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« Da tuis fidelibus In te confidentibus Sacrum septenarium »

Homélie de la Pentecôte

Avec la solennité de la Pentecôte finit le temps de Pâques. Et Jésus nous laisse, comme Il l’a fait pour ses disciples, le meilleur des cadeaux de Dieu, c’est-à-dire Lui-même, Dieu se donne en cadeau.

L’Esprit Saint est ce don descendu du Ciel pour nous conduire au Ciel, pour nous aider dans notre chemin, nous devons nous laisser conduire par l’Esprit, c’est cela que les saints ont fait dans l’histoire.

Nous devons demander continuellement à Dieu qu’Il nous donne son Esprit, qu’Il envoie son Esprit pour nous renouveler, comme nous l’avons chanté. Dans l’évangile de saint Luc (11,11-13), le Seigneur nous dit : « Si vous, qui êtes mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus le Père du ciel donnera-t-il l’Esprit Saint à ceux qui le lui demandent ! »

Dans la deuxième lecture de ce dimanche, saint Paul nous dit que « personne n’est capable de dire : « Jésus est Seigneur » sinon dans l’Esprit Saint (de confesser le Seigneur). Il nous dit aussi que « les dons de la grâce sont variés, mais c’est le même Esprit. Les services sont variés, mais c’est le même Seigneur ».

Ainsi comme chaque âme est différente d’une autre, ainsi la façon de travailler de l’Esprit est différente dans chaque âme : l’Esprit Saint vient pour former le Christ dans notre âme, mais respecte notre liberté, il obtient le meilleur de nous l’élevant par ses dons pour nous rendre semblables au Christ et par là nous donner la vie éternelle.

Nous avons chanté le Séquence, avant l’évangile, un hymne qui supplie la venue du Saint Esprit dans notre âme, qu’il fasse une nouvelle Pentecôte. Dans cette hymne on a demandé cela : « À tous ceux qui ont la foi (les fidèles) et qui en toi se confient donne tes sept dons sacrés. »

Nous lui demandons en effet que l’Esprit Saint vienne nous aider avec ses 7 dons.

Quels sont -ils ? Quelle est leur utilité pour nous ?

La vie morale des chrétiens est soutenue par les dons du Saint-Esprit. Ceux-ci sont des dispositions permanentes qui rendent l’homme docile à suivre les impulsions de l’Esprit Saint.

Les sept dons du Saint-Esprit sont la sagesse, l’intelligence, le conseil, la force, la science, la piété et la crainte de Dieu. Ils appartiennent en leur plénitude au Christ, Fils de David (cf. Is 11, 1-2). Ils complètent et mènent à leur perfection les vertus de ceux qui les reçoivent. Ils rendent les fidèles dociles à obéir avec promptitude aux inspirations divines.

Nous ne pouvons pas entrer au Ciel avec nos seules forces humaines, les forces de nos vertus.  Les forces de l’homme ne sont pas suffisantes si l’instinct et l’impulsion supérieure de l’Esprit Saint n’interviennent pas, selon S. Paul (Rm 8,14.17) : “ Ceux qui sont conduits par l’Esprit de Dieu sont fils et donc héritiers de Dieu. ” Et l’on dit dans le Psaume (143,10) : “ Que ton Esprit bon me conduise sur un pays de plaines. ” C’est-à-dire que nul ne peut parvenir à hériter de cette terre des bienheureux s’il n’est mû et conduit par l’Esprit Saint. Et voilà pourquoi il est nécessaire à l’homme, pour atteindre cette fin, d’avoir le don du Saint-Esprit.

Et pour cela, ceux qui dans ce monde avancent fermement sur le chemin de la sainteté resplendissent de ses dons, comme on les constate dans les cas des saints de l’Eglise.

Les dons sont effectivement un cadeau de Dieu, mais c’est une réponse à notre travail personnel dans la vertu, Dieu nous aide si nous faisons de notre mieux, travaillant dans les vertus. Les dons nous sont révélés non pas sous le nom de dons mais plutôt sous celui d’esprits. C’est ainsi qu’il est dit en Isaïe (11,2) : “ Sur lui reposera l’esprit de sagesse et d’intelligence, etc. ”. De telles paroles donnent manifestement à entendre que ces sept dons sont énumérées là en tant qu’ils sont en nous par inspiration divine.

Et ces perfections sont appelées des dons, non seulement parce qu’elles sont infusées par Dieu, mais aussi parce que, grâce à elles l’homme est disposé à recevoir promptement l’impulsion de l’inspiration divine. C’est ce qui est écrit en Isaïe (50,5) : “ Le Seigneur m’a ouvert l’oreille ; et moi je n’ai pas résisté, je ne me suis pas dérobé. ”

Comment ils agissent en nous ? Nous les verrons avec une petite explication sur chacun et un exemple dans la vie des saints, de quelle façon en eux se sont révélés ces dons :

Le don de Sagesse par lequel nous considérons comme Dieu est présent et manifesté dans la création, nous jugeons donc, toutes les choses à sa lumière ; et pour cela ce don nous concède un goût spécial pour les choses de Dieu et de sa Parole et fait que nous soyons attirés à connaître de plus en plus Dieu et à l’aimer davantage.  Dans la vie de saint Louis Gonzague nous trouvons un grand exemple de comment chercher toujours un sens divin à nos actions, les peser en vue de l’Eternité, comme il se demandait devant une situation, un acte : « que vaut cela par rapport à la vie éternelle ? »   

Le don d’Intelligence qui vient aider notre âme qui nous fait voir la profondeur des vérités de la foi et les aimer ; par ce don, l’Esprit Saint nous permet de découvrir la profondeur de Dieu, il donne à nos cœur une participation dans la connaissance de Dieu, les secrets de la création et une grande intimité avec notre Créateur. Il est clair aussi que ce don nous permet de voir avec facilité où Dieu n’est pas présent et ce qui peut nous faire tomber dans le péché. Il agit dans les âmes faisant qu’elles soient dociles à croire.  Dans la vie du saint Curé d’Ars, il est raconté qu’un campagnard venait prier habituellement à l’Eglise et ne faisait que regarder le tabernacle en silence. « Le matin quand il allait au travail, le soir quand il en revenait, il laissait à la porte sa pelle et sa pioche, et il restait longtemps en adoration devant le Saint Sacrement. J’aimais bien ça. Je lui ai demandé une fois ce qu’il disait à Notre Seigneur pendant les longues visites qu’il lui faisait. Savez-vous ce qu’il m’a répondu ? « Monsieur le Curé, je ne lui dis rien. Je l’avise et il m’avise. Je le regarde, il me regarde. » »

Grâce au don du Conseil nous pouvons examiner correctement chaque situation concrète et voir comment elle me met par rapport à la vie éternelle. Il faut reconnaître son action dans la vie de saint Jean Marie Vianney, au moment où il confessait il savait donner de sages conseils au pénitent, bien que le curé d’Ars ait eu beaucoup de mal dans ses études vers le sacerdoce.

Le don de Force affermit notre esprit afin de pouvoir pratiquer les vertus héroïques avec une invincible confiance pour surmonter tous les dangers contre notre foi. On voit resplendir ce don dans la vie de Saint Louis roi de la France (ce qui lui donnait une force spéciale contre tous les ennemis de la foi et au regard de tous les périls à assumer) et de sainte Jeanne d’Arc (cette jeune fille qui a su conduire une armée et qui a été capable de tenir jusqu’à donner sa vie pour sa patrie).

Le don de Science, qui vient avec la vertu de la foi, nous apprenons à bien utiliser les créatures pour qu’elles nous élèvent à Dieu. Sainte Thérèse d’Avila utilisait ce don lorsqu’elle devait expliquer les choses de Dieu en utilisant des images et des comparaisons de la vie quotidienne.

Le don de Piété nous permet de découvrir Dieu comme un Père, d’être devant lui comme un enfant et non pas comme un esclave ou comme un étranger et aimer tous les hommes comme enfants de Dieu, appelés tous au même bonheur. Il nous donne une affection filiale et spirituelle vers Dieu.

On raconte que dans la vie de Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, une des novices du Carmel la surprend dans sa cellule totalement compénétrée dans la prière : « A quoi pensez‑vous ? lui demanda la jeune sœur. —Je médite le Pater, répondit‑elle. C’est si doux d’appeler le bon Dieu notre Père!… » et des larmes brillaient dans ses yeux.

La « Crainte de Dieu » est cette inspiration qui nous pousse à nous soumettre à la volonté de Dieu par révérence à la grandeur et à la majesté divine. Par ce don, l’Esprit Saint nous donne une grande connaissance de la majesté de Dieu et en même temps une crainte de l’offenser à cause de cela. Comme il est arrivé à Saint Louis de Gonzague au moment où il confessait deux fautes vénielles qui lui firent évanouir par la honte que cela lui causait devant Dieu.

Demandons à Notre Dame, qui a été toujours fidèle à la voix de l’Esprit Saint, de nous accorder à nous aussi cette grâce.

P. Luis Martinez IVE.

L’Esprit de Vérité. Comment écouter sa voix?

Homélie pour le Dimanche VI de Pâques, année A

Ce dimanche, la liturgie de la Parole nous fait encore revenir, dans la lecture de l’évangile au moment de la dernière Cène. Mais, cet évangile nous prépare en même temps pour les solennités qui approchent, l’Ascension et Pentecôte.

« Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi. » Les disciples sont maintenant tristes car le Seigneur leur a dit qu’Il partira, mais Il revient vers eux d’une autre façon, Il sera Vivant par sa Résurrection, une présence encore plus proche, sans les limitations de la nature humaine soumise à la mort, mais une présence ressuscitée.

C’est qu’en effet, toute la Sainte Trinité est maintenant avec les disciples du Seigneur qui vivent la vie du Christ, ceux qui appartiennent au Christ et ainsi, Jésus annonce aussi la Venue de l’Esprit Saint pour les instruire de l’intérieur, dans leurs cœurs et les guider dans ce monde : « Moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre Défenseur –un Paraclet- qui sera pour toujours avec vous ». Le Paraclet est beaucoup plus qu’un défenseur, un avocat, il est aussi un conseiller, un maître, un guide, un consolateur qui donnera force, qui assistera toujours de près, il est à côté de nous (dans le sens très proche) ; « il demeure auprès de vous, et il sera en vous », dit Jésus pour indiquer cette proximité très intime.

Il est défini par le Seigneur comme l’Esprit de Vérité, qui nous conduira vers la Vérité tout entière.

Nous savons que l’Esprit Saint nous conduit à travers ses inspirations, Il est en nous, dans notre cœur.

Alors, de quelle façon l’Esprit Saint nous donne-t-il ces inspirations ? Parfois par Lui-même, inspirant notre cœur, mais aussi à travers notre ange gardien, un prédicateur, le directeur spirituel, le confesseur, un ami, par un livre, une lecture.

L’Esprit de Dieu est toujours en train de venir en notre âme avec ses inspirations mais nous devons être capables de les recevoir, et de rester toujours fidèles à l’aide qu’Il nous donne dans notre chemin de sainteté. Nous devons aussi être capables de savoir discerner la voix de l’Esprit des autres voix qui apparaissent parfois dans nos cœurs.

Comment cela se fait-il ? Comment pouvons-nous écouter la voix de Dieu et savoir distinguer Sa voix d’autres voix qui se font entendre à l’intérieur de nous ?

La première chose très importante est d’avoir un cœur pur ; et pour purifier notre cœur nous disposons du sacrement de la pénitence. Celui qui vit loin du péché, peut mieux recevoir et bien distinguer la voix de Dieu dans sa vie.

Il existe encore trois éléments nécessaires pour savoir si nous sommes fidèles à la voix de l’Esprit, et les voici :

  1. Faire attention aux inspirations.
  2. Savoir discerner toute inspiration.
  3. Etre dociles et exécuter ce que Dieu nous dit de faire à travers les inspirations.
  1. Faire attention aux inspirations : cela implique de vivre attentifs à l’écoute au fond de notre âme, qui est le sanctuaire de l’Esprit (1 Cor. 6,19).

Alors pourquoi parfois n’entend-on pas ce qu’Il nous dit ? Parce que nous sommes versés vers l’extérieur, chez nous la dissipation est habituelle : comme dit le livre de l’Imitation du Christ : « Un homme intérieur se recueille bien vite parce qu’il ne se répand jamais tout entier au-dehors ». (Kempis, 2,1)

Parce que parfois, il nous faut aussi mortifier encore plus notre chair : « L’homme animal, n’accueille pas ce qui vient de l’Esprit de Dieu » (1 Cor 2,14).

Par nos affections désordonnées qui font obstacle à la voix de Dieu dans nos vies : « L’homme qui s’accroche encore à quelque créature, ne saurait s’occuper librement des choses de Dieu. Et c’est pourquoi l’on trouve peu de contemplatifs, parce que peu savent se séparer entièrement des créatures et des choses périssables ». (Kempis, 3,31).

Pour alimenter notre âme et la rendre capable d’entendre les inspirations de Dieu, il est très important aussi de vivre une intense vie de prière et d’être assidus à la lecture de la Bible (car elle est la parole de Dieu) et l’Eucharistie.

Evitons en plus, autant que possible les attitudes qui peuvent nous fermer à l’action de l’Esprit : l’agitation, les inquiétudes, la peur, l’attachement excessif à notre façon de faire ou de penser. Et pour cela, le guide d’un directeur spirituel est essentiel à celui qui veut avancer dans la voie de la sainteté.

Une condition pour bien entendre la voix de Dieu c’est d’accepter avec confiance les événements de notre vie, même si parfois ils nous contredisent ou ne correspondent pas à ce que nous attendions. Si nous sommes dociles à la manière dont Dieu conduit notre vie, si nous nous abandonnons entre les mains de notre Père, il saura parler à nos cœurs.

  • Le deuxième pas pour bien saisir une inspiration c’est de savoir discerner si elle vient de Dieu.

Saint Paul dit : « N’éteignez pas l’Esprit, ne méprisez pas les prophéties, mais discernez la valeur de toute chose : ce qui est bien, gardez-le » (1 Thes. 5,19-21). C’est ce qu’on appelle dans le langage spirituel « savoir discerner les esprits ». Et pour cela nous devons prendre garde :

(1) Que l’objet que l’inspiration nous propose de faire soit saint, sans mélange de mal. Nous devons savoir par exemple que le démon ne nous commandera jamais de faire une œuvre vertueuse, et notre nature ne nous pousse jamais, non plus,  à faire un sacrifice, à faire un effort ; au contraire, elle nous pousse à la commodité, aux plaisirs.

(2) Que cette pensée qui nous est venue soit aussi en conformité avec notre état de vie (jamais l’Esprit Saint ne va inspirer à un prêtre de faire quelque chose qui soit contraire à son sacerdoce, un homme marié à faire quelque chose hors du sacrement du mariage).

(3) Ensuite, nous devons encore savoir que toute inspiration, lorsqu’elle est véritable, apportera la paix et la sérénité à notre esprit, « une des meilleures marques de la bonté de toutes les inspirations, et particulièrement des extraordinaires, c’est la paix et la tranquillité du cœur qui les reçoit ; car l’Esprit Divin est violent, mais d’une violence douce, suave et paisible. Il vient comme un vent impétueux et comme une foudre céleste, mais il ne renverse point les apôtres, il ne les trouble point : la frayeur qu’ils reçoivent de son bruit est momentanée, et se trouve soudain suivie d’une douce assurance. »

(4) Deux éléments à considérer pour bien discerner ce sont encore le conseil et l’obéissance que nous devons à quelqu’un qui ait la capacité de nous orienter.

3- Et finalement nous devons être dociles à exécuter ce qui vient de Dieu, car Dieu n’aime pas les résolutions qui se font lentes, une fois qu’Il a montré sa volonté. L’exemple c’est la Vierge Marie, qui après avoir reçu l’annonce de l’Ange, part « en hâte » aider sa cousine Elisabeth.

Demandons à la Sainte Vierge, la grâce de savoir écouter la voix de Dieu et de l’accomplir dans nos vies, comme Elle nous en a donné l’exemple.

P. Luis Martinez IVE.