« Votre tristesse se changera en joie! « 

Lire l’évangile du Troisième dimanche du temps de Pâques (Lc 24, 13-35)

Dans ce troisième dimanche de Pâques, nous revenons encore une fois au dimanche de la Résurrection, deux disciples marchent de Jérusalem vers un village appelé Emmaüs, et Jésus s’unit à leur marche, les artistes dans leurs représentations de ce moment de l’évangile ont  dépeint Jésus habillé en pèlerin. Ces deux disciples quittent Jérusalem, avec tous les souvenirs de la Passion et la Mort du Seigneur, ils ont aussi entendu parler de la Résurrection mais ils n’y ont pas cru. Peu à peu, le Seigneur va leur montrer que la Passion était nécessaire dans le plan de Dieu pour que son Fils soit Glorifié et que cela était aussi déjà annoncé par les écritures. En arrivant au village, le Seigneur fait semblant d’aller plus loin, les pères de l’Eglise disent que le Seigneur voulait attiser le désir de sa compagnie dans le cœur des disciples, que ce fût un désir libre à eux de Le recevoir. Et Jésus partage le dîner avec eux et comme le dit l’évangile, au moment de leur donner le pain sur lequel il va prononçer la bénédiction, les yeux des disciples s’ouvrent, ils reconnaissent le Seigneur qui disparait à leurs regards. Ils se rendent compte à ce moment de ce qu’ils avaient expérimenté avec la présence du Seigneur. Soit l’apparition, soit aussi les paroles de Jésus produisent une véritable conversion dans les cœurs de ces disciples, c’est la rencontre de Jésus ressuscité qui change la vie, et ils courent annoncer aux autres que le Christ est vivant.

Mais parmi les effets qu’induit la Résurrection dans le cœur des disciples, il y a la joie de la consolation. Notre Joie doit être la véritable joie de la Résurrection, en revanche l’esprit – contraire, c’est l’esprit de tristesse. En fait, l’évangile nous dit que ces deux disciples marchaient tristes. Alors, l’évangile d’aujourd’hui peut nous aider à réfléchir sur le mal de la tristesse qui tente parfois de parvenir dans notre âme et aussi à connaître les remèdes spirituels pour la combattre, tout en faisant une analogie avec l’état des disciples et ce que le Seigneur a fait pour eux par sa Divine présence.

Saint François de Sales disait que dans la vie spirituelle, il peut avoir deux types de tristesse. « La tristesse qui est selon Dieu, comme dit saint Paul, opère la pénitence pour le salut ; la tristesse du monde opère la mort. »  La tristesse donc peut être bonne et mauvaise, selon les divers résultats qu’elle opère en nous. Être triste parce que nous sommes pécheurs, la plupart du temps, nous conduit à changer notre vie, la tristesse de voir souffrir les autres me pousse à la charité, et cette tristesse on peut la considérer comme bonne ; mais il existe une mauvaise tristesse, et nous allons parler maintenant des raisons pour lesquelles elle envahit notre esprit.

Saint François de Sale dit aussi : « L’ennemi se sert de la tristesse pour exercer ses tentations envers les bons ; car, comme il tâche de faire se réjouir les mauvais en leur péché, il tâche aussi d’attrister les bons en leurs bonnes œuvres; et comme il ne peut procurer le mal qu’en le faisant trouver agréable, aussi il ne peut détourner du bien qu’en le faisant trouver désagréable ».

Alors, cette tristesse spirituelle qui est mauvaise nous l’appelons acédie (en grec, ce nom signifie négligence, dans le sens d’un mépris pour quelque chose), Saint Thomas d’Aquin la définit en disant que c’est une tristesse pour le bien spirituel, un certain dégout pour les choses de Dieu. Elle est à l’origine de la tiédeur.

De quelle manière cette tristesse peut-elle se présenter à notre esprit ? Comment la distinguer ?

D’abord, il y a une fausse perception du bien (pour l’âme qui tombe dans cette tristesse, le bien est ce qui produit une délectation, mauvais est ce qui produit une douleur) ; pour cela l’objet aimé se voit déplacé, on n’aime plus une vertu, on aime plutôt la consolation que donne la vertu. Comme conséquence, l’âme finit comme paralysée ; et il y a même une fuite, on s’échappe de la croix, nous en avons une image claire avec les deux disciples d’Emmaüs qui abandonnaient Jérusalem, ils s’éloignaient de tout, de l’Eglise, du Calvaire, mais aussi de connaître la grande nouvelle de la Résurrection.

On peut trouver l’origine de cette tristesse dans des causes naturelles, la fatigue, le sommeil, elle peut provenir aussi – de grandes tentations, de ne pas avoir de bons résultats dans la lutte contre les péchés, d’une monotonie qui appelle à un changement pour refaire et réchauffer notre vie spirituelle. Mais dans beaucoup de cas, l’origine il faut la chercher dans le manque de travail pour vaincre le péché, parce que Dieu aidera toujours une âme si elle veut se laisser aider et avec la grâce, combattre sérieusement le mal en elle.

Parce qu’il y a des chrétiens qui veulent gagner dans l’Esprit, mais sans l’effort, changer sans changer. Comme dit saint Jean de la Croix : « Ils voudraient bien que Dieu se plie à leurs exigences, car ce qui leur déplaît, c’est de devoir aimer ce qui plaît à Dieu, et quand ils s’y résignent, c’est à con­tre-cœur… Ils mettent Dieu à leur mesure, et non eux-mêmes à la mesure de Dieu. S’ils sont privés de consola­tion, ils ne travaillent plus à leur perfection qu’avec mol­lesse et tiédeur. Ils fuient la croix, quoiqu’elle soit la source des plus pures et des plus solides joies spirituelles. Aussi ils n’éprouvent que peine et tristesse en entrant dans la voie étroite, qui, selon la parole de Jésus-Christ, est celle de la Vie. » (Matth., VII, 14.).

L’acédie est un péché capital qui engendre d’autres péchés. Parmi eux il y a le désespoir (on abandonne la lutte, les exigences), la pusillanimité (on a peur de faire des grands actes de vertu, peur du travail, d’accepter la croix), on néglige aussi d’accomplir comme Dieu veut sa loi ( les dix commandements). L’acédie produit de la rancune parce que les bons sont un reproche pour les mauvais, ou comme disait quelqu’un « je ne lis pas la vie des saints parce qu’ils m’accusent », elle pousse à la critique par rapport aux actions des autres (les disciples d’Emmaüs se plaignent de femmes parce que cette nouvelle les a remplis de stupeur) elle cause aussi de l’amertume. On cesse d’aimer ce que Dieu aime et on s’éloigne vers des choses qui sont interdites, qui nous séparent de Dieu et nous poussent vers les créatures.

Alors, quels sont les remèdes que Dieu nous donne contre l’acédie ?

D’abord, méditer et valoriser comme biens réels pour nous les dons surnaturels avec lesquels Dieu nous bénit. Comme le fait le Seigneur leur montrant qu’il fallait qu’Il souffre pour la Rédemption de l’humanité. Nous devons exercer notre foi dans les réalités aimables : Dieu même, le ciel, la grâce, la sainteté. Le Seigneur leur reproche leur cœur  lent à croire, mais après la révélation et l’avoir écouté, les disciples reconnaissent : « Notre cœur n’était-il pas brûlant en nous, tandis qu’il nous parlait sur la route et nous ouvrait les Écritures ? ». Nous devons aussi réfléchir sur les moyens pour parvenir à la vie de Dieu où la croix, le renoncement, la pratique de la vertu et de la miséricorde ont une place éminente, Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus disait par exemple : « J’en suis venue à ne plus pouvoir souffrir, parce que toute souffrance m’est douce… », tellement elle était associée à la croix par ses souffrances. Pratiquer en tout la véritable humilité.

D’autre part, nous devons combattre tout type de paresse, les disciples lorsqu’ils ont eu la vision du Seigneur, courent pour aller annoncer aux autres la bonne nouvelle.

L’acédie est un péché contre la charité, on doit donc la vaincre, tout en pratiquant l’amour envers Dieu à travers la prière, comme dit saint Jacques (5,13) : L’un de vous se porte mal ? Qu’il prie ; la lecture de la Bible comme le Seigneur qui parle de l’Ecriture avec les disciples d’Emmaüs. Chercher les bonnes compagnies (le Seigneur qui marche avec eux).

Laissons les dernières paroles à saint François de Sales, il résumait les remèdes spirituels contre la tristesse de cette manière :  « Il est bon de s’employer aux œuvres extérieures et les diversifier le plus que l’on peut, pour divertir l’âme de l’objet triste, purifier et échauffer les esprits, la tristesse étant une passion de la complexion froide et sèche.

Faites des actions extérieures de ferveur, quoique sans goût, embrassant l’image du crucifix, la serrant sur la poitrine, lui baisant les pieds et les mains, levant vos yeux et vos mains au ciel, élançant votre voix en Dieu par des paroles d’amour et de confiance.

La discipline modérée est bonne contre la tristesse. La fréquentation de la sainte Communion est excellente ; car ce pain céleste affermit le cœur et réjouit l’esprit (les disciples d’Emmaüs vont reconnaître le Seigneur au moment de la fraction du pain, symbole de l’Eucharistie).

Découvrez tous les ressentiments, affections et suggestions qui proviennent de votre tristesse à votre directeur et confesseur, humblement et fidèlement ; cherchez les conversations des personnes spirituelles, et fréquentez-les le plus que vous pourrez pendant ce temps-là. Et en fin finale, résignez-vous entre les mains de Dieu, vous préparant à souffrir cette ennuyeuse tristesse patiemment, comme juste punition de vos vaines allégresses ; et ne doutez nullement que Dieu, après vous avoir éprouvée, ne vous délivre de ce mal. »

Que la très sainte Vierge Marie nous donne la grâce de la joie dans la Résurrection de son Fils.

P. Luis Martinez V. E.

Institut du Verbe Incarné

 

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