La valeur de notre âme

Homélie pour le Dimanche XXII, année A (Mt 16, 21-27)

La semaine dernière nous avons médité le texte précèdent immédiatement à l’évangile de ce dimanche.

En effet, après avoir proclamé « bienheureux » saint Pierre comme réponse de la profession de foi de ce dernier, Jésus commence à prophétiser son futur dans ce monde, sa passion, ses souffrances et sa mort.

Et comme nous le voyons dans le texte de ce dimanche, de l’exaltation de sa foi, saint Pierre, passe à une dure correction de la part de Notre Seigneur : « Passe derrière moi, Satan ! Tu es pour moi une occasion de chute : tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. ». Si la profession de foi dans la divinité du Christ est inspirée par l’Esprit Saint, la pensée de l’éloigner du sacrifice et de la croix vient en revanche de la chair, des hommes ; mais Pierre est blâmé car il veut finalement éloigner le Christ de sa mission et de réaliser la Volonté du Père.

Après ce moment, le Seigneur s’adresse à tous ses disciples à travers une invitation, et pour cela elle est libre : Il veut que tous les hommes viennent vers lui, explique saint Thomas d’Aquin. Et [le Seigneur] dit : VEUT, car celui qui est attiré par volonté est davantage attiré que celui qui l’est de manière violente.

Ensuite, le Seigneur présente les conditions : « Qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive ». Et toujours saint Thomas qui fait ce commentaire :  « Comme s’il disait : ‘Il faut que vous soyez prêts à imiter la passion du Christ’. Les martyrs l’imitent d’une manière particulière, corporellement, mais les hommes spirituels [l’imitent] d’une manière spirituelle, en mourant spirituellement pour le Christ ».

Dans les dernières paroles du Seigneur pour conclure ce passage, le Seigneur fait référence à la vie. Mais, comme on peut facilement le distinguer, il utilise l’expression de « vie » en deux sens, dans le premier, il s’agit de la vie de ce monde : « qui perd sa vie à cause de moi » et dans le deuxième sens, de la vie éternelle, ou plutôt de l’âme de la personne; et pour cela dans plusieurs traductions nous trouvons le terme: « âme » : « Quel avantage, en effet, un homme aurait-il à gagner le monde entier, si c’est au prix de son âme ? « 

Comme nous le savons, notre âme est spirituelle, cela veut dire immatérielle, elle donne forme et unité à notre corps. Elle ne peut pas mourir, une fois que le corps meurt, notre âme continue son existence.

Nous savons par la foi qu’un jour notre âme reviendra prendre notre corps et corps et âme unis, nous vivrons pour l’éternité, c’est la résurrection de la chair *.

Notre âme est incorruptible, c’est-à-dire qu’elle ne contient en elle-même aucun principe de dissolution et ni de mort. Qu’est-ce que la mort? La mort est la décomposition, la séparation des parties d’un être lorsqu’il est composé de matière. Ainsi, l’âme n’a pas de parties, elle est simple et indivisible, sans matière ; alors elle ne peut donc pas se décomposer, se dissoudre ou mourir.

Nous devons dire que notre âme a une grande valeur, une valeur presque infinie. Et cela est reconnu par le diable lui-même. Si nous lisons le récit des tentations de Jésus dans le désert, nous verrons que dans la troisième tentation le diable offre au Seigneur tous les royaumes du monde en échange de se faire adorer, de se prosterner devant lui (Mt 4, 8-10): « alors le diable l’emmène avec lui vers une haute montagne, il lui montre tous les royaumes du monde et leur gloire, et il lui dit: « Je te donnerai tout cela si, en te prosternant, tu m’adores».  Le diable pense qu’il offre un bon prix pour l’âme du Christ. Mais le Seigneur lui répond en lui faisant comprendre que l’âme vaut infiniment plus que le monde entier : Jésus lui répondit alors : « Éloigne-toi, Satan, car il est écrit : tu adoreras le Seigneur ton Dieu, et lui seul tu l’adoreras. »

Nous avons une âme spirituelle et immortelle. Même les païens en sont venus à cette intuition et même certains à l’affirmer. La foi nous le confirme. Et même sans utiliser la foi, l’intelligence constate l’existence d’une âme. Car nous avons ce désir d’éternité que nous ressentons intérieurement, vers l’ouverture à la vérité et à la beauté, dans le sens du bien moral (la rechercher du bien), dans l’expérience de notre liberté et dans la voix de notre conscience qui nous fait aspirer à l’infini et à la béatitude ; nous y percevons, des signes de notre âme spirituelle.  » Germe d’éternité que l’homme porte en lui-même, irréductible à la seule matière  » (GS 18, § 1 ; cf. 14, § 2), son âme ne peut avoir son origine qu’en Dieu seul.

En termes de valeur, nous pouvons dire que l’âme, créée par Dieu et «pour» lui, vaut plus que l’univers tout entier.

Si les choses sont estimées pour ce qu’elles coûtent, rappelons-nous que si l’univers a coûté un seul mot à Dieu (car comme le dit le Psaume 148: « Dieu a parlé et tout a été créé »), d’autre part, l’âme de l’homme a coûté le prix du sang et de la vie du Fils de Dieu, mort sur la croix pour le rachat de notre âme.

La valeur d’une âme, même celle du dernier des misérables, nous la voyons reflétée si nous opposons deux images évangéliques étonnantes. La première est la troisième tentation du Christ, que nous avons mentionnée plus haut; la deuxième est le moment de la dernière Cène.

Dans la première scène, le diable offre le monde, dont il est prince dans un certain sens, en échange d’une seule prostration de Jésus (Si cadens adoraveris me : « Tout cela, je te le donnerai, si, tombant à mes pieds, tu te prosternes devant moi. »). Dans la seconde scène, lorsque, selon le texte de saint Luc, le diable avait déjà pris possession du cœur de Judas (Lc 23,3), Jésus-Christ lui-même s’agenouille, s’humiliant, pour lui laver les pieds. Le Seigneur, qui méprisait le monde entier que lui offrait le diable, s’incline maintenant pour gagner l’âme d’un traître !

Encore, nous devons dire que ceux qui ne prennent soin de l’âme que par peur d’être éternellement damnés ne comprennent même pas exactement la valeur de leur âme. Ils ne voient pas la valeur elle-même ; ils ne craignent qu’une conséquence. On dit qu’à une occasion, Dieu a montré une âme à Sainte Marie-Madeleine de Pazzi; et son biographe raconte qu’elle est restée « hors d’elle » pendant huit jours, étourdie de l’étonnement et de l’admiration que cette vision avait produite en elle.

Nous devons à juste titre « valoriser » notre âme.

Parmi tant de raisons, nous en choisissons trois:

(a) En raison de son origine divine, en raison de son immortalité, par l’Incarnation du Fils de Dieu qui s’est fait homme pour la sauver, parce qu’un ange gardien lui a été assigné pour la garder, par des inspirations divines, etc. En d’autres termes: en raison de l’estima que Dieu lui-même lui porte.

b) Aussi en raison de l’appréciation que le diable lui confère car il fabrique une grande quantité d’astuces à la gagner pour lui-même ; en effet, lorsque quelqu’un fait autant pour acheter un bien et se montre prêt à faire tant de sacrifices pour l’obtenir, nous devrions au moins soupçonner que c’est très précieux!

c) Enfin par l’estime que les saints lui portent, qui n’hésitent pas à se sacrifier entièrement plutôt que de la salir de la moindre ride, par la persévérance des martyrs qui ont préféré perdre leur vie plutôt que de perdre leur âme, par le travail des missionnaires qui pour sauver les âmes, ont tout abandonné.

Par conséquent, pensons à notre âme; pensons aux pauvres fous qui la vendent pour une pièce de monnaie. Pensons aussi à quel point nous risquons de la perdre en enfer pour rien. Et surtout, nous devons méditer sur ces paroles du Seigneur: « à quoi sert-il à l’homme ayant gagné le monde entier, s’il perd lui-même son âme? » (Lc 9, 25). Et ce qu’il ajoute ailleurs: « que peut donner l’homme en échange de son âme? » (Mt 16,26). Autrement dit, une fois que l’âme est perdue (c’est-à-dire déjà condamnée en enfer), elle ne peut plus être rachetée à nouveau.

Souvenons-nous toujours des paroles avec lesquelles Don Bosco renvoyait les jeunes qu’il devait expulser du patronage à cause de leurs fautes ; avec beaucoup de mal et des larmes, il leur disait comme un dernier souvenir : « Vous n’avez qu’une âme: si vous la sauvez, vous avez tout sauvé ; si vous la perdez, vous avez tout perdu pour toujours ».

Que Marie nous donne la grâce de garder notre âme du mal.

P. Luis Martinez IVE.

(*) Extrait des articles publiés dans le site www.teologoresponde.org

« Dieu compris » Saint Augustin

Saint Augustin prêchait : « Que pouvons-nous donc dire de Dieu, mes frères ? Si l’on comprend ce que l’on veut dire de Lui, ce n’est pas Lui ; ce n’est pas Lui que l’on peut comprendre, c’est autre chose à la place de Lui ; et si l’on croit l’avoir saisi Lui-même, on est le jouet de son imagination. Il n’est pas ce que l’on comprend ; Il est ce que l’on ne comprend pas; et comment vouloir parler de ce que l’on ne saurait comprendre? » (Sermon 52, 16).

Un poète espagnol, Lope de Vega, dans un poème sur saint Augustin, répète cette idée avec ces mots : « ce ne serait pas Dieu qu’Il est, s’Il était ‘Dieu compris’ ».

C’est à nous de voir comment le mal, dans un sens, domine le monde. Comment ce sont les critères du mal qui prévalent dans le monde. Comment les gouvernements font des lois contre l’homme, contre la vie, contre la religion. Combien de crimes sont commis, combien de péchés sont commis. Comment le destin surnaturel et transcendant de chacun de nous est si oublié.

Et Dieu est silencieux. Dieu attend. Et nous ne comprenons pas pourquoi Il attend. Parce que ce ne serait pas Dieu qu’Il est, s’Il était « Dieu compris ».

C’est à nous de voir, malheureusement, à quel point le mal est dans l’Église. Combien de chrétiens ne donnent pas un témoignage de foi courageuse, d’espérance solide, de charité ardente, d’unité, d’amour de la vérité, de patience. Combien de « maîtres de la foi » trahissent la vérité chrétienne, par manque d’amour ou par manque d’esprit de sacrifice. Comment il y a des bergers qui ne nourrissent pas leur troupeau, mais l’abandonnent et le remettent aux voleurs et aux brigands.

Et Dieu, le berger de son peuple, regarde patiemment, et n’intervient pas, n’arrange pas les choses. Et nous ne comprenons pas pourquoi Dieu semble muet, et inactif. Et nous ne comprenons pas parce que ce ne serait pas Dieu qu’Il est, s’Il était Dieu compris.

Même dans notre propre vie. Nous souffrons tant de mal, souvent sans le mériter. Nous souffrons le mal de la part des hommes, qui nous traitent mal, qui nous humilient, qui nous oublient ; nous souffrons le mal de la part du diable, qui nous tente et veut nous pousser à perdre la grâce par le péché. Combien de fois nous voudrions faire les choses bien et nous n’avons pas la force, combien de fois nous voudrions pratiquer plus et mieux les vertus et nous tombons à la première tentative. Combien de fois aimerions-nous que Dieu nous montre le chemin plus clairement, qu’il nous fasse en un instant surmonter toutes nos faiblesses, et qu’il enlève le péché de nos vies pour toujours.

Et pourtant, Dieu, qui ne nous abandonne pas, se tait. Dieu semble ne faire que regarder. Et nous ne comprenons pas pourquoi, et nous ne comprenons pas parce que ce ne serait pas Dieu qu’Il est, s’Il était Dieu compris.

C’est pourquoi, plutôt que d’essayer de comprendre Dieu, nous devons Lui faire confiance. Nous devons nous abandonner à Lui, nous devons nous jeter à Lui. Certes, nous devons étudier et nous former pour mieux connaître Dieu, mais si nous ne nous abandonnons pas à Lui avec confiance, cette étude et cette formation ne servent à rien. Et pour avoir confiance en Dieu, nous devons apprendre à regarder la Croix. Dieu est muet, mais avant de devenir muet, Il nous a dit une Parole, et Il la dit toujours, et cette parole est Jésus-Christ, et Jésus-Christ crucifié.

Mère Teresa de Calcutta disait que le mal existe dans le monde, afin que le bien puisse se manifester.

Nous demandons à la Vierge Marie, qui écrase la tête du dragon, la grâce de montrer dans nos vies la victoire de la croix de Jésus, afin de partager avec Lui éternellement la gloire de son triomphe.

P. Juan Manuel Rossi IVE.