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Oui, ô Seigneur! Nous aussi, nous croyons!

Lire l’évangile du Cinquième Dimanche de Carême (Jn 11, 1-45)

Ce dernier dimanche de carême avant le dimanche de la Passion (l’autre nom qu’on donne au dimanche des Rameaux) nous méditons le grand miracle accompli quelques jours avant sa Passion, la Résurrection de son ami Lazare.

Le miracle se fait dans la ville de Béthanie, qui est séparée de Jérusalem par le mont des Oliviers, aujourd’hui l’ancienne Béthanie est appelée El’Azaria, nom arabe dérivé de Lazarium, dont le sens dérive évidement de l’évangile.

Le tombeau de Lazare est toujours vénéré par les chrétiens, mais depuis longtemps ce lieu n’appartient plus aux chrétiens, il y a une mosquée juste à côté, et malheureusement il nous faut payer pour pouvoir y accéder. A quelques mètres du tombeau, les franciscains ont bâti une église qui fait souvenir de la maison de la famille amie du Seigneur (Lazare, Marthe et Marie) et aussi du miracle que nous méditons en ce dimanche.

Il semble que Saint Augustin ait prêché plusieurs fois sur ce passage, en avertissant ses fidèles dans l’un de ses sermons, de ne pas montrer un mauvais visage, ni de quitter l’église en disant qu’il avait  encore répété le même discours. (J’espère que cela ne soit aussi votre attitude)

Alors, le saint évêque fait une très belle application de ce miracle à notre vie de chrétiens.

Les évangiles nous parlent de trois miracles de résurrection effectués par Notre Seigneur : la fille de Jaïre, chef d’une synagogue ; un jeune, fils unique d’une veuve du village de Naïm et la résurrection de Lazare.

Saint Augustin nous dit alors qu’il y a trois types de morts dans l’âme à cause des péchés. La première c’est la mort à la grâce par les péchés de pensée, comme celle de la fille de Jaïre, c’est-à-dire à l’intérieur de la maison ( dans le cœur) ; la deuxième on peut la comparer à ces péchés qui sont déjà sortis du cœur et qui sont commis extérieurement ( comme ce jeune de l’évangile que l’ on amenait hors de la ville pour l’enterrer) ; et la troisième mort de l’âme est représentée par celle de Lazare, lorsqu’un péché se fait une mauvaise habitude, cette âme « sent déjà » et cette âme en plus d’être morte à la vie de la grâce, est ensevelie derrière la grosse pierre de l’habitude.

Pourtant, Notre Seigneur n’abandonne jamais ces morts, Il a le pouvoir pour les ressusciter aussi, mais Il pleure. Les opprimés par l’habitude sont emprisonnés, le Seigneur crie pour les libérer.

Suivant le commentaire de Saint Augustin : « Le Seigneur dit : « Enlevez la pierre. » Comment peut-il ressusciter ce pécheur habitué si l’on n’enlève pas « l’habitude ». Cela implique du travail.

« Lazare, viens dehors ! », cela veut dire : change de vie, donne fin à la mort. Mais le mort sortit les pieds et les mains attachés, le visage enveloppé d’un suaire ; parce que bien le pécheur soit libéré du mal, il continue encore à être lié au passé, il faut que l’on prie, que l’on fasse pénitence.

« Déliez-le, et laissez-le aller. » Il est nécessaire aussi que les ministres de l’Eglise l’aident à pouvoir avancer dans la vie spirituelle. Alors, cela était un petit résumé du commentaire de saint Augustin, qui peut être utile pour notre foi.

Mais, nous sommes déjà à la cinquième semaine de carême, et nos cœurs s’apprêtent à célébrer la Pâque et comme les dimanches précédents, la résurrection de Lazare nous aide à méditer un peu sur notre baptême, à travers le baptême nous revenons de la mort à la vie de la grâce, une nouvelle vie comme celle que vivra désormais Lazare. Comme dit saint Augustin, Lazare aura besoin des ministres pour pouvoir l’aider à marcher dans sa nouvelle vie. Un beau détail c’est que Jésus ne demande pas l’acte de foi à Lazare (il est mort), Il demande l’acte de foi à sa sœur Marthe : quiconque vit et croit en moi ne mourra jamais. Crois-tu cela ? », un père de l’Eglise disait à ce propos que Marthe est l’image des parents ou mieux encore des parrains dans le baptême, car ils « prêtent » pour ainsi dire l’acte de foi à un autre qui ne peut pas encore le faire (comme c’est le cas d’un enfant).

