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Marchons dans la lumière!

Homélie pour le premier Dimanche du temps de l’Avent, année A (Mt 24, 37-44)

Chaque année ce temps liturgique de l’Avent commence avec l’évangile des fins dernières et l’exhortation de Notre Seigneur à veiller.

Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. « Celui-là veille, dit saint Grégoire, celui qui tient les yeux ouverts à la véritable lumière ; celui-là veille, qui traduit sa foi dans ses œuvres; celui-là veille qui repousse loin de lui les ténèbres de la langueur et de la négligence. »

L’image utilisée par le Seigneur est très réaliste, deux hommes seront aux champs : l’un sera pris, l’autre laissé. Le champ, commente saint Jérôme, représente l’égalité d’occupations et de profession et la différence qu’il y aura entre eux par rapport au sort définitif. Tandis que les uns se sanctifient et gagnent le ciel avec un labeur, les autres accumulent dans le même travail la colère de Dieu qui un jour les condamnera. Tous les états sont bons, et tous peuvent être un chemin au Ciel, si nous l’embrassons avec vocation, mais tous les états peuvent être occasion de ruine si nous n’accomplissons pas les devoirs qu’ils nous imposent.

Alors, comme le père de la parabole de l’évangile, nous devons veiller en attendant la grande visite, en effet le mot Avent était utilisé pour la visite d’un roi. Comment nous préparons nous pour la visite de notre Roi ? Non seulement pendant ce temps, mais dans notre vie ; on peut dire que la vie est un grand Avent, un temps d’attente.

Il est vrai aussi que dans ce mois qui précède les solennités de Noël, la liturgie de l’Eglise oriente notre regard vers le but définitif de notre existence : la rencontre avec le Seigneur qui viendra dans la splendeur de la gloire. Pour nous, qui à chaque messe « annonçons la mort et la résurrection du Seigneur, attendant sa venue dans Gloire », nous devons rester en veille de prière. La liturgie le répète sans cesse pendant ce temps, mettant sur nos lèvres, dans ces jours d’Avent, le cri avec lequel se clôt toute Bible, dans la dernière page de l’Apocalypse de saint Jean (22, 20) : « Viens, Seigneur Jésus ».

Les autres lectures de ce dimanche, ainsi que le psaume, nous donnent aussi les éléments nécessaires pour vivre de la meilleur façon ce temps spirituel de l’Avent :

L’avent est d’abord, la découverte de la grande aspiration des hommes et des peuples vers la maison du Seigneur, de la vie éternelle où il n’y aura plus la souffrance ni la douleur. C’est une marche non vers la mort et la destruction, mais vers la rencontre avec Lui. Et pour cette raison, dans la liturgie d’aujourd’hui, nous entendons cette invitation : « Quelle joie quand on m’a dit : nous allons à la maison du Seigneur. »

Il y a aussi dans la deuxième lecture l’invitation pressante de l’apôtre : « Revêtez le Seigneur Jésus-Christ » (Rom 13:14). Cette expression est en quelque sorte la définition du chrétien. Etre chrétien signifie « revêtir le Christ ». L’Avent est le nouvel appel à se revêtir du Seigneur Jésus Christ, revêtez-vous du Seigneur Jésus Christ. Dieu s’est fait homme pour nous donner la possibilité de l’imiter dans la personne de Notre Seigneur Jésus-Christ.

C’est donc l’esprit de l’Avent, un temps de préparation pour nous revêtir du Seigneur. Et comment devons-nous le faire?  L’apôtre le dit encore dans sa lettre: « Conduisons-nous honnêtement, comme on le fait en plein jour, sans orgies ni beuveries, sans luxure ni débauches, sans rivalité ni jalousie ».

Et, comme autre élément que nous trouvons dans l’évangile de ce dimanche et qui devient l’esprit de tout ce temps, c’est l’Attente, l’espérance de la venue de notre Seigneur le jour de Noel, mais aussi au dernier jour de l’histoire.

L’attente, le fait d’attendre, est une dimension qui traverse toute notre existence personnelle, familiale et sociale. L’attente est présente dans mille situations, des plus petites et banales, aux plus importantes, qui nous touchent totalement et au plus profond de nous-mêmes. Nous pensons entre autres à l’attente d’un enfant par des époux ; à l’attente d’un parent ou d’un ami qui vient de loin pour nous rendre visite; nous pensons, pour un jeune, à l’attente du résultat d’un examen décisif, ou d’un entretien d’embauche ; dans les relations affectives, l’attente de la rencontre d’une personne aimée, de la réponse à une lettre, ou de l’accueil d’un pardon… On pourrait dire que l’homme est vivant tant qu’il attend, tant que l’espérance est vivante en son cœur. C’est à ses attentes que l’on reconnaît l’homme : notre « stature » morale et spirituelle peut être mesurée à partir de ce que nous attendons, de ce que nous espérons. (Benoît XVI. Angelus. 28/11/2010)

Chacun de nous peut donc, spécialement en ce temps qui nous prépare à Noël, se demander : « Moi, qu’est-ce que j’attends ? À quoi, en ce moment de ma vie, mon cœur aspire-t-il ? ». On peut se poser la même question au niveau familial, communautaire, national. Qu’attendons nous , tous ensemble ?

C’est cette véritable attente, l’attente du retour de Dieu qui fait briller dans notre âme la lumière de l’espérance. Selon saint Jean Chrysostome : « De même que dans les ténèbres nous ne connaissons ni l’ami ni l’ennemi. Dans la nuit, faute de lumière pour distinguer les objets: le bois, le plomb, le fer, l’argent, l’or, les pierres précieuses, tout paraît semblable à nos yeux; de même celui qui vit dans l’impureté ne connaît point l’excellence de la sagesse ni la beauté de la vertu.

Mais ce n’est point là le seul malheur qui accable celui qui vit dans le péché (l’obscurité du péché): il est dans une crainte perpétuelle, et de même que ceux qui se trouvent en chemin dans une nuit obscure, où la lune ne brille point, tremblent toujours, bien qu’il n’y ait là personne pour les alarmes; ainsi les pécheurs sont-ils dans une méfiance continuelle, quand bien même personne ne leur ferait de reproches. Mais les remords de leur conscience font que tout les effraie, que tout leur est suspect, que tout est plein pour eux de crainte et de terreur, et qu’ils ne voient rien qui ne les inquiète.

Fuyons donc une vie si tourmentée, car après ces inquiétudes la mort viendra.

Voilà pourquoi saint Paul veut que nous soyons tous sobres et vigilants, et Jésus-Christ nous le commande aussi. Celui qui est sobre et qui veille, si le péché le surprend, aussitôt il le chasse; mais l’insensé ou celui qui dort ne sait pas comment le péché s’empare de lui. Ne nous endormons donc point, car la nuit est passée, nous sommes dans le jour.  » Marchons donc avec décence et avec honnêteté, comme  » marchant durant le jour « , (Rom. XIII, 13) » . Marchons dans la lumière.

Parmi tous ceux qui attendait en veillant le Messie, il y avait Marie ; elle attendait plus que tous les autres hommes et femmes la venue du Messie, sans savoir pourtant que Dieu voulait qu’elle devienne sa Mère.

Il y a une correspondance mystérieuse entre l’attente de Dieu et celle de Marie, la créature « pleine de grâce », totalement transparente au dessein d’amour du Très Haut. Apprenons d’elle, la Femme de l’Avent, à vivre les gestes quotidiens avec un esprit nouveau, avec le sentiment d’une profonde attente, que seule la venue de Dieu peut combler.

P. Luis Martinez IVE.

« Tu le vois Crucifié et tu l’appelles Roi »

Solennité du Christ Roi

L’année liturgique finit avec cette belle solennité du Notre Seigneur Jésus-Christ Roi et l’évangile nous fait voyager par l’imagination au Calvaire. On pourrait se demander pourquoi l’Eglise a choisi cet évangile pour la fête de ce dimanche.

Et notre foi nous donne la réponse, la croix, loin d’être une défaite, c’est un triomphe, le triomphe du Christ Roi.

Mais, examinons un peu ces personnages qui sont là au Calvaire, on peut dire qu’ils représentent en quelque sorte les hommes de notre temps, les hommes de toute l’histoire du monde et la position qu’ils prennent en égard au mystère de la croix et de la Rédemption.

Il y en a certains qui ne veulent pas se déclarer pour le Christ ou contre lui, comme le peuple qui restait là à observer. Combien de chrétiens sont comme ces gens qui regardaient au calvaire, pour qui la religion est quelque chose de lointain, une formalité, sans cœur, sans amour, sans compromis ! La vie et la mort du Christ n’ont aucune importance, pour eux Il ne change rien de leur vie.

La Croix provoque aussi des positions contraires, beaucoup se moquent du Seigneur : les chefs religieux, les soldats, l’un des malfaiteurs ; pour eux le meilleur signe du triomphe c’est le fait de descendre de la croix, ils croiraient en Jésus, seulement si Il abandonnait son sacrifice. Pourtant, le Christ révèle sa gloire demeurant sur la croix, comme l’Agneau immolé.

D’une manière inattendue, l’autre larron se range de son côté et confesse implicitement la royauté du juste innocent et implore : « Souviens-toi de moi lorsque tu viendras avec ton royaume » (Lc 23, 42). Saint Cyrille d’Alexandrie commente : « Tu le vois crucifié et tu l’appelles roi. Tu crois que celui qui supporte les railleries et la souffrance parviendra à la gloire divine » (Commentaire de Luc, homélie 153). Ce bon larron est l’image de ceux qui croient vraiment à la royauté du Christ à travers un regard de foi, et tout en voyant sa douleur, il croit que Jésus est son Roi.

Saint Ambroise observe: « Celui-là priait pour que le Seigneur se rappelât de lui une fois entré dans son Royaume, mais le Seigneur lui répondit:  en vérité, en vérité je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. La vie consiste à demeurer avec le Christ, car là où est le Christ, là est le Royaume » (Commentaire de l’Evangile selon Luc, 10, 121). Il y a aussi le titre de l’accusation, c’était la raison de la condamnation à mort de notre Seigneur :  « Celui-là est le roi des Juifs », elle était inscrite sur un écriteau cloué au-dessus de la tête de Jésus, et devient ainsi la proclamation de la vérité. Saint Ambroise fait encore remarquer: « A juste titre l’inscription se trouve au-dessus de la croix, car bien que le Seigneur fût en croix, toutefois il resplendissait du haut de la croix avec une majesté royale » (ibid., 10, 113).

Pourquoi affirmons nous que le Seigneur est Roi ? Nous pouvons justifier le fondement de sa royauté en quatre raisons :

En premier lieu, la Royauté lui appartient par le fait d’être Dieu, Il est le Verbe Incarné, le Fils de Dieu venu dans ce monde. Saint Cyrille d’Alexandrie l’indique très bien :  » Pour le dire en un mot, dit-il, la souveraineté que Jésus possède sur toutes les créatures, il ne l’a point ravie par la force, il ne l’a point reçue d’une main étrangère, mais c’est le privilège de son essence et de sa nature « .

Deuxièmement, la royauté lui convient en vertu de la Rédemption, par droit de conquête, Il nous a racheté par son Sang (1 Pierre 1, 18-19): « vous avez été rachetés par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ ».

En troisième lieu, le Seigneur est Roi parce qu’Il est la Tête de l’Eglise, Il a la plénitude de la grâce : « nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité » (Jn1, 14).

