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« Dieu seul est ma tendresse, Dieu seul est mon soutien, Dieu seul est tout mon bien, ma vie et ma richesse »

Saint Louis Marie Grignion de Montfort

Dieu Seul

Avant tout, saint Louis-Marie frappe par sa spiritualité théocentrique. Il a « le goût de Dieu et de sa vérité »[1] et sait communiquer sa foi en Dieu, dont il exprime à la fois la majesté et la douceur, car Dieu est source débordante d’amour. Le Père de Montfort n’hésite pas à ouvrir aux plus humbles le mystère de la Trinité, qui inspire sa prière et sa réflexion sur l’Incarnation rédemptrice, œuvre des Personnes divines. Il veut faire saisir l’actualité de la présence divine dans le temps de l’Église; il écrit notamment: « La conduite que les trois Personnes de la Très Sainte Trinité ont tenue dans l’Incarnation et le premier avènement de Jésus-Christ, elles la gardent tous les jours, d’une manière invisible, dans la sainte Église, et la garderont jusqu’à la consommation des siècles, dans le dernier avènement de Jésus-Christ »[2].

La Sagesse de Dieu Incarnée

La personne du Christ domine la pensée de Grignion de Montfort: « Jésus-Christ notre Sauveur, vrai Dieu et vrai homme, doit être la fin dernière de toutes nos autres dévotions »[3]. L’Incarnation du Verbe est pour lui réalité absolument centrale: « Sagesse éternelle …, je vous adore … dans le sein de votre Père pendant l’éternité, et dans le sein virginal de Marie, votre digne Mère, dans le temps de votre Incarnation  »[4]. L’ardente célébration de la personne du Fils de Dieu incarné, qui se retrouve dans tout l’enseignement du Père de Montfort, garde aujourd’hui son inestimable valeur, car elle relève d’une conception équilibrée du point de vue de la doctrine et elle porte à l’adhésion de tout l’être à Celui qui révèle à l’humanité sa véritable vocation. Puissent les fidèles entendre cette exhortation: « Jésus-Christ, la Sagesse éternelle, est tout ce que vous pouvez et devez désirer. Désirez-le, cherchez-le, … unique et précieuse perle »[5]!

«Jamais la Croix sans Jésus, ni Jésus sans la Croix»

La contemplation des grandeurs du mystère de Jésus va de pair avec celle de la Croix dont Montfort faisait le signal majeur de ses missions. Souvent durement éprouvé, il en a lui-même connu le poids, comme en témoigne une lettre à sa sœur à qui il demande de prier pour « obtenir de Jésus crucifié la force de porter les plus rudes croix et les plus pesantes »[6]. Au jour le jour, il pratique l’imitation du Christ dans ce qu’il appelle l’amour fou de la Croix, dans laquelle il voit « le triomphe de la Sagesse éternelle »[7]. Louis-Marie suivait son Seigneur et faisait « sa demeure dans la Croix »[8].

Totus Tuus, Maria !

Pour connaître la Sagesse éternelle, incréée et incarnée, Grignion de Montfort a constamment invité à se confier à la Très Sainte Vierge Marie, si inséparable de Jésus que l’« on séparerait plutôt la lumière du soleil »[9]. Il demeure un incomparable chantre et disciple de la Mère du Sauveur, en laquelle il célèbre celle qui conduit sûrement vers le Christ: « Si nous établissons la solide dévotion de la Très Sainte Vierge, ce n’est que pour établir plus parfaitement celle de Jésus-Christ, ce n’est que pour donner un moyen aisé et assuré pour trouver Jésus-Christ »[10]

Aussi saint Louis-Marie appelle-t-il à se livrer tout entier à Marie pour accueillir sa présence au fond de l’âme. « Marie devient toute chose à cette âme auprès de Jésus-Christ: elle éclaire son esprit par sa pure foi. Elle approfondit son cœur par son humilité, elle l’élargit et l’embrase par sa charité, elle le purifie par sa pureté, elle l’anoblit et l’agrandit par sa maternité »[11]. Le recours à Marie porte toujours à faire à Jésus une plus grande place dans la vie; il est significatif, par exemple, que Montfort invite le fidèle à se tourner vers Marie avant la communion: « Vous supplierez cette bonne Mère de vous prêter son cœur, pour y recevoir son Fils dans ses mêmes dispositions »[12].

Saint Louis Marie, l’apôtre

Dès son ordination, il écrivait: « Je sens de grands désirs de faire aimer Notre Seigneur et sa Sainte Mère, d’aller, d’une manière pauvre et simple, faire le catéchisme aux pauvres ». Il vécut en pleine fidélité à cette vocation, qu’il fera partager aux prêtres qui le rejoindront. Dans les Règles des Prêtres missionnaires de la Compagnie de Marie, il invite le missionnaire apostolique à prêcher avec simplicité, vérité, sans crainte et avec charité, « et avec sainteté, n’ayant que Dieu seul en vue, sans intérêt que celui de sa gloire, et en pratiquant le premier ce qu’il enseigne aux autres »[13].

Marcheur de l’Évangile, enflammé par l’amour de Jésus et de sa sainte Mère, il sut toucher des foules et leur faire aimer le Christ Rédempteur contemplé sur la Croix. Puisse-t-il soutenir les efforts des évangélisateurs de notre temps !

Saint Jean Paul II

21 juin 1997


[1] L’Amour de la Sagesse éternelle, 13

[2] Traité de la vraie dévotion, 22.

[3] Ibid., 61.

[4] L’Amour de la Sagesse éternelle, 223.

[5] Ibid., 9.

[6] Lettre 24.

[7] L’Amour de la Sagesse éternelle, cap. XIV.

[8] Ibid. 180.

[9] Traité de la vraie dévotion, 63.

[10] Ibid. 62.

[11]  Le Secret de Marie, 57.

[12] Traité de la vraie dévotion, 266.

[13] Règles des Prêtres missionnaires de la Compagnie de Marie, 62.

Saint Joseph, le patriarche et le juste

Solennité de Saint Joseph

Nous avons la joie de célébrer aujourd’hui le grand patriarche saint Joseph, rappelons-nous que ce titre « patriarche » dans l’Ancien Testament est appliqué aux grands saints de l’histoire d’Israël qui ont non seulement guidé le peuple comme Abraham, Jacob, Moïse, mais qui ont vécu une vie droite devant Dieu, l’Eglise les considère des saints de l’Ancien Testament, et pour cela ils reçoivent aussi le titre de « justes », juste dans le langage biblique est synonyme de « saint ».

On donne à Saint Joseph ce double titre, « Patriarche », car Il a guidé et protégé le Nouveau Peuple d’Israël en son chef Jésus-Christ et dans son membre le plus éminent, la très Sainte Vierge Marie ; comme Il guide et protège aujourd’hui aussi, l’Eglise, peuple de Dieu, dont il est le patron. Le titre de « Juste » lui est accordé par l’évangile, l’unique description que nous avons de sa personne, il était « juste ».

Dans les deux lectures de ce jour, avant l’évangile, la parole de Dieu, parlant des autres patriarches, Abraham et David nous fait revenir à l’image de saint Joseph, le patriarche juste, mais aussi comme Père, car le patriarche a la mission d’être un père pour le peuple.

Au roi David, Dieu dit par le prophète : « je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. C’est lui qui bâtira une maison pour mon nom.

Pour le patriarche Abraham, la lettre aux Hébreux dit qu’il a cru ; ainsi est-il devenu le père d’un grand nombre de nations. Et voilà pourquoi il lui fut accordé d’être juste. Croire, vivre la foi pour devenir juste, saint.

Comme on a déjà dit, la Sainte Écriture ne raconte que peu de choses au sujet de saint Joseph. Elle nous dit seulement qu’il était « juste ». Selon un grand écrivain : « l’Ecriture indique par là qu’il s’acquitta fidèlement de son rôle sublime de gardien envers les deux plus grands trésors de Dieu sur la terre, Jésus et Marie. Les heures les plus amères de sa vie sont, sans doute, celles où il a été mis à l’épreuve par rapport à la maternité virginale de Marie. Mais c’est justement dans le conflit entre ses droits et ses devoirs qu’il se montra grand. Il était nécessaire que cette souffrance, qui fait partie de l’œuvre rédemptrice, soit supportée en vue d’un grand bien : Joseph est le témoin le moins suspect de la naissance virginale du Rédempteur ».

Revenant à l’évangile de ce jour, on voit que Joseph ne veut pas découvrir aux autres que la Sainte Vierge est enceinte. Saint Jérôme nous dit que dans la loi juive, « non seulement ceux qui commettent le crime, mais les complices eux-mêmes du crime sont coupables. Comment donc Joseph, cachant le crime de son épouse, est-il appelé juste ? Mais c’est un témoignage en faveur de Marie ; car Joseph connaissant sa chasteté, et plein d’admiration pour ce qui se passe, cache, sous le voile du silence, l’événement dont il ne comprend point le mystère ».

Mais, la sainteté de Joseph se fait plus qu’évidente dans les épreuves de sa vie, comme dit un ancien hymne de l’Eglise : « tes joies sont mêlées de larmes », chaque moment de ce que les évangiles racontent de sa vie est signé par la croix ; comme tous les saints, Il possède le Christ, le Christ avec lui, il est donc associé à sa passion aussi.

