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« Voici que je fais une chose nouvelle : ne la voyez-vous pas ? »

Nous sommes arrivés à l’heureuse nuit de Pâques, la Veillée, mère de toutes les saintes veillées, comme disait saint Augustin.

Nous nous retrouvons devant les signes sensibles qui nous sont déjà familiers, tels que la lumière et l’eau (dont nous serons aspergés après avoir renouvelé nos promesses baptismales), nous avons médité sur ces signes pendant le carême, l’eau dans la rencontre de Jésus avec la samaritaine et la lumière dans la guérison de l’aveugle de naissance. A toute la beauté de la liturgie s’ajoutent encore l’histoire sainte et les promesses prophétiques que nous avons proclamées dans ces sept lectures de l’Ancien Testament et celle de saint Paul ; avec l’évangile.

On peut dire que tous les éléments : le feu et la lumière, la végétation, l’eau, le pain et le vin pour la consécration, nos voix et nos personnes, tout sert à Jésus-Christ, tout aide à proclamer et à manifester la Résurrection de notre Seigneur. Sans oublier que les lectures nous rappellent qu’au centre de notre histoire, il y a le Christ, le Sauveur.

La lumière

Dans cette nuit, la lumière accomplit un véritable rôle, mais nous savons que la vie est possible grâce à elle. Elle rend possible la connaissance (il est impossible de connaître sans pouvoir d’abord nous éclairer), elle rend possible l’accès à la réalité, à la vérité. Et en rendant possible la connaissance, elle rend possible la liberté et le progrès. Le mal se cache. La lumière par contre est une expression du bien qui est luminosité et crée la luminosité.

A Pâques, au matin du premier jour de la semaine, Dieu a dit de nouveau : « Que la lumière soit ! ». Auparavant il y avait eu la nuit du Mont des Oliviers, l’éclipse solaire de la passion et de la mort de Jésus, la nuit du sépulcre. Mais désormais c’est de nouveau le premier jour ­ la création recommence entièrement nouvelle. « Que la lumière soit ! », dit Dieu, « et la lumière fut ». Jésus se lève du tombeau. La vie est plus forte que la mort. Le bien est plus fort que le mal. L’amour est plus fort que la haine. La vérité est plus forte que le mensonge. (Benoît XVI, Homélie 8/4/12)

Parlant de la lumière, réfléchissons un peu au moment de la Résurrection, les évangiles nous montrent que c’est encore l’aube, l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine lorsque les femmes arrivent au sépulcre ; c’est-à-dire, avant que le soleil physique ne fût apparu, Notre Seigneur, véritable Lumière de Dieu avait déjà vaincu les ténèbres de la mort et toute forme d’obscurité.  Il nous attire tous derrière lui dans la nouvelle vie de la résurrection. Il est en définitive le nouveau jour de Dieu qui vaut pour nous tous.

L’eau

L’autre signe sensible de ce soir est aussi l’eau, elle vient nous rappeler notre baptême.

D’abord, dans la littérature biblique l’eau contenue dans la mer est signe d’une puissance que l’homme doit craindre, parfois elle est signe de la mort, ainsi Dieu épargne à son peuple de mourir dans la mer Rouge mais les eaux engloutissent les ennemis qui le poursuivaient. L’eau nous est présentée aussi d’une autre manière : comme la source fraîche qui donne la vie, ou aussi comme le grand fleuve d’où provient la vie. Sans eau, il n’y a pas de vie. Saint Jean nous raconte qu’un soldat avec une lance perça le côté de Jésus et que, de son côté ouvert – de son cœur transpercé –, sortit du sang et de l’eau (cf. Jn 19, 34). L’Église primitive y a vu un symbole du Baptême et de l’Eucharistie qui dérivent du cœur transpercé de Jésus. Dans la mort, Jésus est devenu Lui-même la source, la source de la vie nouvelle de tout chrétien. (Benoît XVI, Homélie 11/4/09)

