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Prends patience envers moi!

L’Evangile est la révélation, en Jésus Christ, de la miséricorde de Dieu pour les pécheurs (cf. Lc 15).  L’ange l’annonce à Joseph :  » Tu lui donneras le nom de Jésus : car c’est lui qui sauvera son peuple de ses péchés  » (Mt 1, 21). Il en va de même de l’Eucharistie, sacrement de la Rédemption :  » Ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, qui va être répandu pour une multitude en rémission des péchés  » (Mt 26, 28). [1]

Mais la miséricorde, on pourrait dire, a des conditions  » Dieu nous a créés sans nous, il n’a pas voulu nous sauver sans nous « [2]. Nous ne parlerons pas du sacrement de la miséricorde, la confession, mais nous remarquerons trois actes qui ouvrent nos cœurs à la miséricorde de Dieu : la reconnaissance de nos péchés, la contrition, la miséricorde, c’est-à-dire fait d’être miséricordieux.

I) Reconnaître nos péchés.

L’accueil de sa miséricorde réclame de nous l’aveu de nos fautes.  » Si nous disons : ‘Nous n’avons pas de péché’, nous nous abusons, la vérité n’est pas en nous. Si nous confessons nos péchés, Il est assez fidèle et juste pour remettre nos péchés et nous purifier de toute injustice  » (1 Jn 1, 8-9).

Comme l’affirme saint Paul :  » Où le péché s’est multiplié, la grâce a surabondé « 

II) La partie essentielle de la confession est la contrition :

La contrition est « la Douleur vive et sincère d’avoir offensé Dieu »[3] En parlant du sacrifice, le catéchisme nous dit « le sacrifice extérieur doit être l’expression du sacrifice spirituel :  » Mon sacrifice, c’est un esprit brisé …  » (Ps 51, 19). Les prophètes de l’Ancienne Alliance ont souvent dénoncé les sacrifices faits sans participation intérieure (cf. Am 5, 21-25) ou sans lien avec l’amour du prochain (cf. Is 1, 10-20).

Jésus rappelle la parole du prophète Osée :  » C’est la miséricorde que je désire, et non le sacrifice  » (Mt 9, 13 ; 12, 7 ; cf. Os 6, 6). Le seul sacrifice parfait est celui que le Christ a offert sur la croix en totale offrande à l’amour du Père et pour notre salut (cf. He 9, 13-14). En nous unissant à son sacrifice nous pouvons faire de notre vie un sacrifice à Dieu.

Dans la parabole :   « tombant à ses pieds, le serviteur demeurait prosterné et disait : ‘Prends patience envers moi, et je te rembourserai tout. »

III) Que nous-mêmes nous soyons miséricordieux.

L’Amour, comme le Corps du Christ, est indivisible : nous ne pouvons pas aimer le Dieu que nous ne voyons pas si nous n’aimons pas le frère, la sœur, que nous voyons (cf. 1 Jn 4, 20). Dans le refus de pardonner à nos frères et sœurs, notre cœur se referme et sa dureté le rend imperméable à l’amour miséricordieux du Père.

Dans la prière de Notre-Père nous disons : « pardonne-nous nos offenses, comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous  ont offensés »

Cette demande est si importante qu’elle est la seule sur laquelle le Seigneur revient et qu’il développe dans le sermon sur la montagne (cf. Mt 6, 14-15 ; 5, 23-24 ; Mc 11, 25).

IV) Le pardon

C.Eg.C. 2843 « Pardonne du fond du cœur   C’est là, en effet,  » au fond du cœur  » que tout se noue et se dénoue. Il n’est pas en notre pouvoir de ne plus sentir et d’oublier l’offense ; mais le cœur qui s’offre à l’Esprit Saint retourne la blessure en compassion et purifie la mémoire en transformant l’offense en intercession » ou en autre bien surnaturel.

Le Pape Jean Paul II disait : il faut une sorte de « purification de la mémoire », Il ne s’agit pas d’oublier ce qui est arrivé mais d’en faire une relecture avec des sentiments nouveaux et d’apprendre, par les expériences subies, que seul l’amour construit tandis que la haine engendre dévastations et ruines. A la vengeance mortifère répétée, il faut substituer la nouveauté libératrice du pardon.[4]

Voir les événements à la lumière de la foi : « La foi non seulement regarde vers Jésus, mais regarde du point de vue de Jésus, avec ses yeux : elle est une participation à sa façon de voir. Voire la création comme Jésus Christ voit la création ».[5]

Les Saintes Ecritures nous donnent plusieurs exemples de comment pardonner, nous voudrons citer l’exemple de Joseph, fils de Jacob. Il a été vendu comme esclave à une caravane qui marche vers l’Egypte. En Egypte, il a vécu comme un esclave, a subi la prison et le danger de mort. Jusqu’après avoir interprété les rêves du pharaon, celui-ci accorde sa faveur et lui donne tout le pouvoir pour dirige son peuple.

Quand la famine est arrivée dans la terre d’Israël, ses frères sont descendus en Égypte pour acheter de la nourriture et ils rencontrent leur frère, qui les accueille, leur donne à manger et une terre pour vivre. Ses frères ont eu peur, parce qu’ils avaient fait du mal à leur frère et maintenant il se tient devant eux plein de pouvoir et peut se venger.

Voyons comment il réagit et ce que dit ce patriarche : Joseph dit à ses frères (Gn. 45, 1-5) : « Approchez-vous de moi ». Ils s’approchèrent, et il leur dit : « Je suis Joseph, votre frère, que vous avez vendu pour qu’il soit emmené en Égypte. Mais maintenant ne vous affligez pas, et ne soyez pas tourmentés de m’avoir vendu, car c’est pour vous conserver la vie que Dieu m’a envoyé ici avant vous… Dieu m’a envoyé ici avant vous, afin de vous assurer un reste dans le pays et ainsi vous maintenir en vie en prévision d’une grande délivrance.  Non, ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, mais c’est Dieu.

Pour finir : Marie Mère de miséricorde, elle qui nous aime comme ses enfants, malgré ce que nous avons fait à son fils, que par son intersession Dieu nous donne la grâce d’être miséricordieux.

P. Andrés Nowakowski V. E.

Monastère « Bx. Charles de Foucauld »

[1] CIC 1846

[2] (S. Augustin, serm. 169, 11, 13 : PL 38, 923).

[3] Grand Robert.

[4] Message pour la célébration de la journée mondiale pour la paix 1997. Jean Paul II.

[5] Lumen Fidei. Pape Francois.

Priez pour ceux qui vous font du mal!

Lire l’évangile du dimanche VII du temps ordinaire  (Mt 5, 38-48)

Dans le sermon de la montagne que nous sommes en train de méditer chaque dimanche, le Seigneur fait référence et cela correspond au texte de l’évangile d’aujourd’hui, à deux aspects de la charité des chrétiens, le premier aspect  en rapport avec la patience pour ceux qui nous font du mal, le deuxième la charité que nous devons exercer avec nos ennemis, comme on dit généralement « l’amour envers nos ennemis ».

« Vous avez appris qu’il a été dit : Œil pour œil, et dent pour dent ». Comme vous le savez peut-être, le Seigneur parle de la loi appelée « du Talion » mot qui vient du latin : « talio, talionis », cette loi consistait dans une punition à subir le même mal qu’on avait causé. C’est un nom un peu curieux dont le sens étymologique nous donne deux racines possibles, la première en référence au fait de peser quelque chose, comme dans une balance à deux plateaux, afin d’arriver à – un poids équivalent ; la deuxième vient aussi du latin : talis ou tale, c’est notre « tel », à tel péché, telle restitution. Bien qu’elle fût dure, cette loi n’avait pas en elle une finalité à générer la violence, mais plutôt à donner une mesure pour que la restitution ne dépassât les limites humaines. Comme dit saint Jean Chrysostome :

« C’est à cette vengeance aussi excessive qu’elle est injuste que la loi a posé de justes bornes en créant la peine du talion, qui mesure rigoureusement le châtiment à l’offense. Le but de cette loi n’est pas de donner une nouvelle force à la fureur, mais de la contenir et de la réprimer ; ce n’est pas de rallumer une flamme assoupie, mais de circonscrire celle qui brûlait déjà

Le Seigneur nous dit de ne pas résister au mauvais, et saint Jean Chrysostome nous apprend aussi que Jésus utilise le même mot pour désigner le démon ‘le mauvais par excellence’, parce que finalement c’est le démon qui va inciter notre prochain à nous faire du mal, et c’est contre le démon même que nous devons porter notre colère.

« Quoi donc! Me direz-vous, ne faut-il point résister à l’homme méchant ?-prêchait toujours saint Jean Chrysostome- Il faut lui résister, mais non de la manière que vous pensez, mais de celle que Jésus-Christ nous commande : c’est-à-dire en voulant bien souffrir tout le mal qu’il nous veut faire. C’est ainsi que vous le surmonterez. Ce n’est pas avec le feu qu’on éteint le feu, mais seulement avec l’eau. De son côté l’offenseur, rougissant de honte en voyant la patience de l’autre, bien loin de redoubler le coup, ce qu’il ne fera pas quand il serait plus cruel qu’une bête farouche, aura une douleur extrême du premier qu’il aura donné. Car rien ne calme tant les hommes violents que la patience de ceux qu’ils outragent. Non seulement cette douceur arrête le cours des violences, mais encore elle produit le repentir des injures déjà faites ; à sa vue, les plus mal-intentionnés se retirent saisis d’admiration, et souvent ils deviennent amis sincères et dévoués, d’ennemis déclarés qu’ils étaient. ».

Mais, la raison la plus profonde de supporter patiemment le mal qu’on nous afflige c’est que cette patience devient une participation de la Passion de Notre Seigneur, et cela acquiert donc un mérite et une valeur qui correspondent au mérite et à la valeur de la Passion de Notre Seigneur.

En fait, les trois mots que saint Matthieu utilise dans ces trois gestes d’injustice envers les disciples du Seigneur se retrouveront après dans le récit de la Passion, Jésus recevra une gifle, on pendra sa tunique pour la tirer au sort et c’est Simon de Cyrène qui sera « réquisitionné pour marcher » (en grec c’est un seul mot « angaréouo ») avec le Seigneur. Il semblerait qu’avec ces trois exemples le Seigneur veuille nous indiquer que son imitation la plus parfaite, le chrétien l’atteint dans la passion et dans la croix.

Alors, il existe dans l’évangile de ce dimanche une deuxième loi que le Seigneur nous donne. Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous font du mal. Pour expliquer cette deuxième partie nous allons suivre l’enseignement de saint Thomas d’Aquin, l’église nous dit de marcher sur sa théologie parce que c’est elle qui nous conduit avec certitude à la vérité.

Lorsque saint Thomas parle de la vertu théologale de la charité et explique ensuite comment l’amour agit  pour Dieu, pour le prochain et pour nous-mêmes, il se demande « si l’on peut aussi aimer les pécheurs et les ennemis ».

A l’égard des pécheurs, il dit que, bien que la charité soit due à tous les hommes, il semblerait que parmi eux, il y en a ceux qui ont été exclus de cette amitié caritative pour être devenus « ennemis de Dieu », c’est-à-dire, les pécheurs qui ont voulu couper l’amitié avec Dieu à cause du péché ; il y en a d’autres qui sont aussi nos ennemis (ceux n’ont pas gardé notre amitié). Pourtant, saint Thomas nous rappelle ce raisonnement de saint Augustin qui dit : « lorsque Dieu prescrit :  » Tu aimeras ton prochain « , le mot prochain  » désigne manifestement tous les hommes « . Mais les pécheurs ne cessent pas d’être des hommes, car le péché ne détruit pas la nature. Donc les pécheurs doivent être aimés de charité. »

Comment le pécheur peut-il être aimé, malgré son péché ? Chez les pécheurs on peut considérer deux choses : la nature et la faute. Par leur nature, qu’ils tiennent de Dieu, ils sont capables de la béatitude, sur la communication de laquelle est fondée la charité (par la charité, nous allons contempler Dieu). Et c’est pourquoi, selon leur nature, il faut les aimer de charité. Mais leur faute est contraire à Dieu, et elle est un obstacle à la béatitude. Aussi, selon leur faute qui les oppose à Dieu, ils méritent d’être détestés. Car nous devons haïr les pécheurs en tant que tels, et les aimer en tant qu’ils sont des hommes capables de la béatitude. C’est là véritablement les aimer de charité, à cause de Dieu.

Par la charité nous aimons les pécheurs, non pour vouloir ce qu’ils veulent (le mal), et pour nous réjouir de ce qui les réjouit, mais pour les amener à vouloir ce que nous voulons (c’est le bien, l’amitié avec Dieu), et à se réjouir des choses dont nous nous réjouissons. De là cette parole de Jérémie (15, 19) :  » Eux reviendront vers toi, et toi tu n’auras pas à revenir vers eux.  » Pour résumer donc, nous devons aimer celui qui est pécheur, parce qu’il est toujours appelé à l’amitié avec Dieu et nous devons prier pour sa conversion. Mais nous devons haïr en lui et en tout le péché, et avoir de la peine pour qu’il soit dans cette condition de péché.

Par rapport à la charité avec nos ennemis. Il faut savoir d’abord qu’ennemis – sont ceux qui nous haïssent et cela constitue aussi un péché. Dans ce sens, c’est une espèce d’amour pour les pécheurs.

Mais, l’amour pour les ennemis a été prescrit par Dieu dans la bible, nous donnant comme exemple l’amour de Dieu (Rom. 5,8-10) : la preuve que Dieu nous aime, c’est que le Christ est mort pour nous, alors que nous étions encore pécheurs. En effet, nous avons été réconciliés avec Dieu par la mort de son Fils alors que nous étions ses ennemis. Et nous avons le commandement que le Seigneur nous donne dans l’évangile de ce dimanche.

Alors, l’amour donc envers nos ennemis et ceux qui nous ont fait du mal ou nous font du mal, implique :

-Que nous ne pouvons pas aimer dans un ennemi ce qu’il possède comme qualité de péché, ce qui le constitue comme ennemi et persécuteur, cela serait pervers de l’aimer pour être un criminel.

– Il est nécessaire d’aimer l’ennemi comme quelqu’un qui appartient à la nature humaine et – pour cela – peut atteindre la béatitude divine, et il est obligatoire de l’aimer parce qu’on doit avoir cet amour pour tous, nous devons désirer que tous les hommes se convertissent et se sauvent. Et pour cela nous devons donner les signes et bénéfices de charité qu’on donne en général à tous nos prochains, surtout et le premier de prier pour qu’il puisse aller au Ciel.

– Il n’est pas nécessaire par contre, d’aimer notre ennemi d’un amour spécial comme est celui qui l’on réserve pour les êtres chers, non plus en faire l’objet des attentions et bénéfices qui correspondent à cet amour de préférence (celui qui nous avons pour nos êtres chers).

– Il est pourtant nécessaire d’être disposé à avoir et exercer une charité spéciale avec l’ennemi au cas où il en aurait besoin (si je vois mon ennemi en train de mourir de soif ou de faim, je dois l’aider).

Le livre des Proverbes (25, 21) dit :  » Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger ; s’il a soif, donne-lui à boire. »

-Mais qu’en dehors du cas de nécessité quelqu’un accorde des bienfaits de ce genre à ses ennemis, cela relève en lui de la perfection de la charité, qui, non contente  » de ne pas se laisser vaincre par le mal « , ce qui est de nécessité, veut encore  » vaincre le mal par le bien  » (Rm.  12, 21), ce qui relève de la perfection : non seulement alors on craint de se laisser entraîner à la haine à cause d’une injure que l’on a reçue, mais encore on s’efforce, en faisant du bien à son ennemi, de se faire aimer de lui.

Demandons la grâce à la très saint Vierge Marie d’aimer comme son Fils Jésus-Christ nous a commandé d’aimer.   

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné