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« Malheur à moi si je ne n’annonçais pas l’Évangile ! »

Lire l’évangile du dimanche XV (Mc 6,7-13)

« Jésus appela les Douze et Il commença à les envoyer en mission », c’est le début du texte de notre évangile dans ce dimanche. Nous sommes habitués à parler de douze apôtres, mais le premier aspect à remarquer c’est que l’évangéliste saint Marc parle de « Douze » seulement sans y ajouter le mot « apôtres ». En effet, le texte du lectionnaire (ce livre qui contient toutes les lectures de l’année liturgique) mentionne ce mot Douze, avec majuscule, il s’agit pas d’un adjectif, c’est un nom.

Et encore plus, dans le même évangile de saint Marc, trois chapitres auparavant (3, 16) il est écrit que « Jésus établit les douze, et il donne la liste des noms, commençant par saint Pierre. Il est intéressant de savoir que le verbe dans la langue grecque ne signifie pas « établir », il est encore plus profond, plus essentiel, le texte en grec dit : « Jésus créa (a fait) les douze » pour dire que Notre Seigneur faisait quelque chose de nouveau dans le monde.

A ces « Douze » Jésus avait donné le nom d’ « apôtres » selon saint Luc (Lc 6,13), c’est un mot d’origine grecque : « apostollo » : envoyé, du verbe « apostéllo », envoyer ; comme dans l’évangile d’aujourd’hui, « Il les envoie ». Mais ce verbe « apostéllo » ne s’utilise que dans le cas d’un envoi spécial ; ce n’est pas de l’envoi d’une lettre ou d’un colis. La Bible utilise le verbe « apostéllo », lorsqu’elle parle d’un prophète, à qui Dieu donne autorité et  qu’il envoie prêcher au peuple.

C’est précisément la mission que Jésus donne aux Douze aujourd’hui, c’est une mission qui implique la prédication et les gestes concrets. Le pape Benoît dit que les Douze ne peuvent pas se contenter de prêcher la conversion : « la prédication doit être accompagnée, selon les instructions et l’exemple donnés par Jésus, par le soin des malades. Soin des malades, à la fois corporel et spirituel. Il parle des guérisons concrètes des maladies, il parle aussi de chasser les démons, c’est-à-dire de purifier l’esprit humain, nettoyer, nettoyer les yeux de l’âme qui sont obscurcis par les idéologies, raison pour laquelle ils ne peuvent pas voir Dieu, ils ne peuvent pas voir la vérité ni la justice. Cette double guérison corporelle et spirituelle est toujours le mandat des disciples du Christ. La mission apostolique doit donc toujours comporter les deux aspects de prédication de la parole de Dieu et de manifestation de sa bonté à travers des gestes de charité, de service et de dévouement » (Homélie. 15-07-2012).

Nous ne devons pas nous tromper et dire que cette mission d’annoncer l’évangile était limitée aux apôtres, ou bien qu’elle reste obligatoire pour leurs successeurs, les évêques et les prêtres. Nous sommes tous missionnaires et apôtres, en tant que baptisés : « Toute l’Église est apostolique (dit le catéchisme de l’Eglise), en tant qu’elle est  » envoyée  » dans le monde entier ; tous les membres de l’Église, toutefois de diverses manières, ont part à cet envoi. La vocation chrétienne est aussi par nature vocation à l’apostolat. On appelle  » apostolat  » toute activité du Corps mystique qui tend à étendre le règne du Christ à toute la terre ».

Alors, la mission des apôtres, qui est ensuite passée à l’Eglise, c’est essentiellement d’annoncer la conversion (tout d’abord) et la bonne nouvelle : l’annonce et la transmission de l’Évangile. Cet Évangile qui est « puissance de Dieu pour le salut de tout homme qui est devenue croyant » (Rm 1, 16). Nous pouvons appeler cela le fait d’ « évangéliser » : cela ne signifie pas seulement enseigner une doctrine mais plutôt annoncer Jésus Christ par la parole et par les actes, c’est-à-dire se faire (chacun de nous) instrument de sa présence et de son action dans le monde.