Dieu donne un nouveau sens à toute la création. Dans le livre de l’Apocalypse, saint Jean voit le Seigneur vainqueur et roi de l’histoire assis sur un trône de Gloire qui dit: « Voici que je fais toutes choses nouvelles. » Dieu détient le pouvoir de refaire toutes choses, de donner un nouveau sens, comme Il le fait avec tous ces éléments dont nous nous servons dans notre liturgie ; lesquels gardant toujours leur nature, reçoivent dans cette nuit une signification nouvelle. A nous aussi, Dieu ne nous enlève pas notre nature humaine, Il veut que nous élevions notre nature et pour cela, Il est toujours prêt à nous donner sa grâce. Comme dans la liturgie, l’eau, l’huile, le feu, le pain et le vin reçoivent tous une transformation nouvelle et ils deviennent « saints » ; ainsi nous-mêmes, lorsque nous nous approchons de Dieu nous devenons une chose nouvelle, nous sommes transformés par sa grâce par une conversion qui se fait toujours, chaque jour, jusqu’à la sainteté, l’imitation la plus proche possible avec le Christ.

Nous avons dit aussi au début que Jésus est le centre de notre histoire, sans la résurrection notre temps n’aurait pas eu de sens non plus.

Mais, si nous parlons de nos jours, nous sommes à plusieurs reprises tentés de nous poser cette question : « où va notre monde ? ».

Saint Séplucre

Alors que la foi en Dieu nous dit qu’il y a toujours un espoir, il y a toujours une vie après la mort, la gloire après la souffrance, un sépulcre vide et une vie nouvelle après la douleur et mort de la croix. Et le Christ ressuscité nous dit encore une fois : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ! »

Dieu guide les fils de l’histoire de notre monde, Dieu conduit la destinée des hommes, le Christ est souverain du temps, Seigneur de l’histoire, des bons et des méchants, de tous.

Aujourd’hui, beaucoup crucifient Jésus en ses disciples mais après ils vont le proclamer Fils de Dieu. Beaucoup tuent et persécutent ceux qui portent comme nous le nom de Chrétiens, mais nous savons que le Christ ressuscité a fait un apôtre d’un grand persécuteur appelé Saul, l’apôtre des nations appelé Saint Paul.

En Jésus s’accomplie la belle prophétie de Isaïe (43, 19 : « Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? Oui, je vais faire passer un chemin dans le désert, des fleuves dans les lieux arides. Les bêtes sauvages me rendront gloire parce que j’aurai fait couler de l’eau dans le désert, des fleuves dans les lieux arides, pour désaltérer mon peuple, celui que j’ai choisi. Tu n’as rien dépensé pour m’offrir des aromates, tu ne m’as pas rassasié de la graisse de tes sacrifices. Au contraire, tu m’as asservi par tes péchés, tu m’as fatigué par tes fautes. C’est moi, oui, c’est moi qui efface tes crimes, à cause de moi-même ; de tes péchés je ne vais pas me souvenir ».

Parmi les grands miracles de notre Seigneur se trouve celui du jeune ressuscité de la Ville de Naïm, unique enfant d’une mère veuve. Jésus, lorsqu’il a contemplé la souffrance de cette mère « fut saisi de pitié », en arrêtant la procession vers le cimetière, il a rendu l’enfant à sa mère.

Une belle traditionnous dit que la première personne à laquelle Jésus a annoncé sa résurrection a été sa mère, parce qu’Il devait la consoler de tant des larmes qu’elle avait versées à sa mort et le samedi saint. Elle est la première à recevoir la joie de Pâques, à elle, la Reine du Ciel, nous demandons la grâce de nous réjouir du triomphe de son Fils.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

La Gloire de la Croix

L’Eglise nous invite à vivre les derniers jours de la vie mortelle de Notre Seigneur et à vivre aussi son grand triomphe sur la mort et à nous unir spirituellement à Lui dans ces heures suprêmes et pour Lui et pour l’humanité tout entière. Nous le faisons à travers ces gestes et ces actions qui rappellent ceux que notre Seigneur a accomplis au moment de sa Passion.

