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SAMEDI SAINT

Vivons la Semaine Sainte

Le Samedi saint ne comporte ni l’Eucharistie, ni Liturgie de la Parole. On y célèbre seulement la Prière des Heures. Il n’est pas cependant une simple attente de la Fête. En l’absence de toute assemblée, nous nous recueillons dans le souvenir du Christ au tombeau, mais nous adhérons aussi à un mystère, auquel nous affirmons croire lorsque nous disons le symbole des Apôtres: «Je crois en Jésus Christ, notre Seigneur, qui est descendu aux enfers».

La descente du Christ aux enfers, c’est-à-dire au séjour des morts, est au nœud du mystère de sa Pâque. Elle prolonge l’humiliation de la croix, en manifestant le réalisme de la mort de Jésus, dont l’âme a vraiment connu la séparation d’avec son corps et rejoint les autres âmes des justes. Mais la descente du Christ au séjour des morts exprime aussi la grandeur de sa victoire: c’est du fond de l’abîme qu’il est remonté à la vie. En même temps, elle inaugure déjà cette victoire: le Christ Seigneur est descendu vers ceux qui l’attendaient pour leur annoncer leur libération toute proche.

La descente aux enfers est le point de départ du grand mouvement qui l’emportera par-delà la résurrection dans la gloire de son ascension: «Celui qui est descendu est aussi celui qui est monté plus haut que tous les cieux» (Eph 4, 10).

Dans la Liturgie des Heures nous prions en ces termes: «Dieu éternel et tout puissant, dont le Fils unique est descendu aux profondeurs de la terre, d’où il est remonté glorieux: accorde à tes fidèles, ensevelis avec lui dans le baptême, d’accéder par sa résurrection à la vie éternelle».

Saint Jean de la Croix, Maître de Contemplatifs

Homélie du 14 décembre 2019

À la mémoire de saint Jean de la Croix

Saint Jean Paul II, en 1982, est allé en pèlerinage devant la tombe de saint Jean de la Croix à Segovie, et l’a reconnu comme « le grand maître des sentiers qui conduisent à la union à Dieu ».

Et c’est vrai que saint Jean de la Croix est un guide sûr, même des plus sûrs (comme saint et comme docteur de l’Eglise) dans notre effort à atteindre ce qui est réellement le but de notre vie spirituelle, de toute notre vie intérieure, c’est-à-dire, l’union de notre âme à Dieu, la perfection chrétienne, ou encore la sainteté qui, d’après Saint Thomas d’Aquin, « en ceci consiste : que l’homme aille vers Dieu » (Commentaire de l’Evangile de st. Jean, ch. 13).

Et nous l’appelons « grand maître » des chemins qui nous emmènent à l’union à Dieu, parce que comme peu de saints et comme peu de maîtres, saint Jean de la Croix l’a souligné par sa doctrine, et l’a montré par l’exemple de sa vie,

– quelle est cette union, qui est la fin de notre vie,

– et quelle voie emprunter pour y arriver.

Connu est le schéma de perfection que saint Jean de la Croix tracé sur le dessin de une montagne, le Monte Carmel, qui nous devons monter tout droit, sans hésiter, par un sentier caillouteux, pavé d’une seule parole répétée aussi souvent que nécessaire : rien. Il veut nous montrer par là qu’il n’y a pas d’autre chemin qui conduise à Dieu à part celui-ci : se défaire de tout ce qui n’est pas Dieu pour amour de Lui : « Celui qui veut être mon disciple, doit s’oublier, prendre la croix et me suivre » (Mt, 16, 24).

C’est seulement par la croix portée pour le Christ et avec le Christ, que nous devenons « aptes » ­­–pour ainsi dire– à l’union avec Dieu. « L’union » –d’après st. Jean de la Croix– « ne consiste donc point dans les jouissances, dans les consolations, dans les sentiments spirituels, mais dans la mort réelle de la Croix au point de vue sensitif et spirituel, intérieur et extérieur » (La Montée du Carmel, liv. II, ch. VI). Et la raison la plus profonde est que cette union telle que Saint Jean de la Croix nous l’enseigne si bien, est une union de deux volontés, de deux amours, de charité. Et la volonté ne peut pas avoir deux maîtres à la fois (cf. Mt 6, 24). Ecrit saint Jean de la Croix : « Deux contraires ne peuvent pas exister à la fois dans le même sujet ; or l’amour de Dieu et l’amour de la créature sont deux contraires ; ils ne peuvent exister en même temps dans une âme. Quel rapport y a-t-il entre la créature et le Créateur ? entre le sensible et le spirituel ? entre le visible et l’invisible ? entre le temporel et l’éternel ? entre l’aliment céleste, pur et spirituel, et la nourriture grossière de sens ? entre le dénûment du Christ et l’attachement à un objet quelconque ? » (La Montée du Carmel, l. I, ch. VI).

L’union en amour avec Dieu est la seule finalité de notre vie, et c’est déjà là le ciel. Mais pour y arriver il faut se battre pour ne pas être comme ceux qui « ne veulent pas que Dieu leur coûte plus cher que de parler, et même cela est mauvais ; et pour Lui ils ne veulent pas faire presque tout ce qui leur coûte quelque chose […] pour aller à la recherche du Bien-Aimé, l’âme doit s’exercer à pratiquer les vertus et les mortifications propres à la vie contemplative et à la vie active ; dans ce but elle renoncera à tous les biens et à tous les plaisirs » (Cantique B, str. 3).

En effet, de manière particulière, nous, des religieux et des contemplatifs, que devons-nous efforcer, nous dépêcher, pour terminer le mouvement du retour de toute la création au Créateur, « en renonçant à tout et en visant uniquement cette fin » (Directoire de vie contemplative, 3) ; nous devons prendre cette voie crucifiée. Nous devons commencer par nous-mêmes, avec la hâte ceux qui aiment, en gardant toute notre force pour Dieu et en oubliant tout autre amour.

« La force de l’âme se trouve dans ses puissances, dans ses passions et dans ses tendances, qui toutes sont gouvernées par la volonté. Or quand la volonté les détourne de ce qui n’est pas Dieu et les dirige vers Dieu, elle garde alors la force de son âme pour Dieu ; c’est ainsi qu’elle parvient à aimer Dieu de toutes ses forces. Pour que l’âme atteigne ce but, nous nous occuperons ici de purifier la volonté de toutes ses affections désordonnées, qui sont la source d’où procèdent ses tendances, ses attaches et ses ouvres désordonnées, et d’où vient également qu’elle ne garde pas toute sa force pour Dieu.

Christ Crucifié dessiné par saint Jean de la Croix

Ces affections ou passions sont au nombre de quatre, à savoir : la joie, l’espérance, la douleur et la crainte. Quand on les applique à Dieu par un exercice raisonnable, de telle sorte que l’âme ne se réjouisse que de ce qui intéresse purement l’honneur et la gloire de Dieu Notre-Seigneur, ne mette qu’en lui son espérance, ne s’afflige que de ce qui le blesse, ne craigne que lui, il est claire que l’on dispose et que l’on garde toutes les forces de l’âme et toute son habileté pour Dieu. Au contraire, plus l’âme se réjouirait en quelque autre chose, et moins de force elle conserverait pour mettre sa joie en Dieu ; plus elle mettrait sa confiance dans quelque chose de créé, moins elle en mettrait en Dieu ; et ainsi des autres passions » (La Montée du Carmel, l. III, ch. 15).

Que la sainte Vierge Marie nous aide à atteindre et à vivre cet amour unique, en union du Christ crucifié, qui nous amène à Dieu, notre Père, la Fin de notre vie.

P. Juan Manuel del Corazon de Jesus Rossi