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DÉLIVRE-NOUS DU MAL. AMEN

Septième et dernière demande du Notre Père Dieu_Père_Institut_du_Verbe_Incarné

Dans les deux demandes précédentes, le Seigneur nous apprend à implorer le pardon de nos péchés, et il nous montre comment échapper aux tentations. Ici, il nous enseigne à demander d’être préservés du mal.

Cette demande est générale. D’après saint Augustin, elle vise les différentes espèces de maux, à savoir les péchés, les maladies, les afflictions. Nous avons déjà parlé du péché et de la tentation ; il nous reste à traiter des autres catégories de maux, c’est-à-dire de toutes les adversités et afflictions de ce monde.

De ces adversités et de ces afflictions, Dieu nous délivre de quatre manières.

  • En premier lieuDieu délivre l’homme de l’affliction, quand il écarte celle-ci de lui ; cela, il le fait rarement. Dans ce monde, en effet, les saints sont affligésTous ceux, dit saint Paul (2 Tim 3, 12), qui veulent vivre pieusement dans le Christ Jésus connaîtront la persécution.

Cependant, Dieu accorde parfois à tel ou tel de n’être pas affligé par le mal. Quand, en effet, il le sait incapable de supporter l’épreuve, il agit comme un médecin, qui évite de donner à un grand malade des médecines violentesVoici, dit le Seigneur (Ap 3, 8), que j’ai mis devant toi une porte ouverte, que nul ne peut fermer, et ce, à cause de ton défaut de vigueur.

Dans la patrie céleste, il en va tout autrement. Nul n’y est affligé. C’est la loi générale pour tous les élus. Ils n’auront plus faim, ils n’auront plus soif, est-il dit dans l’Apocalypse (7, 16-17), et jamais ne les accablera le soleil ni aucun vent brûlant. Car l’Agneau qui est au milieu du trône les fera paître et les conduira aux sources des eaux de la vie. Et Dieu essuiera toute larme de leurs yeux.

  • En second lieuDieu nous délivre du mal lorsqu’Il nous donne des consolations, au temps de l’affliction. Privé de ces divines consolations, l’homme ne pourrait subsister au milieu des épreuves. Nous sommes, disait saint Paul (2 Co 1, 8), accablés au delà de toute mesure, au delà de nos forces, et il ajoutait (2 Co 7, 6) : mais Dieu nous a consolés, lui qui réconforte les humbles. Tes consolations réjouissent mon âme, chantait aussi le Psalmiste (Ps. 93, 19), à proportion des douleurs surabondantes de mon cœur.
  • En troisième lieu, Dieu comble les affligés de tant de bienfaits qu’ils en viennent à oublier leurs maux. Après la tempête, disait Tobie (3, 22), vous ramenez le calme. Ainsi nous ne devons pas craindre les afflictions et les tribulations du monde ; elles sont en effet facilement supportables, à cause des consolations que Dieu y mêle et à cause de leur brève
    durée. La légère tribulation d’un moment
    , dit en effet saint Paul (2 Co 4, 17), nous prépare, au delà de toute mesure, un poids éternel de gloire ; car elle nous fait effectivement parvenir à la vie éternelle.
  • En quatrième lieu, – et pour étendre l’idée du mal à tous les maux -, Dieu tire du bien de tous les maux, tentations et tribulations. Aussi Jésus ne nous fait pas dire : Délivrez-nous de la tribulation, mais : Délivrez-nous du risque de mal véritable qu’elle porte avec elle.

Les tribulations sont en effet données aux saints pour leur bien, pour leur faire mériter la couronne de gloire ; et c’est pourquoi, loin de demander d’être délivrés des tribulations, les saints font leurs les paroles de l’Apôtre (Rom 5, 3) : Non seulement nous nous glorifions dans l’espérance de la gloire de Dieu, mais nous nous glorifions encore dans les tribulations, sachant que la tribulation produit la constance. Et ils répètent la prière du livre de Tobie (3, 12) : Au temps de la tribulation, Dieu de nos Pères, vous pardonnez les péchés de ceux qui vous invoquent.

Dieu donc délivre l’homme du mal et de la tribulation, en transformant tribulation du mal en bien ; et c’est là le signe d’une sagesse consommée, puisqu’en effet il appartient au sage d’ordonner le mal au bien. Dieu y parvient, en donnant à l’homme la grâce d’être patient dans ses tribulations. Les autres vertus se servent des biens, mais la patience est seule à tirer profit des maux ; euxseuls donc la rendent nécessaire. C’est pourquoi sa nécessité apparaît seulement au milieu des maux, c’est-à-dire dans les adversités. Nous lisons en effet dans les Proverbes (19, 11) : La sagesse d’un homme, vous la reconnaîtrez à sa patience, qui lui fait ordonner le mal au bien.

 C’est pourquoi l’Esprit-Saint nous fait adresser cette demande au Père, par le don de la sagesse. Grâce à ce don, nous parvenons à la béatitude, à laquelle nous ordonne la paix. La patience, en effet, nous assure la paix dans l’adversité comme dans la prospérité. C’est pourquoi les pacifiques sont appelés fils de Dieu. Ils sont, en effet, semblables à Dieu. A eux, comme à Dieu, rien ne peut nuire, ni la prospérité, ni l’adversitéBienheureux donc les pacifiques, ils seront appelés fils de Dieu (Mt 5, 9).

Le mot Amen est la réaffirmation générale des sept demandes de l’Oraison dominicale.

Commentaire au Notre Père

Saint Thomas d’Aquin

ET NE NOUS LAISSEZ PAS SUCCOMBER A LA TENTATION (TROISIÈME PARTIE)

DE QUELLE MANIÈRE L’HOMME EST LIBÉRÉ DE LA TENTATION?

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A ce sujet, il faut remarquer ceci : le Christ nous enseigne à demander au Père non pas la grâce de ne pas être tentés, mais bien celle d’éviter de nous établir passivement dans l’état où nous met la tentation.

C’est en effet en surmontant et en dominant la tentation que l’homme mérite la couronne de gloire incorruptible (cf. 1 Co 9, 25 ; 1 Pierre 5, 4).

C’est pourquoi saint Jacques (1, 2) déclare : Considérez comme une joie extrême, mes frères, de buter sur toute sorte d’épreuves. Et l’Ecclésiastique nous avertit (2, 1) : Mon fils, en entrant au service du Seigneur, prépare votre âme à l’épreuve. Saint Jacques déclare encore (1, 12) : Heureux l’homme qui supporte la tentation : sa valeur une fois reconnue, il recevra la couronne de vie.

Ainsi donc, Jésus nous enseigne à demander au Père de ne pas nous laisser succomber à la tentation en donnant à cette tentation notre consentement.

 Dieu est fidèle : il ne permettra pas que vous soyez éprouvés au-delà de vos forces. Mais avec l’épreuve il donnera le moyen d’en sortir et la force de la supporter dit saint Paul (1 Co 10, 13). Que l’homme soit tenté en effet est chose normale, mais qu’il consente à la tentation et s’y abandonne, cela ne l’est pas, mais lui vient du diable.

Mais objectera-t-on, puisque le Christ dit très précisément : Ne nous induisez pas en tentation, c’est-à-dire, ne soyez pas cause d’un entraînement et d’une entrée fatale dans la tentation, ne faut-il pas comprendre que c’est Dieu lui-même, plutôt que le diable, qui nous entraîne activement au mal ?

Il faut savoir que Dieu permet parfois le mal à cause de la liberté que l’homme ne sait bien utiliser. Un exemple c’est que Dieu retirera sa grâce, à cause des nombreux péchés de cet homme ; ce qui aura pour effet de faire tomber celui-ci dans le péché.

C’est pour être préservé d’un tel malheur, que le Psalmiste demande à Dieu dans sa prière (Ps. 70, 9) : Lorsque mes forces déclineront, Seigneur, ne m’abandonne pas.

Par contre, grâce à la ferveur de la charité qu’Il lui donne, Dieu conduit l’homme de telle manière qu’il ne soit pas induit en tentation. La charité en effet, si petite qu’elle soit, peut résister à n’importe quel péché. Car les grandes eaux (de la tentation) n’ont pu éteindre l’amour, dit le Cantique des Cantiques (8, 7).

Heureux_les_coeurs_purs_Institut_du_Verbe_IncarnéLe Seigneur nous dirige aussi par la lumière de l’intelligence ; par elle, il nous montre les œuvres que nous devons accomplir. D’après le Philosophe Aristote, en effet, tout pécheur est un ignorant. Pour bien agir, David  demandait cette lumière par ces paroles (Ps. 31, 8) : Seigneur, illumine mes yeux, que je ne m’endorme pas dans la mort. Que mon ennemi ne dise pas : j’ai triomphé de lui.  Cette lumière nous vient par le don d’intelligence.

Si nous refusons notre consentement à la tentation  nous gardons cette pureté du cœur, béatifiée par Jésus, en ces termes (Mt 5, 8) : Bienheureux les cœurs purs, car ils verront Dieu ; et nous parviendrons à la vision de Dieu.

Commentaire au Notre Père

Saint Thomas d’Aquin

Lire aussi:

Ne nous laisse pas succomber dans la tentation (Première partie)

Ne nous laisse pas succomber dans la tentation (Deuxième partie)