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Qui est pour moi Jésus-Christ ?

Dimanche III du Temps de l’Avent, année A (Mt 11, 2-11)

Nous célébrons ce dimanche le dimanche appelé de « Gaudete », mot qui signifie « Réjouis- toi » et correspond au premier mot que nous trouvons dans les textes liturgiques de ce dimanche et que l’on chantait avant au début de la messe et on peut toujours le chanter : « Soyez toujours joyeux dans le Seigneur ! Je vous le répète : soyez joyeux. Votre sérénité dans la vie doit frapper tous les regards, car le Seigneur est proche. Ne vous inquiétez de rien, mais dans toutes vos prières exposez à Dieu vos besoins », ce sont des paroles de saint Paul (Phil. 4, 4-6), qui les exhortait à vivre dans la joie en attendant la Venue Glorieuse du Seigneur.

La première lecture et l’évangile nous invitent à nous réjouir en ayant comme unique raison la venue de notre Seigneur dans ce monde :

Le prophète Isaïe nous dit : « Le pays aride, qu’il exulte et fleurisse comme la rose, qu’il se couvre de fleurs des champs, qu’il exulte et crie de joie !… « Soyez forts, ne craignez pas. Voici votre Dieu : c’est la vengeance qui vient, la revanche de Dieu. Il vient lui-même et va vous sauver. »

Et dans l’évangile, le Seigneur nous révèle en ses œuvres qu’Il vient pour consoler son peuple, l’humanité tout entière : « les aveugles retrouvent la vue, et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, et les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle ». 

Et pour cette raison la couleur liturgique aujourd’hui est le rose, c’est une couleur qui ne marque pas trop la pénitence, mais plutôt la joie et l’espérance, c’est une couleur de patience,  pourrait on dire.

En effet, saint Paul parle de sérénité « Votre sérénité dans la vie doit frapper tous les regards » et saint Jacques dans la deuxième lecture de ce dimanche commence aussi par cette exhortation qui est semblable : « Soyez patients jusqu’à l’Avènement du Seigneur » (Jc 5, 7).

Comme il est important dans notre époque de souligner la valeur de la constance et de la patience, disait le pape Benoît, des vertus qui appartenaient au bagage normal de nos pères, mais qui sont aujourd’hui moins populaires, dans un monde qui exalte plutôt le changement, et la capacité de s’adapter toujours à des situations nouvelles et différentes. Sans rien enlever à ces aspects, qui sont aussi des qualités de l’être humain, l’Avent nous appelle à affermir cette ténacité intérieure, cette résistance de l’âme qui nous permettent de ne pas désespérer dans l’attente d’un bien qui tarde à venir, mais de l’attendre, plus encore, de préparer sa venue avec une confiance active.

« Voyez le laboureur, écrit saint Jacques : il attend patiemment le précieux fruit de la terre jusqu’aux pluies de la première et de l’arrière-saison. Soyez donc patients, vous aussi ; affermissez vos cœurs, car l’Avènement du Seigneur est proche » (Jc 5, 7-8). La comparaison avec le paysan est très éloquente, continue le pape: qui a semé dans le champ a devant lui des mois d’attente patiente et constante, mais il sait que la semence pendant ce temps-là accomplit son cycle, grâce aux pluies d’automne et de printemps. L’agriculteur n’est pas fataliste, mais il est le modèle d’une mentalité qui unit de façon équilibrée foi et raison, parce que d’une part il connaît les lois de la nature et il accomplit bien son travail, et de l’autre, il s’en remet à la Providence, parce que certaines choses fondamentales ne sont pas entre ses mains, mais dans les mains de Dieu. La patience et la constance sont justement la synthèse entre l’engagement humain et la confiance en Dieu.

« Affermissez vos cœurs » dit encore l’Écriture. Comment pouvons-nous faire cela ? Comment pouvons-nous rendre plus forts nos cœurs qui sont par nature plutôt fragiles et qui sont rendus encore plus instables par la culture dans laquelle nous sommes plongés ? L’aide ne nous manque pas : c’est la Parole de Dieu. En effet, alors que tout passe et change, la Parole du Seigneur ne passe pas. Si les événements de la vie nous font nous sentir perdus et que toute certitude semble s’écrouler, nous avons une boussole pour nous orienter, nous avons une ancre pour ne pas aller à la dérive, c’est le Christ, c’est la Sainte Eglise, c’est la Parole de Dieu.

Sainte-Thérèse de Jésus (d’Avila) avait composé une très belle prière parlant de la patience   :

Que rien ne te trouble / Que rien ne t’effraie

Tout passe / Dieu ne change pas

La patience obtient tout / Celui qui a Dieu

Rien ne lui manque / Dieu seul suffit.

(Poésie 9)

Un deuxième aspect à méditer ce dimanche c’est la question qui est le centre pour ainsi dire, de l’évangile de ce dimanche : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en attendre un autre ? » (Mt 11, 3).

Cette question n’ a été posée qu’une fois, cependant nous pouvons toujours la poser à nouveau, c’est cela que nous devons faire. Et les hommes se posent vraiment cette question !

Des hommes divers, de différentes parties du monde, de pays et de continents, de cultures et de civilisations divers, se posent cette question par rapport au Christ. Dans ce monde, où tant a été fait et l’on fait toujours tout pour encercler le Christ dans la conspiration du silence, pour nier son existence et sa mission, ou pour les diminuer et les déformer, la question autour du Christ revient toujours. Elle revient également lorsqu’il peut sembler que le Seigneur ait déjà été essentiellement supprimé.

L’homme pose la question : es-tu le Christ, celui qui doit venir ? Es-tu celui qui m’expliquera le sens ultime de mon humanité ? Le sens de mon existence ? Es tu celui qui m’aidera à élever et à construire ma vie d’homme à partir de fondations véritables et solides?

Ainsi, les hommes demandent et le Christ répond constamment. Il répond comme il a déjà répondu aux disciples de Jean-Baptiste.

Cette question autour du Christ est la question de l’Avent, et nous devons la poser au sein de notre communauté chrétienne :

« Qui est pour moi Jésus-Christ ? Qui est-il vraiment pour mes pensées, pour mon cœur, pour ma vie et mes œuvres ? Comment puis-je le connaître, moi qui suis chrétien et qui crois en lui, et comment faire pour connaître d’avantage ? Celui en qui je crois ? Est-ce que je parle de lui aux autres ? Est-ce que je témoigne de lui, au moins pour ceux qui sont les plus proches de moi dans la maison, dans le milieu de travail, à l’université ou à l’école, avec toute ma vie et avec ma conduite ? Telle est précisément la question de l’Avent, et il est nécessaire que, sur cette base, nous nous posions ces questions, afin d’approfondir notre conscience chrétienne et de nous préparer à la venue du Seigneur » (Saint Jean Paul II).

Que Marie nous donne la grâce de confesser le Christ avec notre vie.

P. Luis Martinez IVE.

« et laissant tout » tout !

Lire l’évangile du dimanche V du temps ordinaire C (Lc. 5,1-11)

Si nous faisons un peu de mémoire, l’évangile de la semaine dernière nous avait décrit la réaction des compatriotes de Jésus, ils n’ont pas voulu croire à sa prédication, ils l’ont chassé de la synagogue et voulu le faire mourir.

Mais tous les autres chemins étaient ouverts pour le Seigneur, là où la synagogue fermait ses portes, Il allait prêcher aux gens au bord d’un lac, en plein air et, comme nous dit l’évangile d’aujourd’hui, « la foule se pressait autour de lui pour écouter la parole de Dieu ».

C’est le matin, probablement de bonne heure, comme si l’évangile nous faisait apercevoir même la fraîcheur matinale du rivage. Simon, qui avait eu une mauvaise nuit de travail, se trouve là avec ses associés, car une des deux barques lui appartenait, et ils lavaient leurs filets. Le Seigneur lui demande sa barque pour faire d’elle sa chaire de prédication.

Simon connaissait déjà Notre Seigneur, il était parmi les premiers disciples. Il avait déjà été témoin de quelques miracles de Notre Seigneur, dont la guérison de sa belle mère et Jésus avait même été son hôte chez lui à Capharnaüm. Simon connaît Jésus et le pouvoir de sa Parole et son pouvoir de guérir.

C’est pour cela que Jésus, après avoir donné congé à la foule, s’adresse à lui et commande, lui « donne l’ordre » de s’éloigner encore plus loin de la côte, « d’avancer au large et de jeter leurs filets pour la pêche ».

Les filets utilisés par les pêcheurs de la mer de Galilée (ou Génésareth, comme dit l’évangile) étaient un système à trois filets, chacun mesurant entre 400 et 500 mètres, c’étaient donc des grands filets et on les jetait à une bonne profondeur. Pour ce faire, on avait besoin d’au moins 4 hommes.

Il était humainement difficile de ramasser des poissons le matin, car c’est la nuit le temps propice pour la pêche comme industrie.

Mais l’élection de Simon et sa vocation exigent la foi, même si cela n’est pas encore compréhensible ou qu’on le considère comme impossible, Simon le fera. Il s’agit d’avoir la foi, comme la foi d’Abraham qui a cru, dit saint Paul,  espérant contre toute espérance (Rom. 4,18).

« Sur ta parole, je vais jeter les filets » et cette foi de Pierre sera largement récompensée. 

Il est intéressant de considérer ici, que Simon n’avait exigé aucun signe du Seigneur auparavant ; il n’a pas demandé un miracle, mais il en reçoit un qui s’adapte à sa vie, à sa situation, à son intelligence et à sa future vocation.

Un commentateur de cet évangile nous explique bien cet aspect : Disons, par exemple, qu’on trouve quelqu’un qui est un grand scientifique ou un philosophe, un grand médecin. Son épouse ne s’étonnera pas des grandes connaissances de son mari ; mais si un jour, son mari arrive à lui montrer qu’il est encore meilleur cuisinier qu’elle, cela peut faire qu’elle sera désormais pleine d’admiration pour lui et étonnée de ses qualités qu’elle ignorait.

Et c’est un peu le cas de Simon fils de Jean, et notre exemple est faible, car il en est resté effrayé  comme jamais dans sa vie et il a ressenti sa petitesse devant la divinité de Jésus, comme nous le montre, son cri : « Éloigne-toi de moi, Seigneur, car je suis un homme pécheur. »

Il y a un sentiment profond et primordial dans l’être humain qui fait que devant l’infini, devant le divin, l’homme reste troublé et effrayé. C’est un peu ce qui arrive dans le cœur d’une personne qui contemple la création depuis le sommet d’une montagne, l’agitation de la mer en tempête.

Saint Pierre voit en Jésus une épiphanie de Dieu. Et cette manifestation suscite en lui la conscience de condition de pécheur, son indignité, la crainte devant Dieu, de Dieu saint. Comme la vision du prophète Isaïe : « Malheur à moi ! je suis perdu, car je suis un homme aux lèvres impures, j’habite au milieu d’un peuple aux lèvres impures : et mes yeux ont vu le Roi, le Seigneur de l’univers ! » (Is 6, 3-8)

Il est intéressant encore de voir que dans tout ce passage, apparaît six fois le nom de Simon, mais une seule fois , suivi de l’autre nom donné par Jésus : Simon Pierre. C’est au moment de l’acte de foi de Pierre et de sa sincère humilité ; « Simon-Pierre tomba aux genoux de Jésus, en disant : ‘Éloigne-toi de moi’ ».  Comme si l’évangéliste, saint Luc, anticipait déjà la profession de foi que Pierre fera après et la promesse de Jésus : « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Eglise » (Mt. 16,18).

Jésus apaise le grand effroi qui avait envahi Pierre et lui donne une mission. C’est un moment semblable à celui où l’Ange avait annoncé à Marie qu’elle serait la mère du Messie : « À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu » (Lc. 1,29).

La crainte et la révérence de Dieu Saint est donc le fondement et la base de toute vocation, en elle et par la vocation (l’appel à quelqu’un) Dieu veut se montrer Saint et Grand.

Saint Pierre qui avait ramassé des poissons jusqu’à maintenant désormais le fera avec des hommes pour le Royaume de Dieu. 

L’évangéliste nous transmet aussi  qu’avant la pêche, Pierre s’adresse à Jésus avec le titre de « epystata », « rabbi », maître. Mais au retour, à genou il ne désigne plus Jésus comme rabbi, il lui donne le nom de Seigneur : Kyrie, c’est l’expression propre de la divinité.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, Pierre n’embrasse pas avec effusion le Seigneur en voyant le résultat et la réussite de son travail, l’attitude est toute contraire. Il ne veut pas le retenir comme une garantie de succès, de triomphe, parce qu’il connaît sa condition devant Dieu.

 Lorsque l’homme connaît vraiment Dieu, et connaît aussi sa condition de pécheur, il en est très conscient ; et lorsqu’il connaît vraiment Dieu, l’homme peut se connaître comme il est, il devient authentique. C’est la grâce de la conversion, sans la conversion l’homme ne peut pas vraiment s’approcher de Jésus et de son évangile. Chesterton disait : « On reconnaît le saint en ce qu’il se sait pécheur ». Nous l’appelons la juste crainte de Dieu : « La sagesse commence avec la crainte du Seigneur ! » (Proverbes 1,7)

Mais, seule la grâce de Dieu peut faire de ce pécheur un apôtre, un prophète : « L’un des séraphins vola vers moi tenant un charbon brûlant qu’il avait pris avec des pinces sur l’autel. Il l’approcha de ma bouche et dit : ‘Ceci a touché tes lèvres, et maintenant ta faute est enlevée, ton péché est pardonné’. »

Saint Pierre et ses compagnons de travail ont été vaincus par la grâce et Dieu en fera désormais des instruments de son œuvre. Les appels de Dieu seront toujours identiques dans l’histoire, ils demanderont beaucoup, ils impliqueront des grands renoncements, beaucoup disent que c’est comme sauter dans le vide. Mais soyons surs, que Dieu est là pour nous prendre par main, parce qu’Il a déjà préparé son plan.

Alors ils ramenèrent les barques au rivage et, laissant tout (tout ! non seulement les poissons), ils suivirent le Christ. 

Demandons à Marie la grâce d’être fidèles aux appels de Dieu.

P. Luis Martinez

Institut du Verbe Incarné