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L’eucharistie fait dans le fidèle ce que la Passion du Christ fait dans le monde

Homélie du Vendredi Saint

La prescription liturgique d’aujourd’hui indique que le célébrant doit faire une « courte homélie » car il est entendu que toutes les paroles sont silencieuses, et que tous les discours sont vides, devant l’immense force du récit simple de la Passion de Jésus-Christ, c’est-à-dire de tout ce que Jésus a fait et souffert pour nous racheter de nos péchés, et « non seulement les nôtres, mais encore ceux du monde entier » (1Jn 2, 2).

Saint Paul de la Croix disait que « tout est dans la Passion ». Car en elle se trouve toute la grâce et la force dont notre âme a besoin pour vaincre ses ennemis internes et externes, et pour s’élever progressivement vers l’union avec Dieu son créateur, et avec le Christ, qui nous a « achetés à grand prix » (1Cor 7, 23) : le prix de son sang.

C’est pourquoi il est nécessaire de rendre la passion du Christ présente dans nos vies. La puissance de la croix du Christ doit agir en nous. Et si nous nous demandons comment nous pouvons rendre la Passion de Jésus présente dans notre vie, nous avons la réponse en regardant l’autel et le tabernacle ; parce que, comme saint Thomas d’Aquin enseigne, « tout ce que la Passion du Christ a fait dans le monde, le sacrement de l’Eucharistie le fait dans l’âme de chaque fidèle ».

Nous trouvons dans l’Eucharistie toute la richesse de la croix, et nous pouvons en faire usage, tant que nous ne mettons pas d’obstacles dans notre cœur, c’est-à-dire tant que nous ne retirons pas –par notre affection pour le péché– notre volonté de ce pur Amour qui brille sur le Calvaire.

Chaque communion nous conduit mystiquement et par une certaine contemporanéité, au moment où le Christ nous a sauvés du pouvoir du diable et de la mort. Saint Thomas dit que dans l’Eucharistie, parce qu’elle est un sacrement, tout ce qui est indiqué dans les paroles qui l’accomplissent, qui sont les paroles de la consécration, est produit. Et donc, après que le prêtre ait prononcé les paroles : « ceci est mon Corps » « ceci est la coupe de mon Sang » ; nous croyons que le Corps et le Sang de Jésus sont ici vraiment, réellement et substantiellement. Mais il y a d’autres mots utilisés dans la consécration, qui nous montrent de quelle manière Jésus y est présent : « Corps livré » « Sang versé ». C’est-à-dire que la présence du Christ est sacrificielle, dans un état de souffrance. De plus, la consécration du pain et du vin se fait séparément, comme c’était le cas dans les sacrifices, où le sang de la victime était totalement séparé du corps. Pour toutes ces raisons, nous pouvons conclure que non seulement le Christ vient à nous dans chaque communion, mais que toute sa passion nous est offerte pour être nôtre, chaque fois que nous arrivons à l’autel.

« Tout est dans la Passion ». Et toute la Passion est dans l’hostie. Que la commémoration de la Passion de Jésus en cette Semaine Sainte augmente notre faim de l’Eucharistie, pour que notre cœur soit plus enflammé à chaque communion, et qu’elle soit pour nous la nourriture de la vie éternelle.

Nous demandons cette grâce à la Très Sainte Vierge Marie, que Saint Jean-Paul II appelait la « femme de l’Eucharistie » ; à cette Vierge qui se tenait au pied de la Croix de son Fils Jésus, se donnant aussi pour notre salut.

P. Juan Manuel Rossi IVE.

« Vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins »

Lire l’évangile du dimanche XXV (Mc. 9,30-27)

Notre Seigneur traverse la Galilée, même si l’évangile ne le mentionne pas, Jésus marche vers Jérusalem, c’est le dernier voyage avant sa Passion.

Le Seigneur ne voulait pas qu’on le sache, « car » dit l’évangile, il enseignait ses disciples, il leur annonçait ce qui allait venir, la passion, sa mort et la Résurrection.

En Galilée le Christ avait fait beaucoup de prodiges, maintenant il passe sans qu’on L’aperçoive, parce que rien ne doit empêcher sa marche vers la Passion.

La description est tragique, le Fils de l’homme est livré aux mains des hommes, ils le tueront. Mais on voit aussi un avertissement à celui qui avait déjà décidé de Le livrer, c’est peut être un dernier appel à la repentance de Judas Iscariote, le verbe est au présent « il est livré », cela indique un fait accompli au moins une décision déjà prise, résolue dans le cœur du traître.

Ainsi les disciples ne comprenaient pas, mais ils avaient peur aussi de poser des questions. C’est peut-être la peur d’en savoir un peu plus. Cela nous arrive à nous aussi par rapport à certaines vérités chrétiennes, nous avons du mal à les accepter : la croix, le renoncement, le sacrifice, l’abnégation, nous préférons un christianisme sans trop de croix, le côté facile. Le fait d’écouter parler de la souffrance et de la mort avait tellement choqué les apôtres qu’ils ont oublié que le Seigneur annonçait en même temps sa résurrection.

Mais l’évangile de ce dimanche contient aussi un autre moment au delà du chemin, c’est à Capharnaüm où le Seigneur va découvrir les pensées et la raison de la discussion entre les apôtres sur la primauté alors qu’ils étaient en chemin. C’est là, où le Seigneur révèle aussi le secret de l’autorité dans l’Eglise : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »

Ecoutons l’explication de saint Jérôme : « Remarquez que c’est en marchant, que les disciples se disputent sur la question de prééminence, et que Jésus s’assoit pour leur enseigner l’humilité. Le travail et la fatigue sont le partage de ceux qui commandent, tandis que le repos est celui des humbles. »

Et le Seigneur leur met sous les yeux mêmes un modèle d’humilité et de simplicité ; car l’enfant ne connaît ni la jalousie, ni la vaine gloire, il est pur de toute ambition. Et il ne leur dit pas seulement : une grande récompense vous est réservée si vous devenez semblables à cet enfant, mais il ajoute, si vous honorez, pour l’amour de moi, quiconque ressemblera un enfant.

C’est précisément avec d’autres mots, l’avertissement que fait l’apôtre Saint Jacques dans la deuxième lecture (Jc 3, 16 – 4, 3) , où il met les premiers chrétiens en garde de tomber dans cette ambition composée de jalousies et de rivalités. La cause qu’il en donne en est la convoitise de choses de ce monde, soit l’honneur soit les plaisirs qui font descendre l’esprit jusqu’à empêcher le fait de prier comme il faut et de recevoir l’aide de Dieu : « Vous n’obtenez rien parce que vous ne demandez pas (demander avec un esprit humble et bon) ;  vous demandez, mais vous ne recevez rien ; en effet, vos demandes sont mauvaises, puisque c’est pour tout dépenser en plaisirs ».

Par deux fois, Saint Jacques relève l’esprit de jalousie et ses conséquences : la jalousie et les rivalités mènent au désordre, et quelques versets après : vous êtes jaloux et vous n’arrivez pas à vos fins, alors vous entrez en conflit et vous faites la guerre.

Généralement nous donnons le nom de jalousie au fait d’avoir envie des biens du prochain, soit de désirer pour nous son honneur (l’estime des autres, le poste qu’il occupe), soit aussi la jalousie de choses matérielles qu’il possède. Le mot « Jalousie » est une forme dérivée du mot « zèle », mais un zèle qui est évidement mauvais.

L’envie est un vice capital (un des péchés capitaux). Elle désigne la tristesse éprouvée devant le bien d’autrui et le désir immodéré de se l’approprier, même si nous voudrions l’obtenir de façon injuste. Quand elle souhaite un mal grave au prochain, c’est un péché mortel.  (cf. Cat. de l’Eglise Catholique nn. 2538-2540)

Il faut bien remarquer qu’il s’agit d’une tristesse qu’on ressent à cause d’un bien du prochain et qu’à l’inverse, on se réjouit lorsque notre prochain perd ce bien, perd la joie qu’il possède.

Nous ne pouvons pas appeler péché de jalousie le fait de nous réjouir lorsqu’un ennemi qui nous persécute et veut nous faire du mal, tombe parce qu’il ne pourra pas arriver à ce mauvais projet contre nous et que nous estimons que sa chute permettra à certains de se relever, ou bien lorsque nous craignons que son succès ne soit pour beaucoup  et pour nous-mêmes le signal d’une injuste oppression.

Ce n’est pas jalousie non plus le fait de désirer certains biens des autres, lorsque ces biens sont spirituels (les vertus, par exemple ; la sainteté) : Si ce zèle se rapporte à des biens honnêtes il est digne de louange ; S. Paul écrit (1 Co 14, 1) : « Ayez de l’émulation pour les dons spirituels », cela veut dire : imitez les bons et ce qui a du bon chez les autres.

Pour cela, nous devons limiter la jalousie ou l’envie aux choses matérielles et aux honneurs dans ce monde, et à cette tristesse de ce que l’honneur ou l’estime des autres  qui comblent cette personne assombrissent les nôtres.

Saint Augustin voyait dans l’envie  » le péché diabolique par excellence  » (catech. 4, 8). En effet le livre de la Sagesse nous dit que « c’est par la jalousie du diable que la mort est entrée dans le monde » (2,24)

 » De l’envie naissent la haine, la médisance, la calomnie, la joie causée par le malheur du prochain et le déplaisir causé par sa prospérité  » (S. Grégoire le Grand, mor. 31, 45 : PL 76, 621).

 La jalousie ou l’envie est une tristesse non à cause d’un mal (une maladie, un accident, une souffrance) mais à cause d’un bien, que je ne possède pas, qui me manque et dont je n’accepte pas que l’autre le possède.

Le problème essentiel de l’envie consister à regarder le bien de l’autre avec un mauvais regard, en  effet envie vient du mot latin « invidia », qui signifie « regarder avec des mauvais yeux, un regard tordu », voir négativement ce qu’on doit regarder avec joie. La jalousie est parfois représentée comme une personne au regard colérique et maigre, parce qu’elle mord mais elle ne mange pas.

L’envie peut avoir des conséquences violentes et graves, dans la bible nous en trouvons beaucoup de cas, par envie lorsque Caïn tue son frère Abel, quand Joseph fut vendu comme esclave par ses propres frères, ou Saül qui avait essayé de donner la mort à David tout comme  les scribes et pharisiens étaient aussi jaloux de Notre Seigneur parce que le peuple le tenait pour un prophète.

Comment combattre les tentations de jalousie qui arrivent parfois chez nous ?

Evidement que nous devons nous réjouir pour le bien d’autrui et certaine dispositions nous aident à cela :

  • Le fait de nous accepter nous-mêmes, avec nos défauts et nos qualités, d’accepter et d’aimer aussi les valeurs et les réussites des autres.
  • Eviter nous comparer avec d’autres personnes, mais rechercher la sainte émulation, c’est-à-dire chercher à imiter les vertus et la recherche de la sainteté.
  • Fomenter la vertu de la magnanimité et la grandeur d’esprit, faire de grandes choses pour Dieu et lutter contre le complexe d’infériorité.
  • Se savoir « aimé de Dieu », ayant conscience de que chaque être humain est aimé de Dieu, l’homme seule créature sur terre que Dieu a aimé pour elle-même.
  • Travailler dans l’humilité, comme le Seigneur nous l’enseigne dans l’évangile de ce dimanche.

Que la très Sainte Vierge Marie nous donne ces grâces.

P. Luis Martinez V. E.