« Toute personne a le droit d’entendre la “Bonne Nouvelle” de Dieu, qui se fait connaître et qui se donne dans le Christ, afin de réaliser pleinement sa vocation » disait saint Jean Paul II. Il s’agit d’un droit (une liberté) conféré par le Seigneur lui-même à toute personne, pour que tous, hommes ou femmes puissent affirmer avec saint Paul : Jésus Christ « m’a aimé et s’est livré pour moi » (Ga 2, 20). À ce droit correspond un devoir, celui d’évangéliser :  » En effet, annoncer l’Évangile, ce n’est pas mon motif d’orgueil, c’est une nécessité qui s’impose à moi : malheur à moi si je ne n’annonçais pas l’Évangile !” (1 Co 9,16 ; cf. Rm 10, 14). On comprend alors que toute activité de l’Église a de soi une dimension essentielle d’évangélisation et qu’elle ne doit jamais être séparée de l’engagement qui consiste à aider tous les hommes à rencontrer le Christ dans la foi, ce qui est le premier objectif de l’évangélisation :  » Le fait social et l’Évangile sont tout simplement indissociables. Là où nous n’apportons aux hommes que des connaissances, le savoir-faire, des capacités techniques et des instruments, nous apportons trop peu » a dit aussi le pape Benoît, car il manquerait l’essentiel, c’est-à-dire l’évangile. »

Mais il existe actuellement une opinion et elle est très répandue qui dit que « toute tentative de convaincre d’autres personnes sur des questions religieuses est souvent perçue comme une entrave (une limitation) à la liberté. Qu’il serait seulement licite d’exposer ses idées et d’inviter les personnes à agir selon leur conscience, sans favoriser leur conversion au Christ et à la foi catholique : on affirme qu’il suffit d’aider les hommes à être plus hommes, ou plus fidèles à leur religion, ou encore qu’il suffit de former des communautés capables d’œuvrer pour la justice, la liberté, la paix, la solidarité. En outre, certains soutiennent qu’on ne devrait pas annoncer le Christ à celui qui ne le connaît pas, ni favoriser son adhésion à l’Église, puisqu’il serait possible d’être sauvé même sans une connaissance explicite du Christ et sans une incorporation formelle à l’Église.

Comme une grande réponse et contre cette opinion, nous avons tout d’abord les paroles du même Jésus : « La vie éternelle c’est de te connaître, toi, le seul Dieu, le vrai Dieu, et de connaître celui que tu as envoyé, Jésus Christ » (Jn 17, 3).

En effet, Dieu a donné aux hommes l’intelligence et la volonté, pour qu’ils puissent le chercher librement, le connaître et l’aimer. En plus, il est le propre de notre nature de chercher le bien et la vérité. C’est en particulier le cas de la vérité salvifique, qui n’est pas seulement objet de la pensée mais un événement qui mobilise toute la personne – intelligence, volonté, sentiments, activité et projets – lorsqu’elle adhère au Christ. Nous ne pouvons pas oublier aussi qu’au cœur de cette recherche du bien et de la vérité, l’Esprit Saint est déjà à l’œuvre, et c’est Lui le premier qui nous attire vers la grâce.

Alors, il se trompe celui qui pense que, dans la recherche de la vérité, il peut se fier uniquement à ses propres forces, sans connaître le besoin que chacun a de l’aide d’autrui.

Le Concile Vatican II nous enseigne aussi : « La vérité doit être cherchée selon la manière qui est propre à la dignité de la personne humaine et à sa nature sociale, à savoir par une voie de libre recherche, avec l’aide du magistère, c’est-à-dire de l’enseignement, de l’échange et du dialogue grâce auxquels les uns exposent aux autres la vérité qu’ils ont trouvée, ou qu’ils pensent avoir trouvée, afin de s’aider mutuellement dans la recherche de la vérité » (Dignitatis humanae 3). La vérité ne s’impose pas par d’autres moyens mais par elle seule ! la vérité ne peut arriver qu’à travers elle-même, la propre lumière. Mais, nous avons besoin de la vérité car nous ne connaissons pas les véritables valeurs ; sans vérité nous sommes aveugles dans le monde, nous n’avons pas de voie.

C’est pourquoi faire appel de manière honnête à l’intelligence et à la liberté d’une personne pour qu’elle rencontre le Christ et son Évangile n’est pas une ingérence indue à son égard, ce n’est pas une attaque contre la liberté de la personne, mais plutôt un don légitime et un service qui peuvent rendre plus fécondes les relations entre les hommes.

Mais, nous devons savoir en plus, que le faire de proposer à d’autres la connaissance du Christ répond aussi à une autre réalité anthropologique importante : le désir propre à l’homme de faire participer les autres à ses biens. La Vérité qui sauve la vie enflamme le cœur de celui qui la reçoit par l’amour pour le prochain, qui pousse la liberté à redonner ce que l’on a reçu gratuitement.

Il est important de remarquer en même temps que même si les non-chrétiens peuvent se sauver au moyen de la grâce que Dieu donne par des voies connues de Lui, l’Église ne peut pas ne pas tenir compte du fait qu’en ce monde, il leur manque un très grand bien : connaître le vrai visage de Dieu et l’amitié avec Jésus Christ, Dieu avec nous. En effet, « il n’y a rien de plus beau que d’être rejoints, surpris par l’Évangile, par le Christ. Il n’y a rien de plus beau que de Le connaître et de communiquer aux autres l’amitié avec lui » (Benoît XVI, homélie lors de la Messe inaugurale de son Pontificat, 24 avril 2005). Pour tout homme, la révélation des vérités fondamentales sur Dieu, sur soi-même et sur le monde est un grand bien; par contre, vivre dans l’obscurité, sans la vérité sur les questions ultimes, est un mal, souvent à l’origine de souffrances et d’esclavages parfois dramatiques.

Mais, pour faire connaître le Christ, il est essentiel de Le connaître pleinement nous-mêmes, de devenir une image du Christ (christianus = alter christus) ; nous avons connu la vérité, mais nous devons vivre selon cette vérité. On ne peut pas dire que notre conversion s’est passée une fois ; au contraire, on se convertit en effet chaque jour. La conversion (metanoia), désigne un changement de mentalité et d’action, expression de la vie nouvelle dans le Christ, proclamée par la foi : il s’agit d’un renouvellement constant de pensée et d’actions en vue d’une identification plus intense avec le Christ (cf. Ga 2, 20), à laquelle sont appelés avant tout les baptisés. Je ne peux pas continuer à vivre de la manière dont je vivais avant de connaître le Christ, sans renoncer au péché, sans renoncer au mal.

N’oublions jamais ce grand principe de notre mission dans ce monde, nous devons annoncer le Christ, avec notre vie d’abord, avec les paroles lorsque Dieu nous demandera de le faire. Sachons aussi que la plénitude du don de la vérité que Dieu fait en se révélant à l’homme respecte la liberté qu’il a lui-même créée, comme trait indélébile de la nature humaine : cette liberté n’est pas indifférence, mais tension vers le bien. L’homme est pleinement libre, lorsqu’il trouve la Vérité tout entière et le Bien en absolu, qui est Dieu.

Demandons à la très Sainte Vierge la grâce d’annoncer avec courage l’évangile avec nos paroles et nos actes.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

« Seigneur, je suis Ton petit instrument » Mère Teresa

SAINTETE_INSTITUT_DU_VERBE_INCARNE « Seigneur, je suis un petit instrument. Très souvent j’ai l’impression d’être un bout de crayon entre Tes mains. C’est Toi qui penses, qui écris et agis. Fais que je ne sois rien d’autre que ce crayon.

Tu m’as envoyée. Ce n’est pas moi qui ai choisi où aller. Tu m’as envoyée non pour enseigner mais pour apprendre : à être douce et humble de cœur.

Tu m’as envoyée pour servir et non pour être servie. Servir avec un cœur humble.

Et tu me dis : va, pour être cause de joie dans ta communauté. Va chez les pauvres avec zèle et amour. Va servir en hâte, comme la Vierge.MERE_TERESA_INSTITUT_DU_VERBE_INCARNE

Choisis les choses les plus dures. Va avec un cœur humble, avec un cœur généreux. Ne va pas avec des idées inadaptées à ton genre de vie, avec de grandes idées sur la théologie ou sur ce que tu aimerais enseigner ; va plutôt pour apprendre et servir.

Partage avec un cœur humble ce que tu as reçu. Va chez les pauvres avec une grande tendresse. Sers-les avec un amour tendre et compatissant.

Va te donner sans réserve. Amen. »

Sainte Teresa de Calcutta