La Visitation

Il me semble que l’attitude de la Vierge, durant les mois qui s’écoulèrent entre l’Annonciation et la Nativité, est le modèle des âmes intérieures, des êtres que Dieu a choisis pour vivre « au dedans », au fond de l’abîme sans fond. Dans quelle paix, dans quel recueillement, Marie se rendait et se prêtait à toutes choses ! Comme celles qui étaient les plus banales étaient divinisées par elle car à travers tout, la Vierge restait l’adorante du don de Dieu ! Cela ne l’empêchait pas de se dépenser au dehors lorsqu’il s’agissait d’exercer la charité. L’Évangile nous dit que Marie parcourut en toute hâte les montagnes de Judée pour se rendre chez sa cousine Elisabeth (Luc 1,39).

Jamais la vision ineffable qu’elle contemplait en elle-même ne diminua sa charité extérieure car, dit le bienheureux Ruusbroek, si la contemplation « s’en va vers la louange, et vers l’éternité de son Seigneur, elle possède l’unité et ne la perdra pas. Qu’un ordre du ciel arrive, elle se retourne vers les hommes, compatit à toutes leurs nécessités, se penche vers toutes leurs misères ; il faut qu’elle pleure et qu’elle féconde. Elle éclaire comme le feu ; comme lui, elle brûle, absorbe et dévore, soulevant vers le ciel ce qu’elle a dévoré. Et quand elle a fait son action en bas, elle se soulève et reprend brûlante de son feu le chemin de la hauteur ».

Sainte Elisabeth de la Trinité

« Première retraite, dixième jour »

La vie dans le ciel

Mais nous, nous avons notre citoyenneté dans les cieux. (Phil. 3, 20)

L’Apôtre nous enseigne dans ces paroles que la vie des justes est dans le ciel ; et si nous voulons les imiter, nous devons vivre, non pas dans les misères présentes, mais dans le ciel.

I

Les saints vivent dans le ciel pour trois raisons :

1° A cause de la sécurité. Celui qui vit dans le ciel est à l’abri des périls de cette misérable vie.

2° A cause de la joie. Celui qui vivra dans le ciel aura connu une joie et une allégresse continuelles. Il est dit de la Sagesse de Dieu : sa compagnie est sans amertume ; partager sa vie ne cause pas de peine, seulement plaisir et joie. (Sag. 8, 16.)

3° A cause des choses transitoires de ce monde. Les saints savent que tout ce monde passera vite : « Le jour du Seigneur viendra, comme un voleur. Alors les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments embrasés seront dissous, la terre, avec tout ce qu’on a fait ici-bas, ne pourra y échapper. Ainsi, puisque tout cela est en voie de dissolution, vous voyez quels hommes vous devez être, en vivant dans la sainteté et la piété, vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu, ce jour où les cieux enflammés seront dissous, où les éléments embrasés seront en fusion. Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. (2 Pierre 3,10-13)

II

Les saints vivent dans le ciel d’une triple manière :

1°Par la pensée fréquente des biens du ciel.

2° Par un désir continuel. De ces deux points il est dit dans la Liturgie : « Ce saint est digne de vivre dans la mémoire des hommes, lui qui est passé à la joie des Anges ; car, pendant qu’il était dans ce pèlerinage d’ici-bas, par le corps seul, il a vécu dans la céleste patrie, par la pensée et le désir ».

3° En menant une vie céleste. La vie des saints est semblable à la vie des Anges, par trois côtés : la pureté, la simplicité sans ruse, la charité. Ces trois choses sont surtout dans les Anges : la simplicité dans leur essence ; la pureté dans leur nature ; la charité dans la grâce. En ces trois points aussi, consiste la vie des saints.

Saint Thomas d’Aquin. Sermon 130