Archives pour la catégorie Bienheureux Charles de Foucauld

LES ÉTAPES DE LA VIE DE CHARLES DE FOUCAULD XIV

Le départ pour la mission
Mgr. Livinhac

Trois mois après de son ordination, avec l’assentiment de l’évêque de Viviers et de l’abbé Huvelin, muni des plus chaudes recommandations, pour le préfet apostolique du Sahara et pour le supérieur général des Pères Blancs, l’abbé Charles de Foucauld débarque à Alger. Là Mgr. Livinhac, évêque du Sahara, lui procure les autorisations nécessaires pour s’établir dans le sud de la province d’Oran, à proximité du Maroc, si bien qu’il part le 15 octobre pour le Sud.

Les officiers du poste échelonnés sur la route d’Oran à Béni-Abbès avaient appris que l’explorateur célèbre, leur ancien camarade devenu moine, allait passer, obéissant à l’appel du désert. Ils venaient le saluer aux gares du petit chemin de fer stratégique aboutissant en 1901 à Aïn-Sefra. Là, le général Cauchemez le reçut plusieurs jours chez lui. On apprit, du reste, que pendant ce séjour l’explorateur-ermite avait dormi sur le plancher. On lui fit accepter pourtant, à lui qui se proposait d’aller à pied jusqu’à Beni Abbès, de faire à cheval avec le lieutenant Huot et une escorte, la route longue et déserte d’Aïn-Sefra à Beni-Abbès.

Taghit

A mi-route environ, se trouvent l’oasis de Taghit, et la redoute, qui commande une région dangereuse, fréquemment parcourue par des partisans en maraude. Comme les voyageurs français et leur petite escorte approchaient de Taghit, ils virent accourir une troupe de cavaliers. C’était le capitaine de Susbielle, commandant du poste, à la tête de son maghzen. Prévenu de la prochaine arrivée de l’ancien lieutenant de chasseurs d’Afrique, il venait à la rencontre de celui qui se dévouait à jamais aux pauvres du désert. En chemin, il avait dit à ses hommes : « Vous allez voir un marabout français, il vient par amitié pour vous ; recevez-le avec honneur. » Foucauld, reconnaissant la France, se porte vers elle, au galop, sa robe blanche flottant au vent. Il arrête son cheval à trois pas de l’officier, et répond au salut de M. de Susbielle. En même temps, les quinze cavaliers, fidèles à la politesse indigène, mettent pied à terre, enveloppent le marabout « qui vient par amitié pour eux » et, plusieurs ensemble, inclinés, baisent le bas de sa « gandourah ».

Ce fut la bienvenue du Sahara.

Frère Charles vécut quelques heures à Taghit. Le 24 octobre, avant de remonter à cheval, il célébra la messe devant les Français de la garnison. « C’est la première messe depuis l’occupation, disait-il. Il est probable qu’en aucun temps un prêtre n’y est venu. Je suis bien ému de faire descendre Jésus en ces lieux où, probablement, il n’a jamais été corporellement. »

Quatre jours plus tard, au soir d’une journée chaude, les voyageurs apercevaient les premiers palmiers de Beni-Abbès.

« Le Père de Foucauld »

René BAZIN

LES ÉTAPES DE LA VIE DE CHARLES DE FOUCAULD XIII

6 – LE SACERDOCE 

Chasuble de la première messe du Bx. Charles de Foucauld

Ses années passées en Orient l’avaient habitué à la vie solitaire, à la discipline sans témoins, au travail sans programme imposé. Il avait fait l’apprentissage qui lui permettrait de supporter de bien plus dures épreuves, sans défaillance, dans la joie de celui qui obéit à sa vocation. Mais il ne savait pas ces choses, il allait seulement au-devant d’elles, confiant.

Après avoir passé quelques heures avec l’abbé Huvelin à Paris, et lui avoir ouvert toute sa pensée, l’ermite arriva, comme un pauvre, avec d’autres pauvres, un soir à la porte de l’abbaye ardéchoise, fourbu, tout brun de poussière. Le Frère portier ne l’attendait point et ne l’avait pas connu dix ans plus tôt. Quand il compta les hôtes que le monastère accueillerait, ce soir-là, au nom de la charité du Christ, il ne distingua point Frère Charles qui se garda de se nommer, mais mangea, comme les autres, son écuelle de soupe chaude, dormit avec eux dans la grange, et ne se fit connaître que le lendemain matin, quand la cloche conventuelle sonna la première

Dom Martin, ayant accueilli l’ex-Frère Marie-Albéric, s’occupa aussitôt, avec zèle, d’obtenir que Mgr de Viviers l’acceptât parmi les clercs du diocèse. Il y réussit, les témoignages, de plusieurs cotés sollicités, ayant représenté Charles de Foucauld comme un homme de haute vertu. Entre l’abbé de la Trappe et celui-ci, il fut convenu qu’après un court séjour à Rome, Charles de Foucauld reviendrait à Notre-Dame-des-Neiges, et s’y préparerait au sacerdoce. Cette préparation commença en septembre 1900.

On avait résolu d’abréger, le plus possible, les délais, pour l’ordination de ce candidat qui avait déjà tant étudié, tant prié, et si amplement prouvé sa vocation. Le 22 décembre, il était fait sous-diacre, à Viviers. Presque aussitôt, il se remettait en retraite, en vue du diaconat. Sa vie s’écoulait dans une méditation continuelle. Il feuilletait, à longueur de jour, l’Évangile, la Bible, les écrits des Pères. Nous avons les cahiers sur lesquels cet assidu notateur écrivait certaines de ses pensées et de ses résolutions. Assez promptement, se pose devant lui la question : « Que deviendrai-je ? » et les projets s’ébauchent, et la voie apparaît. Il irait porter l’Évangile, non « aux voisins riches, mais aux boiteux, aux aveugles, aux pauvres, c’est-à-dire aux âmes manquant de prêtres. Dans ma jeunesse, j’avais parcouru l’Algérie et le Maroc. Au Maroc, grand comme la France, avec dix millions d’habitants, pas un seul prêtre à l’intérieur ; au Sahara, sept ou huit fois grand comme la France et bien plus peuplé qu’on ne le croyait autrefois, une douzaine de missionnaires. Aucun peuple ne me semblait plus abandonné que ceux-ci… »

Chapelle du grand séminaire de Viviers

Il fut ordonné diacre la veille du dimanche de la Passion 1901 et son ordination eut lieu à Viviers le 9 juin de la même année.

La veille, le Père abbé dom Martin lui avait dit : « Je vous accompagnerai, prenez les provisions qu’il faudra pour nous deux. » Les deux voyageurs, quelques instants après, se mettaient en route. Lorsque l’heure du déjeuner fut arrivée, Charles de Foucauld tira de sa poche un petit paquet, ouvrit l’enveloppe, et, sur la robe de l’abbé, déposa trois figues pour chacun, deux noix et une bouteille d’eau.

Le soir même, le nouveau prêtre regagnait les montagnes de l’Ardèche, pour dire sa première messe le 10 juin, à Notre-Dame-des-Neiges.

« Le Père de Foucauld »

René BAZIN