Alors, il est évident aussi que cet évangile nous met en relation avec la Passion de notre Seigneur, source d’où puisent tous les sacrements. En fait, cette résurrection de Lazare a préparé la mort de Christ.

Remarquons qu’avant, dans sa vie publique, Il avait déjà parlé de la sa mort d’abord et puis de sa Résurrection. Cette fois ci, Il a parlé d’abord de sa Résurrection tandis que ses ennemis s’accordaient sur sa Mort.

Le tombeau vide de Lazare a provoqué la décision de donner la croix au Seigneur, mais en retour le Seigneur échangerait la croix par son propre tombeau vide (au moment de Son triomphe).

Cette page évangélique montre Jésus en tant que vrai homme et vrai Dieu et cela de façon admirable. L’évangéliste insiste avant tout sur son amitié pour Lazare et ses sœurs Marthe et Marie. Il souligne que « Jésus aimait Marthe et sa sœur, ainsi que Lazare » (Jn 11, 5), et pour cette raison il voulut accomplir le grand prodige.

Mais comme Dieu qu’Il est, Jésus a démontré un pouvoir absolu sur la mort. Cette emprise sur la mort n’a pas empêché Jésus d’éprouver une compassion sincère face à la douleur du détachement. Lorsqu’il vit Marthe et Marie pleurer, ainsi que ceux qui étaient venus les consoler, Jésus aussi « fut bouleversé d’une émotion profonde » et finalement, « pleura » (Jn 11, 33.35), Il pleurait la mort de son ami, de quelqu’un qu’Il aimait. Le cœur du Christ est divin et humain. Et lorsque l’évangile nous dit que le Seigneur a été envahi d’une émotion profonde, ces mots traduisent un autre verbe qui signifie cette accélération de la respiration qui se produit avant de pleurer, ce qui nous arrive parfois de vouloir contenir les larmes mais elles finissent par nous vaincre.

En Jésus-Christ, Dieu et Homme, se sont parfaitement rencontrés, sans séparation ni confusion. Il est l’image, et même l’incarnation du Dieu qui est amour, miséricorde, du Dieu qui est la Vie. C’est pour cela qu’Il a déclaré solennellement à Marthe: «Je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra et tout homme qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais ».

Et le Seigneur a ajouté: «Crois-tu cela? » (Jn 11, 25-26). C’est une question que Jésus adresse à chacun de nous; une question qui nous dépasse certainement, qui dépasse notre capacité de comprendre, et il nous demande d’avoir confiance en Lui, comme Il a eu confiance dans le Père. La réponse de Marthe est exemplaire: «Oui, Seigneur, tu es le Messie, je le crois; tu es le Fils de Dieu, celui qui vient dans le monde » (Jn 11, 27). Oui, ô Seigneur! Nous aussi, nous croyons, malgré que parfois nous soyions tentés; nous croyons en Dieu, parce que c’est Lui qui a les paroles de vie éternelle; c’est lui qui nous donne une véritable espérance de vie au-delà de la vie, d’une vie pleine et authentique.

Si lors des dimanches derniers l’on parlait de l’eau et de la lumière comme des symboles  de notre baptême, aussi comme ceux par excellence de la nuit de Pâques, ce dimanche cette résurrection vient nous dévoiler que la Vie triomphera de la mort dans la Pâque du Seigneur, mais aussi que dans nos vies de baptisés elle doit triompher de la mort du péché, comme nous l’a dit saint Augustin, dont la mort physique et douloureuse en est l’ image et l’une des conséquences.

« Jésus a révolutionné le sens de la mort. Il l’a fait à travers son enseignement, mais surtout en affrontant lui-même la mort. « En mourant il a détruit la mort », répète la liturgie du temps pascal. « Le Christ a tué la mort qui tuait l’homme, grâce à l’Esprit qui ne pouvait mourir », écrit un Père de l’Église (Méliton de Sarde, Sur la Pâque, 66) » (Benoît XVI, Angélus 5-11-2006)

Demandons cette grâce à la très sainte Vierge Marie, ressusciter avec le Christ.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde…!

Lire l’évangile du dimanche XXVII ( Lc. 17,5-10)

foi_institut_du_verbe_incarneLes apôtres demandent au Seigneur de leur augmenter la foi et Il leur répond avec un peu d’ironie « La foi, si vous en aviez gros comme une graine de moutarde… ». C’est comme si le Seigneur disait: Vous me demandez de vous augmenter la foi, vous pensez que vous en aviez déjà une quantité considérable, pourtant, je vous dis qu’elle très petite, elle n’existe presque pas ; et la petite parabole servira donc pour décrire un autre aspect de la foi que le Seigneur veut faire comprendre aux disciples.

Le catéchisme de l’Eglise Catholique nous apprend que « la foi est la vertu théologale par laquelle nous croyons en Dieu et à tout ce qu’Il nous a dit et révélé, et que la Sainte Église nous propose à croire, parce qu’Il est la vérité même. Par la foi  » l’homme s’en remet tout entier librement à Dieu  » (DV 5). C’est pourquoi le croyant cherche à connaître et à faire la volonté de Dieu.  » Le juste vivra de la foi  » (Rm 1, 17). La foi vivante  » agit par la charité  » (Ga 5, 6). »( Cat. Egl. Cath. 1814)

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La Foi

Nous savons que la foi est une grâce, avoir la foi est une grâce, un cadeau de Dieu, et dans cela, les apôtres ne se trompent pas lorsqu’ils demandent de leur augmenter la foi, nous devrions aussi toujours demander de même. Le fait de « croire en Dieu » est un cadeau, un don de Dieu. Si Dieu ne nous assiste pas avec ce don il serait impossible pour nous de nous tenir dans la vie comme croyants.

Croire en Dieu est une grâce, accepter et vivre ses commandements est aussi une grâce, persévérer sur le chemin du bien est une grâce, tenir bon, rester fermes au milieu des tribulations est aussi une grâce.

Mais pour que la grâce vienne se greffer (et cela c’est une image), qu’elle vienne habiter dans le cœur, il faut notre collaboration, notre participation. Il faut tout d’abord enlever les obstacles pour recevoir le don divin.  Nous l’avons entendu dans le psaume de ce dimanche, le psalmiste nous invite à ne pas fermer notre cœur. Car nous pouvons faire le mauvais choix de fermer nos cœurs à la foi. Dieu ne nous oblige pas à l’aimer, comme Il ne nous oblige pas non plus à croire en Lui. Sa Volonté est tout puissante, mais Dieu dans sa Volonté a voulu nous donner une liberté, Dieu a voulu laisser notre âme libre. Il n’a pas voulu et Il ne veut pas non plus nous faire violence (nous obligeant à croire ou pas en Lui) ; son appel est une invitation, que chaque être humain peut écouter ou non dans le sanctuaire de la conscience ; pourtant Dieu désire d’être toujours écouté : « si vous écoutez sa Parole, c’est un souhait, ne fermez pas votre cœur… ».

Mais lorsque nous ouvrons nos cœurs, c’est là que Dieu peut faire de grandes choses, comme dit l’évangile : vous auriez dit à l’arbre que voici…

La première lecture de ce dimanche, nous illumine sur un autre aspect de notre vie de chrétiens, il s’agit du moment où la foi, notre foi est éprouvée. Et cela nous arrive à tous, il y a un moment dans notre vie où notre foi est mise à l’épreuve ; et c’est souvent dans ce moment-là où l’âme se demande : « et vraiment, Dieu existe?  Et si Dieu existe, pour quoi Il ne nous empêche pas de souffrir, pour quoi Dieu ne nous évite pas le mal, n’éloigne pas de nous le malheur ? »

foi_institut_du_verbe_incarneCombien de temps, Seigneur, vais-je appeler, sans que tu entendes ? Crier vers toi : « Violence ! », sans que tu sauves ? Pourquoi me fais-tu voir le mal et regarder la misère ?

« Il est vrai, disait un prêtre, que lorsque nous prions Dieu viendra en aide, mais Il ne le fait pas toujours (de la façon dont nous voudrions)…. Il veut nous éprouver, éprouver notre foi. Il serait très facile lorsqu’on prie de faire comme lorsque l’on appuie sur l’interrupteur et la lumière arrive. Le Seigneur veut pourtant la preuve de notre foi. Il veut que nous croyions sans voir. Il veut que nous aimions sans nous sentir réconfortés ou consolés. Il veut que nous risquions sans prévoir ce qui arrivera. Voilà la foi qui est bonne, simple, la foi sainte, la foi théologique. Dans un mot, la foi chrétienne ». (Cornelio Fabro, Homélies)   

Nous le savons, Dieu n’est jamais absent, Dieu est toujours là, bien que nous sentions qu’Il est loin. Mais Il a ses desseins, qui nous dépassent et sont au-delà de ce que notre intelligence limitée peut comprendre. Dans la première lecture, le Seigneur répond au prophète par rapport à la vision qu’il demande : Si elle paraît tarder, attends-la : elle viendra certainement, sans retard.

Même lorsque les plans de Dieu semblent contradictoires, ils renferment en eux un bien pour nous, c’est un bien dans la Providence de Dieu. Et nous devons nous rappeler souvent que ce mot, « Providence » veut dire voir d’avance, voir en avant et que nous l’ appliquons à Dieu, Dieu est la Providence, c’est Dieu qui a tout prévu, qui dirige le fil de l’histoire, qui fait son plan.

Et quelle est finalement l’intention de Dieu, qu’est-ce qu’Il cherche pour ainsi dire ? Et voilà une double réponse, sa Gloire et notre salut ; et pour cela Il nous invite à nous accrocher à Lui dans la foi.    

Et le Seigneur dit comme conclusion dans la lecture : Celui qui est insolent (l’incroyant, celui qui refuse Dieu) n’a pas l’âme droite, mais le juste vivra par sa fidélité (Dieu parle de la vie éternelle).

Il y a un autre aspect à méditer ce dimanche, toujours en relation à la foi, c’est la petite parabole, le Seigneur prend l’exemple d’un serviteur qui revient du champ, mais le travail n’est pas fini. On pourrait penser : si ce patron est un peu méchant, pourquoi donc le Seigneur le prend comme un exemple ? Alors ce n’est pas lui l’exemple ; le Seigneur dit que nous devons imiter le serviteur, qui ne se plaint pas, parce qu’il faut qu’il finisse sa tâche, le patron lui donnera après certainement sa récompense. De même vous aussi, quand vous aurez fait tout ce que Dieu vous a commandé, dites-vous : ‘Nous sommes des serviteurs quelconques ( donc  pas essentiels) : nous n’avons fait que notre devoir.’ »

Alors, qu’est-ce que le Seigneur veut nous dire avec cette histoire ? C’est que parfois nous prenons la foi comme un droit, nous exigeons des choses à Dieu, comme s’Il était notre serviteur ; et ce que nous exigeons c’est la récompense et le prix en avance, nous voulons attendre cette récompense à bras croisés.

foi_institut_du_verbe_incarneComme les gens, et il y en a beaucoup, qui ne voient aucune exigence dans la foi, croire pour eux c’est tellement facile comme respirer ou parler, mais ils ne sont pas conscients de que la foi c’est beaucoup plus que cela.

N’imaginons pas que pour le seul fait de venir à la messe, nous sommes déjà sauvés ; la vie chrétienne demande cela, oui, mais elle demande aussi encore d’autres choses. Il ne s’agit pas de vivre la vie de chrétiens par des moments, nous contenter avec du peu, le juste et nécessaire. La foi consiste à voir aussi ce qu’il nous manque de chrétien dans notre vie, à quelles choses nous n’avons pas renoncées, sur quelle vertu il nous faut travailler.

Et après Dieu nous donnera la récompense comme dit l’évangile : il prendra la tenue de service, les fera passer à table et les servira chacun à son tour. Il est vrai, mais avant l’évangile dit aussi : Heureux les serviteurs que le maître, à son arrivée, trouvera en train de veiller.

Alors, comme on disait au début de l’homélie, nous devons préparer nos cœur pour que Dieu nous donne la foi, pour qu’elle augmente, grandisse en nous et transforme notre vie.

Comme grand exemple nous avons l’apôtre saint Paul :

foi_institut_du_verbe_incarneSaint Paul n’avait pas la foi et, même, il persécutait les fidèles. Dieu l’attendait sur le chemin de Damas : « Paul, lui dit-il, ne pense même pas à te cabrer, à ruer comme un cheval qui s’emballe ! Je suis ce Jésus que tu persécutes. J’ai des desseins sur toi. Il faut que tu changes ». Paul s’est rendu ; il a changé, bouleversant complètement sa vie. Quelques années plus tard, il écrira aux Philippiens : « Ce jour-là, sur le chemin de Damas, Dieu s’est saisi de moi ; depuis lors je ne fais que courir après lui pour voir si moi aussi je serai capable de le saisir, en l’imitant, en l’aimant toujours plus ». Voilà ce qu’est la foi : se rendre à Dieu, mais tout en transformant notre propre vie. 

Que la Vierge Marie nous donne cette grâce.

P. Luis Martinez. V. E.

Monastère « Bx . Charles de Foucauld »