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Les apparitions de la Vierge Marie : Le M de Marie en France

Nous remercions Mme Laetitia Vouillot pour sa collaboration à cet article, que nous avons légèrement modifié.

Le « M » de Marie en France désigne, pour certains catholiques, une chaîne de cinq grands lieux de pèlerinage marial en France, des sanctuaires établis suite à cinq apparitions mariales survenues en moins de cinquante ans, entre 1830 et 1876. Se fondant uniquement sur ce critère temporel et géographique, certains chrétiens y ont vu un signe et ont créé un « itinéraire de pèlerinage » original, qui a gagné en popularité et s’est largement répandu ces dernières années.

Le XIXe siècle a été marqué par une série d’apparitions mariales à travers le monde, dont beaucoup en Europe. Sur les quinze apparitions plus ou moins reconnues par l’Église catholique entre 1830 et 1833, cinq ont eu lieu en France entre 1830 et 1876, sur une période de quarante-six ans. De ces cinq apparitions, trois ont été officiellement reconnues comme « authentiques » par l’Église catholique (La Salette, Lourdes et Pontmain). Deux autres n’ont pas été « officiellement reconnues », mais font l’objet d’une dévotion religieuse largement soutenue et encouragée par l’Église (rue du Bac à Paris, avec la Médaille Miraculeuse, et Pellevoisin, avec le Scapulaire du Sacré-Cœur).

Il convient de noter que d’autres apparitions mariales, officiellement reconnues (comme Notre-Dame de Laus) ou ayant suscité une dévotion très développée (comme Cotignac), ont eu lieu aux siècles précédents.

Du 1er juin au 12 septembre 2020, l’association M de Marie a organisé un grand pèlerinage suivant le tracé du « M » à travers la France, dans une vibrante manifestation de piété populaire. Au départ de Lourdes et de La Salette, deux chars mariaux ont attiré des foules de pèlerins et touché le cœur d’innombrables Français rencontrés en chemin. L’association M de Marie souhaite développer un nouvel itinéraire de pèlerinage sur le modèle du Chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Pour baliser le parcours et lui donner une identité visuelle, 180 oratoires dédiés à Notre-Dame de France sont construits tous les 10 kilomètres. Installés le long du chemin, sur des terrains privés ou paroissiaux, en étroite collaboration avec les paroisses, ils deviendront des lieux de halte pour les pèlerins.

I. LES CINQ APPARITIONS DE MARIE

En 1830, au couvent de la rue du Bac à Paris, Marie apparut à sainte Catherine Labouré et lui remit une médaille qui deviendrait la « Médaille miraculeuse ». Au revers de cette médaille figure un M, pour Marie. En 1846, 1858, 1871 et 1876, Marie apparut quatre autres fois en France. Cinq apparitions en moins de cinquante ans ! L’apparition de la Vierge Marie en des lieux et à des dates si rapprochées est un événement unique dans l’histoire !

Réunis, ces lieux d’apparition forment un « M » saisissant au-dessus de la France, symbole que l’on retrouve également au revers de la Médaille miraculeuse de 1830. Avec ces cinq principales apparitions du XIXe siècle, qui dessinent un grand « M » à travers le territoire français, Elle vient reconquérir son Royaume et annoncer sa plus grande victoire dans les cœus – non sans lutte – pour ramener la France et le monde à Dieu.

  1. Apparition de la Médaille Miraculeuse

De juillet à décembre 1830, au couvent parisien des Filles de la Charité, situé rue du Bac, sœur Catherine, jeune novice, reçut l’immense grâce de s’entretenir trois fois avec la Vierge Marie.

Le 18 juillet 1830, à la veille de la fête de saint Vincent de Paul, auquel elle vouait une profonde dévotion, Catherine se tourna vers celle dont elle avait vu le cœur débordant d’amour, afin que son grand désir de voir la Sainte Vierge soit enfin exaucé. À onze heures et demie du soir, elle entendit son nom. Un enfant mystérieux se tenait là, au pied de son lit, et l’invita à se lever : « La Sainte Vierge t’attend. » Catherine s’habilla et suivit l’enfant, « qui portait partout des rayons de lumière ».

Arrivée à la chapelle, Catherine s’arrêta près du siège du prêtre, situé dans la tribune, sous le tableau de sainte Anne (emplacement actuel de la statue de saint Joseph). Elle entendit alors « un bruissement semblable à celui d’une robe de soie ». Son petit guide dit : « Voici la Vierge Marie. » Elle eut du mal à le croire. Mais l’enfant répéta d’une voix plus forte : « Voici la Vierge Marie. »

Catherine se jeta aux pieds de la Vierge Marie, assise sur une chaise, et posa les mains sur les genoux de la Mère de Dieu. « J’y ai passé un moment, le plus doux de ma vie. Il m’est impossible d’exprimer ce que j’ai ressenti. La Vierge Marie m’a dit comment me comporter avec mon confesseur et bien d’autres choses encore. »

La Vierge Marie désigne l’autel où se trouve le tabernacle et dit : « Venez au pied de cet autel. Là, les grâces seront répandues sur tous. »

2. Apparition de La Salette (1846) : La Vierge Marie lance un appel solennel au monde entier.

« J’adresse un appel urgent au monde : j’appelle les vrais disciples du Dieu vivant qui règne au ciel ; j’appelle les vrais imitateurs du Christ incarné, l’unique et véritable Sauveur du monde ; j’appelle mes enfants, mes fidèles, ceux qui se sont confiés à moi afin que je les conduise à mon divin Fils, ceux que je porte, pour ainsi dire, dans mes bras, ceux qui ont vécu par mon Esprit ; enfin, j’appelle les apôtres des derniers jours, les fidèles disciples de Jésus-Christ qui ont vécu en méprisant le monde et eux-mêmes, dans la pauvreté et l’humilité, dans le dédain et le silence, dans la prière et la mortification, dans la chasteté et l’union à Dieu, dans la souffrance et l’inconnu du monde. Il est temps pour eux de se manifester et d’illuminer la terre. Allez et montrez que vous êtes mes enfants bien-aimés ; je suis avec vous. »

Le 19 septembre 1846, dans la prairie verdoyante sur la colline dominant le village de La Salette en Isère, deux jeunes bergers, Maximin Giraud et Mélanie Calvat, affirmèrent avoir vu une « belle dame » en pleurs, enveloppée de lumière. Elle leur confia un message de conversion pour « tout son peuple ». Maximin Giraud avait 11 ans et Mélanie Calvat 14.

D’abord assise et en pleurs, la « belle dame » se leva et leur parla longuement, en français et en dialecte, de « son Fils », citant des exemples de la vie quotidienne. Elle leur laissa un message et leur demanda de « bien le transmettre à tout son peuple ». Toute la lumière qui l’entourait, ainsi que les trois enfants, provenait d’un grand crucifix qu’elle portait sur sa poitrine, entouré d’un marteau et de pinces. Elle portait une lourde chaîne sur les épaules et des roses gisaient à ses côtés. Sa tête, sa taille et ses pieds étaient ceints de roses. Puis, la « Belle Dame » gravit une colline escarpée et disparut dans la lumière.

La Vierge Marie exhorte son peuple à la repentance, déclarant que s’il ne se soumet pas, elle sera contrainte de déchaîner la puissance de son Fils, porteur de châtiments à venir. Elle souligne que les péchés, tels que la profanation du dimanche, le blasphème et le profanation du nom de son Fils, sont sources de malheur. Elle prédit une grande famine, avertissant que les récoltes seront mauvaises à cause des péchés de l’humanité.

3. Apparition à Lourdes (1858)

La Vierge Marie est apparue 18 fois à Bernadette Soubirous, une jeune fille de 14 ans, pour lui délivrer plusieurs messages :

  • Marie demande à plusieurs reprises à Bernadette de prier pour les pécheurs et exhorte chacun à la conversion personnelle. Elle insiste sur l’importance de la prière et de la pénitence.
  • Construction d’une chapelle : Le 2 mars 1858, lors de la treizième apparition, Marie demande : « Va dire aux prêtres de construire une chapelle ici et de venir en procession.»
  • L’Immaculée Conception : Le 25 mars 1858, lors de la seizième apparition, la Vierge révèle son identité à Bernadette en disant : « Que soy era immaculada concepciou », ce qui signifie « Je suis l’Immaculée Conception ». Cette déclaration confirme le dogme de l’Immaculée Conception proclamé par l’Église catholique en 1854.
  • Tout au long des apparitions, Bernadette est encouragée à faire preuve d’humilité et de foi.
  • L’eau de source : Lors de la neuvième apparition, la Vierge Marie demande à Bernadette de boire et de se laver à la source qui jaillit de la grotte de Massabielle, en signe d’humilité et de purification.

Le 25 mars 1858, jour de la seizième apparition, Bernadette demanda à « la Dame » de lui révéler son nom. « La Dame » répondit en dialecte : « Que soy era Immaculada Councepciou », ce qui signifie « Je suis l’Immaculée Conception ». L’Immaculée Conception est « Marie conçue sans péché, par les mérites de la Croix du Christ » (définition du dogme promulgué en 1854). Bernadette se rendit aussitôt chez le curé pour lui faire part du nom de « la Dame ». Il comprit qu’il s’agissait de la Mère de Dieu apparue dans la grotte. Plus tard, l’évêque de Tarbes, Monseigneur Laurence, authentifiera cette révélation.

4. Apparition à Pontmain (1872)

Pontmain, en Mayenne, 1872 : la France est en guerre, Paris est assiégée et les troupes prussiennes avancent vers Laval, près de Pontmain. Le village, qui compte moins de cent habitants, est profondément catholique. Les fidèles prient avec ferveur, mais ils se sentent découragés et se demandent si Dieu les entend.

En fin d’après-midi, Eugène (12 ans) et Joseph (10 ans) aperçoivent une « belle dame » vêtue d’une robe bleue parsemée d’étoiles, qui leur sourit et leur ouvre les bras. D’autres enfants, comme Françoise Richer et Jeanne-Marie Lebossé, se joignent bientôt aux témoins. La Vierge est décrite comme portant une robe bleue, un voile noir, une couronne d’or, et entourée d’un ovale bleu avec quatre bougies éteintes.

Les fidèles organisent spontanément une veillée de prière. Pendant la prière, une bannière apparaît dans le ciel avec l’inscription : « Mais priez, mes enfants, Dieu vous entendra bientôt. Mon Fils est touché par la compassion. » Les enfants expriment leur émerveillement devant la beauté de « la Dame ». Après un moment de prière, une grande croix rouge apparaît avec un Christ ensanglanté. La Vierge montre le crucifix aux enfants, manifestant une profonde tristesse. L’apparition dure environ trois heures, laissant les enfants et les villageois dans une grande paix. Quelques jours plus tard, les soldats prussiens renoncèrent à envahir Laval et la guerre prit fin.

5. Apparition à Pellevoisin (1876)

Entre le 14 février et le 8 décembre 1876, Marie apparut à la jeune Estelle Faguette, gravement malade. Elle était mourante et son linceul était déjà préparé.