« Aussitôt que l’Enfant vient au monde, dit le grand orateur Bossuet, on ne trouve point de maison pour eux, et leur logement est dans une étable. Qui leur procure (à Marie et Joseph) cette disgrâce, sinon celui dont il est écrit que, « venant chez lui, il n’y a pas été reçu par les siens, » et qu’il n’a pas d’endroit où il puisse reposer sa tête ? »

« Jésus ne leur permet pas ce repos. Hérode ne peut souffrir que cet enfant vive : la bassesse de sa naissance n’est pas capable de le cacher à la jalousie de ce tyran. Le Ciel lui-même trahit le secret : il découvre Jésus-Christ par une étoile ; et il semble qu’il ne lui amène de loin des adorateurs, que pour lui susciter dans son propre pays un persécuteur impitoyable. »

« Que fera ici saint Joseph ? Représentez-vous, chrétiens, ce que c’est qu’un pauvre artisan, qui n’a point d’autre héritage que ses mains, ni d’autre fonds que son atelier, ni d’autre ressource que son travail. Il est contraint d’aller en Egypte et de souffrir l’exil, et cela pour quelle raison ? Parce qu’il a Jésus-Christ, Il est avec lui. »

Est-ce assez pour éprouver sa fidélité ? Ne le croyons-nous pas ; voici encore une étrange épreuve. Si c’est peu des hommes pour le tourmenter, Jésus devient lui-même son persécuteur. A l’âge de 12 ans Il s’échappe habilement de ses mains, il se dérobe à sa vigilance, et il demeure trois jours perdu. Qu’avez-vous fait, fidèle Joseph ? Qu’est devenu le sacré dépôt que le Père céleste vous a confié ? Ah ! Qui pourrait ici raconter ses plaintes ? Si vous n’avez pas encore entendu la paternité de Joseph, voyez ses larmes, voyez ses douleurs, et reconnaissez qu’il est père. Ses regrets le font bien connaître, et Marie a raison de dire à cette rencontre : « Ton père et moi te cherchions avec une extrême douleur. »

Saint Joseph est donc pour nous un grand modèle de sainteté, le juste est appelé comme lui à se réjouir avec et dans le Christ mais à souffrir avec Lui et pour Lui comme Joseph.

Le deuxième grand titre de saint Joseph est celui de Père, père nourricier de Jésus, père adoptif. Et c’est encore le grand Bossuet que nous suivons ici .

Saint Jean Chrysostome remarque que partout dans l’Évangile Joseph y apparaît en père. C’est lui qui donne le nom à Jésus, comme les pères le donnaient alors ; c’est lui seul que l’ange avertit de tous les périls de l’Enfant, et c’est à lui qu’il annonce le temps du retour. Jésus le révère et lui obéit : c’est lui qui dirige toute sa conduite comme en ayant le soin principal, et partout il nous est montré comme père. D’où vient cela, dit saint Jean Chrysostome ? En voici la raison véritable. C’est, dit-il, que c’était un conseil de Dieu, de donner au grand saint Joseph tout ce qui peut appartenir à un père sans blesser la virginité. 

Mais, où il prendra ce cœur paternel, si la nature ne le lui donne pas ? Si donc saint Joseph n’est pas père, comment aurait-il un amour de père ? C’est ici qu’il nous faut comprendre que la puissance divine agit en cette œuvre. C’est par un effet de cette puissance que saint Joseph a un cœur de père ; et si la nature ne le donne pas, Dieu lui en fait un de sa propre main. Car comme dit le Psaume 32,15, c’est Dieu « qui forme le cœur de chacun, qui pénètre toutes les actions.

C’est que le vrai Père de Jésus-Christ, ce Dieu qui l’engendre dans l’éternité, ayant choisi le grand Joseph pour servir de père au milieu des temps à son Fils unique, a fait en quelque sorte couler en son cœur quelque rayon ou quelque étincelle de cet amour infini qu’Il a pour son Fils: c’est ce qui lui change le cœur, c’est ce qui lui donne un amour de père; si bien que le juste Joseph, qui sent en lui-même un cœur paternel formé tout à coup par la main de Dieu, sent aussi que Dieu lui ordonne de s’en servir d’une autorité paternelle; et il ose bien commander à celui qu’il reconnaît pour son maître.

La mission de Joseph était unique dans l’histoire du salut et c’est aussi la mission qu’il continue à accomplir au Ciel pour nous. Etant un modèle de sainteté, le juste Joseph est aussi un protecteur, un patriarche et un père pour l’Eglise et pour chacun de ses membres. Que Saint Joseph et la très Sainte Vierge Marie nous protègent dans cette vie et nous conduisent à la Patrie Céleste.

P. Luis Martinez IVE.