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« Je ne vous laisserai pas orphelins »

Solennité de l’Ascension du Seigneur

Nous célébrons aujourd’hui le mystère de l’Ascension. Comme on l’a écouté dans la première lecture d’après les Actes des Apôtres, quarante jours après la Résurrection, le Seigneur et ses disciples se rendent au mont des Oliviers, c’est là qu’Il monte au Ciel. Saint Ignace de Loyola, lorsqu’il est allé en pèlerinage à Terre Sainte, a pu vénérer parmi les « reliques » la pierre où le Seigneur avait laissé les marques de ses pieds avant de monter au Ciel. Malheureusement, une partie de cette pierre a été enlevée  de ce lieu saint.

En effet, la tradition du mont des Oliviers comme lieu de l’Ascension remonte à très tôt dans le Christianisme , sainte Hélène a fait bâtir sur la colline une basilique laissant son centre ouvert au Ciel pour bien montrer le chemin du Seigneur et pour aider à la médiation de ce grand mystère, selon ce que saint Jérôme nous transmet . Détruite par les perses, la basilique a été rebâtie par Saint Modeste (c’est le septième siècle). Les récits des pèlerins racontent que la nuit de l’ Ascension toute cette colline se remplissait de lumière, parce que les chrétiens venaient nombreux pour célébrer cette fête ; en fait, la colline a pris le nom de « Viri Galilée », ce sont les premier mots adressés par les anges aux disciples quand ils restent les yeux fixés au Ciel. Avec l’invasion des musulmans (Onzième siècle), la basilique de l’Ascension sera encore détruite et à sa place sera construite une mosquée.

Nous avons fait un peu d’histoire, surtout pour voir la dévotion des chrétiens au long des siècles, non seulement pour ce lieu physique, mais aussi et surtout pour le mystère qu’il commémore. L’Ascension est une des plus grandes fêtes de l’Eglise.

Non loin de cette basilique, il y aussi une autre Eglise, celle de Betphagé, elle rappelle le lieu où le Seigneur monte sur l’âne pour descendre vers Jérusalem, ce que nous avons célébré le dimanche de Rameaux ; on peut donc dire que c’est dans cette colline que le Seigneur a commencé sa Passion et sa Pâque, son passage de ce monde au Père, passage qu’Il finit avec son départ glorieux vers le Père.

Le livre des actes des apôtres nous transmet aussi les paroles des anges (les hommes vêtus en blanc), lorsque les disciples voyaient leur maître s’éloigner d’eux : « Galiléens, pourquoi restez-vous là à regarder vers le ciel ? ».

Nous pouvons nous adresser à nous-mêmes cette question, bien qu’elle soit dirigée directement à ceux qui se trouvaient à ce moment-là. Elle n’est pas du tout un reproche, mais elle nous invite plutôt à la réflexion. En fait, cette question se réfère à deux attitudes liées aux deux réalités dans lesquelles est inscrite la vie de l’homme: la réalité terrestre et la réalité céleste.

La première : pourquoi restez-vous là ?, en d’autres mots, qu’est-ce que vous faites là ?   C’est parce que Dieu nous a créés, nous a mis comme le couronnement de son œuvre, Il nous a créés à son image et ressemblance et nous a tout donné, principalement le don d’être ses enfants et de la vie pour toujours. Infidèles à son dessein de salut par le péché, nous nous sommes éloignés de Lui, mais Il est entré dans notre histoire nous donnant son Fils en réconciliation.

« Nous sommes sur terre », c’est dans ce monde que l’homme progresse et fait du bien mais aussi qu’il fait le mal. Comme l’écrit le pape Benoît : Nous faisons ici l’expérience de la fatigue des voyageurs affrontant les hésitations, les tensions, les incertitudes, mais également avec la profonde conscience que, tôt ou tard, ce chemin arrivera à son terme.  Et c’est alors que naît la réflexion :   tout est là ? La terre sur laquelle « nous nous trouvons » est-elle notre destin définitif ?

C’est à ce moment que nous devons nous poser la deuxième partie de la question : pourquoi nous continuons à regarder vers le ciel ? ». Nous ne savons pas si les disciples se rendirent compte à ce moment du fait que, précisément devant eux, était en train de s’ouvrir un horizon magnifique, infini, le point d’arrivée définitif du pèlerinage terrestre de l’homme. Peut-être, ils ne le comprirent que le jour de la Pentecôte, illuminés par l’Esprit Saint.

Pour nous, cependant, cet événement est plus facile à saisir. Nous sommes appelés, tout en restant sur terre, à fixer le ciel, à tourner notre attention, notre pensée, notre cœur vers l’ineffable mystère de Dieu. Nous sommes appelés à regarder dans la direction de la réalité divine, vers laquelle l’homme est orienté dès sa création. C’est là qu’est contenu le sens définitif de notre vie.

Le mystère de l’Ascension nous enseigne que l’homme est appelé au Ciel, à vivre avec Dieu. A travers ce mystère, le Christ nous a montré le chemin et Il s’est fait le pont placé par Dieu entre Lui et nous, Jésus est pontife pour intercéder pour nous : Le Christ, nous dit la lettre aux hébreux (9,11-13), est venu comme grand pontife des biens à venir. Il est entré une fois pour toutes dans le sanctuaire, en répandant, non pas le sang de boucs et de jeunes taureaux, mais son propre sang. De cette manière, il a obtenu une libération définitive. Le Seigneur est désormais notre intercesseur au Ciel, c’est là qu’Il est entré aussi avec ses plaies de la Passion, pour montrer constamment à son Père nous dit saint Thomas – en suppliant pour nous, quel genre de mort il avait subi pour l’humanité.

L’Ascension nous dit encore (une autre belle application du pape Benoît XVI) qu’en Jésus Christ, notre humanité est portée à la hauteur de Dieu ; ainsi, chaque fois que nous prions, la terre rejoint le Ciel. Et de même qu’en brûlant, la fumée de l’encens s’élève vers le Ciel, ainsi, lorsque que nous élevons avec confiance notre prière en Jésus Christ, celle-ci traverse les cieux et arrive à Dieu lui-même et est écoutée et exaucée par Lui. Dans ce grand ouvrage de saint Jean de la Croix appelé La montée du Carmel, nous lisons que « le meilleur moyen de voir se réaliser les désirs de notre cœur, est de mettre toute la force de notre prière en ce qui plaît le plus à Dieu. Lui, alors, ne nous donnera pas seulement ce que nous lui demandons, c’est-à-dire le salut, mais aussi ce qui, selon Lui, nous convient et qu’il juge bon pour nous, même si nous ne lui demandons pas » (Livre III, chap. 44, 2, Rome 1991, 335).

Le Seigneur ne s’évade pas de notre condition humaine ; au contraire comme Il nous l’a promis dans l’évangile, Jésus sera là tous les jours, tous les jours avec nous.

Cette promesse est le fondement de notre consolation sur la terre, de notre espérance du Ciel, de notre force dans les combats de l’Eglise. Pour quoi le Christ reste-il ? Il reste pour nous consoler de son absence. Il ne nous abandonne pas : Je ne vous laisserai pas orphelins, je reviens vers vous. D’ici peu de temps, le monde ne me verra plus, mais vous, vous me verrez vivant, et vous vivrez aussi (Jn. 14,18-19). Il demeure pour nous donner la force en la mission commandée : conquérir tout le monde pour Lui, tout en sachant que cela implique les persécutions, la croix et la mort. Il reste avec nous pour que nous agissions dans notre vie avec la conscience du regard vigilant du Seigneur, notre mission n’est pas à nous, mais plutôt à Lui, nous sommes ses instruments. Mais nous ne ferions rien sans son soutien, sans la force qu’Il nous donne.

Dans la vie de sainte Catherine de Sienne, on raconte qu’après avoir affronté de grandes tribulations dans sa vie, elle reçoit une visite du Seigneur, à qui la sainte dirige le doux reproche de l’avoir laissée seule au moment des difficultés, comme réponse le Seigneur lui dit : « j’étais plus près de toi que je ne le suis maintenant ».

