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« Tu le vois Crucifié et tu l’appelles Roi »

Solennité du Christ Roi

L’année liturgique finit avec cette belle solennité du Notre Seigneur Jésus-Christ Roi et l’évangile nous fait voyager par l’imagination au Calvaire. On pourrait se demander pourquoi l’Eglise a choisi cet évangile pour la fête de ce dimanche.

Et notre foi nous donne la réponse, la croix, loin d’être une défaite, c’est un triomphe, le triomphe du Christ Roi.

Mais, examinons un peu ces personnages qui sont là au Calvaire, on peut dire qu’ils représentent en quelque sorte les hommes de notre temps, les hommes de toute l’histoire du monde et la position qu’ils prennent en égard au mystère de la croix et de la Rédemption.

Il y en a certains qui ne veulent pas se déclarer pour le Christ ou contre lui, comme le peuple qui restait là à observer. Combien de chrétiens sont comme ces gens qui regardaient au calvaire, pour qui la religion est quelque chose de lointain, une formalité, sans cœur, sans amour, sans compromis ! La vie et la mort du Christ n’ont aucune importance, pour eux Il ne change rien de leur vie.

La Croix provoque aussi des positions contraires, beaucoup se moquent du Seigneur : les chefs religieux, les soldats, l’un des malfaiteurs ; pour eux le meilleur signe du triomphe c’est le fait de descendre de la croix, ils croiraient en Jésus, seulement si Il abandonnait son sacrifice. Pourtant, le Christ révèle sa gloire demeurant sur la croix, comme l’Agneau immolé.

D’une manière inattendue, l’autre larron se range de son côté et confesse implicitement la royauté du juste innocent et implore : « Souviens-toi de moi lorsque tu viendras avec ton royaume » (Lc 23, 42). Saint Cyrille d’Alexandrie commente : « Tu le vois crucifié et tu l’appelles roi. Tu crois que celui qui supporte les railleries et la souffrance parviendra à la gloire divine » (Commentaire de Luc, homélie 153). Ce bon larron est l’image de ceux qui croient vraiment à la royauté du Christ à travers un regard de foi, et tout en voyant sa douleur, il croit que Jésus est son Roi.

Saint Ambroise observe: « Celui-là priait pour que le Seigneur se rappelât de lui une fois entré dans son Royaume, mais le Seigneur lui répondit:  en vérité, en vérité je te le dis, aujourd’hui tu seras avec moi dans le Paradis. La vie consiste à demeurer avec le Christ, car là où est le Christ, là est le Royaume » (Commentaire de l’Evangile selon Luc, 10, 121). Il y a aussi le titre de l’accusation, c’était la raison de la condamnation à mort de notre Seigneur :  « Celui-là est le roi des Juifs », elle était inscrite sur un écriteau cloué au-dessus de la tête de Jésus, et devient ainsi la proclamation de la vérité. Saint Ambroise fait encore remarquer: « A juste titre l’inscription se trouve au-dessus de la croix, car bien que le Seigneur fût en croix, toutefois il resplendissait du haut de la croix avec une majesté royale » (ibid., 10, 113).

Pourquoi affirmons nous que le Seigneur est Roi ? Nous pouvons justifier le fondement de sa royauté en quatre raisons :

En premier lieu, la Royauté lui appartient par le fait d’être Dieu, Il est le Verbe Incarné, le Fils de Dieu venu dans ce monde. Saint Cyrille d’Alexandrie l’indique très bien :  » Pour le dire en un mot, dit-il, la souveraineté que Jésus possède sur toutes les créatures, il ne l’a point ravie par la force, il ne l’a point reçue d’une main étrangère, mais c’est le privilège de son essence et de sa nature « .

Deuxièmement, la royauté lui convient en vertu de la Rédemption, par droit de conquête, Il nous a racheté par son Sang (1 Pierre 1, 18-19): « vous avez été rachetés par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ ».

En troisième lieu, le Seigneur est Roi parce qu’Il est la Tête de l’Eglise, Il a la plénitude de la grâce : « nous avons vu sa gloire, la gloire qu’il tient de son Père comme Fils unique, plein de grâce et de vérité » (Jn1, 14).

Et la quatrième raison de sa souveraineté, c’est par droit d’héritage, c’est Lui que le Père a constitué héritier de toute chose : « Il nous a parlé par son Fils qu’il a établi héritier de toutes choses et par qui il a créé les mondes»(Heb1, 2)

En plus, son autorité inclut le pouvoir législatif (Il donne des lois, dans l’évangile), judiciaire (Il viendra nous juger) et exécutif (Il guide notre vie et la vie de son peuple et il régit le monde)

Mais, bien qu’Il doive régner dans nos cœurs et dans toute la société, son Règne n’est pourtant pas de ce monde, comme il l’a dit devant Ponce Pilate, c’est un règne éternel comme dit l’Ange Gabriel à Marie : « son règne n’aura pas de fin » ( Lc. 1,33) et c’est un règne universel : « Tout pouvoir m’a été donné au ciel et sur la terre » (Mt 28,18). C’est un règne de vie et de vérité, règne de grâce et de sainteté, règne de justice, d’amour et de paix (Préface). Pour cette raison, il n’est pas comme les pouvoirs de ce monde, qui se forment souvent (presque toujours) à travers le mensonge et la violence ; et même lorsqu’ils sont légitimes et droits, ils n’ont que des finalités temporaires et sont influencés et limités par l’inévitable imperfection humaine. Aucun gouvernant ni roi dans ce monde ne pourrait être le Christ.

Mais aujourd’hui plus que jamais, on veut bannir la royauté de Notre Seigneur de toute société, comme l’écrit le pape Benoît dans son encyclique « Spes Salvi » (30) les temps modernes ont fait grandir l’espérance de l’instauration d’un monde parfait qui, grâce aux connaissances de la science et à une politique scientifiquement fondée, semblait être devenue réalisable. Ainsi l’espérance biblique du règne de Dieu a été remplacée par l’espérance du règne de l’homme, par l’espérance d’un monde meilleur qui serait le véritable  « règne de Dieu » mais sans Dieu.

Et pour cela saint Jean Paul II, reprenant les paroles de son prédécesseur Jean Paul I, avertissait de ne pas confondre le Regnum Dei avec le regnum hominis, comme si la libération politique, sociale et économique étaient la même chose que le salut en Jésus-Christ. Aujourd’hui, une société « libérée » de la religion, où la croix et la foi chrétienne ne puissent plus se montrer ou se manifester serait une condition nécessaire pour que l’humanité soit totalement libre.  Nous savons qu’un royaume instauré sans Dieu finit inévitablement dans la perversion de toutes les choses.

Le Christ est un roi défait aux yeux du monde, mais pour gagner une victoire éternelle aux yeux de Dieu. Le royaume de la grâce qu’Il a instauré a plus de durée que n’importe quel royaume de ce monde. Son royaume ne surgit pas d’en bas, il provient d’en haut. Mais ce n’est pas qu’un royaume de simples esprits. Le Seigneur déclare que son Royaume n’est pas d’ici (en son origine) mais Il ne nie pas qu’il est ici, Il dit que ce règne n’est pas de la chair mais il ne dit pas que ce règne ne soit pas réel. Il dit que c’est un royaume des âmes, mais cela ne veut pas dire que ce soit un royaume des fantômes, mais des hommes comme nous. 

Le Seigneur commande dans nos intelligences car il est la Vérité et il est nécessaire que tous les hommes reçoivent la vérité de Lui ; le Seigneur commande dans nos volontés car Il est la Bonté par excellence et Il pousse nos esprits aux choses les plus nobles et Il règne aussi dans nos cœurs car Il est l’Amour infini. Il n’invite pas seulement chaque homme en particulier, Il veut que toutes les sociétés reçoivent aussi la grâce de son pouvoir qui ne fait rien de mal aux hommes au contraire, il donne la vie véritable.

Ici dans ce monde, Il guide son Eglise, où Jésus veut que tous parviennent parce que c’est en elle que Dieu a mis tous les trésors de sa grâce. Et son royaume qui commence au Ciel, ne continuera qu’au Ciel pour toute l’éternité.

Demandons aujourd’hui à la très sainte Vierge Marie, Reine du Ciel de nous guider vers la patrie où son Fils règne pour l’éternité.

P. Luis Martinez IVE.

Roi par la seule force de la vérité et de l’amour!

Solennité du Christ Roi

Lire l’évangile de la solennité (Jn 18, 33b-37)

Nous finissons aujourd’hui avec l’année de l’Eglise, l’année liturgique et ce avec la fête du Christ Roi. Nous allons commencer ce dimanche avec les paroles de Saint Jean Paul II, il y a 26 ans, 1979, la première année de son pontificat. Il s’adressait à ce moment-là à tous les chrétiens avec des paroles d’un grand réalisme, et pour cela très actuelles:

« Aujourd’hui nos pensées et nos cœurs se tournent vers Celui qui, à la demande de Pilate: « Es-tu roi ? » répondit : « Pour cela je suis né et pour cela je suis venu dans le monde : pour rendre témoignage à la vérité » (Jn 18, 37).

Les temps où nous vivons, exigent que nous pensions toujours plus souvent à cette réponse ; les temps nous demandent de chercher ce roi unique et d’en éprouver la nostalgie, de le désirer avec toujours plus d’ardeur. Comme il est merveilleux, en effet, ce roi qui renonce à tous les signes du pouvoir, aux instruments de domination, à la force et à la violence, et ne désire régner que par la force de la vérité et de l’amour, par la force de la conviction intérieure et du pur abandon. Combien il est unique ce Roi ! Combien l’homme doit-il le désirer ! Cet homme d’aujourd’hui, (qui est) fatigué de ces méthodes d’exercer le pouvoir, qui en tant de lieux de notre planète n’épargnent à l’homme ni oppression ni violence.

Comme il est merveilleux ce Roi, Jésus-Christ, qui refusa de semblables méthodes pour guider l’homme… Il a refusé non seulement tous les moyens d’exercer le pouvoir sur les autres par la force et la violence, mais il est allé jusqu’à se priver du soutien légitime de la défense personnelle en face de ses persécuteurs.

Tout cela pour entrer dans la vie de l’homme par la seule force de la vérité et de l’amour, pour obtenir le royaume des cœurs humains, en tous ceux qui sont capables d’entendre Sa voix et de percevoir Son appel. »

En peu de mots, saint Jean Paul II a résumé l’esprit de cette fête. Notre Seigneur est roi et la façon de conquérir les âmes et de régner c’est par la force de la vérité et de l’amour, « celui qui appartient à la Vérité écoute ma voix ».

Si nous revenons au moment de l’évangile, lorsque Pilate regardait Jésus, attaché et maltraité, il a eu du mal à voir en Lui un roi, en fait, sa question « Es-tu le roi des Juifs ? » peut s’entendre aussi avec un ton d’ironie.

Jésus lui dit que son Royaume n’est pas de ce monde, « ma royauté n’est pas d’ici ». Nous devons faire attention ici à ce que la langue originelle signifie par rapport à cette expression. Le Seigneur utilise une formule tout particulière pour dire cette phrase, que l’on pourrait traduire avec ces mots : « mon royaume ne provient pas de ce monde » ou encore, mon royaume vient d’un autre monde, passe par ce monde et finit aussi dans l’autre ».

C’est-à-dire que ce règne tire son principe d’en haut, il n’est pas fait de la politique des hommes, ni selon les principes des hommes, pas comme les royaumes des hommes, conquis et soutenus par le mensonge et la violence ; en tout les cas, même s’il existe un royaume, un état avec des buts corrects et légitimes, ses finalités seront toujours temporelles, limitées et tachées par l’imperfection humaine.

Le Seigneur dit : « Moi, je suis un roi de vérité, de paix, d’amour. Mon royaume procède de la grâce et exerce son pouvoir invisiblement dans les cœurs et cela a plus d’existence que tous les empires de ce monde. Ma royauté ne pousse pas d’un bas, elle descend d’en haut ; cela ne veut pas dire qu’elle soit juste un argument poétique, elle est par contre réelle. Je dis que mon règne n’est pas d’ici, mais je ne dis pas qu’il ne soit pas là » ( au contraire, il est toujours présent).

Mon royaume ne vient pas de la chair, il n’est pas mondain. C’est un règne d’âmes, d’esprits, mais cela ne veut pas dire qu’il soit un règne de fantômes, c’est un règne d’hommes.

Alors, devant cette royauté du Christ, je dois me demander ce qu’elle signifie pour moi.

Et c’est le plus important parce que par rapport à cela, je ne peux pas dire que, moi chrétien, je l’accepte ou bien je ne l’accepte pas, je ne peux pas regarder avec indifférence d’appartenir ou non à ce royaume, comme les gens qui s’inscrivent dans un parti politique ou dans un autre…

Je ne peux pas dire non plus : « Seigneur, de toutes les lois que tu as données, j’en accomplis certaines mais les autres ne sont pas pour moi »…ou bien, « J’accepte volontiers le quatrième commandement, mais pour le sixième ou huitième je préfère plutôt les vivre à ma façon ». « J’aime l’Eglise, mais je choisi de son magistère la doctrine qui est plus d’accord avec mes convictions personnelles». Le Christ Roi n’est pas un roi à moitié ou en partie, si nous devons suivre ce Roi, il faut le suivre en tout et dans toute circonstance.

Comme on l’a dit, l’humanité ne peut pas rester indifférente à ce roi ; et pire encore, souvent les hommes ne font que se rebeller contre ce roi, et cela signifie un grand danger. L’Europe et l’Occident ont fait rébellion contre le Christ, ils sont depuis des années lentement  en train de faire apostasie de leur foi, abandonnant le Christ pour servir les idéologies et tomber ainsi plus bas que les animaux, perdant toute leur dignité.

Aujourd’hui, posons-nous la question : Pour moi, le Christ est véritablement le Roi ? Il règne dans ma vie ?

Parfois, nous les chrétiens, nous gardons l’attitude de Pilate. Voyant le monde, voyant aussi qu’au sein de l’Eglise il y a de ceux qui cherchent enlever le pouvoir à vérité, nous pouvons être tentés de penser que le Royaume du Christ est seulement une métaphore, quelque chose de réduit à la liturgie, une belle pensée mais loin de la réalité. Ne tombons pas dans cette erreur, ne perdons pas le désir que Jésus règne dans le cœur de beaucoup d‘hommes et de femmes, de ceux qui ne le connaissent pas encore, et de ceux qui l’ont abandonné.

Devant nos yeux, nous avons un miracle permanent du pouvoir du Seigneur, c’est l’Eglise, son Corps mystique. Persécutée depuis sa naissance, elle a vu mourir ses premiers chefs, ses ennemis ont voulu l’enlever de ce monde, plus de dix grandes persécutions, de milliers de ses membres donnant leur vie pour leur fidélité à elle et son Fondateur, et elle a conquis le monde. Envahie à plusieurs reprises par l’erreur (l’hérésie) qui voulait la détruire de l’intérieur même, Elle en a survécu. Et aujourd’hui, même lorsque beaucoup qui se situent soi-disant dans l’Eglise veulent proclamer un autre évangile, adapter la loi divine aux principes de la chair et de ce monde, 

l’Eglise ne change pas, elle maintient sa fidélité au Christ parce qu’Il est la Vérité, unique Vérité en qui l’humanité trouve son salut : Quiconque appartient à la vérité écoute ma voix. 

 Moi, je suis l’Alpha et l’Oméga, dit le Seigneur Dieu, Celui qui est, qui était et qui vient, le Souverain de l’univers. Demandons la grâce de rester dans la vérité, dans le Christ, lui dont sa royauté est
une royauté qui ne sera jamais détruite.
Nous demandons cette grâce à la Reine du Ciel.

P. Luis Martinez

Institut du Verbe Incarné