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C’est si doux de l’ appeler notre Père!…

Un jour une novice entrant dans sa cellule s’arrêta, frappée de l’expression toute céleste de son visage. Elle cousait avec activité, et cependant semblait perdue dans une contemplation profonde.

« A quoi pensez‑vous? lui demanda la jeune sœur.

-Je médite le Pater, répondit‑elle. C’est si doux d’appeler le bon Dieu notre Père!… » et des larmes brillaient dans ses yeux.

De la vie de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus

Parce qu’il a jeûné quarante jours et quarante nuits

Mercredi des Cendres

Nous commençons avec cette journée de pénitence notre entrainement au combat spirituel, et notre but c’est de nous rendre plus forts pour lutter contre le mal, nous l’avons dit dans la prière collecte.

Dans ce premier jour, nous retrouvons chaque année le geste de l’imposition des cendres. La cendre est toujours le signe évident de ce qui est déjà mort, aussi de ce qui n’est pas pur, propre ( comme la poussière) qu’il faut donc laver et purifier ; dans l’ancien Testament les cendres évoquent soit le péché de l’homme, soit la fragilité et par là, la pénitence.

Nous nous préparons ainsi et au long de ce temps pour la fête de Pâques sachant que notre Sauveur nous a appris à mourir en Pâque. Même si le mot « mort » peut effrayer nos esprits, nous savons que la mort n’est pas en elle la fin, c’est un passage vers la vie.

Et cela nous le disons soit par rapport au passage vers la vie éternelle, ou bien au passage vers une vie nouvelle dans le Christ (et celui-ci nous prépare pour le premier, nous cherchons une vie nouvelle dans le Christ pour pouvoir participer à la vie éternelle avec Lui). Si Jésus nous a appris à mourir dans sa Pâque, nous nous préparons à mourir spirituellement au vieil homme, à l’homme attaché au péché. Mourir chaque jour un peu c’est la manière de vivre (pour ceux qui cherchent la sainteté), de façon que quand la mort matérielle arrive il ne lui reste pas trop à faire, car on était déjà mort auparavant à ce qui nous éloignait de Dieu.

On peut dire que c’est Notre Seigneur qui a introduit la tradition de ces quarante jours de jeûne dans l’année liturgique de l’Église, parce qu’il a « jeûné quarante jours et quarante nuits » (Mt 4, 2) avant de commencer à enseigner. 

L’Eglise, suivant l’évangile de ce jour, nous propose ces trois chemins, ces trois voies pour avancer dans ce temps. La Prière, l’aumône et le jeûne.

D’abord la Prière

Lorsque les disciples demandent au Seigneur de leur apprendre à prier, il leur répond par les paroles du Notre Père, créant ainsi un modèle à la fois concret et universel.

Mais le Seigneur ne nous apprend pas seulement des paroles, il nous apprend que lorsque nous nous parlons avec le Père nous devons être totalement sincères et pleinement ouverts.

La prière doit embrasser tout ce qui fait partie de notre vie. Elle ne peut pas être quelque chose de supplémentaire ou marginal. Tout doit s’exprimer en elle, y compris tout ce qui nous accable, ce dont nous avons honte, elle comprend précisément et surtout, ce qui par nature nous sépare de Dieu. C’est par la prière que notre cœur détruit la barrière que le péché et le mal peuvent avoir dressée entre Dieu et nous. 

L’Écriture nous dit : « Comme descend la pluie ou la neige du haut des cieux, et comme elle ne retourne pas là-haut sans avoir saturé la terre, sans l’avoir fait enfanter et bourgeonner, sans avoir donné semence au semeur et nourriture à celui qui mange, ainsi se comporte ma parole, du moment qu’elle sort de ma bouche ; elle ne retourne pas vers moi sans résultat, sans avoir exécuté ce qui me plaît et fait aboutir ce pour quoi je l’avais envoyée. » (Is 55, 10-11)

Le jeûne

Alors, Le temps du Carême nous rappelle aussi que l’époux nous a été enlevé. Il a été enlevé, arrêté, emprisonné souffleté, flagellé, couronné d’épines, crucifié… Et pour cela le jeûne du Carême est l’expression de notre solidarité avec le Christ. Telle fut la signification du Carême à travers les siècles ; telle elle demeure aujourd’hui.

Nous savons que la nourriture et la boisson sont indispensables à l’homme pour vivre. Il s’en sert et il doit s’en servir, mais il ne lui est pas permis d’en abuser d’une façon ou d’une autre.

L’abstention traditionnelle de nourriture et de boisson a non seulement pour but de donner l’équilibre à la vie de l’homme, mais aussi de le détacher de ce que l’on pourrait appeler « la mentalité de consommation ». 

La civilisation actuelle fournit les biens matériels non seulement pour qu’ils servent à l’homme, à ses activités créatrices et utiles mais, et toujours plus, pour satisfaire ses sens, pour le plaisir d’un instant.

Il est déjà constaté le fait que le développement excessif des moyens audio-visuels dans les pays riches ne contribue pas toujours à développer l’intelligence, particulièrement chez les enfants. 

Au contraire, elle contribue à en freiner le développement. L’enfant ne vit que de sensations. Il cherche des sensations toujours nouvelles… et, sans s’en rendre compte, il devient esclave de cette passion d’aujourd’hui.Toujours à la recherche de nouvelles sensations, il reste souvent intellectuellement passif ; son intelligence ne s’ouvre pas à la recherche de la vérité; sa volonté est enchaînée par des habitudes auxquelles il ne sait pas s’opposer.

L’homme d’aujourd’hui doit donc jeûner c’est-à-dire s’abstenir non seulement de nourriture et de boisson, mais de beaucoup d’autres moyens de consommation, de stimulations et de satisfactions des sens. Jeûner veut dire s’abstenir, renoncer à quelque chose. L’homme est lui-même aussi parce qu’il sait se priver de quelque chose, parce qu’il est capable de se dire « non » à lui-même.

Le fait de jeûner n’est pas une fin en soi. Cela doit seulement pour ainsi dire aplanir la voie à quelque chose de plus profond dont s’ « alimente » l’homme intérieur. Ce renoncement, cette mortification doit servir à créer dans l’homme les conditions qui lui permettent de vivre des valeurs supérieures dont, à sa manière, il a faim.

Pour nous convertir à Dieu, il est nécessaire de découvrir en nous-mêmes ce qui nous fait sensibles aux choses de Dieu, c’est-à-dire aux choses spirituelles ; pour nous donc, il ne s’agit pas de compter le temps sans boire ou manger, ni de nous vanter pour pouvoir le faire, il s’agit plutôt de savoir que ce jeûne est cohérent avec ma vie chrétienne en général, une vie qui cherche accomplir en tout la loi de Dieu, qui recherche la sainteté.

L’aumône

Il nous reste de parler un peu du troisième chemin, qui est l’aumône, en hébreu se dit « sedaqah », c’est-à-dire « justice ».A travers ce mot, les prophètes demandaient d’aider ceux qui ont subi une injustice et ceux qui étaient dans le besoin, ils parlaient d’un devoir de la charité active.

Pour nous, ce qui compte donc avant tout, c’estla valeur intérieure du don, la disposition à tout partager, à se donner soi-même.

Rappelons-nous la parole de saint Paul : « Quand je distribuerais tous mes biens… s’il me manque l’amour, je n’y gagne rien. » (1Co 13, 3.) Saint Augustin dit bien à ce propos : « Si tu ouvres la main pour donner, mais sans avoir de miséricorde dans le cœur, tu n’as rien fait ; mais si tu as de la miséricorde dans le cœur, même si ta main n’a rien à donner, Dieu accepte ton aumône. » (Enarrat. in Ps, 125, 5.)

« Aumône » veut dire donc pour nous et avant tout « don intérieur ». Elle signifie attitude d’ouverture « envers l’autre ».

Cette attitude est précisément un élément indispensable de la « metanoia », c’est-à-dire de la conversion, tout comme sont indispensables également la prière et le jeûne. Saint Augustin dit en effet à juste titre : « Avec quelle célérité sont accueillies les prières de celui qui fait le bien ! Telle est la justice de l’homme dans la vie présente : le jeûne, l’aumône et la prière » (Enarrat. in Ps, 52, b) : la prière, en tant qu’ouverture à Dieu ; le jeûne, en tant qu’expression de la domination sur soi-même en sachant se priver de quelque chose (se dire « non » à soi-même) ; et enfin l’aumône en tant qu’ouverture « aux autres ». Demandons à la très Sainte Vierge Marie, la grâce de la conversion.

P. Luis Martinez IVE.

(Suivant les audiences de saint Jean Paul II en 1979)