« l’Esprit Saint vous enseignera tout »

Homélie de l’évangile du Dimanche VI Pâques, année C (Jn 14, 23-29)

Dans quelques jours, nous célébrerons l’Ascension du Seigneur, et 9 jours après la Pentecôte ; dans le dimanche qui suit la Solennité de la Pentecôte nous méditerons sur le mystère de la Sainte Trinité. L’Eglise nous introduit à ces grandes solennités en nous proposant à la méditation ces paroles prononcées par Jésus à la dernière Cène. On peut dire que le Seigneur avait devant lui sa Passion et sa Mort et se prépare à l’affronter ; les pensées qu’II partage deviennent donc un précieux souvenir, Jésus ouvre son Cœur Sacré et ses paroles dévoilent un peu le mystère de Dieu, la dernière Cène c’est le moment des grandes révélations de son amour.

D’abord, Il décrit la venue de la Trinité dans l’âme de celui qui est fidèle à sa Parole, le Père et le Fils viennent demeurer dans l’âme qui garde fidèlement la loi de Dieu, dans celui qui ne laisse pas vivre le péché dans son âme et pour cela Dieu peut se communiquer et le faire participer de sa vie divine par la Grâce Sanctifiante.

Le Seigneur révèle la Trinité, Trois Personnes Divines distinctes, le Père et le Fils, mais aussi l’Esprit Saint, Tous les Trois viennent du Ciel pour sanctifier celui qui aime Dieu parce qu’il garde sa Parole.

Après cela, le Seigneur commence à faire ses adieux aux apôtres et Il utilise la salutation habituelle, laisser la paix faisait partie de l’au revoir. Mais Il distingue bien que la paix qu’Il donne n’est pas à la manière du monde. En effet, explique le pape Jean Paul II, la paix du Christ est le fruit du sacrifice rédempteur consommé sur la croix, qui atteint son accomplissement dans la glorification du Christ. C’est de cette paix que les hommes ont besoin : la paix obtenue par le triomphe sur le péché. Une paix qui peut seulement provenir de Dieu à travers le pardon des péchés par le sacrifice du Christ. La vie des saints est un témoignage et une preuve de l’origine divine de la paix. Ils se montrent intimement sereins au milieu des épreuves les plus douloureuses et qui semblent les abattre. Quelque chose, ou plutôt Quelqu’un, est présent et agit en eux pour les protéger des dangers et même de la faiblesse et de la peur. C’est l’Esprit Saint, l’auteur de cette paix qui est le fruit de l’amour et qu’Il inspire dans les cœurs.

« Je m’en vais et je reviens vers vous » dit le Seigneur presque à la fin de son discours. Si vous m’aimiez, vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père, car le Père est plus grand que moi »

Qu’est-ce que le Seigneur a voulu dire avec cette dernière phrase : le Père est plus grand que moi ? Etant Dieu, Jésus n’est-il pas égal à son Père ? Il faut savoir que Jésus parle toujours comme ce qu’Il est, le Fils de Dieu incarné, c’est-à-dire, homme et Dieu à la fois. Bientôt, les disciples Le contempleront dans son total abaissement, mourant sur la croix. « Le Christ Jésus, dira saint Paul ( Philip. 2,5-9), ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté».

« Vous seriez dans la joie puisque je pars vers le Père », vous devriez vous réjouir que j’accomplisse la mission donnée par mon Père, que je lui obéisse. Le Seigneur ne va pas défier le démon, mais plutôt accomplir un acte suprême d’amour envers son Père en accomplissant le mandat de s’offrir en sacrifice pour la Rédemption du monde.

Nous allons dédier la dernière partie de cette méditation à parler de l’Esprit Saint que le Père du Ciel enverra dans le nom de Jésus ; l’Esprit a comme but de nous enseigner tout ce qui est nécessaire pour atteindre le Ciel et nous faire souvenir des paroles du Christ. En définitive, l’Esprit Saint a la mission de nous sanctifier. Il est le Défenseur, le Paraclet, ce qui veut dire celui qui est à côté, un appui, un bâton pour ne pas trébucher et pour cela Paraclet est aussi traduit comme Avocat, celui qui prend notre défense dans ce monde, devant les gens qui veulent nous faire détourner du bon chemin.

On sait que l’Esprit Saint communique avec notre âme, mais il faut savoir bien distinguer Sa voix, la voix de Dieu d’autres voix qui arrivent aussi chez nous, comme notre propre pensée, notre sensualité ou bien les insinuations du démon qui prétend toujours copier la voix de Dieu pour nous éloigner du bon chemin.

Savoir reconnaître la Voix de Dieu (« quand est-ce que Dieu me parle ») fait partie du discernement nécessaire afin de nous laisser guider par l’Esprit de Dieu. 

