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Pourquoi Dieu ne fait-il pas parfois les miracles que nous lui demandons ?

Homélie pour le Deuxième Dimanche de Pâques – Dimanche de la Divine Miséricorde

Plusieurs belles raisons nous invitent à célébrer et à nous réjouir en ce deuxième dimanche de Pâques : nous sommes encore dans l’octave de Pâques, une célébration qui dure 8 jours ; l’évangile nous conte l’institution du sacrement du pardon, la confession ; le Seigneur nous révèle que, grâce au manque de foi de l’apôtre Thomas, notre foi est louée, nous sommes bienheureux de croire sans avoir vu ; plus encore, un autre motif pour célébrer ce dimanche, il a reçu depuis l’année 2000 le nom de Dimanche de la Divine Miséricorde, institué par saint Jean Paul II.

Tout d’abord, nous allons parler précisément de la Miséricorde, car le Seigneur avait révélé à sainte Faustine Kowalska qu’en ce dimanche qui suit celui de Pâques, les prêtres doivent parler de la Divine Miséricorde. Comme nous le savons la Miséricorde de Dieu est intiment liée au sacrement de la confession, c’est le lieu et le moment par excellence où nous rencontrons la Miséricorde de Dieu.

«Une fois, j’ai entendu ces paroles, dit sainte Faustine: « Je désire que la Fête de la Miséricorde soit le recours et le refuge pour toutes les âmes, et surtout pour les pauvres pécheurs. En ce jour les entrailles de ma Miséricorde sont ouvertes, je déverse tout un océan de grâces sur les âmes qui s’approcheront de la source de ma miséricorde ; toute âme qui se confessera (dans les huit jours qui précèdent ou suivent ce Dimanche de la Miséricorde) et communiera, recevra le pardon complet de ses fautes et la remise de leur peine ; en ce jour sont ouvertes toutes les sources divines par lesquelles s’écoulent les grâces ; qu’aucune âme n’ait peur de s’approcher de moi, même si ses péchés sont comme l’écarlate.» (Journal de sœur Faustine, 699).

Quelle paix nous octroient ces paroles, nous qui connaissons le poids de nos péchés !

« Ecris, mon enfant, que pour une âme qui se repent, Je suis la Miséricorde même pour l’âme contrite. La plus grande misère de l’âme n’allume pas ma colère, mais mon Cœur frémit d’une grande Miséricorde pour elle.”  (Journal de soeur Faustine, 1739) ».

« Aujourd’hui, le Seigneur m’a dit: Ma fille, quand tu t’approches de la sainte confession, de cette source de ma miséricorde, le sang et l’eau qui sont sortis de mon cœur se déversent sur ton âme et l’ennoblissent. Chaque fois que tu te confesses, plonge-toi entièrement dans ma miséricorde avec grande confiance, pour que je puisse déverser en ton âme toutes les largesses de ma grâce. Quand tu vas te confesser, sache que c’est moi-même qui t’attends dans le confessionnal, je me dissimule seulement derrière le prêtre, mais c’est moi seul qui agis dans l’âme. Ici la misère de l’âme rencontre le Dieu de miséricorde. Dis aux âmes, qu’à cette source de miséricorde, les âmes ne puisent qu’avec le vase de la confiance. Lorsque leur confiance sera grande, il n’y aura pas de bornes à mes largesses. Les torrents de ma grâce inondent les âmes humbles. Les orgueilleux sont toujours dans la misère et la pauvreté car ma grâce se détourne d’eux pour aller vers les âmes humbles.» (Journal de sœur Faustine, 1602).

« Plus le pécheur est grand, plus il a droit à Ma miséricorde. » (Journal de sœur Faustine, 723).

Revenons maintenant à l’évangile de ce dimanche, la rencontre entre Jésus ressuscité et l’apôtre Thomas, comme on avait déjà dit, c’est grâce à saint Thomas que notre foi reçoit une louange de la part du Seigneur et que nous sommes appelés Bienheureux.