La procession des rameaux, le lavement des pieds à la messe de Jeudi Saint et le reposoir comme image de son agonie ; le chemin de croix et la cérémonie du Vendredi Saint, avec la prostration faite par les prêtres et la vénération de la Croix. La liturgie déploie toute sa richesse pour que nous, les chrétiens, revivions plus intiment et avec tout le réalisme des signes, ces moments sublimes de notre Maître et Seigneur Jésus-Christ.  Il est évident qu’à la considération de tous ces moments, notre âme s’enflamme d’amour pour le Christ et elle se dispose à imiter tout cet amour que Jésus a montré pour nous. Comme l’avait prêché saint Thomas d’Aquin, lorsqu’il a fait le commentaire à la Profession de notre Foi : « La passion du Christ, dit saint Augus­tin, suffit à nous instruire complètement de la manière dont nous devons vivre. Quiconque en effet veut mener une vie parfaite, n’a rien d’au­tre à faire que de mépriser ce que le Christ a méprisé sur la croix et de désirer ce qu’il a désiré. Il n’est pas en effet un seul exemple de vertu que ne nous donne la croix. »

Nous avons donc inauguré cette Semaine Sainte avec la Procession des Rameaux, et dans les chants a résonné cette parole à laquelle nous sommes déjà habitués car nous la répétons chaque fois qu’on participe à la Messe : Hosanna, Benedictus qui venit in nomine Domini.

Imaginons juste un peu la situation de la ville sainte à ce moment-là. Jérusalem était la capitale religieuse des juifs, et la fête de la Pâque attirait un nombre colossal de pèlerins. On sait que pour cette fête, la quantité des pèlerins arrivait et dépassait même les deux millions et demi de personnes.

Le fait que Jésus soit reçu par une grande multitude comme nous disent les évangiles, est dû aussi au fait que le Seigneur avait ressuscité son ami Lazare, quelques jours avant et cette nouvelle s’est vite répandue parmi les juifs.

Alors, il est évident que chaque geste du Christ porte une signification, comme aussi les paroles et les gestes que Dieu a inspirés aux gens qui lui rendaient cet accueil. Il monte sur une ânesse et son petit, comme les rois de l’antiquité, c’était la façon d’indiquer une visite de paix, tandis que lorsqu’ils entraient montés sur un cheval cela indiquait qu’ils étaient vainqueurs de cette ville, ou qu’ils revenaient de la guerre.

Mont des Oliviers

La foule étendait les manteaux et secouait les feuilles de palmiers et d’oliviers, comme c’était l’usage à l’occasion de la bienvenue des rois (rappelons-nous qu’en plus d’être un symbole de la paix l’olivier abondait dans ce mont qui portait précisément son nom).

L’évangile nous parle aussi, comme nous l’avons dit, de ce chant avec lequel les gens saluaient le Christ. « Hosanna » à l’origine voulait dire : « sauve-nous maintenant », c’était plutôt un cri de détresse dirigé vers celui qui pouvait porter la libération, un roi, un héros. Au temps de Jésus, ce mot avait perdu son sens originel, mais gardait celui d’une salutation de bienvenue pour un roi ou un prophète : « Hosanna au plus des cieux ». Les derniers mots indiquaient que même les anges se faisaient participants de notre cri vers Dieu, comme pour redoubler la pétition. Ces paroles ne laissaient pas d’être une prophétie imminente de la Passion.

Revenons un peu sur l’autre symbole de ce dimanche, nous l’avons juste mentionné plus haut, il s’agit des feuilles de palmiers, les palmes (en Italie, c’est le nom que reçoit ce dimanche, « Dimanche des Palmes »). Nous sommes habitués au palmier dans ce pays méditerranéen et il n’est pas difficile d’orner nos églises avec les feuilles de cet arbre.

Un poète a dit du palmier qu’il est la Rose des vents de la gloire des hommes. Conscient de l’allégorie qu’il porte, le palmier s’ouvre comme en étoile sur une hauteur inaccessible, comme pour dire ironiquement que la gloire des hommes aujourd’hui souffle d’un côté et que demain elle soufflera de l’autre.