Le message est centré sur l’Amour du Sacré-Cœur et la Gloire de Marie. Lors de la troisième apparition, Marie se présente comme « la Toute-Miséricordieuse ». Lors de la septième apparition, elle déclare : « Je suis venue spécialement pour la conversion des pécheurs. »

Marie invite Estelle à prier pour l’Église et pour la France, disant : « Je prie non seulement pour toi [pour la paix], mais aussi pour l’Église et pour la France. » Marie exprime sa tristesse face à l’indifférence de la France : « Que n’ai-je pas fait pour elle ! Tant d’avertissements, et pourtant elle refuse toujours d’écouter ! » Lors de la neuvième apparition, Marie montre à Estelle le scapulaire du Sacré-Cœur et dit : « Vois les grâces que j’accorde à ceux qui le portent avec confiance. » Le 8 décembre 1876, Marie rassura Estelle en lui disant : « Je serai invisiblement près de toi. »

II. LE CONTEXTE HISTORIQUE : LA FRANCE AU XIXE SIÈCLE

Il est difficile de considérer ces apparitions mariales comme une simple coïncidence quand on observe comment la France s’est placée à l’avant-garde des changements de cette période, portée par un dynamisme révolutionnaire. Le XIXe siècle a accumulé les éléments qui allaient servir à construire le cadre de notre époque et en définir les contours. Ce siècle a façonné notre modernité. La société a alors connu des transformations dans presque tous les domaines, notamment politique, social et spirituel, s’ouvrant à tous les idéaux utopiques et plaçant ses espoirs dans des idées nouvelles, ce qui l’a conduite à se séparer de l’Église.

Situation politique

a) La Monarchie de Juillet en 1831 : Sous le règne de Louis-Philippe, qui accéda au trône après la Révolution de Juillet, le catholicisme cessa d’être la religion d’État.

b) La Commune de Paris : En mars 1871, la Commune de Paris (système révolutionnaire d’organisation politique) succède à la révolution de 1848. Malgré sa courte existence, elle proclame la séparation de l’Église et de l’État, ouvrant la voie à la loi de 1905.

c) Le positivisme : Au XIXe siècle, l’idée que la science est l’architecte du bonheur humain, la garantie d’un progrès illimité et l’assurance d’une avancée inexorable vers un monde meilleur atteint son apogée. Face à ces perspectives radieuses, la vérité est recherchée dans le monde physique, dans l’univers concret. Un modèle explicatif alternatif du monde, différent de celui transmis par les religions, est recherché. C’est dans ce contexte que naît le positivisme.

d) Le romantisme : La littérature est particulièrement influencée par le romantisme, un mouvement européen qui tend à réhabiliter l’individu et ses passions, tout en cherchant à s’affranchir de la rigidité des règles classiques. La religion chrétienne est considérée comme obsolète et est confondue avec le mépris de la monarchie renversée.

On en trouve un exemple dans *Les Trois Villes* d’Émile Zola : son héros, l’abbé Pierre Froment, sert de fil conducteur aux trois romans, *Lourdes*, *Rome* et *Paris*, dans lesquels Zola interroge la place de la religion dans la société moderne. Son rejet d’une Église qu’il juge obsolète est particulièrement manifeste. La foi est présentée comme un simple déséquilibre de la raison, auquel succombent en premier lieu les esprits faibles.

Ces trois livres, bien que n’étant pas parmi les plus lus de l’auteur, n’en demeurent pas moins emblématiques des idées de l’époque.

e) Occultisme : Ceux qui n’ont pas encore rejeté tout sentiment religieux se tourneront vers de nouvelles spiritualités et seront fascinés par l’occultisme.

f) Athéisme : L’athéisme est l’une des caractéristiques les plus marquantes de cette époque et trouve sa légitimité dans le marxisme. Pour lui, la religion n’est rien de plus qu’une construction destinée à créer les conditions socio-économiques qui permettent l’aliénation de l’homme, le poussant à croire en une vie après la mort illusoire. Par conséquent, la religion est néfaste et doit être combattue.

g) L’Église : L’Église apparaît comme une forteresse assiégée. On l’accuse de stagnation intellectuelle et d’obscurantisme. Elle est dépeinte comme une force réactionnaire s’opposant à l’avancée irrésistible du progrès. Plus que jamais, elle souhaite montrer la voie à suivre et dénoncer les impasses des raisonnements erronés. Ainsi, ce siècle verra naître le Syllabus des erreurs du pape Pie IX (1864), la proclamation de l’infaillibilité pontificale et le dogme de l’Immaculée Conception.

L’Église adopte initialement une position intransigeante de rejet envers le monde moderne. En 1854, Pie IX promulgue le dogme de l’Immaculée Conception de Marie par la bulle Ineffabilis Deus. Alors que le siècle s’efforce de répandre ses idéaux égalitaires, l’Église proclame qu’une créature est supérieure à toutes les autres ! Pie IX publie sa première encyclique, Qui pluribus, dans laquelle il dénonce le libéralisme religieux : « ce système effroyable d’indifférence qui abolit toute distinction entre vertu et vice, vérité et erreur ».

Et en 1864 paraît le Syllabus des erreurs. Ce document recense les « erreurs » de la pensée moderne : l’indifférence religieuse, le principe de séparation de l’Église et de l’État, le naturalisme, le rationalisme, le socialisme, le communisme, le nationalisme, l’autonomie morale, etc. C’est la condamnation de ce siècle.

Signification des Apparitions

De même que le XIXe siècle a posé les fondements du modernisme et de la société contemporaine, les apparitions de la Vierge Marie durant ce siècle nous mettent en garde contre ses excès et ses erreurs. Les « apparitions de Marie » sont des signes de l’amour de Marie pour la France et pour le monde. Durant cette période bénie, Marie a transmis son message aux voyants, message dont plusieurs points reviennent régulièrement :

– Marie brûle d’un grand amour pour l’humanité.

– Marie est celle qui intercède auprès de son Fils Jésus.

– Il est nécessaire de se convertir et de revenir à Dieu par la prière, la sanctification du dimanche et la messe.

– Nous devons prier pour que Dieu délivre les nations des malheurs qui les menacent.

– Nous devons prier Marie pour lui demander sa grâce et sa protection.

Dieu a choisi des âmes simples. À travers elles, Marie nous révèle les nouveaux défis de l’histoire et leur signification profonde. Suivre les chemins de Marie, en France et ailleurs, c’est précisément apprendre à lâcher prise et à faire confiance à Dieu.

Comme l’enseignait saint Louis-Marie Grignion de Montfort, « le chemin le plus court vers Jésus passe par Marie ». Ainsi, entreprendre un pèlerinage vers un sanctuaire marial, c’est prendre un raccourci vers le Christ, en passant par celle qui nous y conduit avec amour et bienveillance.

Laetitia Vouillot

(Article traduit de l’espagnol du site ” Voz Catolica“)

Que faut-il faire pour ne pas avoir de vocations ? “Anti-homélie”

“Anti-homélie” prononcée par le P. Carlos Miguel Buela, le dimanche IV de Pâques, dans le Séminaire « Marie, Mère du Verbe Incarné » (1999).

Aujourd’hui, je veux faire un sermon dangereux. À proprement parler, c’est un anti-sermon, car mon but est d’inciter ceux qui m’écoutent à ne JAMAIS FAIRE ce que je vais dire. D’ailleurs, comme ce sont des temps de dangers et de pièges, pour que je ne sois pas mal compris, et pour ne pas heurter les soupçons, je déclare d’emblée que je ne m’adresse qu’à vous (ceux qui étaient présents ce jour-là) , je ne cherche à accuser personne, ni à faire référence à d’autres institutions, ni a les critiquer. Il est tout à fait approprié que je prononce cette phrase clichée : « toute ressemblance avec la réalité est purement fortuite ».

Mais plus encore. Pour éviter tout malentendu et éviter des effets indésirables et involontaires, je vais m’adresser uniquement au Recteur de notre grand séminaire « Marie, Mère du Verbe Incarné ».

Aujourd’hui, le 4ème Dimanche de Pâques, dimanche du Bon Pasteur, toute l’Église prie pour les vocations. En ce jour, je veux vous dire ce qu’il faut faire, à mon avis, pour ne pas avoir de vocations, c’est-à-dire que je vais vous dire CE QU’IL NE FAUT PAS FAIRE.

A propos du recrutement vocationnel :

Puisque « la vie engendre la vie »[1], la manière la plus efficace d’empêcher l’éveil des vocations de spéciale consécration est de former des communautés sans vie, sans aucun enthousiasme, ce qui se réalise avec une pastorale de simple entretien, qui est la même que la pastorale de “ne pas faire de vagues“. Sans incisivité, sans actualité, sans contact avec les êtres concrets de chair et de sang, de cette époque. Bref, une pastorale nominaliste, de bureau, une pastorale d’attente et non de proposition, une pastorale superficielle qui ne va pas en profondeur, une pastorale qui n’excite pas.

Pour cela, le prêtre ne doit pas être père, il ne doit pas être frère, ni ami, ni pasteur. Ainsi il ne transmettra ni la vie, ni la fraternité, ni l’amour de l’amitié, et il ne donnera pas non plus sa vie pour qui que ce soit. Ce qui s’obtient en n’ayant ni une foi vivante, ni une espérance invincible, ni une charité ardente. C’est ainsi qu’on vivra dans un christianisme triste, sans grands idéaux, bourgeois, formaliste, extérieur. Pas de fruits notables.

Aide beaucoup à effrayer les vocations le fait de présenter les difficultés du ministère sacerdotal et de la vie religieuse comme insurmontables, sans croire que la grâce de Dieu puisse surmonter toutes les difficultés. Beaucoup aide aussi le fait de donner l’impression qu’il faut en être digne pour pouvoir penser à une éventuelle vocation (comme s’il y avait quelqu’un vraiment digne !).

Sur la nature de la vocation :

Ne croyez pas que les vocations consacrées soient l’œuvre de Dieu, mais plutôt l’œuvre des hommes, une simple œuvre humaine. C’est le point crucial. De cette façon, prier pour que Dieu envoie des vocations ne sera pas la chose la plus importante. Tout au plus, certains prieront comme les Messaliens sans fournir de moyens efficaces pour réaliser ce qu’ils demandent. La propagande publicitaire sera privilégiée, même avec beaucoup de mauvais goût, certaines inintelligentes, d’autres ridicules, d’autres irrévérencieuses, d’autres irréalistes, d’autres hilarantes. Je vous propose quelques exemples que vous pouvez prendre en compte :

a) Peut-être pourriez-vous éditer une annonce professionnelle accompagnée de vignettes avec un message « subliminal » comme celui-ci : « Si tu ne sais pas parler (figure d’un bègue) ; si tu penses être jeune (dessin d’un bébé) ; si tu te sens incapable (dessin d’un enfant qui ne sait pas construire une tour avec ses cubes) ; si tu te sens faible (dessin d’un faible allongé sur le sol) ; lié; confus; sans importance (dessin d’une personne cachée dans une poubelle) ; MAIS ! si tu es à la recherche, si tu te soucies des autres et si tu veux donner le plus beau que tu as, VIENS ME SUIVRE ! Signé : Jésus. PENSE-Y! STOP”;

b)  Ou peut-être, pour un meilleur « marketing », vous pouvez essayer cette publicité professionnelle en provenance des États-Unis : «WE’RE LOOKING FOR A FEW STRONG MEN!» (“NOUS RECHERCHONS DES HOMMES FORTS!”). Il y a une photo d’un prêtre portant un jean bleu, avec une casquette rouge, une chemise à carreaux sur une chemise cléricale noire avec un col romain – une condition nécessaire, malgré le ridicule, pour identifier le personnage comme prêtre –, avec ses pieds trempés dans l’eau, ce qui signifie probablement sa fatigue après une longue marche avec ses jeunes campeurs, qui l’assiègent d’en haut, sur le côté… l’un avec un sac à dos, un autre avec une canne à pêche, un autre jouant avec un serpent… Et le prêtre regardant vers le haut, résigné, comme s’il disait : “ce que je dois endurer !”;

c) Ou peut-être avec cet autre : « DIEU AU TÉLÉPHONE ». « Qu’arrive-t-il à ton numéro lorsque Dieu t’appelle ? “OCCUPÉ”. « Plus tard, Seigneur… Je suis occupé maintenant. Quand je finirai. Peut-être demain ». “SANS TIMBRE”. Hors de portée. Débranché. Apathique. Froid. Manque d’éclat “ERREUR”. « Non… Ce n’est pas moi… – mauvais numéro. N’insiste pas. Veuillez raccrocher ». “ON NE RÉPOND PAS”. Sonnerie insistante. Silence. Égoïsme. Surdité pour Dieu. Rejet. “ON A RACCROCHÉ” Non! Coupure avec Dieu. Peine d’amour. Dialogue interrompu. Au lieu de cela, quand Il vous parle, pour quelque raison que ce soit, répondez : « Bonjour… oui, c’est moi. Je t’écoute. Je suis ici. Parle Seigneur. Oui… Oui… comme tu veux, qu’il en soit ainsi, avec plaisir. Pour Toi, mon Dieu, pour ma maison, pour mon pays, pour le monde. À plus tard, Seigneur” ;

d) D’autres publicités présentent des religieux habillés correctement avec leurs habits cléricaux respectifs (soutane, bavoir, crucifix, ou chapelet avec les quinze mystères…), alors qu’en réalité ce sont certains anciens de ces congrégations les seuls à porter encore l’habit propre qu’ils attirent ainsi l’attention et son utilisation parmi les fidèles est si agréable, mais le même habit à été abandonné par les plus jeunes, qui ont préféré une petite croix sur le costume, tout au plus…!;

e) Une autre : “Plus de vie que vous n’auriez jamais imaginé…”. Ci-dessous, une photo vraiment inimaginable de quatre religieuses âgées : l’une jouant du cornet, une autre du violon, une autre de la guitare, une autre de la mandoline. Ensuite, l’invitation : Is God inviting you to consider the … life?» (« Dieu vous invite-t-il à considérer la vie… ? ») ;

f) Et enfin, bien qu’il existe de nombreux autres exemples, un dessin d’un bodybuilder qui pourrait être Silvester Stallone ou un Arnold Schwarzenegger soulevant une barre avec des poids énormes aux extrémités avec les bras tendus et tendus au-dessus de la tête, avec l’inscription suivante : « L’Église a besoin de personnes courageuses et déterminées. Pensez-vous que Christ a dit ces paroles aux personnes faibles ? « Le Royaume de Dieu s’atteint par la force et seuls les forts y entrent. » SI VOUS VOULEZ ACCEPTER LE DÉFI QUE LE CHRIST VOUS PROPOSE, ÉCRIVEZ-NOUS OU VENEZ À:…».

La simple propagande extérieure ne sert pas à grand-chose  pour éveiller les vocations…

Si la vocation n’est pas d’abord l’œuvre de Dieu, il ne faut pas chercher des disciples exclusivement de Jésus-Christ, mais plutôt des disciples de soi-même. Prétendre qu’ils suivent une simple personne humaine est la meilleure disposition pour que personne ne nous suive. Seule la suite exclusive de Jésus-Christ permet à l’homme, homme et femme, de se décider et de persévérer dans une vocation qui dépasse les forces humaines.

Pour ne pas avoir de vocations, on doit présenter la vie sacerdotale et religieuse en rose. Toute consolation et résurrection. Toute joie et compréhension. Tout succès, prospérité et facilité. Ne dites jamais que c’est une croix, puis une croix, et enfin une croix, et toujours une croix ; et que nous devons être prêts à nous crucifier avec Christ, jour après jour, minute après minute. Et qu’il y a beaucoup de quoi s’affliger, peiner et pleurer parce que les prêtres sont « les yeux de l’Église, dont la tâche est de pleurer tous les maux qui frappent le corps »[2].

Pour ne pas avoir de vocation, on doit contraindre les candidats en cherchant indûment à les convaincre qu’ils ont une vocation (même lorsqu’on constate qu’ils ne sont pas aptes). C’est-à-dire avoir un intérêt pour le candidat que l’on constate ne pas être celui de Dieu (car s’il n’a pas l’idonéité, c’est parce que Dieu ne la lui a pas donnée). Et avec caprice, méfiance et subtilité, on ne lui conseille pas fortement de ne pas entrer ou bien sortir du Séminaire le plus tôt possible. Ceux qui n’ont manifestement pas de vocation seront l’occasion pour que beaucoup d’autres la perdent. Et les supérieurs qui ne veillent pas de façon responsable à ce que seuls ceux qui ont une vocation avérée restent, finiront par perdre aussi la confiance des bons dans leur capacité à discerner les vocations, et deviendront aussi une occasion pour des autres de la perdre. Rien, peut-être, ne fait perdre plus de vocations dans les séminaires que des supérieurs lorsqu’ils deviennent des « chiens muets »[3].

Mais, à vrai dire, la coutume la plus répandue est celle de retarder l’entrée, précisément parce que l’on ne croit pas ou l’on doute que c’est Dieu qui appelle. Quand Dieu appelle, il faut une réponse à la manière des Apôtres : Ils quittèrent aussitôt leurs filets et le suivirent (Mt 4,20), et de Saint Paul : …immédiatement, sans demander conseil à la chair ni au sang… ( Gal 1,16). Lorsque les vocations sont destinées à mûrir dans le monde, le monde les avale généralement.

Il y en a même qui disent directement qu’un candidat n’a pas de vocation, non pas parce qu’ils ont vérifié qu’il n’y a pas d’aptitude, mais pour d’autres raisons subjectives. Parce qu’il leur semble, par intuition, parce qu’ils ne sympathisent pas avec le candidat, ou parce qu’ils croient avoir le don « de connaître les cœurs ». S’ils sont jeunes parce qu’ils sont jeunes ; s’ils sont plus âgés parce qu’ils sont très vieux. On connaît le cas d’un jeune prêtre, Jean Luc :

– « Vous pensez avoir une vocation parce que votre frère est prêtre », lui dit un évêque ;

– « Mais je suis entré le premier au Séminaire » ;

– «?!… Soyez un bon laïc».

Il est actuellement le premier prêtre incardiné dans un pays d’Asie centrale.

À propos de la pastorale des vocations :

Continuez à faire ce genre de recrutement ou de prélèvement massif, sans discernement, c’est-à-dire sans faire de sélection. Ou pire encore, avoir un discernement strabique, c’est-à-dire faire une sélection, mais à l’inverse, rejeter les bons et accepter ceux qui n’ont pas de conditions. Certains fixent des limites artificielles, comme l’âge, la profession, les antécédents… et multiplient, sans rime ni raison, les règles d’admission, créant ainsi des obstacles de fait insurmontables. Par exemple:

– «NN. dit qu’il n’est pas nécessaire d’ordonner avant que le candidat ait 28 ans (le Code de droit canonique n’exige que 25 ans), mais je pense qu’il devrait être exigé d’avoir 30 ans car ce n’est qu’alors qu’un candidat peut être considéré comme mûr, et on peut attendre plus longtemps dans sa persévérance.

– « Proposez-vous de faire ce que font les Jésuites ? ».

– «C’est vrai, mec! Quelle formation ils ont!»,

– « Mais, sous le mandat général du Père Arrupe, plus de 12 000 jésuites ont quitté le ministère, tous avaient été ordonnés à l’âge de 30 ans !

– «?!».

Par exemple, certains disent que si un membre de la famille est déjà entré, il ne faut pas en laisser un autre entrer car il est influencé par le premier. Ils ne permettent pas aux cousins ​​germains d’entrer, donc les Apôtres Jacques et Jean, cousins ​​germains du Seigneur, n’avaient pas de vocation apostolique ; ni s’ils sont frères, donc Pierre et André, Jacques et Jean n’avaient pas de vocation apostolique ; d’autres n’acceptent pas les enfants uniques, donc si notre Seigneur demandait aujourd’hui d’entrer dans un séminaire, Il n’y serait pas admis.

Ou de dire sans ambages : « Il n’y aura pas ici de vocations avant trois générations » (Dieu merci, notre Seigneur n’a pas pensé ainsi, ni les Apôtres ; il faudrait encore fonder l’Église).

Ne dites jamais – « ceux de cette Congrégation sont mauvais », parce que vous leur donneriez de la publicité gratuite et qu’ils auront beaucoup de vocations, et alors vous devriez inventer des excuses pour justifier votre stérilité, et diriez : « ils ont une ambiance chaleureuse »…, « ils les attirent avec la musique et le sport…”, “maintenant ils ont l’air bien, mais dans 50 ans…?”, “leur jeunes subissent un lavage de cerveau”, “ils font quelque chose d’étrange, là où ils vont ils ont des vocations et nous n’en avons pas “…

Ce que je vais dire maintenant est infaillible pour ne pas avoir de vocations : que le Séminaire soit rempli de gars « passe-moi le compact de maquillage» ! Lorsqu’ils viendront former un groupe, vous verrez comment les murmures, les rancunes et les ressentiments prolifèrent, vous verrez un climat d’intrigues de palais et de soupçons tordus, ils se piqueront des cils toute la journée, vous les verrez bouger en rythme et murmurer sur tout ce qui croise leur chemin et, puis : Au revoir, mission ! Et ceux qui gardent un peu la droiture de vie partiront et vous n’aurez pas à nourrir 150 séminaristes affamés. Dans certains endroits, ils préfèrent ceux qui sont « masculins, mais pas fanatiques (ceux qui sont trop délicats) » parce qu’ils pensent qu’ils ne causent pas de problèmes et qu’ils peuvent les gérer confortablement, et ils rejettent ceux qui ont de la personnalité, parce qu’ils sont peur qu’ils veuillent outrepasser leur autorité.

À propos de la formation :

C’est peut-être là le point central du problème, comme le disait Jean-Paul II : « …il est nécessaire de trouver une formation adéquate pour ces vocations. Je dirais que la condition d’une vraie vocation est aussi une juste formation. Si nous ne la trouvons pas, les vocations ne viennent pas et la Providence ne nous les donne pas. »[4]

Avoir une équipe hétérogène de formateurs et s’ils ont des tendances opposées, c’est encore mieux, ainsi les séminaristes pourront faire comme le font habituellement les enfants de parents séparés, en demandant la permission de l’un et de l’autre, jusqu’à ce qu’ils obtiennent ce qu’ils veulent. Mais il y a aussi la position inverse, une homogénéité telle qu’elle empêche toute diversité légitime, en mettant tout le monde dans le même moule. L’exclusion des différences légitimes produit toujours des personnes marginalisées, que les autres discrimineront inévitablement et qui finiront par être exclues.

Les supérieurs doivent être distants : qu’ils reçoivent les séminaristes derrière leur bureau. Qu’ils mettent l’accent sur ce qui est purement extérieur et secondaire. Qu’ils mentent, de telle sorte que personne ne les croie et que la coexistence harmonieuse soit détruite. Qu’ils développent au Séminaire un climat policier, d’espionnage, de dénonciation, de différentiation des personnes. Qu’ils soient aigres, de mauvaise humeur. Qu’il faille leur rendre hommage. Qu’ils se méfient de tout le monde puisque la méfiance fait systématiquement disparaître les relations filiales, fraternelles et paternelles, typiques d’un climat familial. D’une manière particulière, pour qu’ils ne vivent pas la vertu de l’eutrapélie, de telle sorte qu’ils soient tous tendus, stressés, comme on dit « grimpant aux murs ». N’encouragez pas le chant, encore moins le chant de joie, et confondez les rôles : à la messe des chants folkloriques, de camp ou profanes ; et au réfectoire, polyphoniques ou grégoriens. Il existe une certaine gnose musicale, qui aide à mélanger les têtes.

Dans la doctrine : installer la conviction que tout est en crise, qu’il n’y a de certitudes sur rien, que tout est discutable, que seule la recherche vaut la peine, mais tant qu’on ne trouve rien, consacrer de grands panégyriques aux idéologies à la mode, au dernier article de théologie paru dans la dernière revue de mauvaise doctrine. Si quelqu’un tombe dans le péché impardonnable d’avoir une quelconque certitude, sans plus tarder, chassez-le, car il est arrogant. La Bible doit être entièrement midrash et doit être démythifiée, c’est-à-dire rien d’historique ou de surnaturel. Pas de métaphysique ni d’esthétique. Que des sentiments et du kitsch, du mauvais goût. Rien de saint Thomas, même s’il est plus élégant de le nommer un peu, donnant l’impression aux jeunes qu’on le connaît. Il n’y a rien de plus explosif que les mélanges gnostiques qui produisent des têtes gnostiques.

Dans le spirituel : travailler pour qu’ils n’aient pas leur propre « moteur », surtout en ne leur donnant pas une authentique spiritualité sacerdotale, seulement, tout au plus, un vernis de spiritualité laïque. Aucun des classiques de spiritualité, mais que ce soit assez et plus que suffisant avec certains des best-sellers syncrétistes à la mode. Qu’il n’y ait pas de discipline sévère, que chacun choisisse l’heure à laquelle il veut se lever, participer ou non à la messe et aux autres actes de prière. Que les exercices spirituels soient partagés entre tous, sans silence et sans pénitence.

La spiritualité sacerdotale étant effacée, ils doivent être accablés de toute la problématique temporelle, qui est responsabilité directe des laïcs. Que l’horizon du surnaturel disparaisse de leur vie. Ainsi ils n’auront plus de raisons valables pour une vocation de consécration spéciale. Pour cela, il est aussi très utile de jouer avec le sacré, de ridiculiser, ironiser, plaisanter avec les choses sacrées : la Bible, la Tradition, le Magistère, les Pères de l’Eglise, les saints Docteurs, la Liturgie, les Saints, la virginité consacrée… tout ce qui est sacré doit être fait peu à peu, occasion de ridicule. Lorsqu’ils sauront jouer avec le sacré, rien ne sera considéré comme sacré et ni leur vocation, ni leur personne, ni leurs promesses ne seront sacrées. Nous devons travailler pour qu’ils ne perdent pas de temps à penser à l’éternité, aux fins dernières, car, comme toute véritable vocation de consécration spéciale, elle est constitutivement entrelacée avec l’éternel, une fois celui-ci enlevé, l’autre disparaît.

Qu’ils n’aident pas spécifiquement les pauvres, car sinon l’option préférentielle pour eux cesse d’être une idéologie et vivre concrètement la charité avec les plus nécessiteux leur donnera un cœur sacerdotal compatissant envers les besoins de leur prochain. Et pour prendre soin de ses pauvres, Dieu vous donnera des vocations et leur persévérance.

D’une manière particulière, nous devons éviter par tous les moyens de leur prêcher sur la présence véritable, réelle et substantielle de Jésus-Christ dans l’Eucharistie, et en particulier sur le fait que l’Eucharistie est un sacrifice. Puisque l’acte principal du prêtre est le sacrifice[5], en supprimant le sacrifice, vouloir être prêtre perd sa raison d’être (c’est pourquoi à notre époque, la seule grande religion monothéiste qui a des prêtres est le christianisme – les catholiques et les orthodoxes sont les seuls qui ont un sacerdoce valide – alors que les juifs et les musulmans n’ont pas de sacerdoce, parce qu’ils n’ont pas de sacrifice ; les rabbins et les muezzins n’ont qu’un office magistral). S’ils n’ont pas une grande dévotion à l’Eucharistie, ils n’ont aucun moyen d’apprendre ce qu’est la charité chrétienne, ni le poids incalculable de l’éternité[6], ni l’audace et la générosité requises pour l’aventure missionnaire de l'”Ite” ( Mc .16, 15-18).

Apprenez-leur une pastorale qui maltraite les gens, les gens simples et fidèles, qu’ils leur fassent sentir l’autorité, qu’ils se méfient de chacun en se disant : « personne ne va me tromper ». Ils ne doivent pas rendre visite aux familles dans leurs apostolats, ni jouer avec les enfants et les jeunes. Toutes les pensées missionnaires doivent être effacées de leurs jeunes cœurs. S’ils n’aiment pas notre peuple, comment vont-ils en aimer d’autres qui, en plus, parlent d’autres langues ?

Apprenez-leur à avoir trop de familiarité avec les filles, pour que se créent des mariages catholiques, dont nous avons plus besoin que des vocations consacrées.

Apprenez-leur que les laïcs doivent remplacer les prêtres et qu’ils le font avec plus de solvabilité. De telle sorte que les rôles se mélangent.[7]

Qu’ils ne sachent pas cuisiner, qu’ils ne lavent pas leurs vêtements, qu’ils ne nettoient pas leurs chambres, qu’ils ne soient pas coiffeurs, ni mécaniciens, ni électriciens, ni ne s’occupent de la ferme, ni ne travaillent dans l’imprimerie… Et il vaut mieux les laisser passer trois mois de vacances chez eux. Mais si vous les obligez à vivre ensemble pendant un mois, que ce soit ennuyeux : pas d’escalade de hauts sommets et de descentes dans des abîmes dangereux, pas de découverte de nouvelles plongées, pas de sports terrestres, nautiques ou aériens comme le font les jeunes du même âge…, ces coexistences deviendront donc phénoménalement ennuyeuses et ne seront qu’une combinaison de boissons, de cigarettes, de lectures d’auteur à la mode au séminaire et des manques de charité. Climat idéal pour faire obstacle aux vocations.

Et expérimentez toujours toutes choses, même les plus évidentes. Bref, les séminaristes sont comme des cobayes. Lorsqu’ils expérimentent de nouvelles choses, surtout s’il s’agit d’utopies, beaucoup resteront sur le chemin.

Enfin, chers Pères, pour ne pas avoir de vocations, vous n’avez pas besoin de prêter attention aux documents du Concile Vatican II qui traitent spécialement de la manière dont doivent être formés de manière globale les futurs prêtres[8] (n’oubliez pas que j’utilise un genre de langage oratoire et littéraire, que l’on pourrait qualifier d’« antiphrastique » !). Ils n’ont pas besoin de prêter attention aux documents pontificaux de Jean-Paul II à cet égard[9]. Pour ne pas avoir de vocations, ils ne doivent pas prêter attention aux documents des Congrégations romaines, par exemple aux documents émis par la Congrégation pour l’Éducation catholique[10]. Ils ne doivent pas non plus tenir compte de ce qui est proposé par les autres dicastères du Saint-Siège[11]. Pour ne pas avoir de vocations, ils doivent ignorer les instructions contenues dans les documents du C.E.L.A.M.[12] . Et ils n’ont pas besoin de prêter attention aux documents de la Conférence épiscopale argentine à cet égard[13].

Lorsque vous allez faire tout cela et que vous devez fermer vos séminaires parce que vous vous retrouvez sans séminaristes, regardez-vous fièrement dans le miroir et répétez plusieurs fois à haute voix, puis répétez-le un nombre incalculable de fois : « Les Grands Séminaires sont une invention du Concile de Trente et ils sont dépassés, ils ne sont plus utiles à notre époque !

Que la Sainte Vierge nous fasse comprendre que nous devons faire exactement le contraire.

+ P. Carlos Miguel Buela IVE.

Fondateur de la Famille Religieuse du Verbe Incarné


[1]Jean-Paul II, Homélie, 10 mai 1981.

[2]Saint Jean d’Avila, Écrits sacerdotaux, BAC, p. 209.

[3]Cf. Isaïe 56, 10.

[4]L’Osservatore Romano, 19 juin 1988, p. 23.

[5]Somme Théologique, 3, 22, 4: «…in sacrificio offerendo potissime sacerdotis consistit officium».

[6]Cfr. 2 Cor. 4, 17.

[7]Ne tenez pas compte, par exemple, de la Congrégation pour le Clergé, Conseil Pontifical pour les Laïcs et autres Dicastères, Instruction sur certaines questions relatives à la collaboration des fidèles laïcs au ministère des prêtres, 15 août 1997.

[8]Décret Presbyterorum Ordinis, sur le ministère et la vie des prêtres (1965) ; Décret Optatam totius, sur la formation sacerdotale (1965).

[9]Saint Jean-Paul II, exhortation apostolique post-synodale Pastores dabo vobis sur la formation des prêtres dans la situation actuelle, 25 mars 1992 ; exhortation apostolique Vita consecrata sur la vie consacrée et sa mission dans l’Église et dans le monde, 25 mars 1996 ; lettre apostolique Les Chemins de l’Évangile, aux religieux et religieuses d’Amérique latine à l’occasion du Ve Centenaire de l’évangélisation du Nouveau Monde, 29 juin 1990.

[10](10) Normes fondamentales de formation sacerdotale (la « Ratio studiorum ») (1970) ; L’enseignement de la philosophie dans les séminaires (1972) ; Lignes directrices pour l’éducation au célibat sacerdotal (1974) ; Formation théologique des futurs prêtres (1976) ; L’enseignement du droit canonique pour les aspirants au sacerdoce (1977) ; Instruction sur la formation liturgique dans les séminaires (1979) ; Lettre circulaire sur certains aspects les plus urgents de la formation spirituelle dans les séminaires (1980) ; Lignes directrices pédagogiques sur l’amour humain (1983); La pastorale de la mobilité humaine dans la formation des futurs prêtres (1986) ; Lignes directrices pour l’étude et l’enseignement de la Doctrine sociale de l’Église dans la formation sacerdotale (1986) ; Lignes directrices pour la formation des futurs prêtres à l’utilisation des instruments de communication sociale (1986) ; Lignes directrices pour l’étude et l’enseignement de la Doctrine sociale de l’Église dans la formation sacerdotale (1988) ; La Vierge Marie en formation intellectuelle et spirituelle (1989) ; Instruction sur l’étude des Pères de l’Église en formation sacerdotale (1989) ; Lignes directrices sur la préparation des formateurs aux séminaires (1994).

[11]Secrétariat de l’Union des Chrétiens, L’œcuménisme dans l’enseignement supérieur (1970) ; la plus récente promulguée conjointement par la Congrégation pour l’Éducation catholique et le Conseil pontifical pour l’unité des chrétiens ; ou le document de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi, La Vocation Ecclésiale du Théologien ; le Document de clôture du Deuxième Congrès international des évêques et autres responsables des vocations ecclésiastiques (1981) et Dix ans plus tard (Synthèse) (1992) ; Pottisimus institutionis, du CIVCSVA (1990), Nouvelles vocations pour une nouvelle Europe (1998).

[12]C.E.L.A.M. : Conseil épiscopal d’Amérique latine et des Caraïbes. IIème. Conférence générale de l’épiscopat latino-américain ; Document de Puebla dans les nn. 659-776 ; IVe Conférence générale de l’épiscopat latino-américain, Santo Domingo, Conclusions, nn. 65-93.

[13]Normes pour la formation sacerdotale dans les Séminaires de la République Argentine (1984) ; Formation au sacerdoce ministériel. Plan des Séminaires de la République Argentine (1994)