Le premier principe, c’est que l’Esprit Saint nous inspire toujours des choses saintes, jamais des actions qui tendent au péché. Le démon et le monde ne vont jamais, par contre, nous impulser à faire l’authentique charité, à vivre plus parfaitement les vertus, ce que ne feront pas non plus notre sensualité ou notre nature ; au contraire notre nature va nous incliner vers ce qui est facile et commode, ce qui s’adapte à mon égoïsme, à mon plaisir, à ma pensée. Sachons aussi que la vertu qui inspire l’Esprit Saint implique un effort, implique un renoncement à ce qui est agréable, un renoncement aux plaisir.

L’Esprit Saint veut nous conduire au Ciel, et jamais ne nous laisser dans le péché ; c’est lui qui vient remuer notre conscience pour nous convertir et retourner à l’état de grâce et d’amitié avec Dieu.

Mais une fois que nous sommes dans le bon chemin l’Esprit Saint va nous guider et nous inspirer lorsque par exemple nous sommes en face de deux choix afin d’opter pour le meilleur, celui qui nous amène plus vite et avec plus de certitude à la sainteté. Il n’aime pas que les gens traînent ; une fois qu’il montre où se trouve la Volonté Divine, l’Esprit de Dieu veut qu’ils se dépêchent. Il veut notre sanctification et Il la veut de façon immédiate.

L’Esprit de Dieu inspire toujours de manière ordonnée, sans causer de choses étranges, on peut dire dans la normalité. Sans causer du mal aux autres, sans les entraîner eux non plus vers le péché.

Il se révèle dans l’authentique obéissance, va donc nous guider à chercher un guide qui puisse répondre et suscite toujours des résolutions qui sont en accord avec ce que l’Eglise enseigne dans ses lois. Toujours, les décisions prises sous la lumière de l’Esprit laissent cette douce sécurité dans le cœur que c’est bien là, la volonté de Dieu.

Quels sont les signes de que l’Esprit Saint est présent dans nos vies et dans nos cœurs ? Nous pouvons en énumérer certains :  

Il nous apprend de choses vraies (non des choses imaginaires ou faussetés). Des choses utiles pour notre sanctification, non des idées de vanité, banalité ou sensualité.    

Il donne assez de lumière pour bien discerner ; la flexibilité dans les pensées (ce n’est pas un esprit d’obstination) ; s’Il montre le but, il va nous aider à chercher les bons moyens pour y arriver. Et toujours Ses pensées sont accompagnées d’humilité (loin de tout orgueil)

L’Esprit de Dieu a comme caractéristique la paix, comme dit saint Paul (1 Co. 14,33) : « Dieu n’est pas un Dieu de désordre, mais de paix ». Il nous inspire sa confiance en Lui et la crainte de nous-mêmes, la docilité et l’obéissance. Il donne la rectitude d’intention afin que le but que l’on cherche soit toujours pur et honnête ; Il suscite en nous liberté, sincérité et simplicité. Nous trouvons encore l’Esprit de Dieu dans les pensées qui inspirent l’abnégation de notre volonté, le fait de vivre la charité envers toutes les personnes, la patience dans les épreuves, le désir de porter la croix et surtout d’imiter en tout Notre Seigneur Jésus-Christ.  

Mais, l’Esprit de Dieu demande toujours une réponse prompte et généreuse, sachant que Dieu ne laisse jamais gagner en générosité ; il est intéressant d’écouter cette histoire comme un bon exemple, une histoire qui se répète souvent.

Un mendiant allait dans un village de porte en porte demandant de l’aide, lorsqu’au loin parut un char doré comme un rêve radieux et il a admiré le Roi des rois.

Le char s’est arrêté et le Seigneur posa le regard sur lui avec un beau sourire.

Le mendiant sentit que le bonheur était arrivé dans sa vie.

Tout d’un coup, le Roi des rois tend sa main vers lui et dit: qu’est-ce que tu as à me donner? Quelle drôle situation, qu’un roi tende la main vers un mendiant pour demander !  Le pauvre est resté confondu et perplexe.

Finalement, regardant ce qu’il avait ramassé dans la journée, il prit un grain de blé et le lui donna.
Mais la surprise était grande, lorsqu’à la fin de la journée et au moment de vider son sac, parmi les grains de blé, le mendiant trouva une minuscule pépite d’or. Il se mit à pleurer amèrement et dit : « Dommage de n’avoir pas eu l’intuition et la résolution de lui avoir tout donné ! »

Demandons à la très Sainte Vierge la grâce de savoir discerner la véritable voix de l’Esprit Saint dans nos vies et de savoir répondre à ses appels avec générosité et promptitude.

P. Luis Martinez IVE.

LES ÉTAPES DE LA VIE DE CHARLES DE FOUCAULD XXIV

Charles de Foucauld séjourne six semaines à Ghardaïa, capitale du Mzab, du 12 novembre au 26 décembre 1904. Il y remet au Père Guérin la traduction des quatre évangiles en langue tamacheq. Il est, dès ce temps-là, l’objet d’une grande curiosité de la part des indigènes. Un personnage de cette sainteté et de ce renom ne pouvait passer inaperçu. Bien que les gens du Mzab soient d’un caractère fermé, et défiants de l’Européen, on vit les notables solliciter la faveur d’être reçus par « celui qui avait vendu ce monde pour l’autre » ; on vit les moindres gens essayer d’apercevoir au moins par la fenêtre « le grand marabout » au travail ou en prière. L’un de ceux qui rendirent visite au Père de Foucauld, bourgeois des plus importants de la ville, racontait : « Lorsque je suis entré, il m’a dit : « Que le « Seigneur soit avec toi ! » et cela m’a remué le cœur. »

Le Père de Foucauld prend le 26 décembre 1904, avec deux Pères Blancs, le chemin d’El-Goléa, à pied près de son méhari ; il y arrive le 1er janvier 1905 ; il y retrouve Laperrine, nommé lieutenant-colonel, et repart avec lui deux jours plus tard pour Adrar, « où il y avait une occasion pour Beni-Abbès ». Le 24 janvier, le missionnaire retrouve son ermitage, la cabane de terre flambée par le soleil dont il avait fait son domaine et son cloître.

Quelques jours plus tard arrive à Beni-Abbès le général Lyautey, qui m’a raconté sa rencontre avec le Père de Foucauld à peu près dans ces termes :

« Nous avons dîné ensemble, avec les officiers, le samedi, dans la redoute. Il y eut, après dîner, un phonographe qui débita des chansons montmartroises. Je regardais Foucauld, me disant : « Il va sortir. » Il ne sortit pas, il riait même. Le lendemain dimanche, à 7 heures, les officiers et moi, nous assistions à la messe dans l’ermitage. Une masure, cet ermitage. Sa chapelle, un misérable couloir à colonnes, couvert en roseaux. Pour autel, une planche. Pour décoration, un panneau de calicot avec une image du Christ, des flambeaux en fer blanc. Nous avions les pieds dans le sable. Eh bien, je n’ai jamais vu dire la messe comme la disait le Père de Foucauld. Je me croyais dans la Thébaïde. C’est une des plus grandes impressions de ma vie. »

La cloche de l’ermitage a recommencé à sonner, à minuit, sur le plateau désert. Les indigènes ont recommencé à mendier les sous, les dattes, l’orge du marabout, et à lui raconter interminablement leurs affaires compliquées.

Mais c’est pour peu de temps, car au début d’avril 1905, le lieutenant-colonel Laperrine propose au Père de Foucauld d’aller passer l’été au Hoggar avec le capitaine Dinaux, commandant la compagnie saharienne du Tidikelt.

Conformément à la discipline à laquelle il s’était soumis, il consulte l’abbé Huvelin et le Père Guérin. Sur leur conseil, il accepte, et retrouve le 8 juin, près d’un puits du Tout, le capitaine Finaux, qui a pour compagnons quatre civils français : M. E. Gautier, géographe, M. Chudeau, géologue, M. Pierre Mille, écrivain, M. Etiennot, inspecteur des P.T.T. ; pour repartir avec eux vers le Sud.

Soldats, savants, artistes, religieux, ils vont chacun cherchant son bien, et tous veulent ainsi le bien de la France. Le 23 juin, lors de la halte du soir, près du puits d’In-Ouzel, un méhariste est signalé, qui vient, unique dans le tour d’horizon. C’est un courrier que le capitaine Dinaux a envoyé vers Moussa ag Amastane, chef des Touareg Hoggar. Le surlendemain, Moussa entre dans le camp :

« Il est très bien, écrit le Père de Foucauld, très intelligent, très ouvert, très pieux, musulman, aimant argent, plaisir, honneurs, ayant les idées et la vie, les qualités et les vices d’un musulman logique, et en même temps l’esprit aussi ouvert que possible… D’accord avec lui, mon installation au Hoggar est décidée. »

Un mois après, le lieu de sa résidence était fixé et atteint :

« Je choisis Tamanrasset, village de vingt feux, en pleine montagne, au cœur du Hoggar et des Dag-Rali, la tribu principale, à l’écart de tous les centres importants. »

« Le Père de Foucauld »

René BAZIN