Comme nous l’explique le pape saint Grégoire : «La foi est le fondement des choses que l’on doit espérer, et une pleine conviction de celles qu’on ne voit point», c’est la lettre aux Hébreux (He 11, 1). Il est donc évident que ce que l’on voit clairement n’est pas l’objet de la foi, mais de la connaissance. Pourquoi donc le Sauveur dit-il à Thomas, qui avait vu et touché: «Parce que vous avez vu, vous avez cru ?» C’est qu’il crut autre chose que ce qu’il voyait. Ses yeux ne voyaient qu’un homme, et il confessait un Dieu. Les paroles qui suivent: «Bienheureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru», répandent une grande joie dans notre âme, car c’est nous que Notre-Seigneur a eu particulièrement en vue, nous qui croyons dans notre esprit en celui que nous n’avons pas vu de nos yeux, si toutefois nos œuvres sont conformes à notre foi. Car la vraie foi est celle qui se traduit et se prouve par les œuvres. 

Nous savons que les miracles du Seigneur viennent pour confirmer notre foi, précisément ils nous servent pour faire un saut nécessaire, et réaliser cet acte de foi que Dieu réalise des gestes admirables et toujours avec un but bien déterminé.

Nous serons étonnés de savoir que Dieu fait tous les jours des miracles, des faits prodigieux que l’homme ne peut accomplir. Elle est profonde l’explication donnée par saint Augustin par rapport à cette vérité :

« Les miracles procèdent du même pouvoir divin que toutes les œuvres quotidiennes du Très-Haut, mais ils nous étonnent davantage parce quils sont plus rares, et ils reportent plus efficacement nos pensées vers lui : ils sont dailleurs un livre où nous apprenons à connaître leur auteur.

Les miracles opérés par Notre-Seigneur Jésus-Christ sont des œuvres divines destinées à donner à l’âme humaine la connaissance de Dieu par le spectacle d’évènements qui frappent les sens (sont admirables). Dieu est, en effet, de telle nature, que nos yeux ne peuvent le contempler : d’ailleurs , les prodiges qu’il ne cesse de faire en gouvernant le monde entier, et en prenant soin de toutes les créatures, frappent moins en raison de leur continuité: de là, il arrive qu’on daigne à peine remarquer l’étonnante et admirable puissance que le Très-Haut manifeste dans toutes ses divines opérations et jusque dans la multiplication des plus petites graines: aussi, n’écoutant que son infinie miséricorde, s’est-il réservé d’opérer en temps opportun certaines merveilles qui sortiraient du cours ordinaire et de l’ordre de la nature : accoutumés à contempler les miracles quotidiens de la Providence, et à n’en tenir, pour ainsi dire, aucun compte, les hommes s’étonneront de voir des prodiges, non pas plus grands, mais moins ordinaires. En effet, gouverner l’univers est chose bien autrement merveilleuse que rassasier cinq mille hommes avec cinq pains. Et pourtant, personne ne prête attention à l’un, tandis que tous admirent l’autre: cette différence d’appréciation vient de ce que le second fait est, sinon plus admirable, du moins plus rare. »

Dans toute l’histoire, il y a eu de vrais miracles, il y en a et il y en aura encore car les miracles sont des interventions de Dieu de façon extraordinaire dans l’histoire de l’homme. À leur sujet, nous pouvons dire que, par amour, Il fait une exception pour ce qui dépasse notre nature et notre compréhension.

Il est pourtant tout à fait vrai que le Seigneur ne veut pas choyer ses enfants, mais les sauver ; alors, chaque miracle fait partie de son plan de salut, ils se produisent dans son admirable Providence, Dieu les a déterminés.

Concrètement, beaucoup de personnes se posent cette question : pourquoi Dieu ne fait-il pas parfois les miracles que nous lui demandons ?

Pour répondre à cela et la réponse est toujours limitée car il nous est impossible de comprendre les pensées du Seigneur, du moins pouvons-nous découvrir quelques bonnes raisons :

  • en première raison nous disons que beaucoup ne reçoivent pas de miracles parce qu’ils ne les demandent pas, bien qu’il y ait des grâces que nous obtenons sans demander. Un exemple très clair c’est le soleil levant chaque matin. « Votre Père céleste fait lever son soleil sur les justes et les injustes » (cf. Mt 5,45).
  • Une deuxième raison : Même si nous l’implorons déjà, et que nous ne recevons pas le miracle, il se peut que nous manquions de foi. Dans la lettre aux Hébreux se trouve une magnifique définition : «La foi est une façon de posséder ce que l’on espère, un moyen de connaître des réalités qu’on ne voit pas. Et quand l’Écriture rend témoignage aux anciens, c’est à cause de leur foi. » (He 11, 1-2).
  • Troisième raison : Nous vivons dans la génération du Fast-Food et d’Internet sans limites, où, à tout moment, nous recherchons l’infini de choses sans délais. C’est une génération de haute technologie et de nombreuses avancées, où rien ne prend longtemps, et à laquelle nous nous sommes désormais habitués. Cependant, la logique divine n’a pas changé, et tout n’est pas non plus spontané. Combien de personnes ont été guéries d’une maladie après des années où leurs proches se sont agenouillés et ont crié au miracle ? Les temps de Dieu ne sont pas ceux des hommes.
  • Quatrième raison : Quand nous voulons quelque chose, en fait, ne nous battons-nous pas pour cela ? C’est ainsi dans le monde spirituel. Quand  que nous persistons dans la prière, nous devenons de plus en plus conscients que Dieu est le seul capable de le faire, et notre foi grandit. Le miracle ne vient pas d’une formule ou d’un ordre, d’un rite. Demander à Dieu un miracle, c’est savoir que le miracle dépend uniquement de Lui, à tout point de vue.
  • Cinquième raison : La souffrance, les tribulations, la maladie, tout ce qui arrive d’adversité n’est pas la volonté de Dieu, mais Il le permet, comme Il l’a permis à Job, afin que nous puissions grandir avec ces différentes épreuves de la vie. Lui, en tant que Père, permet l’adversité, afin que nous grandissions dans le surnaturel, dans la vie spirituelle. Une application très concrète se trouve dans la guérison intérieure, lorsque beaucoup, après avoir pardonné à une personne, ou assumé le poids d’une épreuve parviennent à mener une véritable vie de foi, et à marcher d’un pas ferme dans la voie de la sanctification.
  • Mais, il est une raison qui dépasse toutes les autres et les inclut en quelques sorte : si le miracle n’arrive pas, ce n’est pas la volonté de Dieu que ce miracle se produise : Comme il est difficile de le reconnaître ! Mais c’est une vérité formidable. Dieu est amour et veut notre bien. Ce que nous pensons être bon pour nous n’est peut-être pas un bien réel, et Dieu le sait. « Parce que mes pensées ne sont pas vos pensées. » (Isaïe 55, 8). Jésus dit : « Si donc vous, étant mauvais, savez donner de bonnes choses à vos enfants, combien plus votre Père qui est dans les cieux donnera-t-il de bonnes choses à ceux qui le lui demandent! » (Mt 7,11). Ainsi, s’Il ne nous l’accorde pas et que nous ne comprenons pas, ce qui importe c’est de ne pas devenir comme des enfants capricieux, mais que nous puissions reconnaître et mûrir dans notre abandon à Lui, et reconnaître que « le Seigneur des Miracles » est plus important que les miracles du Seigneur est  qu’il a déjà accompli le plus grand miracle qui fut notre salut par sa Passion et sa Résurrection, et qu’il nous accorde le précieux miracle de l’Eucharistie à chaque messe.

Demandons aujourd’hui à la très Sainte Vierge Marie, la grâce de la foi, une foi ferme et solide, et demandons aussi que son Fils nous révèle son visage miséricordieux.

P. Luis Martinez IVE.

La merveille devant nos yeux!

Sermon pour la Veillée Pascale (année B)

La liturgie de la Parole nous a conduit à travers les grandes étapes de l’histoire sainte jusqu’à l’évènement central de notre foi, la résurrection du Seigneur. « La mort et la vie s’affrontèrent en un duel prodigieux. Le Maître de la vie mourut; vivant, il règne », chante la séquence « Victimae Paschali ». Le Seigneur de la vie meurt pour ressusciter, Il a partagé notre mort pour nous annoncer notre résurrection.

Le mot «mort» est prononcé avec une boule dans la gorge. Bien que l’humanité, depuis tant de générations, se soit en quelque sorte habituée à la réalité inévitable de la mort, elle est néanmoins toujours déroutante. La mort du Christ avait pénétré profondément dans le cœur de ses proches (de ses disciples) et dans la conscience de toute Jérusalem. Le silence qui la suivit remplit le vendredi après-midi et toute la journée du samedi. Ce jour-là, selon les prescriptions des Juifs, personne ne s’était déplacé vers le lieu du sépulcre.

Les trois femmes, dont parle l’Évangile de ce soir, se souviennent très bien de la lourde pierre avec laquelle on avait fermé l’entrée du tombeau. Cette pierre, à laquelle elles pensaient et dont elles parleraient le lendemain en se rendant au tombeau, symbolise aussi le poids qui avait écrasé leur cœur. La pierre qui avait séparé le Mort des vivants, la borne de frontière de la vie, le poids de la mort. Les femmes, qui vont au tombeau à l’aube le lendemain du samedi, ne parleront pas de la mort, mais de la pierre. En arrivant sur le site, elles verront que la pierre ne ferme plus l’entrée de la tombe. Elle a été enlevée, comme si quelqu’un avait fait sauter la pierre à côté du tombeau et pour cela elles sont étonnées. Elles ne trouveront pas Jésus dans le tombeau. Elles l’ont cherché en vain! « Il n’est pas ici; Il est ressuscité, comme il l’a dit »(Mt 28, 6). Ces femmes doivent retourner dans la ville et annoncer aux disciples qu’Il est ressuscité et qu’ils le verront en Galilée. (saint Jean Paul II)

« Elles sortirent, dit l’évangile après le texte que nous avons proclamé, et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur. »

Les femmes ne sont pas capables de prononcer un mot. Les paroles de la résurrection étaient, bien entendu, difficiles à comprendre pour elles. Difficiles à répéter, tant la réalité de la mort a influencé la pensée et le cœur de l’homme.

Depuis cette nuit et plus encore depuis le lendemain matin, dimanche, les disciples du Christ ont appris à prononcer le mot « résurrection ». Et il est devenu le mot le plus important de leur langue, le mot central, le mot fondamental. Tout reprend son origine. Tout est confirmé et rebâtit: «La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux. Voici le jour que fit le Seigneur, qu’il soit pour nous jour de fête et de joie! » (Ps 117/118, 22-24).

Cette nuit de Pâques nous revenons à notre baptême, car la Résurrection du Seigneur est aussi avant-goût de notre nouvelle vie dans le Christ. Voici comme saint Paul exprime cette réalité : « Nous tous qui par le baptême avons été unis au Christ Jésus, c’est à sa mort que nous avons été unis par le baptême. Si donc, par le baptême qui nous unit à sa mort, nous avons été mis au tombeau avec lui, c’est pour que nous menions une vie nouvelle, nous aussi ».  

Les mots «nous avons été baptisés dans sa mort» (plus proches du texte en grec) en disent beaucoup. La mort est l’eau dans laquelle la vie est retrouvée, conquise à nouveau : l’eau «qui bondit à la vie éternelle» (Jn 4, 14). Il faut « s’immerger » dans cette eau; dans cette mort, pour émerger après elle comme un homme nouveau, comme une nouvelle créature, comme un nouvel être, c’est-à-dire vivifié par la puissance de la résurrection du Christ! (saint Jean Paul II)

« Pensez, dit saint Paul parlant toujours du baptême, que vous êtes morts au péché, mais vivants pour Dieu en Jésus Christ ». Réfléchissons un peu : qu’avons-nous fait de notre baptême, que faisons-nous de notre baptême et qu’en ferons-nous ensuite.

Notre Résurrection est toujours aujourd’hui ! Le Seigneur ressuscite aujourd’hui dans notre vie, par sa grâce, dans ses sacrements. Nous devons savoir saisir la grâce qu’il nous offre à chaque instant, sa vie nouvelle, sa vie de Ressuscité.

Ce soir nous nous rendons au pied de Marie, notre Mère du Ciel, et parce que notre baptême nous a fait aussi ses enfants, nous venons comme les petits enfants, raconter à notre Mère une vérité qu’elle connaît mieux que nous, mais que l’entendre des lèvres de ses enfants rend encore plus heureuse.

Regina cæli, lætare, alleluia :
Quia quem meruisti portare, alleluia :
Resurrexit, sicut dixit, alleluia 

Reine du ciel, réjouis-toi, alléluia,
car celui que tu as mérité de porter, alléluia,
est ressuscité comme il l’avait prédit, alléluia 

Ora pro nobis Deo, alleluia, prie Dieu pour nous, alléluia.

P. Luis Martinez IVE.