Archives par mot-clé : Passion

« L’amour de ta maison fera mon tourment » – Comment rendre utiles et saintes nos passions?

Homélie pour le Troisième Dimanche de Carême, Année B (Jn. 2, 13-25)

Ce dimanche de carême, la liturgie nous invite à réfléchir dans l’évangile à cette scène où le Seigneur expulse les marchands du Temple. Il est évident que ce moment est intimement lié à sa Passion et sa Mort, mais le Seigneur nous y révèle aussi à la fois sa nature Divine, car il se montre Dieu, prophétisant sa Mort et sa Résurrection, et aussi dans la connaissance qu’Il a des hommes, une connaissance profonde : car Jésus connaissait ce qu’il y a dans l’homme. En même temps Jésus nous révèle sa nature humaine, Il est un homme comme nous, mais un homme sans péché. Et pour cela, à la vue de ce que les hommes impies faisaient, il sent une sainte colère, car « l’amour de ta maison fera mon tourment » (me consume, me dévore) et son zèle fait justice.

Comme nous le Seigneur avait ses mouvements propres de la sensibilité que nous appelons « les passions », comme lorsque nous disons par exemple que « nous sommes passionnés pour quelque chose », sauf que chez le Christ, toutes les passions étaient admirablement ordonnées à sa sainte Volonté et son Intelligence, et c’est pour cela que lorsqu’il est en train de chasser tous les marchands à coups de fouet et de renverser les comptoirs de monnaies, il s’arrête devant les vendeurs de colombes, et qu’avec autorité il utilise ses paroles pour les faire partir.    

Pour cette raison, à cause de cet ordre admirable, ces passions sensibles de l’Humanité du Christ reçoivent le nom de «pro-passions» (telles que l’amour, le désir, l’espérance, la peur, la tristesse, etc.). Les passions font partie de notre nature humaine, elles sont des fonctions de l’appétit sensible concupiscible et irascible.

« Les sentiments ou passions désignent les émotions ou mouvements de la sensibilité, qui inclinent à agir ou à ne pas agir en vue de ce qui est ressenti ou imaginé comme bon ou comme mauvais. » comme nous l’enseigne le Catéchisme de l’Eglise.

Les passions soumises à la raison sont des forces vives qui nous inclinent au bien de notre nature; mais, en raison du péché originel, les passions de tous les descendants d’Adam se révoltent au point d’obscurcir la raison et d’affaiblir la liberté. Cependant, cette rébellion n’enlève pas la liberté et la responsabilité de leurs propres actions.

« Les passions sont nombreuses. La passion la plus fondamentale est l’amour provoqué par l’attrait du bien. L’amour cause le désir du bien absent et l’espoir de l’obtenir. Ce mouvement s’achève dans le plaisir et la joie du bien possédé. L’appréhension du mal cause la haine, l’aversion et la crainte du mal à venir. Ce mouvement s’achève dans la tristesse du mal présent ou la colère qui s’y oppose (qui veut enlever le mal) ».

Nous devons savoir « qu’en elles-mêmes, les passions ne sont ni bonnes ni mauvaises. « Ces grands sentiments ne décident ni de la moralité, ni de la sainteté des personnes. Les passions sont moralement bonnes quand elles contribuent à une action bonne, et mauvaises dans le cas contraire ». La volonté droite ordonne au bien et à la vie éternelle les mouvements sensibles qu’elle assume ; la volonté mauvaise succombe aux passions désordonnées et les exacerbe (les augmente). Enfin, « les émotions et sentiments peuvent être assumés dans les vertus, ou pervertis dans les vices. Pour cela saint Augustin disait  » Les passions sont mauvaises si l’amour est mauvais, bonnes s’il est bon  » (S. Augustin, civ.14, 7) ».

« Dans la vie chrétienne, l’Esprit Saint lui-même accomplit son œuvre en mobilisant l’être tout entier y compris ses douleurs, craintes et tristesses, comme il apparaît dans l’Agonie et la Passion du Seigneur. Dans le Christ, les sentiments humains peuvent recevoir leur consommation dans la charité et la béatitude divine ».

Lorsqu’on parle de passions, il ne faut pas oublier qu’en raison de la trace du péché originel, elles ont été déséquilibrées et que, par conséquent, tous les hommes en sont sérieusement affectés.

Nous sommes obligés de former nos passions, c’est-à-dire de canaliser de façon droite et ferme leur précieux potentiel, en le sublimant et en le dirigeant, afin qu’elles soient un stimulant et une force pour mener à bien de grandes entreprises.

En effet, le péché a entraîné l’homme dans une guerre civile interne.

Le désordre qu’il a créé dans sa nature pousse ainsi les forces de la passion dans des directions contraires à celles que le sujet (la personne) essaie de suivre consciemment et librement, selon la juste raison et à la lumière de la foi. On peut donc dire que la volonté ne les contrôle pas directement et pour cette raison, il est nécessaire de procéder par un travail indirect, que l’on appelle un travail « politique » car la volonté doit gouverner, voire aussi apaiser les passions, les distraire du mal et redresser leurs énergies vers le bien.

La première ressource fondamentale est la polarisation par un idéal, un objectif. L’amour profond pour son idéal de vie fait que toute la personnalité se polarise autour de lui. Non seulement l’intelligence et la volonté, mais aussi les passions entreront en jeu selon la direction unitaire de la personne.

Mais il ne suffit pas de vouloir un idéal. Les passions peuvent «se rebeller» à tout moment, comme nous l’avons évoqué plus haut. Il faut donc de la vigilance et de la fermeté pour éviter les causes de la passion rebelle. L’expérience personnelle nous apprend à connaître certaines situations ou circonstances, externes ou internes, qui tendent à stimuler nos passions et les faire marcher vers le mauvais chemin.

Il est également possible de canaliser les passions vers des objets qui leur sont appropriés et en même temps conformes à leurs propres convictions. Voyons quelques exemples :

Au lieu de laisser la haine être dirigée contre ceux qui nous ont fait du mal, nous pouvons les diriger contre le péché ; contre le péché de haïr le prochain, par exemple.

Au lieu de nous abandonner à la tristesse, nous pouvons utiliser cette tendance pour nous plonger dans la souffrance rédemptrice du Christ, afin de méditer l’acte d’amour du Seigneur et de ressentir par-là, la joie profonde de savoir que nous sommes aimés par lui à ce tel extrême.

Regardons nous aussi souvent à l’intérieur et demandons-nous : ces pensées, cette réaction, ce désir que nous allons accomplir, d’où viennent-ils, est-ce que notre raison les a jugés les plus aptes pour nous et notre volonté les veut-elle librement? Ne sommes-nous pas plutôt emportés par des impulsions passionnées ?

Quels sont les effets des passions désordonnées ?

Le désordre des passions dérive soit d’un bien sensible interdit, soit d’un bien licite, mais vers lequel elles tendent trop fermement et sans se référer à Dieu. Les passions désordonnées:

a. Aveuglent l’âme.

b. Fatiguent l’âme et la font souffrir. L’âme se fatigue et se lasse pour obtenir ce que ses appétits lui demandent; et même si l’esprit y réussit, il se fatigue toujours, car il n’est jamais satisfait …

c. La volonté est affaiblie par les passions rebelles qui l’entraînent dans des directions différentes ; la volonté est forcée de répandre ses forces, qui sont ainsi affaiblies.

d. elles entachent l’âme, lorsque l’âme, cédant aux passions, s’unit aux créatures ; au lieu d’être l’image fidèle de Dieu, elle devient l’image des choses auxquelles elle est attachée.

Quels avantages tirons-nous des passions bien ordonnées ?

Lorsque, au contraire, les passions sont bien ordonnées, c’est-à-dire dirigées vers le bien, modérées et soumises à la volonté, elles sont d’un grand bénéfice. Ce sont en effet des forces vivantes et ardentes, qui stimulent l’activité de l’intelligence et de la volonté, et les aident puissamment.

Elles travaillent sur notre intelligence en stimulant notre amour de l’étude et le désir de connaître la vérité. Quand on a une passion pour quelque chose, au bon sens du mot, on se fait tous yeux, toutes oreilles pour mieux le connaître, notre esprit perçoit clairement la vérité, et la mémoire est plus tenace à la retenir.

Elles travaillent aussi sur la volonté afin de saisir et de multiplier les énergies au centuple : ce qui est fait avec amour, on le fait mieux, avec plus d’attention et de persévérance et avec de meilleurs résultats. Qu’est-ce qu’une mère n’osera pas faire pour sauver son enfant?

La Sainte Écriture, faisant appel à cette unité substantielle de l’homme (intelligence, volonté, passions sensibles) nous commande « d’aimer le Seigneur, votre Dieu, de tout votre cœur, de toute votre âme, de tout votre esprit et de toute votre force» (Mc 12, 30). Nos passions se transforment souvent en actes volontaires et notre libre arbitre devient passionné. Et une passion modérée et devenue « vertueuse » donnera une force particulière à notre capacité d’accomplissement de l’action morale dans les difficultés.

Le Christ a également éprouvé des sentiments de tristesse, de frayeur et d’angoisse (Mc 14,33; Mt 26,37). Il a vécu en Lui l’effet des passions.

Dans son agonie lorsqu’il était au Jardin des Oliviers, son âme était accablée de tristesse (Mt 26,38) et l’angoisse le pénétrait au point de la faire crier (Hb 5,7). Tous les insultes, tous les coups, tous les crachats, toutes les humiliations qui se sont abattues sur lui pendant sa passion l’ont fait souffrir immensément et cela ne le laissait pas insensible, au contraire, plus sa nature était parfaite, plus sa sensibilité était délicate et grande. Il était effectivement plongé dans la douleur. Enfin, après avoir pris sur lui toutes nos faiblesses, après s’être montré vraiment homme et semblable à nous en toutes choses, il voulait souffrir la mort comme les autres fils d’Adam: « et baissant la tête, il remit son esprit » (Jn 19, 30).

Regardons donc de quelle manière, Jésus-Christ est notre modèle en tant que Fils de Dieu et en tant que Fils de l’homme à la fois. Mais il l’est surtout en tant que Fils de Dieu: cette condition du Fils de Dieu est ce qui est radical et fondamental en Lui; en ce que nous devons avant tout lui ressembler.

Profitons de ce temps pour travailler dans notre vie spirituelle pour que ce qu’il y a d’humain en nous soit élevé par la grâce et pouvoir ainsi ressembler d’avantage au Christ. A la Vierge Marie nous demandons cette grâce.

P. Luis Martinez IVE.

L’eucharistie fait dans le fidèle ce que la Passion du Christ fait dans le monde

Homélie du Vendredi Saint

La prescription liturgique d’aujourd’hui indique que le célébrant doit faire une « courte homélie » car il est entendu que toutes les paroles sont silencieuses, et que tous les discours sont vides, devant l’immense force du récit simple de la Passion de Jésus-Christ, c’est-à-dire de tout ce que Jésus a fait et souffert pour nous racheter de nos péchés, et « non seulement les nôtres, mais encore ceux du monde entier » (1Jn 2, 2).

Saint Paul de la Croix disait que « tout est dans la Passion ». Car en elle se trouve toute la grâce et la force dont notre âme a besoin pour vaincre ses ennemis internes et externes, et pour s’élever progressivement vers l’union avec Dieu son créateur, et avec le Christ, qui nous a « achetés à grand prix » (1Cor 7, 23) : le prix de son sang.

C’est pourquoi il est nécessaire de rendre la passion du Christ présente dans nos vies. La puissance de la croix du Christ doit agir en nous. Et si nous nous demandons comment nous pouvons rendre la Passion de Jésus présente dans notre vie, nous avons la réponse en regardant l’autel et le tabernacle ; parce que, comme saint Thomas d’Aquin enseigne, « tout ce que la Passion du Christ a fait dans le monde, le sacrement de l’Eucharistie le fait dans l’âme de chaque fidèle ».

Nous trouvons dans l’Eucharistie toute la richesse de la croix, et nous pouvons en faire usage, tant que nous ne mettons pas d’obstacles dans notre cœur, c’est-à-dire tant que nous ne retirons pas –par notre affection pour le péché– notre volonté de ce pur Amour qui brille sur le Calvaire.

Chaque communion nous conduit mystiquement et par une certaine contemporanéité, au moment où le Christ nous a sauvés du pouvoir du diable et de la mort. Saint Thomas dit que dans l’Eucharistie, parce qu’elle est un sacrement, tout ce qui est indiqué dans les paroles qui l’accomplissent, qui sont les paroles de la consécration, est produit. Et donc, après que le prêtre ait prononcé les paroles : « ceci est mon Corps » « ceci est la coupe de mon Sang » ; nous croyons que le Corps et le Sang de Jésus sont ici vraiment, réellement et substantiellement. Mais il y a d’autres mots utilisés dans la consécration, qui nous montrent de quelle manière Jésus y est présent : « Corps livré » « Sang versé ». C’est-à-dire que la présence du Christ est sacrificielle, dans un état de souffrance. De plus, la consécration du pain et du vin se fait séparément, comme c’était le cas dans les sacrifices, où le sang de la victime était totalement séparé du corps. Pour toutes ces raisons, nous pouvons conclure que non seulement le Christ vient à nous dans chaque communion, mais que toute sa passion nous est offerte pour être nôtre, chaque fois que nous arrivons à l’autel.

« Tout est dans la Passion ». Et toute la Passion est dans l’hostie. Que la commémoration de la Passion de Jésus en cette Semaine Sainte augmente notre faim de l’Eucharistie, pour que notre cœur soit plus enflammé à chaque communion, et qu’elle soit pour nous la nourriture de la vie éternelle.

Nous demandons cette grâce à la Très Sainte Vierge Marie, que Saint Jean-Paul II appelait la « femme de l’Eucharistie » ; à cette Vierge qui se tenait au pied de la Croix de son Fils Jésus, se donnant aussi pour notre salut.

P. Juan Manuel Rossi IVE.