérieur de la grâce et ce qui leur apparaîtra le meilleur pour le service et la louange de la divine majesté. Ils veulent se conduire comme ayant tout abandonné de cœur, et le désir de pouvoir mieux servir Dieu, notre Seigneur, constitue leur unique règle. »

Ce chrétien qui vit la vérité est décrit admirablement par le psaume 118 (33-38) :

« Enseigne-moi, Seigneur, le chemin de tes ordres ;
à les garder, j’aurai ma récompense.
Montre-moi comment garder ta loi,
que je l’observe de tout cœur.
Guide-moi sur la voie de tes volontés,
là, je me plais.

Incline mon cœur vers tes exigences,
non pas vers le profit. »

Nous le savons : « Dieu, qui scrute les cœurs, connaît les intentions de l’Esprit puisque c’est selon Dieu (et non selon le monde) que l’Esprit intercède pour les fidèles ».

A Marie, celle qui s’est toujours laissé guider par l’Esprit demandons cette grâce.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné