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« les rois marcheront vers la clarté de ton aurore »

Solennité de l’Epiphanie

Nous célébrons aujourd’hui la dernière des fêtes qui ont relation à la naissance de Jésus, c’est la fête de l’Epiphanie. Le temps liturgique de Noël va continuer pourtant, un peu plus, jusqu’au dimanche prochain, avec la fête du Baptême du Seigneur qui nous ouvre vers sa vie publique et qui a aussi comme finalité celle de commencer à nous préparer pour le temps de carême.

Cette fête de l’Epiphanie est très ancienne dans l’Eglise. Son nom signifie en grec « Manifestation » parce qu’elle célèbre précisément la manifestation du Seigneur au peuple païen, le peuple gentil (c’est-à-dire tous les autres peuples en dehors du peuple d’Israël). La première « épiphanie » du Seigneur s’est accomplie avec la visite de ces savants d’Orient qui sont présentés par la tradition comme les trois rois mages de toutes nos crèches.

Dans l’art chrétien des premiers siècles, le passage de l’Evangile de ce dimanche a été le plus évoqué parmi les mystères de l’Enfance du Seigneur. D’ailleurs, l’image de Notre Dame de Carthage est inspirée d’une autre représentation en marbre retrouvée à la Basilique « Domus el Caritas » qui n’est pas loin d’ici, dans ce marbre on pouvait voir les trois rois rendant visite à l’Enfant Jésus qui est assis sur les genoux de sa Mère, la Vierge.

Ainsi, ces mages ont été guidés par une étoile, comme nous le dit l’Evangile, à la différence des bergers, à qui Dieu annonçait sa Venue par la voix de l’ange. Pour ces savants d’Orients qui étaient habitués à étudier les astres, Dieu choisit un moyen auquel ils étaient familiarisés pour se révéler. Cela nous sert aussi, cette étoile est un signe de cette illumination intérieure que chacun de nous a reçue pour suivre le Christ et sa Vérité, cet appel de Dieu à la conversion, et enfin à la sainteté. A tous, Dieu donne cette lumière nécessaire et cela est un dogme de l’Eglise, parce que – révélé par l’Esprit Saint dans la première lettre à Timothée de saint Paul, que Dieu veut que tous les hommes parviennent au salut éternel et qu’ils arrivent à la pleine connaissance de la Vérité.  Les hommes, disait le pape Benoît, sont appelés à adhérer à la connaissance et à l’amour de Dieu, et l’Église a la mission de les aider dans cette vocation.

A la fin des temps, personne ne pourra dire que Dieu l’a abandonné, ce signifierait une contradiction en Dieu, une contradiction qui va non seulement contre la bonté de Dieu (Il serait un dieu méchant), mais encore contre la justice même (Dieu serait injuste lorsqu’Il crée un être pour le condamner à souffrir éternellement).

On peut dire que, sans doute, l’Etoile qui nous guide vers Dieu (comme ces rois mages) est différente pour chacun de nous, mais sa lumière est assez visible pour que chaque cœur de bonne volonté puisse la reconnaître et la suivre, découvrant l’appel de Dieu en elle. Dieu a des chemins qui sont incompréhensibles pour nous les hommes, parce qu’ils sont au delà de ce que notre intelligence peut comprendre.

O profondeur inépuisable et de la sagesse et de la science de Dieu! Que ses jugements sont insondables et ses voies incompréhensibles!  Car  » qui a connu la pensée du Seigneur ou qui a été son conseiller?  » Ou bien  » qui lui a donné le premier, pour qu’il ait à recevoir en retour? » , nous dit saint Paul dans la lettre aux Romains.

Alors pour nous, qui avons eu la grâce d’avoir vu l’étoile et d’avoir reconnu Dieu dans l’Enfant de la Crèche, nous avons la grâce d’appartenir à l’Eglise, venant des peuples gentils, dont les prémices ont été les rois mages.

L’aspect essentiel de la célébration est cet appel des tous les hommes à la foi. Comme l’avait déjà préfiguré Isaïe dans la première lecture : Debout, Jérusalem ! Resplendis : elle est venue, ta lumière, et la gloire du Seigneur s’est levée sur toi. Regarde : l’obscurité recouvre la terre, les ténèbres couvrent les peuples ; mais sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire brille sur toi. Les nations marcheront vers ta lumière, et les rois, vers la clarté de ton aurore.

En conséquence, la première action sainte c’est de rendre grâce à Dieu pour le don de la foi chrétienne ; parce qu’Il nous a délivré de la puissance des ténèbres, pour nous faire parvenir au royaume de son Fils bien-aimé (c’est-à-dire l’Eglise). C’est appel à vivre la foi en plénitude contient aussi comme germe la vie éternelle : nous appelant à la vie de la foi, le ciel est déjà vécu ici sur terre. C’est cela que nous avons demandé au commencement de la messe : « à nous qui connaissons Dieu déjà par la foi, d’être conduits jusqu’à la claire vision de sa splendeur, de la vision au Ciel ».

Dieu nous demande en suite de protéger cette foi, de la défendre contre l’esprit du mal, l’esprit du monde, de l’indifférence religieuse et du respect humain ; et de confesser la foi devant les autres. C’est une obligation des chrétiens, celle d’être fidèles aux principes de notre foi dans la vie de chaque jour.

Demandons aussi la grâce de ce don très précieux qu’est la foi pour ceux qui ne l’ont pas encore reçue et vivent dans les ténèbres, pour qu’ils reçoivent la visite de l’astre d’en haut, le Soleil de justice, le Seigneur Jésus-Christ.

Qu’Il soit reconnu comme Sauveur et glorifié par tous les hommes, ce que nous demandons chaque jour dans le Notre Père : Seigneur que ton règne arrive, que ton règne vienne. A la Vierge très sainte nous demandons cette grâce.   

P. Luis Martinez.

Institut du Verbe Incarné

Ce Jésus que nous voyons par l’esprit, suivons-le par nos œuvres

Lire l’évangile du dimanche XXX (Mc. 10, 46 b-52)

Le texte de l’évangile de ce dimanche commence en mentionnant que Jésus sortait de Jéricho. Le chemin habituel vers Jérusalem passait par Jéricho, et beaucoup de juifs se dirigeaient vers la Ville Sainte afin d’y célébrer la Pâque, la dernière dans la vie de Notre Seigneur.

Il est intéressant de lire le commentaire de saint Grégoire le grand à cet épisode de l’évangile, il dit «C’est très justement l’humanité qui est représentée par cet aveugle, assis au bord du chemin et mendiant, car la Vérité dit d’elle-même : « Je suis le chemin » (Jn 14,6). Celui qui ne connait pas l’éclat de la lumière éternelle est bien un aveugle, mais s’il commence à croire au Rédempteur, alors il est « assis au bord du chemin ».Si, tout en croyant en lui, il néglige d’implorer le don de la lumière éternelle, s’il refuse de le prier, il reste un aveugle au bord du chemin ; il ne se fait pas « demandeur »… Que tout homme qui reconnaît les ténèbres qui font de lui un aveugle, que tout homme qui comprend que la lumière éternelle lui manque, qu’il crie du fond de son cœur, qu’il crie de tout son esprit : « Jésus, fils de David, aie pitié de moi. » » (Homélie 2 sur l’Evangile)

Selon un commentateur, cet aveugle Bartimée, fils de Timée, réalise tous les actes appelés actes préparatifs et les actes propres du don de la foi.

  • Il a recherché la foi, ou plutôt l’objet de sa foi : il demande pourquoi les gens étaient agités, cf. Lc. 18,36).
  • Il s’est instruit : on lui dit que c’est Jésus.
  • Il l’a confessée : il donne un nom différent à Jésus : Fils de David, et croit dans son pourvoir pour le guérir.
  • Et, finalement il a montré sa foi par les œuvres : il bondit laissant le manteau et s’approche du Seigneur.

La foi

Le bienheureux Columba Marmion dit que la foi est la première disposition de celui qui veut suivre le Christ. C’est ce que nous avons vu dans l’évangile d’aujourd’hui.

Mais nous avons besoin d’avoir une idée précise de la foi.  Qu’est-ce que ce que la foi ?

La foi est d’abord une adhésion personnelle de l’homme à Dieu ; elle est en même temps, et inséparablement, l’assentiment libre à toute la vérité que Dieu a révélé. Ce n’est pas à une créature, c’est directement à Dieu que nous nous adhérons par la foi et à qui croyons ce qu’Il nous révèle (cf. Catéchisme de l’Eglise Catholique- C.E.C. 150).

Il y a un élément qui est très important lorsqu’on parle de la foi, c’est la liberté (C.E.C. 160). Pour être humaine, la réponse de la foi donnée par l’homme à Dieu doit être volontaire ; en conséquence, personne ne doit être contraint à embrasser la foi malgré soi. Dieu, certes, appelle l’homme à le servir en esprit et vérité ; si cet appel oblige l’homme en conscience, il ne le contraint pas.

Le Christ a invité à la foi et à la conversion, mais Il n’a pas exigé par la force de suivre son évangile.  Il a rendu témoignage à la vérité, mais il n’a pas voulu l’imposer par la force à ses contradicteurs. Son royaume s’étend grâce à l’amour par lequel le Christ, élevé sur la croix, attire à lui tous les hommes  » (cf. C.E.C. 160).

Nous le voyons dans la façon d’agir de notre aveugle, il commence à appeler le Seigneur et même si les gens le rabrouaient pour le faire taire, il dépassera ces obstacles pour aller vers le Seigneur.

Deux gestes encore mettent en évidence sa foi et nous dévoilent aussi la disposition intérieure et nécessaire pour accueillir la foi. Le premier, saint Marc nous dit que Bartimée jette son manteau, nous pouvons dire que pour un mendiant aveugle comme lui, le manteau était toute sa richesse et son monde ; mais il n’a pas peur de le laisser parce que cela pourrait être un obstacle pour aller vers Jésus. Le deuxième acte c’est le fait de bondir, qui montre que sa réponse est diligente et rapide et au même temps joyeuse.

Nous le répétons encore aujourd’hui, dans ces derniers chapitres de l’évangile le Christ marche vers la Passion, et cet aveugle suivait Jésus sur le chemin, ce verbe conjugué à l’imparfait signifie une action prolongée dans le temps.

Alors, nous devons dire que l’aveugle n’a pas eu la foi par ces seules forces. C’est Dieu celui qui a agi dans son cœur, Dieu est venu en aide ; l’homme par ses seules forces ne peut faire aucun acte surnaturelle sans l’assistance divine.  « C’est l’Esprit Saint qui révèle aux hommes qui est Jésus. Car  » nul ne peut dire : ‘Jésus est Seigneur’, que sous l’action de l’Esprit Saint  » (1 Co 12, 3) » (C.E.C. 152).

Il s’agit donc d’une double action, la première et la plus importante de la part de Dieu, la seconde de la part de l’homme :

La foi est une grâce. La foi est un don de Dieu, une vertu surnaturelle induite par Lui.  » Pour prêter cette foi, l’homme a besoin de la grâce prévenante et aidante de Dieu, ainsi que des secours intérieurs du Saint-Esprit. Celui-ci touche le cœur et le tourne vers Dieu, ouvre les yeux de l’esprit et donne à tous la douceur de consentir et de croire à la vérité’  » (DV 5) (C.E.C. 153).

La foi est en même temps un acte humain : Croire est aussi un acte authentiquement humain. Il n’est contraire ni à la liberté ni à l’intelligence de l’homme de faire confiance à Dieu et d’adhérer aux vérités par lui révélées.Dans la foi, l’intelligence et la volonté humaines coopèrent avec la grâce divine :  » Croire est un acte de l’intelligence adhérant à la vérité divine sous le commandement de la volonté mue par Dieu au moyen de la grâce  » (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 2, 9 ; cf. Cc. Vatican I : DS 3010). C’est pour cette raison que le Seigneur dit à l’aveugle : « Ta foi t’a sauvé », ce que le Seigneur indique avec ces mots c’est donc l’élément humain, parce que c’est ce dernier qui peut faire défaut ; tandis que de la part de Dieu, nous savons qu’Il veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la Vérité (1 Tim.2,4).

Il faut remarquer en plus que le Seigneur lui dit « ta foi t’as sauvé » et il n’est dit pas « guéri », il enseigne ainsi le sens profond de ce qui arrive à l’aveugle : « il est guéri de corps et d’âme » (Saint Grégoire le Grand), en effet la meilleure guérison que Dieu lui a donnée, le grand miracle c’est de lui donner la foi.

Pour finir, on trouve dans ce passage de l’évangile un grand exemple pour notre vie de chrétiens, cet aveugle doit être pour nous un modèle. Il faut protéger notre foi, la faire grandir, la défendre et lutter pour la garder ; apprenons cela voyant la façon dont Bartimée avançait pour trouver Jésus bien que les gens l’aient empêché de le faire. Il ne faut jamais cesser de combattre pour conserver notre foi, comme le dit l’apôtre saint Paul à Timothée :Voici la consigne que je te transmets : livre la bonne bataille, en gardant la foi et une conscience droite ; pour avoir abandonné cette droiture, certains ont connu le naufrage de leur foi.

Mais l’aveugle a fait encore un autre pas dans la vie de la foi : il a suivi le Christ. « Voir et suivre, c’est faire ce qu’on a compris  comme bien. Tandis que voir, mais ne pas suivre, c’est comprendre ce qui est bien, mais négliger de le faire. Ce Jésus que nous voyons par l’esprit, suivons-le par nos œuvres. Regardons bien par où il passe, le Seigneur, et mettons nos pas dans les siens en l’imitant. Car suivre Jésus, c’est l’imiter. Demandons cette grâce à Marie.

P. Luis Martinez

Institut du Verbe Incarné