« Il vous conduira dans la vérité tout entière » Nous ne pouvons pas contenir la Vérité, c’est elle qui nous possède!

Homélie pour la Solennité de la Pentecôte

Le temps de Pâques culmine avec la Solennité de la Pentecôte, et la liturgie nous fait découvrir différents aspects de l’œuvre de l’Esprit Saint dans ce monde.

Nous voyons par exemple dans la première lecture, le récit de l’évènement que nous commémorons aujourd’hui.

L’Esprit de Dieu descend pour faire naître l’Eglise et elle naît universelle, c’est-à-dire avec une vocation à se répandre par toutes les nations comme le montre le fait de parler en différentes langues. Mais, même si nous voyons la division de langues, nécessaire pour proclamer le message de salut dans le monde, les apôtres et les disciples gardent pourtant une unité, on peut dire, l’unité dans le but, tous parlent en langues mais ils expriment avec elles la gloire de Dieu. Comme le confessent ceux qui les écoutent : « tous nous les entendons parler dans nos langues des merveilles de Dieu. »

On peut dire, donc que la Pentecôte est l’intervention de l’Esprit Saint dans l’histoire, pour renouveler la face de la Terre ; tel qu’Il l’était aussi au début pour créer l’univers, Il vient maintenant pour refaire ce monde, pour former le Christ en chaque cœur qui veuille l’accueillir et faire de l’Eglise l’unique chemin qui mène au Ciel.

Pour cela, dans la deuxième lecture tirée de la lettre aux Galates, l’Apôtre Saint Paul veut bien distinguer l’œuvre de l’Esprit des œuvres du monde, des œuvres du péché ; « les tendances de la chair s’opposent à l’Esprit ».

Toutes ces œuvres mauvaises décrites par saint Paul, ces péchés qui ont été aussi les nôtres, défigurent en nous l’image de Dieu et nous empêchent de recevoir le Ciel en héritage.

L’Eprit vient donc, pour reformer la volonté de l’homme, pour la refaire et la guider vers Dieu.

Et, dans cette lecture, nous voyons encore d’un côté la division imposée par le péché en nous, en effet les œuvres sont décrites en diversités et en grand nombre. Tandis que lorsque saint Paul parle de l’action de l’Esprit, il le fait comme un seul fruit : « Mais voici le fruit de l’Esprit : amour, joie, paix, patience, bonté, bienveillance, fidélité, douceur et maîtrise de soi ». Il y a donc cette unité, comme un seul fruit qui se présente en des différentes grâces. Notre volonté donc grâce au don de l’Esprit domine les passions de la chair et la convoitise du monde et nous fait marcher sous la conduite de l’Esprit.

Mais, l’homme n’a pas seulement la volonté, nous savons que l’âme a deux puissances, avec la volonté nous avons aussi l’intelligence.

L’Esprit descend du Ciel pour rendre notre intelligence capable de recevoir la connaissance des mystères de Dieu, capable de connaître la vérité de Dieu : « Quand il viendra, lui, l’Esprit de vérité, il vous conduira dans la vérité tout entière ». « L’Esprit reçoit ce qui vient de moi, dit le Seigneur, pour vous le faire connaître. »

Cela nous conduit à une question très importante, précisément lorsque nous parlons de la vérité. Qui a la vérité ? Tous possèdent la vérité ? Peut-on dire que celui qui a une opinion contraire à ce que j’affirme comme vrai dans l’Eglise, celui-là a aussi la vérité, il dit vrai ? Encore, plus délicate, toute religion peut être vraie, avoir la vérité et me donner la vérité ?

Revenant au texte de l’évangile, le Seigneur annonce que l’Esprit Saint descendra sur ses disciples, et c’est eux qu’Il guidera vers la vérité tout entière.

Nous pouvons donc donner une première réponse à toutes ces questions, c’est dans l’Eglise fondée par Jésus-Christ que nous trouverons la plénitude de la vérité qui sauve, qui nous conduit au Ciel. Et cela veut dire alors que dehors de l’Eglise n’existe que le mensonge, le faux ? Nous répondons à cette question en disant « non ». Saint Thomas enseignait : « Toute vérité, quel que soit celui qui la dit, vient de l’Esprit-Saint », la plénitude est dans son Eglise et nous allons l’expliquer tout à l’heure, mais nous trouvons par tout ce que Dieu a semé,  les «semences du Verbe», les «rayons de la vérité qui illumine tous les hommes», semences et rayons qui se trouvent dans les personnes (dans tous les hommes) et dans les traditions religieuses de l’humanité (Redemptoris Missio,56) ; de ces rayons de la vérité, Dieu se sert pour conduire l’humanité vers la plénitude de la Vérité qui est la connaissance de son Fils et la Vie Eternelle.

Pouvons-nous affirmer que les catholiques possèdent donc la vérité ? Alors, laissons le grand pape Benoît répondre admirablement à cette question : 

« L’on ne peut bien vivre et mourir que lorsqu’on a reçu la vérité et quand la vérité nous indique le chemin. (Nous devons) Etre reconnaissants pour le don que nous n’avons pas inventé, mais qui nous a été offert en don, et vivre dans la sagesse (la vérité) ; apprendre, grâce au don de Dieu, à être des hommes de manière droite.

Ce n’est pas nous qui l’avons fait, il nous a été donné. La joie et la gratitude pour le fait que nous pouvons le connaître, que nous avons reçu la sagesse pour bien vivre, cela est ce qui devrait caractériser le chrétien. En effet, dans le christianisme des origines il en était ainsi : être libérés des ténèbres et de marcher à tâtons, de l’ignorance — que suis-je ? pourquoi est-ce que j’existe ? comment dois-je aller de l’avant ? —, être devenus libre, être dans la lumière, dans la plénitude de la vérité. Telle était la conscience fondamentale. Une gratitude qui rayonnait alentour et qui unissait ainsi les hommes dans l’Église de Jésus Christ.

Personne ne peut dire : je détiens la vérité et, en effet, personne ne peut détenir la vérité. C’est la vérité qui nous possède, elle est quelque chose de vivant ! Elle ne nous appartient pas, mais nous somme saisis par elle. Ce n’est que si nous nous laissons guider et animer par elle, que nous restons en elle, ce n’est que si nous sommes avec elle et en elle, pèlerins de la vérité, qu’elle est alors en nous et pour nous. Je pense que nous devons apprendre à nouveau cette manière de « ne pas détenir la vérité ». De même que personne ne peut dire : j’ai des enfants — ils ne nous appartiennent pas, ils sont un don, et comme don de Dieu ils nous sont donnés pour une tâche — ainsi nous ne pouvons pas dire: je détiens la vérité, mais la vérité est venue vers nous et nous pousse. Nous devons apprendre à nous laisser animer par elle, à nous laisser conduire par elle. Et alors elle brillera à nouveau : si elle-même nous conduit et nous compénètre ». (Benoit XVI, homélie, 12/11/2012)

Nous devons être certains que c’est dans l’Eglise que nous trouvons tous les moyens de sanctification nécessaires et les réponses aux questions fondamentales de l’existence de l’homme. Comme l’affirme le magistère de l’Eglise : « C’est, en effet, par la seule Église catholique du Christ, laquelle est le « moyen général de salut », que peut s’obtenir toute la plénitude des moyens de salut. » 

Il est tout à fait vrai et l’Église reconnaît que de nombreuses personnes ont pu découvrir l’existence de Dieu en utilisant uniquement la raison humaine. En d’autres termes, exprimer l’idée de l’Église comme « plénitude de la vérité» ne peut pas être compris comme une sorte de monopole de la vérité, comme s’il n’y avait pas « de vérités » en dehors de l’Église.

Alors qu’est-ce que cela veut dire? Ce qui veut dire que la vérité que le Christ est venu nous révéler a été confiée, dans toute sa plénitude, à l’Église catholique. Quand il s’agit de ces choses que le Christ voulait nous faire connaître pour notre salut (ce que nous appelons habituellement « Révélation »), la plénitude de cette vérité se trouve dans les enseignements de l’Église catholique, qui a été établie par Jésus-Christ pour transmettre ces vérités à travers l’histoire.

Mais, il faut aussi reconnaître que, malheureusement pour beaucoup de gens, il est extrêmement difficile d’accepter et d’adhérer à l’enseignement du Christ dans sa plénitude, car il n’est pas compatible avec leurs caprices ou leurs critères, ils pensent – à tort – que les moments que Jésus a vécus avec ses apôtres étaient une sorte de table démocratique où le Seigneur leur demandait s’ils en étaient d’accord ou non… L’Eglise vit la vérité non pas comme un ensemble d’opinions, l’Eglise vit d’une vérité donnée comme un don mais aussi une grande responsabilité devant Dieu et l’humanité.

Le Seigneur nous a laissé une Église et une doctrine, de sorte que – par amour pour lui et pour notre salut – nous le suivions.

Dans ce dimanche de Pentecôte, demandons la grâce à l’Esprit Saint de demeurer fidèles à la Vérité de Dieu. Cette grâce nous la demandons à celle qui a été toujours fidèle aux inspirations de l’Esprit, la très sainte Vierge Marie. 

P. Luis Martinez IVE.

Marie, mère de l’Église

La joyeuse vénération dédiée à la Mère de Dieu dans l’Eglise contemporaine, à la lumière de la réflexion sur le mystère du Christ et sur sa propre nature, ne pouvait pas oublier cette figure de Femme (cf. Gal 4, 4), la Vierge Marie, qui est à la fois Mère du Christ et Mère de l’Eglise.

Ceci était déjà en quelque sorte présent dans la pensée de l’Eglise à partir des paroles prémonitoires de saint Augustin et de saint Léon le Grand. Le premier, en effet, dit que Marie est la mère des membres du Christ, parce qu’elle a coopéré par sa charité à la renaissance des fidèles dans l’Eglise ; puis l’autre, quand il dit que la naissance de la Tête est aussi la naissance du Corps, indique que Marie est en même temps mère du Christ, Fils de Dieu, et mère des membres de son Corps mystique, c’est-à-dire de l’Eglise. Ces considérations dérivent de la maternité de Marie et de son intime union à l’œuvre du Rédempteur, qui a culminé à l’heure de la croix.

La Mère en effet, qui était près de la croix (Jn 19, 25), accepta le testament d’amour de son Fils et accueillit tous les hommes, personnifiés par le disciple bien-aimé, comme les enfants qui doivent renaître à la vie divine, devenant ainsi la tendre mère de l’Eglise que le Christ a générée sur la croix, quand il rendait l’Esprit. A son tour, dans le disciple bien-aimé, le Christ choisit tous les disciples comme vicaires de son amour envers la Mère, la leur confiant afin qu’ils l’accueillent avec affection filiale.

Guide prévoyante de l’Eglise naissante, Marie a donc commencé sa propre mission maternelle déjà au cénacle, priant avec les Apôtres dans l’attente de la venue de l’Esprit Saint (cf. Ac 1,14). Dans ce sentiment, au cours des siècles, la piété chrétienne a honoré Marie avec les titres, en quelque sorte équivalents, de Mère des disciples, des fidèles, des croyants, de tous ceux qui renaissent dans le Christ, et aussi de “Mère de l’Eglise”, comme il apparaît dans les textes d’auteurs spirituels ainsi que dans le Magistère de Benoît XIV et de Léon XIII.

Proclamation de saint Paul VI

Le vocable de «Mater Ecclesiae» avait déjà été utilisé par saint Paul VI, le 21 novembre 1964, lorsqu’il promulgua la Constitution dogmatique sur l’Église, Lumen Gentium, dont le chapitre VIII, entièrement consacré à Marie, explore son rôle dans le mystère du Christ et celui de l’Église. Le Pape Montini, qui nourrissait d’ailleurs une profonde dévotion envers la mère de Dieu, y voyait «la synthèse de doctrine mariale la plus ample jamais élaborée par un concile œcuménique, en vue de manifester le visage de la sainte Église, à laquelle Marie est intimement liée».

«C’est donc à la gloire de la bienheureuse Vierge et à notre réconfort que Nous proclamons Marie très sainte, Mère de l’Église, c’est-à-dire de tout le peuple de Dieu, aussi bien des fidèles que des pasteurs, qui l’appellent Mère très aimante, et Nous voulons que, dorénavant, avec un tel titre très doux la Vierge soit encore plus honorée et invoquée par tout le peuple chrétien», déclarait solennellement le Souverain Pontife devant les pères conciliaires, se fondant ainsi sur une longue tradition mariale, développée notamment par de nombreux saints théologiens comme saint Amboise de Milan et saint Augustin.

Marie, « réalisation exemplaire de l’Église »

Le titre de «Mater Ecclesiae» est explicité en détails dans le Catéchisme de l’Église Catholique : «Le rôle de Marie envers l’Église est inséparable de son union au Christ, elle en découle directement», peut-on lire à partir de l’article 963. Cette union de la Vierge avec son Fils est manifeste dès l’Annonciation jusqu’à la mort du Christ, particulièrement lors de sa Passion. «Après l’Ascension de son Fils, Marie a assisté de ses prières l’Église naissante, poursuit le CEC en citant Lumen GentiumRéunie avec les apôtres et quelques femmes, on voit Marie appelant elle aussi de ses prières le don de l’Esprit qui, à l’Annonciation, l’avait elle-même prise sous son ombre». Par son adhésion pleine et entière à la volonté du Père, elle est devenue «membre suréminent et absolument unique de l’Église, et en constitue même la réalisation exemplaire» (LG 53). «Elle a apporté à l’œuvre du Seigneur une coopération absolument sans pareil par son obéissance, sa foi, son espérance, son ardente charité, pour que soit rendue aux âmes la vie surnaturelle. C’est pourquoi elle est devenue pour nous, dans l’ordre de la grâce, notre Mère» (LG 61).

Signalons enfin qu’une mosaïque de «Marie mère de l’Église», installée sur une façade du Palais apostolique, veille sur la Place Saint Pierre. L’image, de plus de 2,5 mètres de long, a été placée à cet endroit sur volonté du Pape Jean-Paul II ; le Pape polonais voulait ainsi remercier la Vierge Marie pour sa protection lors de l’attentat dont il avait fait l’objet, le 3 mai 1981. 

Sources:

https://liturgie.catholique.fr/accueil/annee-liturgique/les-fetes-et-les-saints/294457-decret-memoire-marie-mere-eglise-pentecote/

https://www.vaticannews.va/fr/eglise/news/2020-06/marie-mere-eglise-memoire-liturgique.html