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L’habit de l’humilité

Homélie pour l’évangile du dimanche XXII, année C (Lc 14, 1.7-14)

Dans l’histoire des moines d’Egypte on raconte qu’une fois, un grand saint appelé Macaire, retournant chez lui, à sa cellule, il trouva à la porte un démon avec une faucille à la main, prêt pour l’attaquer.

S’approchant de Macaire, le démon perd ses forces, et il n’arrive même pas à tourner sa faucille pour couper et blesser le corps du moine. Vaincu, il lui dit :

– « Je souffre trop de violence pour toi, Macaire, car je veux te faire du mal, mais je n’y arrive pas. Et cela m’étonne énormément, en fait je fais tout ce que tu fais, et même plus… Tu jeûnes parfois, moi toujours ; tu dors peu, tandis que mes yeux, je ne les ferme jamais… Mais dans une seule chose tu gagnes…

– C’est laquelle ? lui demande Macaire.

– Ton humilité… dit le démon.

La liturgie de ce dimanche nous invite à réfléchir sur l’humilité, et pas seulement ce dimanche ; plusieurs fois dans l’année nous trouvons l’humilité comme thème de méditation, n’oublions pas que si nous voulons imiter le Seigneur, la première chose à faire c’est pratiquer cette vertu : « devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur », mais pour pouvoir aimer, et pouvoir ainsi vivre cette vertu, il faut la connaître, savoir qu’est–ce que l’humilité 

Nous l’avons entendu dans la première lecture : Mon fils, accomplis toute chose dans l’humilité, et tu seras aimé plus qu’un bienfaiteur. Plus tu es grand, plus il faut t’abaisser : tu trouveras grâce devant le Seigneur.

Selon la définition théologique que donne saint Thomas d’Aquin, l’humilité est une vertu qui tempère et refrène l’esprit, pour qu’il ne tende pas de façon immodérée aux choses élevées.

La vertu de l’humilité comporte dans sa raison d’être, un certain abaissement louable vers le bas. Mais, il faut bien distinguer parce que si cet abaissement se fait seulement selon les signes extérieurs, selon les apparences, ou seulement avec les paroles, ce sera » une fausse humilité « , dont S. Augustin dit qu’elle est par contre  » un grand orgueil « .

La véritable humilité c’est un mouvement intérieur de l’âme. C’est en ce sens que l’humilité est appelée proprement une vertu, parce que la vertu ne consiste pas dans des choses extérieures, mais principalement dans le choix intérieur de l’esprit.

Parlant de l’humilité nous devons aussi tenir compte de l’autre vertu qui est très liée à l’humilité, dont nous allons parler la semaine prochaine, avec la grâce de Dieu. C’est la vertu de la magnanimité (avoir une âme grande, la grandeur d’âme), elle pousse l’esprit vers ce qui est grand en se conformant à la droite raison, nous sommes impulsés par cette vertu à faire des grandes choses pour Dieu et pour sa Gloire, mais sachant que sans Dieu nous ne pouvons rien faire, donc c’est Lui qui vient à notre aide avec sa grâce ; l’humilité n’empêche donc pas de faire des grandes œuvres.

L’humilité tient une place importante dans la vie spirituelle, en tant qu’elle chasse un grand obstacle, « l’orgueil » auquel Dieu résiste, et pour cela, l’humilité rend l’homme docile et ouvert à la grâce divine, en tant qu’elle vide l’enflure de la superbe, de l’orgueil.  » Dieu résiste aux orgueilleux, écrit S. Jacques (4, 6), mais il donne sa grâce aux humbles. « 

C’est de cette façon que l’humilité est appelée le fondement de l’édifice spirituel, et plus profondes sont les fondations d’un bâtiment, plus haut il pourra monter et plus fort il sera pour résister auxdangers de dehors.

Nous savons que pour qu’une vertu soit fixée dans notre âme, il nous faut la faire suivre d’actes ; en d’autres mots, pour que l’humilité devienne « habitus », comme un habit en nous, il nous faut faire plusieurs actes d’humilités, soit rechercher les situations où je puisse pratiquer ( faisant les travaux les plus humbles, pour la seule Gloire de Dieu) ; soit aussi pratiquant la vertu lorsque l’orgueil veut dominer notre âme ( par exemple, vouloir répondre sévèrement et avec l’envie de me venger à l’offense que quelqu’un m’a faite)

Dans la  » Règle  » de S. Benoît, il donne  à ses moines les 12 degrés de l’humilité, « mutatis mutandis »  cela nous serve à nous aussi : le 1°  » se montrer toujours humble de cœur et de corps, en tenant les yeux fixés à terre  » ; 2°  » parler peu, de choses sérieuses, et sans élever la voix  » ; 3°  » ne pas rigoler avec facilité et promptitude  » ; 4°  » garder le silence jusqu’à ce que l’on soit interrogé  » ; 5°  » observer la règle commune du monastère  » ; 6°  » se croire et se dire le plus méprisable de tous  » ; 7°  » s’avouer et se croire indigne et inutile en tout  » ; 8°  » confesser ses péchés  » ; 9°  » embrasser patiemment par obéissance les choses dures et pénibles  » ; 10°  » se soumettre avec obéissance au supérieur  » ; 11°  » ne pas prendre plaisir à faire sa volonté propre  » ; 12°  » craindre Dieu et se rappeler tous ses commandements ( saint Thomas d’Aquin dit que celle-là appartient à la racine de l’humilité ). 

L’humilité est une vertu qui demande beaucoup de travail, toujours implorant, évidemment, la grâce de Dieu. Père, mère de famille, jeunes, adultes, moines, prêtres, nous devons tous savoir que saint Macaire et beaucoup d’autres saints ne sont pas arrivés d’un jour à l’autre à vivre l’humilité, sinon qu’ils ont travaillé et dur pour l’atteindre.

Nous allons finir avec un quelques normes d’humilité, elles ont été écrites par un laïc, le général Manuel A. Rodriguez, décédé le 23 février 1936. Après sa mort, on a retrouvé parmi ses documents ces maximes écrites de sa main :

  • En silence, faire des bonnes ouvres.
  • En silence, aimer Dieu et les hommes.
  • En silence, accomplir mon devoir.
  • En silence, accepter la volonté de Dieu.
  • En silence, me réjouir avec les autres.
  • En silence, garder les défauts des autres.
  • En silence, embrasser la croix de Jésus.
  • En silence, me sacrifier et renoncer à moi-même.
  • En silence, regarder vers la patrie céleste.
  • En silence, atteindre la vertu.
  • En silence, jusqu’à la mort.

Que la Vierge Marie nous donne toutes ces grâces.

P. Luis Martinez

La vie dans le ciel

Mais nous, nous avons notre citoyenneté dans les cieux. (Phil. 3, 20)

L’Apôtre nous enseigne dans ces paroles que la vie des justes est dans le ciel ; et si nous voulons les imiter, nous devons vivre, non pas dans les misères présentes, mais dans le ciel.

I

Les saints vivent dans le ciel pour trois raisons :

1° A cause de la sécurité. Celui qui vit dans le ciel est à l’abri des périls de cette misérable vie.

2° A cause de la joie. Celui qui vivra dans le ciel aura connu une joie et une allégresse continuelles. Il est dit de la Sagesse de Dieu : sa compagnie est sans amertume ; partager sa vie ne cause pas de peine, seulement plaisir et joie. (Sag. 8, 16.)

3° A cause des choses transitoires de ce monde. Les saints savent que tout ce monde passera vite : « Le jour du Seigneur viendra, comme un voleur. Alors les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments embrasés seront dissous, la terre, avec tout ce qu’on a fait ici-bas, ne pourra y échapper. Ainsi, puisque tout cela est en voie de dissolution, vous voyez quels hommes vous devez être, en vivant dans la sainteté et la piété, vous qui attendez, vous qui hâtez l’avènement du jour de Dieu, ce jour où les cieux enflammés seront dissous, où les éléments embrasés seront en fusion. Car ce que nous attendons, selon la promesse du Seigneur, c’est un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. (2 Pierre 3,10-13)

II

Les saints vivent dans le ciel d’une triple manière :

1°Par la pensée fréquente des biens du ciel.

2° Par un désir continuel. De ces deux points il est dit dans la Liturgie : « Ce saint est digne de vivre dans la mémoire des hommes, lui qui est passé à la joie des Anges ; car, pendant qu’il était dans ce pèlerinage d’ici-bas, par le corps seul, il a vécu dans la céleste patrie, par la pensée et le désir ».

3° En menant une vie céleste. La vie des saints est semblable à la vie des Anges, par trois côtés : la pureté, la simplicité sans ruse, la charité. Ces trois choses sont surtout dans les Anges : la simplicité dans leur essence ; la pureté dans leur nature ; la charité dans la grâce. En ces trois points aussi, consiste la vie des saints.

Saint Thomas d’Aquin. Sermon 130