Un peu comme nous, les hommes, un jour nous suivons cette mode, demain une autre, aujourd’hui cette tendance, demain sera une autre. Comme certains de ceux qui recevaient le Seigneur ce jour-là. Leur louange finira ce dimanche, et le vent de la gloire se changera vers le Calvaire, mais ils n’auront pas le courage de suivre le Seigneur jusque là. A eux on peut appliquer ces dures phrases de l’Imitation de Jésus-Christ : « Il y en a beaucoup qui désirent le céleste royaume de Jésus, mais peu consentent à porter sa Croix. Beaucoup souhaitent ses consolations, mais peu aiment ses souffrances. Tous veulent partager sa joie ; mais peu veulent souffrir quelque chose pour lui.
Plusieurs suivent Jésus jusqu’à la fraction du pain, mais peu jusqu’à boire le calice de sa passion.
Plusieurs admirent ses miracles ; mais peu goûtent l’ignominie de sa Croix. » (L’Imitation de Jésus-Christ L II, ch. 11)

Mais ces feuilles de palmier ont servi le jour des rameaux aussi comme un tapis naturel sur lequel le Seigneur avançait vers Jérusalem. Et lorsque le Sauveur s’approchait de la Ville Sainte, il est presque évident que la pensée qui marquait son chemin c’était celle de la croix, Il était venu non pour écouter ses Hosanna, mais pour entendre l’autre cri : « Qu’il soit crucifié ! »  « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! ».

Mais les palmes recevront elles aussi un nouveau sens après la croix, elles ne serviront plus pour saluer la gloire passagère de ce monde. La culture chrétienne s’en servira pour marquer l’autre triomphe qui s’associe à celui du Christ, un triomphe mystérieux parce qu’aux yeux des hommes c’est une grande défaite, la palme sera désormais sur les mains des martyrs et des vierges. Pour les hommes, le martyrs est le vaincu, l’humilié, le perdant, et la vierge l’abandonnée, la silencieuse, la méprisée. Mais nous savons que les deux sont les plus grands triomphes et une grâce sublime que Dieu donne à ses disciples. Ils tiennent entre leurs mains ces palmes qui indiquent le véritable chemin, l’unique gloire qui ne passe pas, ne change pas, la Gloire de la Croix pour arriver la Gloire du Ciel. Comme disait une vierge aussi, sainte Rose de Lima : « la Croix est l’unique échelle pour monter au Ciel ».

Comprenons aujourd’hui que le Seigneur veut régner, mais Il règne depuis sa croix. Il règne non pas avec les armes qui tuent, mais avec la grâce qui donne la vie et la vie éternelle. Il règne non pas avec le pouvoir de faire des esclaves, dominés et soumis à travers la peur et les menaces, mais avec la loi de l’évangile qui fait de nous des enfant de Dieu et qui nous rend libres.

Jésus vient à Jérusalem en signe de paix, Il vient pour accomplir ce qu’Il avait promis au moment de son Incarnation et que répète le prophète Isaïe dans la première lecture : « Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé ».

Depuis sa croix, le Seigneur nous offre la palme de la victoire du Chrétien, celle qui ne s’incline pas au souffle de la gloire de ce monde, Il nous appelle à choisir la loi de l’évangile, à choisir la palme de la croix pour l’imiter.

Nous méditons cette semaine la passion de notre Seigneur, faisons donc nôtres les paroles très profondes et réalistes d’un saint mystique espagnol, saint Rafael Arnaiz :

« A toi Seigneur, on a craché sur toi, on t’a insulté, fouetté, on t’a cloué sur un bois, et Toi, étant Dieu, tu pardonnais humblement, te taisait et plus encore tu t’offrais… Que pourrais-je dire moi de ta Passion !… Il vaut mieux que je ne dise rien et que dans le plus profond de mon cœur, je médite sur ces choses que l’homme ne pourra jamais comprendre ». Que la Vierge Marie nous donne cette grâce .

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné