Archives de catégorie : Homélies

« Il resta quarante jours, tenté par Satan » – Comment combattre les tentations?

Lire l’évangile du premier dimanche de Carême (Mc. 1,12-15)

Nous sommes déjà dans le temps de Carême, imitant Notre Seigneur qui, comme le dit aujourd’hui l’évangile, resta quarante jours dans le désert en jeûne (symbole pour nous de la pénitence).

L’évangéliste saint Marc ne décrit pas les trois tentations comme le font saint Matthieu et saint Luc, mais on découvre dans la description qu’il fait de ce mystère, un grand enseignement pour nous: l’évangile nous dit qu’après- son baptême, l’Esprit Saint « pousse » le Seigneur vers le désert, vers la pénitence et aussi vers les tentations. C’est-à-dire que dans le dessein divin, Dieu veut ce temps de pénitence pour son Fils et permet les épreuves que le démon lui infligera.

On peut donc appliquer les paroles de saint Pierre dans sa lettre (1 Pierre 2, 21) : C’est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces.

La vie de tout homme et de tout chrétien est soumise à des tentations et des épreuves. Nous suivons ses traces : si Notre Seigneur est passé par là, nous aussi. Le chrétien, étant le bon soldat du Christ, doit livrer le bon combat. Saint Augustin enseignait : « la vie des saints consista dans cette lutte constante et dans cette guerre tu devras lutter, toi aussi jusqu’à la mort »

Nous allons parler de comment donc résister  aux tentations et comment réagir dans les épreuves. Et vous avez peut-être remarqué qu’on utilise deux mots : tentation et épreuve.

En effet, dans la langue grecque, il y a un unique mot « peirazein » qui veut dire tout d’abord éprouver, et dans un sens plus élargi tenter, c’est le mot qu’utilise l’évangéliste ici.

D’abord, à plusieurs reprises dans le langage de la bible Dieu éprouve l’homme. Cela nous pouvons le constater dans nos vies, Dieu nous envoie des épreuves, ou plutôt, le permet. Elles consisteront par exemple dans des maladies, pauvretés, soucis, déceptions, Dieu les permet mais Il donne sa grâce pour que cette difficulté soit l’occasion de grandir spirituellement, car tout contribue pour le bien de ceux qui aiment Dieu (Rm. 8,28). De cette manière, dans une épreuve par exemple une maladie la personne grandit en patience et dans la vertu de l’espérance, avec la grâce de Dieu, beaucoup plus qu’elle ne le ferait en dix années de bonne santé.  L’apôtre saint Jaques nous enseigne (Jacques 1, 2-3) : « Considérez comme une joie extrême, mes frères, de buter sur toute sorte d’épreuves. Vous le savez, une telle vérification de votre foi produit l’endurance ».

Mais, Dieu éprouve vers le bien, jamais vers le mal (Jacques 1,13): « Dans l’épreuve de la tentation, que personne ne dise : « Ma tentation vient de Dieu. » Dieu, en effet, ne peut être tenté de faire le mal, et lui-même ne tente personne ».

Nous avons d’autre part, « les tentations ». Les tentations proprement dites sont des suggestions qui nous poussent vers le mal, elles sont aussi permises par Dieu mais elles procèdent du Démon, du monde et de la propre chair (chair dans le sens biblique, désigne la nature humaine affectée par le péché et penchée vers le mal).

Nous pouvons donner donc quelques conseils pour découvrir et vaincre les tentations.

D’abord l’attitude du chrétien fasse aux tentations, la façon de se conduire. Avant tout, c’est la confiance dans la grâce de Dieu : « Je peux tout en celui qui me donne la force » (Philip. 4,13). Et dans le psaume du bon berger (22,4) l’on dit : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi ».

Saint Augustin nous apprend dans son commentaire aux psaumes : « Le diable est enchaîné pour qu’il ne fasse pas tout le mal qu’il pourrait, tout ce qu’il désire faire. Dieu lui permet de tenter seulement dans la mesure où cela soit profitable pour nous (In Psalmos 63,1) ».

Nous avons besoin aussi de l’humilité, car Dieu s’oppose aux orgueilleux, aux humbles il accorde sa grâce (Jacques 4,6). D’abord pour ne pas nous fier à nos propres forces : celui qui se croit solide, qu’il fasse attention à ne pas tomber (1 Corinth. 10,12). Nous avons parfois la tentation de penser que le fait de vaincre c’est le résultat exclusif de notre travail, on oublie facilement que c’est Dieu qui donne la grâce. L’humilité manque aussi lorsque nous nous exposons à des occasions de péché et finissons par tomber en lui, la bible dit aussi que celui qui aime le danger finira par y tomber.

Quelles sont les principales armes du chrétien pour vaincre les tentations ?

Ce sont celles que le Seigneur a utilisées et enseignées : la prière et le jeûne Mc 9,29 (c’est-à-dire les sacrifices), la Parole de Dieu (Mt 4,1-11). Il a dit aussi de veiller et prier pour ne pas tomber dans la tentation, cela nous conduit à faire régulièrement un examen de conscience, pour découvrir nos points faibles dans la vie spirituelle, pour voir par quel côté le diable tente de nous faire tomber : « Veillez et priez, pour ne pas entrer en tentation ; l’esprit est ardent, mais la chair est faible. » (Mt 26,41).

Nous avons aussi certaines tactiques pour vaincre les assauts du démon :

  • Il nous faut combattre la tentation depuis le premier moment où nous avons détecté sa présence, éteindre l’étincelle avant que le feu ne se propage, ne pas faire comme Eve qui est entrée en dialogue avec le démon au paradis.
  • Etre disposé à vaincre même en payant un grand prix et même si cela nous cause une douleur sensible, parce que parfois pour vaincre il nous faut des mesures radicales : couper avec la personne qui nous conduit au péché, changer de domicile, de travail, renoncer à certains poste ; « aux grands maux les grands remèdes ».
  • Ne pas se plaindre pour ce à quoi nous avons renoncé : « Et ces bagatelles de bagatelles, ces vanités de vanités, mes anciennes maîtresses, me tiraient par ma robe de chair, et me disaient tout bas : Est-ce que tu nous renvoies ? Quoi ! dès ce moment, nous ne serons plus avec toi, pour jamais ? Et, dès ce moment, ceci, cela, ne te sera plus permis, et pour jamais ?» (Confessions VIII, 11,26). 
  • Se laisser guider par quelqu’un qui puisse nous aider (les conseils d’un prêtre ou de notre directeur spirituel).
  • Ne pas céder dans la volonté par des tels arguments : « tout le monde le fait », « je ne peux pas vaincre ce genre de tentation ». Ni dans notre intelligence, par exemple déguisant les péchés en quelque chose de bon : « Malheureux, ces gens qui déclarent bien ce qui est mal, et mal ce qui est bien, qui font des ténèbres la lumière et de la lumière les ténèbres, qui rendent amer ce qui est doux et doux ce qui est amer ! » (Is. 5,20).

Quels biens pouvons-nous obtenir de tentations ?

  • Avant tout, elles nous aident à nous connaître, à connaître notre point faible dans notre vie spirituelle : par quel côté le diable essaie-t’il de nous attaquer ?
  • Elles nous aident aussi à avoir la lassitude des choses de ce monde.
  • Les souffrances qu’elles infligent nous aident à expier nos péchés, car toute souffrance vient pour expier les péchés de la vie passée.
  • Elles font grandir nos mérites.
  • Les tentations nous apprennent à être humbles.
  • Elles nous enseignent aussi à être vigilants, car la tentation ne nous avertit pas toujours de quand elle arrive ni de la force avec laquelle elle va nous attaquer.
  • Etre tentés dans nos vies nous aide à être plus miséricordieux et compatissants avec ceux qui sont aussi tentés.

Un docteur de l’Eglise, saint Jean d’Avila, écrivait une fois une lettre à une dirigée spirituelle, en proie des grandes tentations, et le saint utilisait cette belle image, avec laquelle nous allons conclure aujourd’hui :

 « Si vous avez vu, ma sœur, un potier mettre le feu à son four, et avez pris garde de l’épaisse fumée qui en sort et de l’ardeur du feu qui est au-dedans, qui est une image de l’enfer, auriez-vous pu croire que les vases que l’on y avait mis ne seraient mis en cendre, ou au moins noirci comme la poix ? Toutefois après que la furie de cet embrasement est passée et qu’on les en retire, ils sont durs comme des pierres, blancs comme la neige et dignes d’être servis sur la table d’un prince. Or, saint Paul nous compare à des vases de terre et avec raison puisque nous sommes si délicats que nous en voulons rien souffrir. Il faut que vous passiez par le feu de la tribulation pour acquérir la fermeté dont vous avez besoin. Souffrez donc avec patience et confiance [vous qui êtes dans le four de la tribulation]. Prenez donc bien garde que votre vase ne se trouve pas cassé au sortir de ce feu. Ceux qui se cassent dans ce four ce sont ceux qui perdent la patience. Ne désistez pas, même si c’est le démon qui remue le feu, en totale confiance en Dieu ».

Que la Vierge Marie nous rende forts dans la lutte contre le démon.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

 

« Ouvre ton cœur au pauvre : c’est ton frère »

Le pape Benoît XVI, dans son message pour le Carême nous disait : « Le Carême nous offre une fois encore l’opportunité de réfléchir sur ce qui est au cœur de la vie chrétienne : la charité. En effet, c’est un temps favorable pour renouveler, à l’aide de la Parole de Dieu et des Sacrements, notre itinéraire de foi, aussi bien personnel que communautaire. C’est un cheminement marqué par la prière et le partage, par le silence et le jeûne, dans l’attente de vivre la joie pascale. »[1]

Ce petit texte du Pape Benoît nous fait remarquer la finalité du carême, c’est-à-dire « Réfléchir sur la charité et renouveler notre foi dans l’attente de vivre la joie pascale » et ce texte nous fait aussi voir les moyens pour y arriver : « Le silence, la prière et la Parole de Dieu. »  « Les Sacrements »« Le partage et le jeûne. »« Pour dire un seul mot : la conversion. »

  1. «Silence et Prière»

Tout d’abord, le silence et la prière, l’écoute de la Parole de Dieu.  en ayant toujours présent le désir de grandir en la charité et en la foi en attendant la joie de Pâque.

Le carême est un temps liturgique pour améliorer notre façon de prier, la lecture de la bible, en particulier le livre de l’exode : Le livre de l’Exode est le livre pascal par excellence[2] :

La première partie de ce livre nous rappelle, la situation misérable du peuple esclave, image de la captivité du péché, qui nous rend vraiment esclave. Dieu se révèle, Dieu se fait connaître, et dans la même scène du buisson ardent, inaugure l’œuvre du salut, la rédemption. Il en est l’image de notre rencontre personnelle avec Dieu, qui nous révèle toujours son désir de nous sauver.

  1. « Les Sacrements »

En premier lieu, le baptême : Par le sacrement du baptême nous nous sommes unis à la passion, à la mort et à la résurrection du Christ. Le carême nous prépare à renouveler les engagements du baptême au cours de la nuit pascale.

Dans la célébration de notre baptême le prêtre nous a demandé : Renoncez-vous à Satan, à ses œuvres et à ses séductions ? Et nous avons renoncé. Le prêtre nous a ensuite demandé : Croyez-vous en Dieu le Père, Son Fils, mort et ressuscité pour nous, en l’Esprit Saint ? Et nous avons répondu : Nous croyons. Ce temps nous appelle à renouveler ces engagements.

L’Eucharistie : Le peuple d’Israël pendant son cheminement au désert mangeait de la Manne. Nous avons l’eucharistie pour refaire nos forces.

On considère l’effet de ce sacrement à partir de la façon dans laquelle ce sacrement nous est donné ; il nous est donné à la manière de nourriture et de boisson. Pour cela comme tout l’effet que la nourriture et la boisson matérielle produisent à l’égard de la vie matérielle  à savoir- sustenter, accroître, réparer et délecter – tout cela, ce sacrement le fait à l’égard de la vie spirituelle.[3]

La Confession ou le sacrement de la Pénitence :Au désert, le peuple de Dieu a été plusieurs fois faible. Nous aussi, nous avons besoin de la miséricorde de Dieu. Le sacrement de la réconciliation n’est pas un sacrement réservé pour le temps de carême ou pour l’avent, mais l’Eglise nous conseille de nous y approcher avec plus de ferveur et plus de dévotion. En effet le carême est en temps de pénitence, et justement le sacrement de la confession est appelé aussi, sacrement de la pénitence.

  1. « Le partage et le jeûne. »

Le partage et le jeûne sont deux éléments de la vie spirituelle qui nous aident à soumettre notre orgueil et notre chair. Ces derniers sont deux ennemis qui se trouvent à l’intérieur de nous-mêmes.

Par les privations volontaires nous maîtriserons notre chair. Mais Jésus nous conseille aussi comment nous devons faire le jeûne : Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites…  Mais toi, quand tu jeûnes, parfumes-toi la tête et laves-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. » (D’âpres l’évangile du Jour.)

Par le partage et par la charité, nous soumettrons notre orgueil. L’office de lecture d’aujourd’hui nous rappelle : « Ouvre ton cœur au pauvre : c’est ton frère. Et quand le Fils de l’homme viendra, il te dira : J’avais faim et tu m’as donné à manger. »

P. Andrés Nowakowski V. E.

Monastère « Bx. Charles de Foucauld »

[1] Message du Pape Benoit XVI pour le carême 2012.

[2] Liturgie des heures. Introduction au texte de l’Exode.

[3]Cf. Summe théologique III 79 art 1.