Avec l’Ascension le Seigneur a accompli sa grande mission et Il nous invite à Le suivre, même si la vie sur cette terre nous est parfois dure, elle passe et nous devons penser que dans le Ciel rien ne fera sombrer la joie de contempler Dieu : par un travail facile Il nous donne une joie immense ; par un combat rapide, une couronne éternelle, par une brève marche un repos infini. Des siècles sans fin dépendent de ces moments de nos vies, il faut donc travailler pour suivre le Christ au Ciel !

Que la Vierge Marie nous donne cette grâce.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

 

« Voici que je fais une chose nouvelle : ne la voyez-vous pas ? »

Nous sommes arrivés à l’heureuse nuit de Pâques, la Veillée, mère de toutes les saintes veillées, comme disait saint Augustin.

Nous nous retrouvons devant les signes sensibles qui nous sont déjà familiers, tels que la lumière et l’eau (dont nous serons aspergés après avoir renouvelé nos promesses baptismales), nous avons médité sur ces signes pendant le carême, l’eau dans la rencontre de Jésus avec la samaritaine et la lumière dans la guérison de l’aveugle de naissance. A toute la beauté de la liturgie s’ajoutent encore l’histoire sainte et les promesses prophétiques que nous avons proclamées dans ces sept lectures de l’Ancien Testament et celle de saint Paul ; avec l’évangile.

On peut dire que tous les éléments : le feu et la lumière, la végétation, l’eau, le pain et le vin pour la consécration, nos voix et nos personnes, tout sert à Jésus-Christ, tout aide à proclamer et à manifester la Résurrection de notre Seigneur. Sans oublier que les lectures nous rappellent qu’au centre de notre histoire, il y a le Christ, le Sauveur.

La lumière

Dans cette nuit, la lumière accomplit un véritable rôle, mais nous savons que la vie est possible grâce à elle. Elle rend possible la connaissance (il est impossible de connaître sans pouvoir d’abord nous éclairer), elle rend possible l’accès à la réalité, à la vérité. Et en rendant possible la connaissance, elle rend possible la liberté et le progrès. Le mal se cache. La lumière par contre est une expression du bien qui est luminosité et crée la luminosité.

A Pâques, au matin du premier jour de la semaine, Dieu a dit de nouveau : « Que la lumière soit ! ». Auparavant il y avait eu la nuit du Mont des Oliviers, l’éclipse solaire de la passion et de la mort de Jésus, la nuit du sépulcre. Mais désormais c’est de nouveau le premier jour ­ la création recommence entièrement nouvelle. « Que la lumière soit ! », dit Dieu, « et la lumière fut ». Jésus se lève du tombeau. La vie est plus forte que la mort. Le bien est plus fort que le mal. L’amour est plus fort que la haine. La vérité est plus forte que le mensonge. (Benoît XVI, Homélie 8/4/12)

Parlant de la lumière, réfléchissons un peu au moment de la Résurrection, les évangiles nous montrent que c’est encore l’aube, l’heure où commençait à poindre le premier jour de la semaine lorsque les femmes arrivent au sépulcre ; c’est-à-dire, avant que le soleil physique ne fût apparu, Notre Seigneur, véritable Lumière de Dieu avait déjà vaincu les ténèbres de la mort et toute forme d’obscurité.  Il nous attire tous derrière lui dans la nouvelle vie de la résurrection. Il est en définitive le nouveau jour de Dieu qui vaut pour nous tous.

L’eau

L’autre signe sensible de ce soir est aussi l’eau, elle vient nous rappeler notre baptême.

D’abord, dans la littérature biblique l’eau contenue dans la mer est signe d’une puissance que l’homme doit craindre, parfois elle est signe de la mort, ainsi Dieu épargne à son peuple de mourir dans la mer Rouge mais les eaux engloutissent les ennemis qui le poursuivaient. L’eau nous est présentée aussi d’une autre manière : comme la source fraîche qui donne la vie, ou aussi comme le grand fleuve d’où provient la vie. Sans eau, il n’y a pas de vie. Saint Jean nous raconte qu’un soldat avec une lance perça le côté de Jésus et que, de son côté ouvert – de son cœur transpercé –, sortit du sang et de l’eau (cf. Jn 19, 34). L’Église primitive y a vu un symbole du Baptême et de l’Eucharistie qui dérivent du cœur transpercé de Jésus. Dans la mort, Jésus est devenu Lui-même la source, la source de la vie nouvelle de tout chrétien. (Benoît XVI, Homélie 11/4/09)

Dieu donne un nouveau sens à toute la création. Dans le livre de l’Apocalypse, saint Jean voit le Seigneur vainqueur et roi de l’histoire assis sur un trône de Gloire qui dit: « Voici que je fais toutes choses nouvelles. » Dieu détient le pouvoir de refaire toutes choses, de donner un nouveau sens, comme Il le fait avec tous ces éléments dont nous nous servons dans notre liturgie ; lesquels gardant toujours leur nature, reçoivent dans cette nuit une signification nouvelle. A nous aussi, Dieu ne nous enlève pas notre nature humaine, Il veut que nous élevions notre nature et pour cela, Il est toujours prêt à nous donner sa grâce. Comme dans la liturgie, l’eau, l’huile, le feu, le pain et le vin reçoivent tous une transformation nouvelle et ils deviennent « saints » ; ainsi nous-mêmes, lorsque nous nous approchons de Dieu nous devenons une chose nouvelle, nous sommes transformés par sa grâce par une conversion qui se fait toujours, chaque jour, jusqu’à la sainteté, l’imitation la plus proche possible avec le Christ.

Nous avons dit aussi au début que Jésus est le centre de notre histoire, sans la résurrection notre temps n’aurait pas eu de sens non plus.

Mais, si nous parlons de nos jours, nous sommes à plusieurs reprises tentés de nous poser cette question : « où va notre monde ? ».

Saint Séplucre

Alors que la foi en Dieu nous dit qu’il y a toujours un espoir, il y a toujours une vie après la mort, la gloire après la souffrance, un sépulcre vide et une vie nouvelle après la douleur et mort de la croix. Et le Christ ressuscité nous dit encore une fois : « Voici que je fais toutes choses nouvelles ! »

Dieu guide les fils de l’histoire de notre monde, Dieu conduit la destinée des hommes, le Christ est souverain du temps, Seigneur de l’histoire, des bons et des méchants, de tous.

Aujourd’hui, beaucoup crucifient Jésus en ses disciples mais après ils vont le proclamer Fils de Dieu. Beaucoup tuent et persécutent ceux qui portent comme nous le nom de Chrétiens, mais nous savons que le Christ ressuscité a fait un apôtre d’un grand persécuteur appelé Saul, l’apôtre des nations appelé Saint Paul.

En Jésus s’accomplie la belle prophétie de Isaïe (43, 19 : « Voici que je fais une chose nouvelle : elle germe déjà, ne la voyez-vous pas ? Oui, je vais faire passer un chemin dans le désert, des fleuves dans les lieux arides. Les bêtes sauvages me rendront gloire parce que j’aurai fait couler de l’eau dans le désert, des fleuves dans les lieux arides, pour désaltérer mon peuple, celui que j’ai choisi. Tu n’as rien dépensé pour m’offrir des aromates, tu ne m’as pas rassasié de la graisse de tes sacrifices. Au contraire, tu m’as asservi par tes péchés, tu m’as fatigué par tes fautes. C’est moi, oui, c’est moi qui efface tes crimes, à cause de moi-même ; de tes péchés je ne vais pas me souvenir ».

Parmi les grands miracles de notre Seigneur se trouve celui du jeune ressuscité de la Ville de Naïm, unique enfant d’une mère veuve. Jésus, lorsqu’il a contemplé la souffrance de cette mère « fut saisi de pitié », en arrêtant la procession vers le cimetière, il a rendu l’enfant à sa mère.

Une belle traditionnous dit que la première personne à laquelle Jésus a annoncé sa résurrection a été sa mère, parce qu’Il devait la consoler de tant des larmes qu’elle avait versées à sa mort et le samedi saint. Elle est la première à recevoir la joie de Pâques, à elle, la Reine du Ciel, nous demandons la grâce de nous réjouir du triomphe de son Fils.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné