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Trouvera-t-il la foi sur la terre ?

Homélie pour le Dimanche XXIX, année C (Lc 18, 1-8)

« Dieu ne ferait pas justice à ses élus, qui crient vers lui jour et nuit ? Les fait-il attendre ? »  C’est la phrase avec laquelle se clôt la parabole dans le texte de l’évangile de ce dimanche.

Comme le Seigneur nous le montre, cette parabole a comme but de nous donner confiance et persévérance dans la prière : la nécessité de toujours prier sans se décourager.

Malgré ce que Notre Seigneur nous enseigne dans l’évangile aujourd’hui, on peut avoir la tentation de dire que Dieu semble ne pas nous écouter. C’est le même sentiment qu’avait le prophète : « Jusques à quand, Yahvé, appellerai-je au secours sans que tu écoutes, crierai-je vers toi: « A la violence! » sans que tu sauves? » (Ha 1, 2). Il n’y a qu’une seule réponse à cette invocation angoissée, disait le pape Benoît XVI :  « Dieu ne peut pas changer les choses sans notre conversion, et notre véritable conversion commence avec le « cri » de l’âme, qui implore le pardon et le salut. »    La prière chrétienne n’est donc pas l’expression du fatalisme et de l’inertie (comme lorsqu’on dit : « on ne peut rien faire »), elle est même le contraire d’une fuite de la réalité, d’un intimisme consolateurelle est une force d’espérance, la plus haute expression de la foi dans la puissance de Dieu qui est Amour et qui ne nous abandonne pas. »  

« La force, qui en silence et sans bruit change le monde et le transforme en Royaume de Dieu, c’est la foi et l’expression de la foi, c’est la prière. Lorsque la foi se remplit d’amour pour Dieu, reconnu comme Père juste et bon, la prière se fait persévérante, insistante, elle devient un gémissement de l’esprit, un cri de l’âme qui pénètre le cœur de Dieu.  »

Cette prière persévérante est bien représentée par l’attitude de la veuve dans la parabole, c’est un courage qui insiste, une insistance qui peut devenir un peu forte et pour cette raison le juge accédera à sa demande parce qu’il peur de qu’elle finisse par lui « faire un œil au beurre noir » comme serait une traduction plus proche, car l’évangéliste utilise un terme pugilistique.

Mais, la veuve n’est pas l’unique image de notre prière persévérante. La première lecture nous présente la force de la prière de Moïse. Alors que Josué et ses hommes affrontaient les adversaires sur le champ de bataille, Moïse était sur la cime de la colline avec les mains levées, dans la position de la personne en prière. Dieu était avec son peuple, il en voulait la victoire, mais son intervention était conditionnée par les mains levées de Moïse. «Cela semble incroyable, mais c’est ainsi :  Dieu a besoin des mains levées de son serviteur ! Les bras levés de Moïse font penser à ceux de Jésus sur la croix :  les bras ouverts et cloués avec lesquels le Rédempteur a vaincu la bataille décisive contre l’ennemi infernal. Sa lutte, ses mains levées vers le Père et ouvertes sur le monde demandent d’autres bras, d’autres cœurs qui continuent à s’offrir avec son même amour, jusqu’à la fin du monde. »

Nous devons être conscients du pouvoir de la prière, comme l’étaient les saints. Notre force vient de ce dialogue et de cette amitié que nous établissons avec le Père qui nous aime. Car finalement la prière doit être un dialogue, un entretien en confiance avec Celui dont nous nous savons aimés et qui veut toujours nous faire du bien.

« Qu’elle est donc grande la puissance de la Prière ! disait sainte Thérèse de l’Enfant Jésus de façon très belle. On dirait une reine ayant à chaque instant libre accès auprès du roi et pouvant obtenir tout ce qu’elle demande.

Il n’est point nécessaire pour être exaucé de lire dans un livre une belle formule composée pour la circonstance ; s’il en était ainsi… hélas ! que je serais à plaindre !… En dehors de l’office Divin que je suis bien indigne de réciter, je n’ai pas le courage de m’astreindre à chercher dans les livres de belles prières, cela me fait mal à la tête, il y en a tant !… et puis elles sont toutes plus belles les unes que les autres… Je ne saurais les réciter toutes et ne sachant laquelle choisir, je fais comme les enfants qui ne savent pas lire, je dis tout simplement au Bon Dieu ce que je veux lui dire, sans faire de belles phrases, et toujours Il me comprend… 

Pour moi, la prière, c’est un élan du cœur, c’est un simple regard jeté vers le Ciel, c’est un cri de reconnaissance et d’amour au sein de l’épreuve comme au sein de la joie ; enfin, c’est quelque chose de grand, de surnaturel, qui me dilate l’âme et m’unit à Jésus. » (Ms C, 25rv).

Cependant, le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? » cette question posée par le Seigneur à la fin de son évangile nous fait trembler un peu, car son retour s’approche chaque jour qui passe et en effet, on se rend compte que la foi se perd dans ce monde. Mais au lieu de considérer cette question du Seigneur comme une prophétie en train de s’accomplir, nous devons penser qu’Il nous a demandé d’aller annoncer l’évangile à toute créature et que cette mission de l’Eglise n’est pas encore achevée.

Nous sommes dans le mois extraordinaire pour les missions, commençant tout d’abord pour la mission de prier pour que le Christ soit annoncé et connu, à la manière de sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, une sœur carmélite de clôture, elle avait un cœur qui dépassait les murs de son monastère ayant le désir que le Christ soit prêché et connu dans le monde entier, comme elle a écrit une fois, elle avait « le désir de L’aimer et de Le faire aimer ».

On peut se poser la question : A quoi sert de prêcher encore l’évangile ? Quelle obligation en avons-nous ?

D’abord, c’est parce que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et parviennent à la pleine connaissance de la vérité (1 Timothée 2,4). En envoyant son Fils, Jésus-Christ, le Père nous révèle sa Parole Définitive.

Et à travers son sacrifice sur la croix, le Christ nous a ouvert le chemin vers la vie éternelle et Il nous donne déjà la grâce de vivre comme enfants de Dieu dans ce monde, sa mission était de nous libérer et de nous donner la vie : « Moi, je suis venu pour que les brebis aient la vie, la vie en abondance » (Jn 10,10). 

Jésus-Christ n’enlève rien à l’homme, au contraire, seulement lui peut amener à l’accomplissement tout ce qu’il y a de vrai, de bon et beau dans chaque être humain une fois purifié du mal et du péché. Jésus ne diminue pas la liberté de l’homme, Il lui donne la vraie liberté, il nous libère de l’esclavage du mal.

Son message est transmis avec fidélité par son Eglise. Elle est envoyée à tous les peuples de tous les temps et de tous les lieux et n’est liée d’une manière exclusive et indissoluble à aucune race ou nation, à aucun genre de vie particulier, à aucune coutume ancienne ou récente.

 La Bonne Nouvelle du Christ (son Évangile) rénove constamment la vie et la culture de l’homme déchu ; elle combat et écarte les erreurs et les maux qui proviennent de la séduction permanente du péché. Elle ne cesse de purifier et d’élever la moralité des peuples. Par les richesses d’en haut, elle féconde comme de l’intérieur les qualités spirituelles et les dons propres à chaque peuple et à chaque âge, elle les fortifie, les parfait et les restaure dans le Christ.

Pour cela, il est nécessaire de faire connaître le Christ, l’évangile et l’Eglise, comme disait saint Paul dans la lettre aux romains (10,13-15) : « Quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. Or, comment l’invoquer, si on n’a pas mis sa foi en lui ? Comment mettre sa foi en lui, si on ne l’a pas entendu ? Comment entendre si personne ne proclame ? »

Et pour cela, dans la première lettre aux Corinthiens, l’apôtre concluait : « Annoncer l’Évangile, ce n’est pas là pour moi un motif de fierté, c’est une nécessité qui s’impose à moi. Malheur à moi si je n’annonçais pas l’Évangile ! »

Ayons en nous cœurs le désir de faire connaître le Christ à tous les hommes, comme l’avaient les grands saints et saintes de l’Eglise.

« Comme nous voudrions gagner tous les hommes à Jésus-Christ, sa charité ne nous permet pas de nous taire »  (Saint Augustin)

Que la Sainte Vierge Marie nous donne aussi la grâce d’une pleine confiance en son Fils.

P. Luis Martinez IVE.

 » Si tu Le comprenais, ce ne serait pas Dieu « 

Dimanche de la Sainte Trinité

L’Eglise nous invite à célébrer ce dimanche la sainte Trinité, nous célébrons donc le mystère le plus intime de Dieu.

Ce que distingue notre religion des autres c’est précisément et tout d’abord ce mystère.

Nous sommes monothéistes, c’est-à-dire que nous croyons en un seul Dieu, un Dieu unique. Mais notre Dieu est Trinité, comme nous l’enseigne le Catéchisme de l’Eglise Catholique :

« Les chrétiens sont baptisés  » au nom  » du Père et du Fils et du Saint-Esprit et non pas  » aux noms  » de ceux-ci (cf. Profession de foi du pape Vigile en 552 : DS 415) car il n’y a qu’un seul Dieu, le Père tout puissant et son Fils unique et l’Esprit Saint : la Très Sainte Trinité (C. Eg. C. 232) .

Ainsi, le mystère de la Trinité nous serait encore inconnu, si Notre Seigneur Jésus-Christ ne l’avait pas révélé dans les évangiles. C’est Jésus qui nous l’a fait connaître. Il nous a révélé que Dieu est amour « non dans l’unité d’une seule personne, mais dans la Trinité d’une seule substance » (Préface). Trois Personnes qui sont un seul Dieu parce que le Père est amour, le Fils est amour, l’Esprit est amour. Dieu est tout et uniquement amour, amour très pur, infini et éternel (Benoît XVI 07-06-2009). Il ne vit pas dans une splendide solitude, mais il est plutôt source intarissable de vie qui se donne et se transmet sans cesse. Notre Dieu est un seul Dieu, mais Il n’est pas un Dieu solitaire, Il vit dans une éternelle communion d’amour.

Mais, le mystère de Dieu nous dépasse toujours. Dieu, en se révélant, demeure mystère ineffable :  » Si tu Le comprenais, ce ne serait pas Dieu  » (S. Augustin, serm. 52, 6, 16 : PL 38, 360).

Nous savons que Dieu est une Trinité Sainte, mais comment nous unissons-nous à Lui, à Dieu ?

Cela se fait essentiellement à travers trois vertus, appelées les vertus théologales (Theos, du grec : Dieu).     

Vertu vient du latin, « virtus » et signifie « force », c’est dire que la vertu est une force pour réaliser une œuvre.

Les vertus théologales se réfèrent directement à Dieu. Elles disposent les chrétiens à vivre en relation avec la Sainte Trinité. Elles ont Dieu Un et Trine pour origine, pour motif et pour objet, et nous ordonnent donc à Dieu.

Les vertus théologales sont trois :  la foi, l’espérance et la charité.  

Pourquoi avons-nous besoin de ces trois vertus ? Comme réponse nous disons que toute vertu (comme une force) aide l’homme à faire des actes qui le conduisent vers la béatitude. Or il y a pour l’homme une double béatitude ou félicité. L’une est proportionnée à la nature humaine, c’est-à-dire que l’homme peut y parvenir par les principes mêmes de sa nature. L’autre est une béatitude qui dépasse la nature de l’homme (c’est la contemplation de Dieu au Ciel); il ne peut y parvenir que par une force divine, moyennant une certaine participation de la divinité, comme le dit S. Pierre dans sa deuxième lettre (1,4), :par le Christ nous avons été faits « participants de la nature divine ». Il faut donc que Dieu surajoute à l’homme des principes par lesquels il soit ordonné à la béatitude surnaturelle. Ces principes surajoutés sont appelés vertus théologales, d’abord parce qu’elles ont Dieu pour objet en ce sens que nous sommes grâce à elles bien ordonnés à Lui, et aussi parce qu’elles sont infusées en nous par Lui seul, et enfin parce qu’elles sont portées à notre connaissance uniquement par la révélation divine dans la Sainte Écriture (c’est Dieu qui les a fait connaître) (Somme Théologique, I-II, q. 62, a. 1 corpus).

Les vertus théologales, la foi, l’espérance et la charité, doivent être au centre de notre vie. Car, être chrétien est avant tout croire en Dieu, espérer tout de Lui et L’aimer et aimer le prochain avec tout notre cœur. Tous les aspects de la vie chrétienne (la prière, les sacrements, les autres grâces que nous recevons de Dieu) ne poursuivent aucun autre but que nous faire grandir dans la foi, l’espérance et la charité. C’est pour cette raison que l’apôtre saint Paul comparait ces trois vertus à des armes que possède tout chrétien pour combattre le bon combat de sa sanctification : « soyons vigilants et restons sobres ; mettons la cuirasse de la foi et de l’amour et le casque de l’espérance du salut » 1 Thes. 5,8.

Vertu de la Charité

Les vertus théologales ont comme finalité de rétablir notre nature blessée par le péché originel en s’opposant aux mauvais penchants de notre nature à cause du péché. Et de permettre en même temps, que le chrétien soit fort pour continuer son chemin vers le salut.

Quand reçoit-on ces vertus ? Elles sont des dons que Dieu nous donne lors de notre baptême, elles sont en germe à ce moment et vont s’accroître tout au long de notre vie à travers la réception des sacrements, la connaissance de notre religion et l’accomplissement de bonnes œuvres.

Elles diminuent, par contre, et risquent de disparaître à cause du péché véniel. Quand au péché mortel, il détruit la charité dans notre âme et laisse la foi et l’espérance sans la possibilité d’être vivifiées par l’amour, disons en état informe, sans y adjoindre la forme de la charité.

Nous devons dire aussi que ces trois vertus sont toujours ensemble dans l’âme en grâce et grandissent et diminuent ensemble; en effet, si l’on fait du mal à quelqu’un ou bien si on le hait, non seulement on blesse la charité envers le prochain, on blesse la charité envers Dieu , la foi et l’espérance, car la vie de l’âme est un organisme étroitement uni.

Contrairement à ce que beaucoup de chrétiens pensent, ces trois vertus sont éminemment pratiques, les possède seulement celui qui les vit. Et pour cette raison nous pouvons trouver beaucoup de savants en théologie ou des religieux « de profession » à qui manquent de ces vertus, comme cela se produit aussi avec les chrétiens d’étiquette, ceux qui se confessent chrétiens mais qui ne vivent pas comme tels. 

Voyons maintenant comment elles sont pratiques dans nos vies.

Vertu de la Foi

D’abord, la foi. Elle est une lumière divine par laquelle nous sommes capables de reconnaître Dieu, de voir Sa main dans les évènements de nos vies (Providence) et de voir toutes les choses comme Lui-même les voit, c’est-à-dire comprendre les choses de Dieu.

La foi est une rencontre avec Dieu, une véritable adhésion à Lui, elle est vitale, doit changer notre vie et se montre dans notre façon de vivre, « le juste dit la bible, vit de la foi ». La foi n’est pas un sentiment, mais une connaissance intime de Dieu et pour cela, la foi peut se montrer de manière admirable dans les moments d’épreuves, dans les douleurs, la souffrance.

Il faut aussi savoir que la foi est objective, cela veut dire que nous devons croire en Dieu non pas comme nous le voudrions, c’est-à-dire selon notre plaisir ou notre goût personnel, mais comme Il a voulu se révéler par Sa Parole, la Parole de Dieu que nous avons reçue par l’Eglise. Et les dogmes et les lois de l’Eglise nous aident, nous illuminent et nous rendent plus sûrs le chemin de notre foi.

Maintenant l’Espérance : à travers cette vertu nous désirons Dieu comme notre bien suprême et cherchons à atteindre la vie bienheureuse, en nous donnant les moyens appropriés pour cette fin.

Vertu de l’Espérance

Que fait-elle, quels sont ses effets dans notre âme ?  Elle oriente notre pensée au Ciel et nous pousse à désirer la possession de Dieu, nous détachant des choses de ce monde. Elle rend efficaces nos pétitions et nous donne la persévérance et le courage pour continuer la lutte en vue de notre sanctification. L’espérance nous stimule pour faire connaître Dieu aux autres, pour que tous arrivent à la possession de Dieu. 

Et finalement la charité. Elle est la vertu par laquelle nous pouvons aimer Dieu et nos frères et sœurs pour Dieu. Par la charité et dans la charité, Dieu nous fait participer de sa nature qui est l’Amour.

Voyons comment cet amour qui nous unit à Dieu doit aussi se répandre sur tous les hommes.

L’amour est sincère et pur, n’est pas en apparence. Jésus regardait le cœur des gens, et pour cela Il bénissait la pécheresse repentie mais condamnait l’hypocrisie des pharisiens.

L’amour se donne, est un don. Et cela nous pousse à regarder les besoins des autres. Comme Jésus qui guérissait les corps et les âmes.

L’amour est miséricorde et pardon, c’est l’expression la plus belle de l’amour de Dieu, c’est la meilleure façon de savoir que Dieu habite en nos cœurs, si vraiment nous avons des sentiments de pardon et de miséricorde envers ceux qui nous font du mal, ou nous déplaisent.

L’amour est universel, il se dirige vers tous, Dieu aime tous mais Il déteste le mal qui habite dans le cœur des hommes ; nous devons chercher à aimer de la même façon. Mais l’amour de Dieu est aussi « délicat », dans le sens qu’Il sait de quoi nous avons besoin et se manifeste parfois dans les petits gestes . Notre amour doit donc revêtir ces mêmes caractéristiques.

Demandons, en ce jour, la grâce d’avoir toujours en nous cette intime amitié avec Dieu, de vivre profondément ces trois vertus théologales et de grandir toujours en elles.

P. Luis Martinez IVE.