« Me consacrer », une pensée qui vient du Ciel!

Lire l’évangile du IV Dimanche de Pâques (Jn 10, 1-10)

Chaque année l’Eglise célèbre en ce quatrième dimanche après Pâques le dimanche appelé du Bon Pasteur. Une tradition présente depuis très tôt dans histoire de l’Eglise consistait en ce que les différentes paroisses de Rome se rendaient à la Basilique de Saint Pierre, pour célébrer la Pâque auprès des reliques du premier Pasteur, que le Bon Pasteur avait laissé comme son vicaire dans ce monde.

L’évangile nous propose la belle image du Bon Pasteur, très chère depuis l’aube du Christianisme, et les lectures, la première et la deuxième, nous montrent la valeur du sacrifice du Christ, le bon Pasteur a donné sa vie pour nous, qui étions des brebis égarées par le péché.

Depuis quelques années, l’Eglise a unit à cette spéciale commémoration qui est faite de Jésus Bon Pasteur, une intention particulière, aujourd’hui c’est la journée de prière pour les Vocations.

Nous prions Dieu pour qu’Il envoie des ouvriers à sa moisson, ceux qui sont appelés au sacerdoce et ceux qui consacrent totalement leur vie pour la Gloire de Dieu et le salut des âmes. Lorsque nous prions pour cette intention, nous ne faisons que demander à Dieu que Jésus se multiplie dans ce monde, parce qu’Il l’a voulu de cette manière. Les prêtres sont appelés par Dieu pour servir le peuple chrétien, en renouvelant le sacrifice du Christ sur l’autel, en pardonnant les péchés à travers le sacrement de la confession, appelés pour qu’ils agissent « in persona Christi », dans la personne du Christ. Les consacrés, les frères ou sœurs religieuses sont appelés eux aussi à être l’image du Christ, le Christ qui prie pour la conversion du pécheur, le Christ qui guérit les malades, le Christ qui apporte une parole de consolation, d’amour, le Christ qui montre le chemin pour aller au Ciel, le Christ qui donne sa vie pour ceux qu’Il aime.

Depuis plus d’un an, nous prions chaque dimanche en communauté pour les vocations. Le fait de connaître mieux la nature de l’appel à la vie sacerdotale ou religieuse nous donnera certainement une force spéciale pour la prière, nous appuyant sur ce principe qui dit que pour pouvoir aimer une chose, il faut tout d’abord la connaître.

Comme premier point nous devons nous demander : « qu’est-ce que ce que la vocation ? » : c’est un appel et une grâce, le fait de l’inspirer et de la faire naître est au-delà de nos forces humaines. L’initiative est toujours de Dieu : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi, c’est moi qui vous ai choisis et établis, afin que vous alliez, que vous portiez du fruit, et que votre fruit demeure » (Jn. 15, 16).

C’est le Seigneur lui-même qui se dirige au fond de la conscience d’une âme, pour qu’elle consacre sa vie à l’apostolat ou à la pratique de la perfection chrétienne.

Une des grandes questions surtout des jeunes devant la question de la vocation, soit sacerdotale ou religieuse, c’est de quelle manière aperçois-je cet appel à me consacrer ? Beaucoup croient que cela se fait à travers une motion sensible de l’Esprit Saint, ou bien une vision, comme c’est le cas de quelques saints dans l’histoire de l’Eglise, qui ont senti une grande consolation, ce que nous pouvons appeler un phénomène mystique. Mais nous devons savoir plutôt que cela ce n’est pas la façon ordinaire dont Dieu se communique à l’âme.

D’autres disent aussi que pour avoir la vocation, il faut une attraction naturelle pour la vie consacrée, il faut que ce style de vie porte un certain plaisir, un goût sensible pour ce genre de vie.

La véritable réponse c’est que l’appel au sacerdoce ou à la vie consacrée se manifeste lorsque le désir de se consacrer à Dieu se réveille au fond d’une âme avec une totale rectitude d’intention (une intention droite), c’est-à-dire, avec la seule motivation de se consacrer à Dieu et au salut des âmes, ayant évidement les qualités physiques, intellectuelles et morales nécessaires et suffisantes pour embrasser cette vie.

Saint Jean Bosco disait encore : « Ceux qui sentent dans leur cœur ce désir d’embrasser cet état de perfection et de sainteté peuvent croire sans aucun doute qu’un tel désir ne vient que du Ciel, parce que c’est un désir trop généreux et il est par-dessus de tout sentiment de la nature humaine » ( de notre chair).

Il faut dire aussi que loin d’avoir un goût sensible ou une consolation de l’ordre de la nature, la personne appelée va expérimenter plutôt une résistance qu’on peut dire « naturelle », car notre nature nous incline à la vie du mariage et à nous conserver dans ce monde (et non pas à nous éloigner de lui). Encore plus, dans une époque difficile et matérialiste comme la nôtre, il est normal de sentir une forte répulsion à une vie pleine de sacrifices et de renoncement à soi-même . Mais, bien que les forces de la nature tentent toujours de gagner les cœurs, il y a toujours des hommes et femmes choisis par Dieu avec une volonté convaincue de faire ce qu’Il leur demande et d’être généreux avec leur Rédempteur.

Mais alors, concrètement, comment se manifeste ce choix de Dieu ? Dieu va toujours donner des signes de route à celui qu’Il a choisi ? A chaque fois que Dieu montre le but, il donnera et montrera clairement aussi les moyens pour y arriver. Il donnera comme des pistes pour suivre son appel. Un saint, le père Hurtado, en énumérait quelques-unes :

  • Par exemple, par une inquiétude de l’âme qui la pousse à regarder vers le Ciel (le désir de choses d’en haut, comme dit saint Paul, cf. Col. 3,2)
  • Une prédication qui le fait aspirer à une plus grande perfection, la lecture d’un livre.
  • La mort d’une personne aimée ou un autre évènement difficile à vivre mais qui montre aussi la vanité de la vie.
  • Une retraite, des exercices spirituels qu’on fait pour donner une nouvelle impulsion vers la sainteté, pour considérer quelles sont les choses vraiment essentielles dans notre vie.

A cela nous pouvons ajouter l’écoute attentive de la parole du Christ par exemple lorsqu’il dit : « celui qui aura quitté, à cause de mon nom, des maisons, des frères, des sœurs, un père, une mère, des enfants, ou une terre, recevra le centuple, et il aura en héritage la vie éternelle ».(Mt. 19, 29)

Certains ont pourtant argumenté que ces paroles étaient adressées seulement aux apôtres qui entouraient à ce moment Jésus. Mais nous savons que ce conseil est dirigé vers tous sans limitation temporelle : « Ce que je vous dis là, je le dis à tous » (Mc 13, 37). Selon les paroles de saint Thomas d’Aquin, c’est une grande erreur que de penser que ces paroles n’ont eu de la valeur que pour une époque, si ces choses-là n’étaient destinées que pour les contemporains de Jésus, elles n’auraient jamais été écrites. Mais elles ont été dites pour eux et écrites pour nous (cf. « Contra doctrinam retrahentium a religione »).

Alors, une fois qu’on a découvert la vocation, comment répondre ?

Evidement que cela doit être partagé avec une personne qui puissent nous orienter, comme c’est un guide spirituel, un confesseur, un prêtre.

Mais, essentiellement, toute réponse implique trois caractéristiques :

Une promptitude à suivre l’appel comme les apôtres de qui nous dit l’évangile : « Aussitôt, laissant leurs filets, ils le suivirent » (Mc.1,18).

Dans une totale perfection, c’est-à-dire, être prêt à ne pas vouloir garder ce que j’abandonne maintenant, savoir couper avec le monde. Etre prêt à mourir à la vie de ce monde pour vivre avec Dieu : « toujours nous portons, dans notre corps, la mort de Jésus, afin que la vie de Jésus, elle aussi, soit manifestée dans notre corps »(2Cor.4, 10).

Et la générosité, car Dieu appelle à ceux qui ne lui posent pas de conditions pour Le suivre : « Un autre de ses disciples lui dit : « Seigneur, permets-moi d’aller d’abord enterrer mon père. » Jésus lui dit : « Suis-moi, et laisse les morts enterrer leurs morts » (8, 21-22).

Le Seigneur veut un don total de vie et une ferme décision : « Quiconque met la main à la charrue, puis regarde en arrière, n’est pas fait pour le royaume de Dieu » (Lc. 9, 62)

Continuons à prier pour les vocations, pour que ceux qui ont été et sont appelés répondent avec promptitude, générosité et perfection. Nous demandons cette grâce à Marie, Reine des vocations.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

« Votre tristesse se changera en joie! « 

Lire l’évangile du Troisième dimanche du temps de Pâques (Lc 24, 13-35)

Dans ce troisième dimanche de Pâques, nous revenons encore une fois au dimanche de la Résurrection, deux disciples marchent de Jérusalem vers un village appelé Emmaüs, et Jésus s’unit à leur marche, les artistes dans leurs représentations de ce moment de l’évangile ont  dépeint Jésus habillé en pèlerin. Ces deux disciples quittent Jérusalem, avec tous les souvenirs de la Passion et la Mort du Seigneur, ils ont aussi entendu parler de la Résurrection mais ils n’y ont pas cru. Peu à peu, le Seigneur va leur montrer que la Passion était nécessaire dans le plan de Dieu pour que son Fils soit Glorifié et que cela était aussi déjà annoncé par les écritures. En arrivant au village, le Seigneur fait semblant d’aller plus loin, les pères de l’Eglise disent que le Seigneur voulait attiser le désir de sa compagnie dans le cœur des disciples, que ce fût un désir libre à eux de Le recevoir. Et Jésus partage le dîner avec eux et comme le dit l’évangile, au moment de leur donner le pain sur lequel il va prononçer la bénédiction, les yeux des disciples s’ouvrent, ils reconnaissent le Seigneur qui disparait à leurs regards. Ils se rendent compte à ce moment de ce qu’ils avaient expérimenté avec la présence du Seigneur. Soit l’apparition, soit aussi les paroles de Jésus produisent une véritable conversion dans les cœurs de ces disciples, c’est la rencontre de Jésus ressuscité qui change la vie, et ils courent annoncer aux autres que le Christ est vivant.

Mais parmi les effets qu’induit la Résurrection dans le cœur des disciples, il y a la joie de la consolation. Notre Joie doit être la véritable joie de la Résurrection, en revanche l’esprit – contraire, c’est l’esprit de tristesse. En fait, l’évangile nous dit que ces deux disciples marchaient tristes. Alors, l’évangile d’aujourd’hui peut nous aider à réfléchir sur le mal de la tristesse qui tente parfois de parvenir dans notre âme et aussi à connaître les remèdes spirituels pour la combattre, tout en faisant une analogie avec l’état des disciples et ce que le Seigneur a fait pour eux par sa Divine présence.

Saint François de Sales disait que dans la vie spirituelle, il peut avoir deux types de tristesse. « La tristesse qui est selon Dieu, comme dit saint Paul, opère la pénitence pour le salut ; la tristesse du monde opère la mort. »  La tristesse donc peut être bonne et mauvaise, selon les divers résultats qu’elle opère en nous. Être triste parce que nous sommes pécheurs, la plupart du temps, nous conduit à changer notre vie, la tristesse de voir souffrir les autres me pousse à la charité, et cette tristesse on peut la considérer comme bonne ; mais il existe une mauvaise tristesse, et nous allons parler maintenant des raisons pour lesquelles elle envahit notre esprit.

Saint François de Sale dit aussi : « L’ennemi se sert de la tristesse pour exercer ses tentations envers les bons ; car, comme il tâche de faire se réjouir les mauvais en leur péché, il tâche aussi d’attrister les bons en leurs bonnes œuvres; et comme il ne peut procurer le mal qu’en le faisant trouver agréable, aussi il ne peut détourner du bien qu’en le faisant trouver désagréable ».

Alors, cette tristesse spirituelle qui est mauvaise nous l’appelons acédie (en grec, ce nom signifie négligence, dans le sens d’un mépris pour quelque chose), Saint Thomas d’Aquin la définit en disant que c’est une tristesse pour le bien spirituel, un certain dégout pour les choses de Dieu. Elle est à l’origine de la tiédeur.

De quelle manière cette tristesse peut-elle se présenter à notre esprit ? Comment la distinguer ?

D’abord, il y a une fausse perception du bien (pour l’âme qui tombe dans cette tristesse, le bien est ce qui produit une délectation, mauvais est ce qui produit une douleur) ; pour cela l’objet aimé se voit déplacé, on n’aime plus une vertu, on aime plutôt la consolation que donne la vertu. Comme conséquence, l’âme finit comme paralysée ; et il y a même une fuite, on s’échappe de la croix, nous en avons une image claire avec les deux disciples d’Emmaüs qui abandonnaient Jérusalem, ils s’éloignaient de tout, de l’Eglise, du Calvaire, mais aussi de connaître la grande nouvelle de la Résurrection.

On peut trouver l’origine de cette tristesse dans des causes naturelles, la fatigue, le sommeil, elle peut provenir aussi – de grandes tentations, de ne pas avoir de bons résultats dans la lutte contre les péchés, d’une monotonie qui appelle à un changement pour refaire et réchauffer notre vie spirituelle. Mais dans beaucoup de cas, l’origine il faut la chercher dans le manque de travail pour vaincre le péché, parce que Dieu aidera toujours une âme si elle veut se laisser aider et avec la grâce, combattre sérieusement le mal en elle.

Parce qu’il y a des chrétiens qui veulent gagner dans l’Esprit, mais sans l’effort, changer sans changer. Comme dit saint Jean de la Croix : « Ils voudraient bien que Dieu se plie à leurs exigences, car ce qui leur déplaît, c’est de devoir aimer ce qui plaît à Dieu, et quand ils s’y résignent, c’est à con­tre-cœur… Ils mettent Dieu à leur mesure, et non eux-mêmes à la mesure de Dieu. S’ils sont privés de consola­tion, ils ne travaillent plus à leur perfection qu’avec mol­lesse et tiédeur. Ils fuient la croix, quoiqu’elle soit la source des plus pures et des plus solides joies spirituelles. Aussi ils n’éprouvent que peine et tristesse en entrant dans la voie étroite, qui, selon la parole de Jésus-Christ, est celle de la Vie. » (Matth., VII, 14.).

L’acédie est un péché capital qui engendre d’autres péchés. Parmi eux il y a le désespoir (on abandonne la lutte, les exigences), la pusillanimité (on a peur de faire des grands actes de vertu, peur du travail, d’accepter la croix), on néglige aussi d’accomplir comme Dieu veut sa loi ( les dix commandements). L’acédie produit de la rancune parce que les bons sont un reproche pour les mauvais, ou comme disait quelqu’un « je ne lis pas la vie des saints parce qu’ils m’accusent », elle pousse à la critique par rapport aux actions des autres (les disciples d’Emmaüs se plaignent de femmes parce que cette nouvelle les a remplis de stupeur) elle cause aussi de l’amertume. On cesse d’aimer ce que Dieu aime et on s’éloigne vers des choses qui sont interdites, qui nous séparent de Dieu et nous poussent vers les créatures.

Alors, quels sont les remèdes que Dieu nous donne contre l’acédie ?

D’abord, méditer et valoriser comme biens réels pour nous les dons surnaturels avec lesquels Dieu nous bénit. Comme le fait le Seigneur leur montrant qu’il fallait qu’Il souffre pour la Rédemption de l’humanité. Nous devons exercer notre foi dans les réalités aimables : Dieu même, le ciel, la grâce, la sainteté. Le Seigneur leur reproche leur cœur  lent à croire, mais après la révélation et l’avoir écouté, les disciples reconnaissent : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? ». Nous devons aussi réfléchir sur les moyens pour parvenir à la vie de Dieu où la croix, le renoncement, la pratique de la vertu et de la miséricorde ont une place éminente, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus disait par exemple : « J’en suis venue à ne plus pouvoir souffrir, parce que toute souffrance m’est douce… », tellement elle était associée à la croix par ses souffrances. Pratiquer en tout la véritable humilité.

D’autre part, nous devons combattre tout type de paresse, les disciples lorsqu’ils ont eu la vision du Seigneur, courent pour aller annoncer aux autres la bonne nouvelle.

L’acédie est un péché contre la charité, on doit donc la vaincre, tout en pratiquant l’amour envers Dieu à travers la prière, comme dit saint Jacques (5,13) : L’un de vous se porte mal ? Qu’il prie ; la lecture de la Bible comme le Seigneur qui parle de l’Ecriture avec les disciples d’Emmaüs. Chercher les bonnes compagnies (le Seigneur qui marche avec eux).

Laissons les dernières paroles à saint François de Sales, il résumait les remèdes spirituels contre la tristesse de cette manière :  « Il est bon de s’employer aux œuvres extérieures et les diversifier le plus que l’on peut, pour divertir l’âme de l’objet triste, purifier et échauffer les esprits, la tristesse étant une passion de la complexion froide et sèche.

Faites des actions extérieures de ferveur, quoique sans goût, embrassant l’image du crucifix, la serrant sur la poitrine, lui baisant les pieds et les mains, levant vos yeux et vos mains au ciel, élançant votre voix en Dieu par des paroles d’amour et de confiance.

La discipline modérée est bonne contre la tristesse. La fréquentation de la sainte Communion est excellente ; car ce pain céleste affermit le cœur et réjouit l’esprit (les disciples d’Emmaüs vont reconnaître le Seigneur au moment de la fraction du pain, symbole de l’Eucharistie).

Découvrez tous les ressentiments, affections et suggestions qui proviennent de votre tristesse à votre directeur et confesseur, humblement et fidèlement ; cherchez les conversations des personnes spirituelles, et fréquentez-les le plus que vous pourrez pendant ce temps-là. Et en fin finale, résignez-vous entre les mains de Dieu, vous préparant à souffrir cette ennuyeuse tristesse patiemment, comme juste punition de vos vaines allégresses ; et ne doutez nullement que Dieu, après vous avoir éprouvée, ne vous délivre de ce mal. »

Que la très sainte Vierge Marie nous donne la grâce de la joie dans la Résurrection de son Fils.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné