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« Si tu veux suivre le Sauveur »

Homélie pour le Dimanche XIII A (Mt. 10,37-42)

« En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres » débute le passage de l’évangile de ce dimanche. Si nous prenons l’évangile de saint Matthieu et lisons les versets précédents et postérieurs à ces paroles d’aujourd’hui nous constaterons que Notre Seigneur choisit ses douze apôtres pour les envoyer en mission devant lui, mais avant cet envoi Il les prépare, une préparation qui sera utile pour toujours et elle le sera aussi pour les autres apôtres qui viendront ensuite, comme pour tout chrétien qui voudra proclamer l’évangile avec les paroles et avec la vie (sa conduite) au cours de l’histoire de l’Eglise. Ces exigences, qui sont plus radicales pour les apôtres, sont toujours valables pour tout disciple de Jésus, comme on le dira ensuite.

L’évangile de ce dimanche peut être divisé en deux grandes parties, la première sur les exigences requises lorsqu’on se décide à suivre le Christ et la deuxième partie sur les récompenses promises à ceux qui vont aider les apôtres, à chaque fois qu’ils les reçoivent en qualité d’envoyés du Seigneur, la première lecture de ce dimanche nous illumine aussi sur cet aspect, la femme riche de Sunam, elle aide Elisée parce qu’il est un prophète, un saint de Dieu et pour cela elle reçoit une bénédiction.

Lorsque nous donnons une aide à l’Eglise, même considérée comme petite et pour cela le Seigneur parle d’un verre d’eau, nous accomplissons cette deuxième partie de l’évangile. Que nous devions soutenir l’Eglise avec nos moyens proportionnés c’est un commandement, qui fait partie des cinq commandements de l’Eglise :  » Les fidèles sont tenus par l’obligation de subvenir aux besoins de l’Eglise « .  Il a son fondement biblique, surtout dans le Nouveau Testament :

– Jésus est présenté au temple et fait son offrande (Luc 2, 24).

– Il donne les deux drachmes pour le temple (Mt 17, 24-27).

– Jésus exalte le geste de la veuve pauvre qui donne deux petites pièces pour le temple aussi (Luc 21, 1-4).

– Le Seigneur a aussi besoin et demande cinq pains et deux poissons (Jean 6, 9).

Au temps de l’église des Actes des Apôtres, dans la première communauté, les chrétiens partageaient tout (Actes 2:42). Saint Paul demande aux Romains une collecte pour les frais de son voyage (Rom. 15, 24).

De plus, la communion des biens matériels est un signe de communion dans la foi et l’amour. Offrir un bien pour l’Eglise c’est aussi une façon de s’offrir soi-même.

Il nous est bien de réfléchir un peu sur cela, afin que notre offrande à l’Eglise ne soit pas seulement matérielle, mais qu’elle soit unie à son but spirituel et que nous soyons aussi conscients qu’elle a son origine dans un acte de foi. Sans oublier que l’aide la plus grande que nous pouvons donner à l’Eglise c’est précisément l’aide spirituelle, à travers l’offrande de nos sacrifices et nos prières pour la mission de l’Eglise et surtout à travers une vie sainte, cherchant à accomplir ce que Jésus nous a enseigné dans l’Evangile et que l’Eglise nous commande de faire. Une âme qui imite plus le Christ est plus important, a beaucoup plus de valeur que toutes les richesses matérielles qu’on puisse offrir à l’Eglise. Il faut s’intéresser plus à vie de la grâce qu’à la dîme !

Nous allons revenir à la première partie de l’évangile de ce dimanche.  « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi », comme on a dit c’est une exigence plus radicale pour les apôtres mais qui nous implique comme chrétiens aussi. L’amour de Dieu doit occuper la première place, le sommet des autres amours dans ce monde, qui doivent lui être ordonnés , subordonnés et non en conflit. Relevons ici la belle remarque que fait à ce propos saint Jérôme : « Le Seigneur ne défend pas d’aimer son père ou sa mère, mais il ajoute d’une manière expressive : ‘plus que Moi’ ».

Mais, laissons les dernières paroles à l’autre grand Père de l’Eglise, Saint Augustin ; il disait dans un sermon (Sermon 94) sur l’évangile de ce dimanche :

« L’obligation imposée par le Seigneur de se renoncer soi-même si on veut le suivre, semble rude et accablante. Mais rien de ce qu’il commande n’est ni rude ni accablant, puisqu’il aide à l’accomplir. Il est vrai de dire avec le Sauveur : «Mon joug est doux et mon fardeau léger » car la charité adoucit tout ce que les préceptes divins peuvent avoir de dur.

De quoi l’amour n’est-il pas capable? Trop souvent, hélas! l’amour (il fait référence ici à l’amour charnel et passionnel) est corrompu et plongé dans les plaisirs: mais combien n’endure-t-on pas de fatigues, d’indignités, de choses intolérables, pour parvenir au but où tend l’amour! Mais qui pourrait dénombrer seulement toutes les espèces d’amours ? Considérez néanmoins que quelles que soient ses fatigues, l’amour n’en ressent aucune; sa plus grande fatigue n’est-elle pas même de ne pouvoir se fatiguer?

D’un autre côté les hommes en général ressemblent à l’objet de leur amour, et pour régler sa vie il ne faut avoir soin que de régler son amour. Qu’y-a-t-il alors de surprenant qu’en aimant le Christ et en voulant le suivre on se renonce à soi-même pour l’amour de lui ? Si en effet l’homme se perd en s’aimant, c’est sûrement en se renonçant qu’il se sauve…

Et où suivre le Seigneur? Nous savons où il est allé; il y a bien peu de jours que nous célébrions la solennité de son départ. Il est ressuscité et il est monté au ciel; c’est au ciel que nous devons le suivre. Pourquoi désespérer d’y parvenir? L’homme ne peut rien sans doute, mais le Sauveur nous a fait cette promesse. Pourquoi désespérer? Ne sommes-nous pas les membres de ce Chef divin? Au ciel donc il nous faut le suivre…

(Pourtant) Quand le Seigneur parlait ainsi, il n’était point encore ressuscité d’entre les morts; il n’avait pas encore souffert. Il devait endurer le mépris, l’outrage, les fouets, les épines, les blessures, les insultes, l’opprobre et la mort. Cette voie te semble rude; aussi tu es indolent et tu ne veux pas y marcher; entres-y. Car, les aspérités sont l’ouvrage de l’homme; mais le Christ les a effacées en retournant au ciel. Eh? qui ne voudrait être élevé en gloire? Tous aiment la grandeur. Mais l’humilité est un degré pour y monter. Pourquoi élever le pied au-dessus de toi-même? Ce n’est pas chercher à monter, c’est vouloir tomber. Place-le d’abord sur un degré: tu monteras ainsi…

Que signifie: «Qu’il prenne sa croix?» Qu’il supporte tout ce qui est pénible et me suive de cette sorte. En effet, lorsqu’il aura commencé à m’imiter dans mes mœurs (dans ma vie) et à remplir mes préceptes, il rencontrera beaucoup de contradicteurs, beaucoup d’hommes qui chercheront à l’empêcher, à le détourner par leurs conseils et qui prétendront être eux-mêmes les disciples et les compagnons du Christ. N’accompagnaient-ils pas le Christ aussi, ceux qui empêchaient les aveugles de crier vers lui ? Qu’il s’élève donc devant toi des menaces ou des caresses, si tu veux suivre le Sauveur, considère les comme une croix; porte-les, supporte-les et ne succombe pas. »

Demandons aujourd’hui la grâce à la très sainte Vierge Marie et saint Augustin de ne pas avoir peur de suivre le Christ et prions pour que beaucoup d’hommes et femmes acceptent de Le suivre de plus près.

P. Luis Martinez IVE.

Pour quoi la vie religieuse est utile aujourd’hui?

Fête de la présentation du Seigneur

Nous célébrons ce dimanche la fête de la Présentation du Seigneur. Elle est le souvenir du jour où le Seigneur a été présenté et consacré au Seigneur, tous les aînés du peuple juif devaient être consacrés mais leurs parents pouvaient les racheter en offrant un sacrifice à leur place ; nous devons remarquer que l’offrande que fait Saint Joseph c’était l’offrande que pouvaient faire les pauvres, un couple de tourterelles ou deux petites colombes, car les gens qui avaient une meilleure situation économique devaient offrir un mouton. Cet acte liturgique se faisait quarante jours après la naissance de l’enfant, et pour cela nous le célébrons aujourd’hui, le quarantième jour après Noël.

La commémoration de ce mystère est née très tôt dans l’Eglise et s’est très vite répandue, d’abord en Orient, où elle a reçu le nom Hypapante : « aller au-devant », « rencontrer », car Syméon rencontre le Seigneur. Ensuite, cette fête s’est étendue également à l’Occident, développant surtout le symbole de la lumière, car Jésus est la lumière des nations, et pour cette raison les chrétiens effectuaient comme aujourd’hui encore une procession avec les chandelles, l’origine du terme « Chandeleur ». Par ce signe visible, on veut signifier que l’Eglise rencontre dans la foi celui qui est « la lumière des hommes » et l’accueille avec tout l’élan de sa foi pour apporter au monde cette « lumière ».

Nous donnons un sens spirituel à cette procession. Les cierges symbolisent Notre-Seigneur Jésus-Christ, lumière pour éclairer les nations païennes ; la procession représente et le passage de la sainte Famille dans le Temple et la rencontre des deux vieillards Siméon et Anne.

Saint Anselme, développant ce mystère, nous dit qu’il y a trois choses à considérer dans le cierge comme image du Christ : la cire, la mèche et la flamme. La cire, ouvrage de l’abeille virginale, est la chair du Christ ; la mèche, qui est intérieure, est son âme ; la flamme, qui brille en la partie supérieure est sa divinité.

Depuis l’année 1997, l’Eglise a choisi cette date pour célébrer le jour de la vie consacrée. Une journée dédiée à prier et à réfléchir sur l’appel que Dieu fait à certaines personnes pour Le suivre de plus près, c’est-à-dire, embrasser la vie que le Christ a vécue dans ce monde. La vie consacrée est donc une mémoire vivante du Fils appartenant totalement au Père, qui est vu, vécu et présenté comme unique Amour (c’est cela la virginité), comme unique richesse (c’est cela la pauvreté), comme unique réalisation (c’est cela l’obéissance).

« Qu’en serait-il du monde, s’il n’y avait les religieux ? » se demandait avec raison Sainte Thérèse d’Avila (cf VC 105 a).

C’est une question qu’il est bon de se poser de temps en temps, surtout afin de rendre grâce au Seigneur pour ce don par lequel l’Esprit continue à animer et soutenir son Eglise dans son engagement envers le monde.

Mais nous devons dire que nous assistons dans notre époque à un phénomène très répandu qu’on appelle « l’utilitarisme », c’est-à-dire que les hommes et les femmes d’aujourd’hui (la plupart d’entre eux) considèrent l’utilité d’une chose ou action comme un principe moral. Beaucoup de gens ne se demandent plus si c’est bien ou mal selon la loi de Dieu, mais si c’est utile, donc si c’est utile c’est bien, alors que moralement parlant c’est une mauvaise chose.  Et nous suivons maintenant l’enseignement du p. Carlos Buela, fondateur de la Famille Religieuse du Verbe Incarné, dans son sermon « La vie religieuse, utile ou inutile? » .

«Utile » est actuellement toujours considéré du seul point de vue économique. Ainsi « utile » est cette chose qui produit du profit, du confort ou du résultat ; c’est ce qui peut servir et profiter en sens principalement économique. L’utilitarisme est ce qui ne vise qu’à atteindre l’utilité.

La vie consacrée est donc, du point de vue du monde – le point de vue naturel, humain – une chose inutile, mais du point de vue de la foi – le point de vue surnaturel – c’est quelque chose d’utile et de très utile et ce point de vue c’est l’unique domaine où la consécration à Dieu a vraiment une utilité.

En premier lieu, la vie religieuse est très utile pour la personne même qui se consacre à Dieu. C’est ce que l’apôtre Saint Paul évoque par rapport au vœu de chasteté , ceux qui ne se marient pas avec un esprit chrétien, le font pour se donner à Dieu « propter regnum coelorum », pour le royaume des cieux (Mt 19, 12). Comme il le dit aussi « Celui qui se marie fait bien ; mais celui qui ne se marie pas fait encore mieux » (1Cor 7, 38).

La pauvreté est très utile pour la personne qui fait ce vœu, qui professe la pauvreté, parce que le vœu de pauvreté nous oblige à nous abandonner totalement à Dieu, faisant entièrement confiance à sa divine Providence qui ne manque jamais à ceux qui l’aiment, car elle dispense d’une manière très belle et très douce ce qui est nécessaire, non seulement pour notre bien spirituel ou éternel, mais aussi pour notre bien temporel et terrestre.

Le vœu d’obéissance est très utile pour l’âme, par lequel le consacré renonce librement à sa volonté et se soumet à la volonté du supérieur, sachant que même au-delà des limitations et des erreurs de chaque être humain, la volonté de Dieu se manifeste dans la vie religieuse par la volonté du supérieur légitime, parce que Dieu l’a voulu de cette manière.

Deuxièmement, non seulement la vie religieuse – en particulier à cause des vœux – est utile à la personne qui la professe, mais également utile à sa famille – avec une utilité surnaturelle, qui est plus importante que l’ économique-. Saint Luis Orione a dit « des familles des consacrés qu’ils se sauvent jusqu’à la troisième et quatrième génération » Et ceci parce que l’aide à travers la prière des personnes consacrées est inestimable pour leurs familles, car la prière est toujours la force de l’homme et la faiblesse de Dieu.

Quand une âme insiste et persévère à demander, Dieu accorde toujours ce que l’on demande ; et s’il ne nous donne pas la chose particulière et spécifique qu’ on lui  demande, il nous donne quelque chose de supérieur et de meilleur, parce que Dieu ne se laisse pas gagner en générosité. Dieu ne nous donne que des choses qui sont pour notre bien, car parfois nous demandons pour nous-mêmes ou pour ceux que nous aimons certaines choses qui, si nous les avions, ne seraient pas pour notre bien.

Troisièmement, les consacrés sont dotés d’une utilité surnaturelle également pour le monde,  non seulement les religieux qui vivent la vie apostolique, mais aussi ceux qui peuvent vivre la vie dite active dans la pratique des œuvres de miséricorde. Une religieuse contemplative, un religieux contemplatif, un moine ou une moniale, font grand bien, car ils enseignent beaucoup de choses au monde !

Il y a des gens qui croient que leur vie est une perte de temps et pourtant ce qu’ils font est le plus important car c’est le premier commandement de la loi de Dieu: aimer Dieu par-dessus tout et les autres comme soi-même pour l’amour de Dieu. Les contemplatifs témoignent que Dieu doit être le premier servi, surtout, dans cette société utilitaire, dans cette civilisation de la consommation, car si Dieu n’est pas le premier servi il n’y aura pas de sens dans la vie de l’homme ou de la femme sur terre ,ils tomberont dans l’absurdité et le non-sens, comme la drogue et tout le reste.

Un contemplatif, une contemplative, lorsqu’ils prient, expient et réparent leurs propres péchés et mais aussi les nôtres.

La véritable âme de la vie contemplative – et chaque religieux doit être contemplatif parce que même si les œuvres de miséricorde appartiennent à la vie apostolique ou active, l’essence de la vie religieuse est la contemplation –  ne s’éloigne pas du monde ou des problèmes du monde. Au contraire, elle les connaît de plus en plus. Un contemplatif, un religieux authentique, par le fait de contempler Dieu, devant qui comme le dit saint Grégoire le Grand, « tout le reste est fait petit », regarde tout le reste à sa mesure et sait alors donner un sens à toutes les autres choses.

Nous devons prier aujourd’hui et toujours pour les religieux et les consacrés afin qu’ils ne perdent jamais le sens de la foi, le surnaturel, pour qu’ils ne tombent jamais dans le sens du monde car alors ils ne trouveront pas le sens profond de leur vie

Que ce don de leur vie qu’ils ont fait soit toujours avec un cœur sans restriction et sans partage au seul Seigneur qui mérite d’être servi.

P. Luis Martinez IVE.