«Allez! venez derrière moi!»

Homélie pour le III Dimanche du Temps Ordinaire, année B

Ce dimanche, comme celui de la semaine dernière met l’accent sur le mystère de la vocation, cette fois-ci, il s’agit de deux types d’appel, l’appel à la conversion et l’appel à participer à la mission de la conversion des hommes à Dieu. Ces deux éléments sont présents dans la première lecture ainsi que dans l’évangile.

La première lecture nous rapporte l’histoire de Jonas. Il s’agit d’un prophète, appelé par Dieu à se rendre dans une ville lointaine, Ninive, pour y prêcher une annonce de conversion à ses habitants. Tout d’abord, Jonas est réticent à cette mission : il est convaincu que prêcher la conversion à une ville païenne est inutile, puisque seul Israël est le destinataire du salut de Dieu. Cependant, lorsqu’il arrive dans la ville, Dieu lui montre que les Ninivites écoutent finalement sa parole, croient et se convertissent.

« Dieu a permis que Jonas fût englouti par un monstre marin, écrit saint Irénée, non pour qu’il disparût et pérît totalement, mais pour qu’après avoir été rejeté par le monstre il fût plus soumis à Dieu et qu’il glorifiât davantage Celui qui lui donnait un salut inespéré. C’était aussi pour qu’il provoquât un ferme repentir chez les Ninivites, en sorte que ceux-ci se convertissent au Seigneur qui les délivrait de la mort, terrifiés qu’ils seraient par le signe accompli en Jonas. Comme le dit à leur sujet l’Écriture : « Et ils se détournèrent chacun de sa voie mauvaise et de l’iniquité qui était dans leurs mains, en disant: Qui sait si Dieu ne se repentira pas et ne détournera pas de nous sa colère, afin que nous ne périssions pas? »

De cette manière, le prophète lui-même vit une conversion personnelle dans sa relation avec Dieu. Jonas doit admettre qu’il ne connaît pas assez son Seigneur, qui a un regard particulier de miséricorde envers tous les hommes, appelés à le reconnaître et à l’aimer. La conversion de Jonas agit sur le fait d’accueillir le dessein de Dieu, non à la façon et selon les critères des hommes mais selon les volontés de Dieu.

Dans l’évangile, le Seigneur commence son ministère en invitant à la conversion et choisira les premiers apôtres pour continuer son œuvre.

Dans l’histoire de l’Évangile, les quatre pêcheurs appelés à devenir apôtres, contrairement à Jonas, répondent immédiatement à l’appel de Jésus. Mais eux, comme Jonas, sont également appelés à faire confiance au Seigneur en faisant quelque chose qui à première vue semblerait illogique et risquée : tout abandonner pour suivre une « personne ».

En relisant un peu plus l’évangile de saint Marc, nous pouvons voir toute  la finalité recherchée par cet évangéliste en décrivant cet appel des apôtres et surtout l’œuvre de l’Esprit Saint en l’inspirant. Dans un simple appel, les paroles et les gestes de Jésus ont pour nous une grande profondeur spirituelle.

D’abord, les apôtres sont mentionnés par l’évangéliste, il donne leurs noms, il ne s’agit pas d’un appel collectif, mais personnel, même si les appelés sont des frères.  

La phrase avec laquelle Jésus les appelle est « Venez à ma suite». Mais en réalité le verbe « venez » peut aussi être traduit lui seul comme un impératif : « Allez ! » Alors Jésus leur dit plutôt: «Allez! venez derrière moi!». C’est une voix d’ordre, de commandement.

Cela se comprend mieux si l’on tient compte du fait que Jésus et ces disciples, se connaissaient déjà assez bien et depuis un an, selon ce que nous disent les évangiles comparés, lorsque nous les lisons comme une seule histoire. Ils avaient même déjà eu une certaine expérience de vie commune. En effet, ils se sont rencontrés au bord du Jourdain (cf. Jn 1,38,39).

« Maintenant, le temps est venu de prêcher le Royaume de Dieu avec une vie donnée sans réserve. Pendant un an, petit à petit, vous avez appris les choses fondamentales sur moi et le Royaume de Dieu. Il était maintenant temps de tout abandonner définitivement et de vous consacrer exclusivement à la prédication du royaume. Allons-y! Derrière moi! Le temps de connaissance est terminé ».

Jacques et Jean sont toujours montrés liés avec leurs parents, ce qui n’est pas le cas de Pierre et d’André. De cette façon, on peut dire que Jacques et Jean étaient jeunes et dépendaient toujours de leur père.

Mais avant de les appeler, l’évangile dit que Jésus a «vu» Pierre et André, et «a vu» Jacques et Jean (en grec: eîden). Ce verbe, le fait de voir de Jésus apparaît cinq fois chez saint Marc: deux fois dans le passage de ce dimanche (Mc 1, 16,19); une fois dans la vocation de Lévi (Mc 2, 14); une fois juste avant l’évangile de l’appel dans Mc.1,10 et une fois dans Mc.6,34. Il est donc utilisé trois fois pour exprimer qu’il a «vu» des hommes ayant une vocation et qu’ils seront ses apôtres. Et aussi au moment de son baptême (1,10): «Dès qu’il est sorti de l’eau, il a vu que les cieux étaient déchirés et que le Saint-Esprit, en forme de colombe, descendait sur lui ». Et finalement le verbe eîden est utilisé pour exprimer que Jésus a « vu » la foule des hommes abattus et c’est pour cette raison qu’il a commencé à leur enseigner et il accomplira le miracle de la multiplication des pains pour eux. La vision de Jésus n’est pas une vision superficielle et extérieure mais une vision profonde qui est dirigée vers l’âme de celui qui est vu. De plus, l’action de voir Jésus ne se limite pas à voir mais transforme la personne qui est vue, qu’il s’agisse d’individus ou de groupes de personnes. En effet, les premiers disciples (Mc 1,16-20) et Lévi (Matthieu, Mc 2,14) sont devenus pêcheurs d’hommes. Et le Seigneur instruit la foule et leur donne à manger (Mc 6,34ss), Il anticipe son peuple, l’Eglise. Tout cela nous montre que la communion que Jésus a avec son Père et l’Esprit Saint, Jésus veut la faire partager et aux apôtres qu’Il associe à son œuvre et aux hommes en qui Il veut semer l’évangile et la vie de la grâce.

La réponse des hommes appelés est immédiate : «A l’instant (en grec: euthûs), laissant dans la barque leur père Zébédée avec ses ouvriers, ils partirent à sa suite.» (Mt 4, 22). Malgré le travail sérieux et intense, les pêcheurs écoutent la voix de Jésus et acceptent son appel avec la même urgence qu’ils sont appelés.

Il faut encore souligner que Jésus rencontre ces hommes non pas dans une situation « vide » mais dans des circonstances très concrètes. Il ne s’agit pas de gens qui ne savent pas quoi faire de leur vie mais de gens qui sont pleinement occupés. Certains jettent leurs filets à la mer, d’autres les réparent dans le bateau; Levi est assis à la table des impôts. Ils exercent tous leur métier, ils vivent avec leurs familles. Ils appartiennent tous à un environnement bien déterminé, riche en relations et en engagements. Tout cela est encore plus concret dans une réponse ultérieure de Jésus parlant précisément de leur vocation: « Je vous assure: personne qui a quitté une maison, frères, sœurs, mère, père, enfants ou biens pour moi et pour l’Evangile … » (Mc 10 : 29), les relations mentionnées par Jésus font référence à la famille et à la propriété (…). Le caractère exigeant et incisif de l’appel de Jésus se révèle donc ici. Les personnes qu’il a appelées doivent quitter la vie dans laquelle elles ont vécu jusqu’à présent et doivent devenir libres pour suivre Jésus. Un véritable changement de mode de vie est nécessaire. Leur regard ne doit pas être dirigé vers le passé mais vers le futur qui est déterminé par la relation avec Jésus. Si Les relations et les engagements abandonnés ont une grande valeur humaine, quelle doit donc être la valeur de suivre Jésus à partir du moment où la suite doit être préférée à ces autres liens humains et ces occupations ? « 

Finalement, il y a la réponse du Seigneur : « Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes ». Il est clair que leur mission est de recueillir et de rassembler les hommes. Mais il est très important de savoir que la cause de ce changement ne provient pas des apôtres, mais que la cause du changement est le Seigneur, c’est lui-même qui va les transformer en cela : « Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes », dit littéralement l’Évangile.

Méditant l’appel de ces apôtres, saint Jérôme s’exprimait ainsi: « L’exemple des Apôtres nous apprend qu’il faut répondre à la voix de Dieu qui nous appelle, oublier ce monde de vices qui nous entoure, quitter et la maison paternelle, et notre genre de vie primitive, (qui n’est que folie aux yeux de Dieu) ; et ces filets, ces toiles d’araignées dans lesquelles l’air nous louait suspendus dans le vide comme des moucherons exposés à une chute certaine ; détester enfin le genre de vie ou nous étions tristement embarqués ». Car, comme nous l’avons entendu dans la deuxième lecture, la figure de ce monde passe.

Attachons-nous à ce qui éternel, marchons derrière le Christ. Que Marie nous donne cette grâce.

P. Luis Martinez IVE.

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