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« Ouvre ton cœur au pauvre : c’est ton frère »

Le pape Benoît XVI, dans son message pour le Carême nous disait : « Le Carême nous offre une fois encore l’opportunité de réfléchir sur ce qui est au cœur de la vie chrétienne : la charité. En effet, c’est un temps favorable pour renouveler, à l’aide de la Parole de Dieu et des Sacrements, notre itinéraire de foi, aussi bien personnel que communautaire. C’est un cheminement marqué par la prière et le partage, par le silence et le jeûne, dans l’attente de vivre la joie pascale. »[1]

Ce petit texte du Pape Benoît nous fait remarquer la finalité du carême, c’est-à-dire « Réfléchir sur la charité et renouveler notre foi dans l’attente de vivre la joie pascale » et ce texte nous fait aussi voir les moyens pour y arriver : « Le silence, la prière et la Parole de Dieu. »  « Les Sacrements »« Le partage et le jeûne. »« Pour dire un seul mot : la conversion. »

  1. «Silence et Prière»

Tout d’abord, le silence et la prière, l’écoute de la Parole de Dieu.  en ayant toujours présent le désir de grandir en la charité et en la foi en attendant la joie de Pâque.

Le carême est un temps liturgique pour améliorer notre façon de prier, la lecture de la bible, en particulier le livre de l’exode : Le livre de l’Exode est le livre pascal par excellence[2] :

La première partie de ce livre nous rappelle, la situation misérable du peuple esclave, image de la captivité du péché, qui nous rend vraiment esclave. Dieu se révèle, Dieu se fait connaître, et dans la même scène du buisson ardent, inaugure l’œuvre du salut, la rédemption. Il en est l’image de notre rencontre personnelle avec Dieu, qui nous révèle toujours son désir de nous sauver.

  1. « Les Sacrements »

En premier lieu, le baptême : Par le sacrement du baptême nous nous sommes unis à la passion, à la mort et à la résurrection du Christ. Le carême nous prépare à renouveler les engagements du baptême au cours de la nuit pascale.

Dans la célébration de notre baptême le prêtre nous a demandé : Renoncez-vous à Satan, à ses œuvres et à ses séductions ? Et nous avons renoncé. Le prêtre nous a ensuite demandé : Croyez-vous en Dieu le Père, Son Fils, mort et ressuscité pour nous, en l’Esprit Saint ? Et nous avons répondu : Nous croyons. Ce temps nous appelle à renouveler ces engagements.

L’Eucharistie : Le peuple d’Israël pendant son cheminement au désert mangeait de la Manne. Nous avons l’eucharistie pour refaire nos forces.

On considère l’effet de ce sacrement à partir de la façon dans laquelle ce sacrement nous est donné ; il nous est donné à la manière de nourriture et de boisson. Pour cela comme tout l’effet que la nourriture et la boisson matérielle produisent à l’égard de la vie matérielle  à savoir- sustenter, accroître, réparer et délecter – tout cela, ce sacrement le fait à l’égard de la vie spirituelle.[3]

La Confession ou le sacrement de la Pénitence :Au désert, le peuple de Dieu a été plusieurs fois faible. Nous aussi, nous avons besoin de la miséricorde de Dieu. Le sacrement de la réconciliation n’est pas un sacrement réservé pour le temps de carême ou pour l’avent, mais l’Eglise nous conseille de nous y approcher avec plus de ferveur et plus de dévotion. En effet le carême est en temps de pénitence, et justement le sacrement de la confession est appelé aussi, sacrement de la pénitence.

  1. « Le partage et le jeûne. »

Le partage et le jeûne sont deux éléments de la vie spirituelle qui nous aident à soumettre notre orgueil et notre chair. Ces derniers sont deux ennemis qui se trouvent à l’intérieur de nous-mêmes.

Par les privations volontaires nous maîtriserons notre chair. Mais Jésus nous conseille aussi comment nous devons faire le jeûne : Et quand vous jeûnez, ne prenez pas un air abattu, comme les hypocrites…  Mais toi, quand tu jeûnes, parfumes-toi la tête et laves-toi le visage ; ainsi, ton jeûne ne sera pas connu des hommes, mais seulement de ton Père qui est présent au plus secret ; ton Père qui voit au plus secret te le rendra. » (D’âpres l’évangile du Jour.)

Par le partage et par la charité, nous soumettrons notre orgueil. L’office de lecture d’aujourd’hui nous rappelle : « Ouvre ton cœur au pauvre : c’est ton frère. Et quand le Fils de l’homme viendra, il te dira : J’avais faim et tu m’as donné à manger. »

P. Andrés Nowakowski V. E.

Monastère « Bx. Charles de Foucauld »

[1] Message du Pape Benoit XVI pour le carême 2012.

[2] Liturgie des heures. Introduction au texte de l’Exode.

[3]Cf. Summe théologique III 79 art 1.

La Gloire de la Croix

L’Eglise nous invite à vivre les derniers jours de la vie mortelle de Notre Seigneur et à vivre aussi son grand triomphe sur la mort et à nous unir spirituellement à Lui dans ces heures suprêmes et pour Lui et pour l’humanité tout entière. Nous le faisons à travers ces gestes et ces actions qui rappellent ceux que notre Seigneur a accomplis au moment de sa Passion.

La procession des rameaux, le lavement des pieds à la messe de Jeudi Saint et le reposoir comme image de son agonie ; le chemin de croix et la cérémonie du Vendredi Saint, avec la prostration faite par les prêtres et la vénération de la Croix. La liturgie déploie toute sa richesse pour que nous, les chrétiens, revivions plus intiment et avec tout le réalisme des signes, ces moments sublimes de notre Maître et Seigneur Jésus-Christ.  Il est évident qu’à la considération de tous ces moments, notre âme s’enflamme d’amour pour le Christ et elle se dispose à imiter tout cet amour que Jésus a montré pour nous. Comme l’avait prêché saint Thomas d’Aquin, lorsqu’il a fait le commentaire à la Profession de notre Foi : « La passion du Christ, dit saint Augus­tin, suffit à nous instruire complètement de la manière dont nous devons vivre. Quiconque en effet veut mener une vie parfaite, n’a rien d’au­tre à faire que de mépriser ce que le Christ a méprisé sur la croix et de désirer ce qu’il a désiré. Il n’est pas en effet un seul exemple de vertu que ne nous donne la croix. »

Nous avons donc inauguré cette Semaine Sainte avec la Procession des Rameaux, et dans les chants a résonné cette parole à laquelle nous sommes déjà habitués car nous la répétons chaque fois qu’on participe à la Messe : Hosanna, Benedictus qui venit in nomine Domini.

Imaginons juste un peu la situation de la ville sainte à ce moment-là. Jérusalem était la capitale religieuse des juifs, et la fête de la Pâque attirait un nombre colossal de pèlerins. On sait que pour cette fête, la quantité des pèlerins arrivait et dépassait même les deux millions et demi de personnes.

Le fait que Jésus soit reçu par une grande multitude comme nous disent les évangiles, est dû aussi au fait que le Seigneur avait ressuscité son ami Lazare, quelques jours avant et cette nouvelle s’est vite répandue parmi les juifs.

Alors, il est évident que chaque geste du Christ porte une signification, comme aussi les paroles et les gestes que Dieu a inspirés aux gens qui lui rendaient cet accueil. Il monte sur une ânesse et son petit, comme les rois de l’antiquité, c’était la façon d’indiquer une visite de paix, tandis que lorsqu’ils entraient montés sur un cheval cela indiquait qu’ils étaient vainqueurs de cette ville, ou qu’ils revenaient de la guerre.

Mont des Oliviers

La foule étendait les manteaux et secouait les feuilles de palmiers et d’oliviers, comme c’était l’usage à l’occasion de la bienvenue des rois (rappelons-nous qu’en plus d’être un symbole de la paix l’olivier abondait dans ce mont qui portait précisément son nom).

L’évangile nous parle aussi, comme nous l’avons dit, de ce chant avec lequel les gens saluaient le Christ. « Hosanna » à l’origine voulait dire : « sauve-nous maintenant », c’était plutôt un cri de détresse dirigé vers celui qui pouvait porter la libération, un roi, un héros. Au temps de Jésus, ce mot avait perdu son sens originel, mais gardait celui d’une salutation de bienvenue pour un roi ou un prophète : « Hosanna au plus des cieux ». Les derniers mots indiquaient que même les anges se faisaient participants de notre cri vers Dieu, comme pour redoubler la pétition. Ces paroles ne laissaient pas d’être une prophétie imminente de la Passion.

Revenons un peu sur l’autre symbole de ce dimanche, nous l’avons juste mentionné plus haut, il s’agit des feuilles de palmiers, les palmes (en Italie, c’est le nom que reçoit ce dimanche, « Dimanche des Palmes »). Nous sommes habitués au palmier dans ce pays méditerranéen et il n’est pas difficile d’orner nos églises avec les feuilles de cet arbre.

Un poète a dit du palmier qu’il est la Rose des vents de la gloire des hommes. Conscient de l’allégorie qu’il porte, le palmier s’ouvre comme en étoile sur une hauteur inaccessible, comme pour dire ironiquement que la gloire des hommes aujourd’hui souffle d’un côté et que demain elle soufflera de l’autre.

Un peu comme nous, les hommes, un jour nous suivons cette mode, demain une autre, aujourd’hui cette tendance, demain sera une autre. Comme certains de ceux qui recevaient le Seigneur ce jour-là. Leur louange finira ce dimanche, et le vent de la gloire se changera vers le Calvaire, mais ils n’auront pas le courage de suivre le Seigneur jusque là. A eux on peut appliquer ces dures phrases de l’Imitation de Jésus-Christ : « Il y en a beaucoup qui désirent le céleste royaume de Jésus, mais peu consentent à porter sa Croix. Beaucoup souhaitent ses consolations, mais peu aiment ses souffrances. Tous veulent partager sa joie ; mais peu veulent souffrir quelque chose pour lui.
Plusieurs suivent Jésus jusqu’à la fraction du pain, mais peu jusqu’à boire le calice de sa passion.
Plusieurs admirent ses miracles ; mais peu goûtent l’ignominie de sa Croix. » (L’Imitation de Jésus-Christ L II, ch. 11)

Mais ces feuilles de palmier ont servi le jour des rameaux aussi comme un tapis naturel sur lequel le Seigneur avançait vers Jérusalem. Et lorsque le Sauveur s’approchait de la Ville Sainte, il est presque évident que la pensée qui marquait son chemin c’était celle de la croix, Il était venu non pour écouter ses Hosanna, mais pour entendre l’autre cri : « Qu’il soit crucifié ! »  « Son sang, qu’il soit sur nous et sur nos enfants ! ».

Mais les palmes recevront elles aussi un nouveau sens après la croix, elles ne serviront plus pour saluer la gloire passagère de ce monde. La culture chrétienne s’en servira pour marquer l’autre triomphe qui s’associe à celui du Christ, un triomphe mystérieux parce qu’aux yeux des hommes c’est une grande défaite, la palme sera désormais sur les mains des martyrs et des vierges. Pour les hommes, le martyrs est le vaincu, l’humilié, le perdant, et la vierge l’abandonnée, la silencieuse, la méprisée. Mais nous savons que les deux sont les plus grands triomphes et une grâce sublime que Dieu donne à ses disciples. Ils tiennent entre leurs mains ces palmes qui indiquent le véritable chemin, l’unique gloire qui ne passe pas, ne change pas, la Gloire de la Croix pour arriver la Gloire du Ciel. Comme disait une vierge aussi, sainte Rose de Lima : « la Croix est l’unique échelle pour monter au Ciel ».

Comprenons aujourd’hui que le Seigneur veut régner, mais Il règne depuis sa croix. Il règne non pas avec les armes qui tuent, mais avec la grâce qui donne la vie et la vie éternelle. Il règne non pas avec le pouvoir de faire des esclaves, dominés et soumis à travers la peur et les menaces, mais avec la loi de l’évangile qui fait de nous des enfant de Dieu et qui nous rend libres.

Jésus vient à Jérusalem en signe de paix, Il vient pour accomplir ce qu’Il avait promis au moment de son Incarnation et que répète le prophète Isaïe dans la première lecture : « Le Seigneur mon Dieu m’a ouvert l’oreille, et moi, je ne me suis pas révolté, je ne me suis pas dérobé ».

Depuis sa croix, le Seigneur nous offre la palme de la victoire du Chrétien, celle qui ne s’incline pas au souffle de la gloire de ce monde, Il nous appelle à choisir la loi de l’évangile, à choisir la palme de la croix pour l’imiter.

Nous méditons cette semaine la passion de notre Seigneur, faisons donc nôtres les paroles très profondes et réalistes d’un saint mystique espagnol, saint Rafael Arnaiz :

« A toi Seigneur, on a craché sur toi, on t’a insulté, fouetté, on t’a cloué sur un bois, et Toi, étant Dieu, tu pardonnais humblement, te taisait et plus encore tu t’offrais… Que pourrais-je dire moi de ta Passion !… Il vaut mieux que je ne dise rien et que dans le plus profond de mon cœur, je médite sur ces choses que l’homme ne pourra jamais comprendre ». Que la Vierge Marie nous donne cette grâce .

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné