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Saint Joseph, le patriarche et le juste

Solennité de Saint Joseph

Nous avons la joie de célébrer aujourd’hui le grand patriarche saint Joseph, rappelons-nous que ce titre « patriarche » dans l’Ancien Testament est appliqué aux grands saints de l’histoire d’Israël qui ont non seulement guidé le peuple comme Abraham, Jacob, Moïse, mais qui ont vécu une vie droite devant Dieu, l’Eglise les considère des saints de l’Ancien Testament, et pour cela ils reçoivent aussi le titre de « justes », juste dans le langage biblique est synonyme de « saint ».

On donne à Saint Joseph ce double titre, « Patriarche », car Il a guidé et protégé le Nouveau Peuple d’Israël en son chef Jésus-Christ et dans son membre le plus éminent, la très Sainte Vierge Marie ; comme Il guide et protège aujourd’hui aussi, l’Eglise, peuple de Dieu, dont il est le patron. Le titre de « Juste » lui est accordé par l’évangile, l’unique description que nous avons de sa personne, il était « juste ».

Dans les deux lectures de ce jour, avant l’évangile, la parole de Dieu, parlant des autres patriarches, Abraham et David nous fait revenir à l’image de saint Joseph, le patriarche juste, mais aussi comme Père, car le patriarche a la mission d’être un père pour le peuple.

Au roi David, Dieu dit par le prophète : « je te susciterai dans ta descendance un successeur, qui naîtra de toi, et je rendrai stable sa royauté. C’est lui qui bâtira une maison pour mon nom.

Pour le patriarche Abraham, la lettre aux Hébreux dit qu’il a cru ; ainsi est-il devenu le père d’un grand nombre de nations. Et voilà pourquoi il lui fut accordé d’être juste. Croire, vivre la foi pour devenir juste, saint.

Comme on a déjà dit, la Sainte Écriture ne raconte que peu de choses au sujet de saint Joseph. Elle nous dit seulement qu’il était « juste ». Selon un grand écrivain : « l’Ecriture indique par là qu’il s’acquitta fidèlement de son rôle sublime de gardien envers les deux plus grands trésors de Dieu sur la terre, Jésus et Marie. Les heures les plus amères de sa vie sont, sans doute, celles où il a été mis à l’épreuve par rapport à la maternité virginale de Marie. Mais c’est justement dans le conflit entre ses droits et ses devoirs qu’il se montra grand. Il était nécessaire que cette souffrance, qui fait partie de l’œuvre rédemptrice, soit supportée en vue d’un grand bien : Joseph est le témoin le moins suspect de la naissance virginale du Rédempteur ».

Revenant à l’évangile de ce jour, on voit que Joseph ne veut pas découvrir aux autres que la Sainte Vierge est enceinte. Saint Jérôme nous dit que dans la loi juive, « non seulement ceux qui commettent le crime, mais les complices eux-mêmes du crime sont coupables. Comment donc Joseph, cachant le crime de son épouse, est-il appelé juste ? Mais c’est un témoignage en faveur de Marie ; car Joseph connaissant sa chasteté, et plein d’admiration pour ce qui se passe, cache, sous le voile du silence, l’événement dont il ne comprend point le mystère ».

Mais, la sainteté de Joseph se fait plus qu’évidente dans les épreuves de sa vie, comme dit un ancien hymne de l’Eglise : « tes joies sont mêlées de larmes », chaque moment de ce que les évangiles racontent de sa vie est signé par la croix ; comme tous les saints, Il possède le Christ, le Christ avec lui, il est donc associé à sa passion aussi.

« Aussitôt que l’Enfant vient au monde, dit le grand orateur Bossuet, on ne trouve point de maison pour eux, et leur logement est dans une étable. Qui leur procure (à Marie et Joseph) cette disgrâce, sinon celui dont il est écrit que, « venant chez lui, il n’y a pas été reçu par les siens, » et qu’il n’a pas d’endroit où il puisse reposer sa tête ? »

« Jésus ne leur permet pas ce repos. Hérode ne peut souffrir que cet enfant vive : la bassesse de sa naissance n’est pas capable de le cacher à la jalousie de ce tyran. Le Ciel lui-même trahit le secret : il découvre Jésus-Christ par une étoile ; et il semble qu’il ne lui amène de loin des adorateurs, que pour lui susciter dans son propre pays un persécuteur impitoyable. »

« Que fera ici saint Joseph ? Représentez-vous, chrétiens, ce que c’est qu’un pauvre artisan, qui n’a point d’autre héritage que ses mains, ni d’autre fonds que son atelier, ni d’autre ressource que son travail. Il est contraint d’aller en Egypte et de souffrir l’exil, et cela pour quelle raison ? Parce qu’il a Jésus-Christ, Il est avec lui. »

Est-ce assez pour éprouver sa fidélité ? Ne le croyons-nous pas ; voici encore une étrange épreuve. Si c’est peu des hommes pour le tourmenter, Jésus devient lui-même son persécuteur. A l’âge de 12 ans Il s’échappe habilement de ses mains, il se dérobe à sa vigilance, et il demeure trois jours perdu. Qu’avez-vous fait, fidèle Joseph ? Qu’est devenu le sacré dépôt que le Père céleste vous a confié ? Ah ! Qui pourrait ici raconter ses plaintes ? Si vous n’avez pas encore entendu la paternité de Joseph, voyez ses larmes, voyez ses douleurs, et reconnaissez qu’il est père. Ses regrets le font bien connaître, et Marie a raison de dire à cette rencontre : « Ton père et moi te cherchions avec une extrême douleur. »

Saint Joseph est donc pour nous un grand modèle de sainteté, le juste est appelé comme lui à se réjouir avec et dans le Christ mais à souffrir avec Lui et pour Lui comme Joseph.

Le deuxième grand titre de saint Joseph est celui de Père, père nourricier de Jésus, père adoptif. Et c’est encore le grand Bossuet que nous suivons ici .

Saint Jean Chrysostome remarque que partout dans l’Évangile Joseph y apparaît en père. C’est lui qui donne le nom à Jésus, comme les pères le donnaient alors ; c’est lui seul que l’ange avertit de tous les périls de l’Enfant, et c’est à lui qu’il annonce le temps du retour. Jésus le révère et lui obéit : c’est lui qui dirige toute sa conduite comme en ayant le soin principal, et partout il nous est montré comme père. D’où vient cela, dit saint Jean Chrysostome ? En voici la raison véritable. C’est, dit-il, que c’était un conseil de Dieu, de donner au grand saint Joseph tout ce qui peut appartenir à un père sans blesser la virginité. 

Mais, où il prendra ce cœur paternel, si la nature ne le lui donne pas ? Si donc saint Joseph n’est pas père, comment aurait-il un amour de père ? C’est ici qu’il nous faut comprendre que la puissance divine agit en cette œuvre. C’est par un effet de cette puissance que saint Joseph a un cœur de père ; et si la nature ne le donne pas, Dieu lui en fait un de sa propre main. Car comme dit le Psaume 32,15, c’est Dieu « qui forme le cœur de chacun, qui pénètre toutes les actions.

C’est que le vrai Père de Jésus-Christ, ce Dieu qui l’engendre dans l’éternité, ayant choisi le grand Joseph pour servir de père au milieu des temps à son Fils unique, a fait en quelque sorte couler en son cœur quelque rayon ou quelque étincelle de cet amour infini qu’Il a pour son Fils: c’est ce qui lui change le cœur, c’est ce qui lui donne un amour de père; si bien que le juste Joseph, qui sent en lui-même un cœur paternel formé tout à coup par la main de Dieu, sent aussi que Dieu lui ordonne de s’en servir d’une autorité paternelle; et il ose bien commander à celui qu’il reconnaît pour son maître.

La mission de Joseph était unique dans l’histoire du salut et c’est aussi la mission qu’il continue à accomplir au Ciel pour nous. Etant un modèle de sainteté, le juste Joseph est aussi un protecteur, un patriarche et un père pour l’Eglise et pour chacun de ses membres. Que Saint Joseph et la très Sainte Vierge Marie nous protègent dans cette vie et nous conduisent à la Patrie Céleste.

P. Luis Martinez IVE.

Joseph, fils de David

Homélie pour le IV Dimanche du Temps de l’Avent (Mt 1, 18-24)

Dans quelques jours nous célèbrerons la solennité de la Nativité du Seigneur, la fête de Noël. Et l’évangile nous présente l’annonce de l’incarnation et de la naissance à saint Joseph, et tous les autres évènements qui ont précède cette vision de l’Ange (surtout la lutte qu’il y a eu dans le cœur de saint Joseph, face à un mystère si sublime comme l’Incarnation du Fils de Dieu).

Il est important de parler de saint Joseph aujourd’hui, parce qu’il a participé intiment à ce mystère : le mystère de la conception et la nativité de Notre Seigneur.

Les évangiles ne nous disent pas beaucoup de lui, sauf qu’il était descendant du roi David, charpentier ou artisan, qui vivait à Nazareth et qu’il était déjà fiancé avec Marie lorsqu’elle reçoit l’annonce de l’Ange et devient la Mère de Jésus. Dans les évangiles on n’entend pas un mot de saint Joseph, mais l’Esprit Saint nous laisse voir sa disposition à l’œuvre de Dieu et l’acceptation sans réserve de la volonté de Dieu, saint Joseph ne questionne pas ce que Dieu veut, au contraire, une fois que Dieu lui a révélé ce qu’il faut faire, il le fait. Le saint Patriarche est un homme d’action plus que de paroles. En lui est aussi représentée la Providence de Dieu qui n’abandonne jamais et ainsi comme Il avait la mission de protéger et nourrir la sainte Famille, aujourd’hui Il protège comme patron l’Eglise tout entière et chacun de ses enfants.

Certains ont pensé que Joseph avait un certain âge au moment où il épouse la Vierge Marie, Il est montré parfois très âgé, mais la piété chrétienne voulait protéger par-là la sainte virginité de Marie. Des écrits chrétiens des premiers siècles disent même que saint Joseph était veuf avant d’épouser la sainte Vierge.

D’abord, par rapport à son âge, suivant ce que disent les évangiles, il est difficile de nous imaginer Joseph comme un vieil homme à qui Dieu demande de partir en tout vitesse pendant la nuit, et de quitter la Palestine (Bethleem) pour fuir la rage d’Hérode qui voulait assassiner l’Enfant Jésus, et traverser un chemin désertique pendant 20 jours pour arriver enfin en Egypte et y chercher où s’installer pour vivre pendant 3 ans avec sa famille en exil et après ce temps, revenir au  pays d’origine pour refaire sa vie d’ouvrier à Nazareth.

Par rapport à la question de si Joseph avait eu avant Marie une autre épouse, l’opinion des pères de l’Eglise s’incline pour dire qu’au contraire, il était aussi vierge avant de se marier avec la sainte Vierge. Saint Jérôme nous dit : Joseph lui-même était également vierge à cause de Marie, afin que le Fils vierge (Jésus) puisse naître d’un foyer vierge. Dans ce saint homme, il n’y avait pas de péché et il n’a pas écrit qu’il avait une autre femme. Il était plutôt un gardien de María qu’un mari ; d’où il suit qu’il est resté vierge avec Marie, celui qui méritait d’être appelé père du Seigneur ». Saint Pierre Damien écrit : « Il ne semble pas suffisant que seule la Mère soit vierge; c’est de la foi de l’Église que celui qui a servi comme père est aussi resté vierge. Notre Rédempteur aime tellement l’intégrité de la pudeur fleurie qu’il est non seulement né d’un sein vierge, mais qu’il voulait aussi être embrassé par un père vierge ».

Et Saint Thomas d’Aquin : « Il faut croire que Joseph est demeuré vierge, car il n’est pas écrit qu’il avait une autre femme et nous ne pouvons pas attribuer l’infidélité à un personnage aussi saint ».

Mais, il faut dire que si Joseph est bien connu comme père adoptif de Jésus, cela n’enlève rien de sa paternité spirituelle, ni de sa véritable union spirituelle avec celle qui était son épouse avec qui il avait accompli un véritable mariage et formé un véritable foyer.

L’Esprit Saint le reconnaît, dans la généalogie de Jésus le dernier : « Joseph, l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ » (Mt 1, 16).   

Comme dit le saint Pape Jean Paul II : « L’Ecriture sait bien que Jésus n’est pas né de Joseph, puisque, alors qu’il était préoccupé au sujet de l’origine de la maternité de Marie, il lui est dit: cela vient de l’Esprit Saint. Et pourtant, l’autorité paternelle ne lui est pas enlevée puisqu’il lui est ordonné de donner à l’enfant son nom. Enfin, la Vierge Marie elle-même, qui a bien conscience de ne pas avoir conçu le Christ par l’union conjugale avec lui, l’appelle cependant père du Christ. » Le fils de Marie est aussi fils de Joseph en vertu du lien matrimonial qui les unit: « En raison de ce mariage fidèle, ils méritèrent tous les deux d’être appelés les parents du Christ, non seulement elle, d’être appelée sa mère, mais lui aussi, d’être appelé son père, de même qu’époux de sa mère, car il était l’un et l’autre par l’esprit et non par la chair. » Dans ce mariage, il ne manqua rien de ce qui était nécessaire pour le constituer : « En ces père et mère du Christ se sont réalisés tous les biens du mariage: la progéniture, la fidélité, le sacrement. Nous connaissons la progéniture, qui est le Seigneur Jésus lui-même; la fidélité, car il n’y a aucun adultère; le sacrement, car il n’y a aucun divorce.

Au point culminant de l’histoire du salut, quand Dieu révèle son amour pour l’humanité par le don du Verbe, c’est précisément le mariage de Marie et de Joseph qui réalise en pleine « liberté » le « don sponsal de soi » en accueillant et en exprimant un tel amour. Le Sauveur a commencé l’œuvre du salut par cette union virginale et sainte où se manifeste sa toute-puissante volonté de purifier et sanctifier la famille, ce sanctuaire de l’amour et ce berceau de vie. » (Redemptoris Custos, 7)

Un écrivain disait : « C’était un mariage semblable à ce qui se passe au printemps entre les fleurs, qui combinent leurs parfums, ou deux instruments de musique qui combinent leurs mélodies à l’unisson, formant un seul … Leur mariage était nécessaire pour préserver la Vierge de tout soupçon, jusqu’au moment de révéler le mystère de la naissance de Jésus …

Comment les figures de la Vierge et de Saint Joseph deviennent plus grandes, quand nous nous arrêtons dans l’examen de leur vie, nous découvrons en elles le premier poème d’amour ! Comment ne pas être profondément admiratif de l’amour de deux jeunes unis par un lien divin? Marie et Joseph ont pris à leur mariage non seulement leur vœu de virginité, mais aussi deux cœurs pleins d’un grand amour, un tel amour le cœur humain ne pourrait jamais le contenir. Aucun couple marié ne s’est autant aimé …

Saint Joseph, obéissant à Dieu, gardant Marie et étant le père de Jésus, a pris une part active aux mystères de l’Incarnation et de la Rédemption. Saint Ephrem (306-372), le grand théologien et docteur de l’Église dit: « Béni sois-tu, juste Joseph, parce qu’à ton côté a grandi celui qui est devenu un petit garçon pour devenir à ta taille. La Parole a habité sous votre toit sans abandonner le sein du Père … Celui qui est le fils du Père, s’appelle le fils de David et le fils de Joseph ». Et Saint Bernard (1090-1153) déclare: « Celui que beaucoup de prophètes voulaient voir et n’ont pas vu, voulaient entendre et n’ont pas entendu, a été donné à Joseph, non seulement pour le voir et l’entendre, mais pour le porter dans ses bras, guider ses pas et le presser contre sa poitrine et l’embrasser, le nourrir et veiller sur lui. Imagine quel genre d’homme était Joseph et combien il valait. Imaginez-le selon le titre avec lequel Dieu a voulu l’honorer, être appelé et pris par le père de Dieu, un titre qui dépendait vraiment du plan rédempteur ».

Que Saint Joseph et la très Sainte Vierge Marie nous aident à préparer les cœurs pour la célébration de la Nativité de l’Enfant Jésus.

P. Luis Martinez IVE.