Et la quatrième raison de sa souveraineté, c’est par droit d’héritage, c’est Lui que le Père a constitué héritier de toute chose : « Il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes»(Heb1, 2)

En plus, son autorité inclut le pouvoir législatif (Il donne des lois, dans l’évangile), judiciaire (Il viendra nous juger) et exécutif (Il guide notre vie et la vie de son peuple et il régit le monde)

Mais, bien qu’Il doive régner dans nos cœurs et dans toute la société, son Règne n’est pourtant pas de ce monde, comme il l’a dit devant Ponce Pilate, c’est un règne éternel comme dit l’Ange Gabriel à Marie : « son règne n’aura pas de fin » ( Lc. 1,33) et c’est un règne universel : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre » (Mt 28,18). C’est un règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix (Préface). Pour cette raison, il n’est pas comme les pouvoirs de ce monde, qui se forment souvent (presque toujours) à travers le mensonge et la violence ; et même lorsqu’ils sont légitimes et droits, ils n’ont que des finalités temporaires et sont influencés et limités par l’inévitable imperfection humaine. Aucun gouvernant ni roi dans ce monde ne pourrait être le Christ.

Mais aujourd’hui plus que jamais, on veut bannir la royauté de Notre Seigneur de toute société, comme l’écrit le pape Benoît dans son encyclique « Spes Salvi » (30) les temps modernes ont fait grandir l’espérance de l’instauration d’un monde parfait qui, grâce aux connaissances de la science et à une politique scientifiquement fondée, semblait être devenue réalisable. Ainsi l’espérance biblique du règne de Dieu a été remplacée par l’espérance du règne de l’homme, par l’espérance d’un monde meilleur qui serait le véritable  « règne de Dieu » mais sans Dieu.

Et pour cela saint Jean Paul II, reprenant les paroles de son prédécesseur Jean Paul I, avertissait de ne pas confondre le Regnum Dei avec le regnum hominis, comme si la libération politique, sociale et économique étaient la même chose que le salut en Jésus-Christ. Aujourd’hui, une société « libérée » de la religion, où la croix et la foi chrétienne ne puissent plus se montrer ou se manifester serait une condition nécessaire pour que l’humanité soit totalement libre.  Nous savons qu’un royaume instauré sans Dieu finit inévitablement dans la perversion de toutes les choses.

Le Christ est un roi défait aux yeux du monde, mais pour gagner une victoire éternelle aux yeux de Dieu. Le royaume de la grâce qu’Il a instauré a plus de durée que n’importe quel royaume de ce monde. Son royaume ne surgit pas d’en bas, il provient d’en haut. Mais ce n’est pas qu’un royaume de simples esprits. Le Seigneur déclare que son Royaume n’est pas d’ici (en son origine) mais Il ne nie pas qu’il est ici, Il dit que ce règne n’est pas de la chair mais il ne dit pas que ce règne ne soit pas réel. Il dit que c’est un royaume des âmes, mais cela ne veut pas dire que ce soit un royaume des fantômes, mais des hommes comme nous. 

Le Seigneur commande dans nos intelligences car il est la Vérité et il est nécessaire que tous les hommes reçoivent la vérité de Lui ; le Seigneur commande dans nos volontés car Il est la Bonté par excellence et Il pousse nos esprits aux choses les plus nobles et Il règne aussi dans nos cœurs car Il est l’Amour infini. Il n’invite pas seulement chaque homme en particulier, Il veut que toutes les sociétés reçoivent aussi la grâce de son pouvoir qui ne fait rien de mal aux hommes au contraire, il donne la vie véritable.

Ici dans ce monde, Il guide son Eglise, où Jésus veut que tous parviennent parce que c’est en elle que Dieu a mis tous les trésors de sa grâce. Et son royaume qui commence au Ciel, ne continuera qu’au Ciel pour toute l’éternité.

Demandons aujourd’hui à la très sainte Vierge Marie, Reine du Ciel de nous guider vers la patrie où son Fils règne pour l’éternité.

P. Luis Martinez IVE.