Le Verbe Abrégé

Le Verbe s’est fait chair

Le signe de Dieu est la simplicité. Le signe de Dieu est l’enfant. Le signe de Dieu est qu’Il se fait petit pour nous. Telle est sa façon de régner. Il ne vient pas avec puissance ni grandeur extérieure. Il vient comme un enfant – sans défense et ayant besoin de notre aide. Il ne veut pas s’imposer par la force. Il nous enlève la peur de sa grandeur. Il demande notre amour: c’est pourquoi il se fait enfant. Il ne veut rien d’autre de nous, si ce n’est notre amour, par lequel nous apprenons spontanément à entrer dans ses sentiments, dans sa pensée et dans sa volonté – nous apprenons à vivre avec lui et à pratiquer aussi avec lui l’humilité du renoncement, qui fait partie de l’essence de l’amour. Dieu s’est fait petit pour que nous puissions le comprendre, l’accueillir, l’aimer. Dans leur traduction grecque de l’Ancien Testament, les Pères de l’Église trouvaient une parole du prophète Isaïe, que Paul citait aussi, pour montrer que les voies nouvelles de Dieu étaient déjà annoncées dans l’Ancien Testament. On pouvait y lire: «Dieu a rendu brève sa Parole, il l’a abrégée» (cf. Is 10, 23; Rm 9, 28)[1]. Les Pères l’interprétaient dans un double sens. Le Fils lui-même est la Parole, le Logos; la Parole éternelle s’est faite petite – si petite qu’elle peut entrer dans une mangeoire. Elle s’est faite enfant, afin que la Parole devienne pour nous saisissable. Ainsi, Dieu nous enseigne à aimer les petits. Il nous enseigne de même à aimer les faibles. De cette manière, il nous enseigne le respect face aux enfants. L’enfant de Bethléem oriente notre regard vers tous les enfants qui, dans le monde, souffrent et qui sont soumis à des abus, ceux qui sont nés comme ceux qui ne sont pas nés…[2]

La Bible entière est résumée en Lui

« Nous sommes ainsi arrivés à la deuxième signification que les Pères ont trouvée dans la phrase: «Dieu a abrégé sa Parole». La Parole que Dieu nous communique dans les livres de l’Écriture Sainte était, au fil du temps, devenue longue. Longue et compliquée, non seulement pour les gens simples et analphabètes, mais même encore plus pour les personnes qui connaissaient l’Écriture Sainte, pour les savants qui, clairement, se perdaient dans les détails et dans les problèmes qui en découlaient, ne réussissant presque plus à trouver une vision d’ensemble. Jésus a «rendu brève» la Parole – il nous a fait voir à nouveau sa plus profonde simplicité et sa plus profonde unité. Tout ce que nous enseignent la Loi et les prophètes est résumé – dit-il – dans les paroles: «Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit… Tu aimeras ton prochain comme toi -même» (Mt 22, 37-39). Tout est là – la foi entière se réduit à cet unique acte d’amour, qui englobe Dieu et les hommes… Arrivés à ce point, les deux manières par lesquelles Dieu a «fait brève» sa Parole se rencontrent. Il n’est plus loin. Il n’est plus inconnu. Il n’est plus non inaccessible à notre cœur. Il s’est fait enfant pour nous et il a par là dissipé toute ambiguïté. Il s’est fait notre prochain, restaurant encore de cette manière l’image de l’homme qui, souvent, nous apparaît aussi peu aimable. Dieu pour nous s’est fait don. Il s’est donné lui-même… »[3]

En Jésus-Christ, la Loi ancienne trouve son unité[4]

En Jésus-Christ, qui en était la fin, l’ancienne Loi trouvait par avance son unité. Tout en cette Loi, d’âge en âge, convergeait vers Lui. C’est Lui qui, de la « totalité des Écritures », faisait déjà « l’unique Parole de Dieu ». […][5]

En Lui, les « verba multa » (les nombreuses paroles) des écrivains bibliques deviennent pour toujours «Verbum unum» (l’unique Parole)[6]. Sans Lui, au contraire, le lien se dénoue : de nouveau la Parole de Dieu se fragmente en « paroles humaines » ; paroles multiples, non pas seulement nombreuses, mais multiples par essence, et sans unité possible, – car, ainsi que le constate Hugues de Saint Victor, « multi sunt sermones hominis, quia cor hominis unum non est » (nombreuses sont les paroles de l’homme, parce que le cœur de l’homme n’est pas un)[7]. […]

Le voici donc, ce Verbe unique. Le voici parmi nous, « sortant de Sion »[8], ayant pris chair dans le sein de la Vierge : «Omnem Scripturae universitatem, omne verbum suum Deus in utero virginis coadunavit» (tout l’ensemble des Écritures, toutes ses paroles, Dieu les a réunis dans le sein de la Vierge)[9]. […]

C’est le Verbe “abrégé”

Le voici maintenant, total, unique, dans son unité visible. Verbe abrégé. Verbe «concentré», non pas seulement en ce premier sens que Celui qui est en lui-même immense et incompréhensible, Celui qui est infini dans le sein du Père s’enferme dans le sein de la Vierge ou se réduit aux proportions d’un petit enfant dans l’étable de Bethléem, comme saint Bernard[10] et ses fils[11] aimaient à le redire, comme le redisaient M. Olier dans un hymne pour l’Office de la vie intérieure de Marie[12] …mais en outre et tout à la fois en ce sens que le contenu multiple des Écritures disséminées au long des siècles de l’Attente vient tout entier se ramasser pour s’accomplir, c’est-à-dire s’unifier, se compléter, s’illuminer et se transcender en Lui.

Semel locutus est Deus (Dieu n’ a prononcé qu’une seule parole): Dieu ne prononce qu’une seule parole, non seulement en Lui-même, en son éternité sans vicissitudes, dans l’acte immobile par lequel il engendre son Verbe, ainsi que saint Augustin le rappelait; mais aussi bien, comme l’enseignait déjà saint Ambroise, dans le temps, et parmi les hommes, dans l’acte par lequel il envoie son Verbe habiter notre terre. «Semel locutus est Deus, quando locutus in Filio est» (Dieu n’a prononcé qu’une seule parole, quand il a parlé dans son Fils): car c’est Lui qui donne leur sens à tous les mots qui l’annonçaient, tout est entendu en Lui, et seulement en Lui: «et audita sunt etiam illa quae ante audita non erant ab iis quibus locutus fuerat per prophetas» (et ont été comprises toutes les paroles qui n’avaient pas été comprises auparavant par ceux à qui il avait parlé par les prophètes).[13] […]

Verbe, donc doublement abrégé, puisqu’au moment de son incarnation « Il a récapitulé en lui le long développement de l’histoire humaine, nous offrant, condensé en lui, le salut »[14]. Double abréviation, d’un Verbe qui n’est ainsi ni mutilé ni diminué. Double abréviation, celle de temps et celle d’éternité, qui se rejoignent pour n’en faire qu’une, comme le temps et l’éternité sont inextricablement unis dans ce Verbe abrégé. Double récapitulation, celle de la Parole éternellement prononcée dans le sein du Père et celle de la Parole adressée aux hommes au cours des siècles : la première existe afin de permettre la seconde, et la seconde pour révéler la première, de façon que nous pouvons et devons dire, dans deux sens qui se rejoignent : « Nous avons entendu le Verbe abrégé du Verbe abrégé »[15]. Double abréviation, double récapitulation, mais toujours à partir d’un seul Verbe, ce même Verbe, car Dieu a un seul Verbe dans son sein et Il prononce un seul Verbe au dehors, qui n’est jamais autre que ce même Verbe, ce même Verbe incarné ; de sorte que nous pouvons et devons encore dire, dans deux sens unis : « Dieu a parlé une fois, car il a engendré un seul Verbe »[16]. Double merveille, qui pour nous est donc toujours une, et se manifeste dans un seul trait dans mystère de Noël : « Ô frères, si nous regardons pieusement et diligemment ce Verbe qu’aujourd’hui le Seigneur nous a donné et montré, quelle quantité de choses et avec quelle facilité vous pouvez nous apprendre ! En vérité, le Verbe a été abrégé, de telle sorte que dans ceci s’accomplit toute parole qui cherche le salut, car en cela c’est certainement la Parole qui apporte le salut et qui abrège avec justice. Et cet « accomplissement abrégé répand abondamment la justice » (Is 10, 23)… Mais quelle merveille, si le Verbe de Dieu a abrégé toutes ses paroles, à partir du moment où il a voulu s’abréger et d’une certaine manière se diminuer, à tel point que de l’immensité insaisissable de soi-même Il s’était réduit à la pauvreté du sein et, même tout en contenant le monde, il a toléré d’être contenu dans une mangeoire ? »[17].

Verbe très abrégé mais substantiel

Oui, Verbe abrégé, « très abrégé », – «brevissimum» [18]– mais, par excellence substantiel. Verbe abrégé mais plus grand que ce qu’il abrège. Unité de plénitude. Concentration de lumière. L’incarnation du Verbe est l’ouverture du Livre, dont la multiplicité extérieure laisse désormais apercevoir la « moelle » unique, cette moelle dont les fidèles vont se nourrir[19]. Voici que par le Fiat (qu’il advienne) de Marie répondant à l’annonce de l’ange, la Parole jusque-là seulement « audible aux oreilles », est devenue « visible aux yeux, palpable aux mains, portable aux épaules »[20]. Plus encore : elle est devenue « mangeable » [21]. Rien des vérités anciennes, rien des anciens préceptes n’a péri, mais tout a passé dans un état meilleur[22]. Toutes les Écritures se rassemblent dans les mains de Jésus comme le pain eucharistique[23], et en les portant c’est lui-même qu’il porte en ses mains : « toute la Bible en substance, pour que nous n’en fassions qu’une bouchée…»[24]. «À maintes reprises et sous maintes formes», Dieu avait distribué aux hommes, feuillet par feuillet, un livre écrit, dans lequel une Parole unique était cachée sous de nombreuses paroles: Il leur ouvre aujourd’hui ce livre afin de leur montrer toutes ces paroles réunies dans la Parole unique. Filius incarnatus, Verbum incarnatum, Liber maximus [25](Fils incarné, Verbe Incarné, Livre par excellence): le parchemin du Livre, c’est désormais sa chair; ce qui est écrit dessus, c’est sa divinité. […][26]

​ Voici toute la pureté de l’Évangile ![27] . Saint Jérôme enseigne : « La parole évangélique est abrégée et parfaite ; Au lieu de toutes les cérémonies de la loi composées de tant de pièces, celle-ci nous demande le très bref précepte de l’amour et de la foi, pour que nous ne fassions pas aux autres ce que nous ne voudrions pas qu’ils nous fassent. C’est pour cette raison que le Seigneur dit aussi dans l’Évangile : « Dans ces deux préceptes… » (140 A) »[28] . Moïse avait dit beaucoup de choses et pourtant sa Loi n’avait rien conduit à la perfection définitive [29]. « Verbe abrégé et abrégeant, saint résumé ! [30].

L’amour : essence de la révélation

Toute l’essence de la révélation tient dans le précepte de l’amour ; dans ce seul mot «toute la Loi et les Prophètes»[31]. Mais cet Évangile annoncé par Jésus, ce mot prononcé par Lui, s’il contient tout, c’est qu’il n’est point autre que Jésus lui-même. Son œuvre, sa doctrine, sa révélation, sa parole, c’est Lui! La perfection qu’Il enseigne, c’est la perfection qu’Il apporte. Christus plenitudo legis [32](le Christ, plénitude de la Loi). Il est impossible de séparer son message de sa personne, et ceux qui s’y essayèrent n’eurent pas longtemps avant d’être entraînés à trahir le message lui-même: personne et message finalement ne font qu’un. Verbum abbreviatum, Verbum coadunatum: Verbe condensé, unifié, parfait! Verbe vivant et vivifiant[33]. Contrairement aux lois du langage humain, qui se clarifie en s’expliquant, c’est en paraissant sous sa forme abrégée que, d’obscur, il devient manifeste: Verbe prononcé d’abord «in abscondito» (de façon cachée), et maintenant «manifestum in carne»[34] (manifesté dans la chair). Verbe abrégé, Verbe toujours ineffable en lui-même, et cependant expliquant tout![35] […]

Jésus, Verbe abrége, mais qui mène à la perfection, qui enferme la loi et les prophètes dans le précepte de la charité, divisé en deux… Ô Verbe qui perfectionne et abrège avec justice ! Parole de charité, Parole de toute perfection[36].

Les deux formes du Verbe, abrégé et dilaté, sont inséparables. Le Livre demeure donc, mais en même temps il passe tout entier dans Jésus[37], et sa méditation par le croyant consiste à contempler ce passage. Mani, Mahomet ont écrit des livres. Jésus, lui, n’a rien écrit, – c’est Moïse et les autres Prophètes qui «ont écrit de lui». Le rapport du Livre à sa Personne est donc inverse du rapport qu’on observe ailleurs. Aussi la Loi évangélique n’est-elle point une «lex scripta» (loi écrite). Le christianisme n’est point, à proprement parler, une «religion du Livre»[38]: il est la religion de la Parole, – mais non pas uniquement ni principalement de la Parole sous sa forme écrite. Il est la religion du Verbe, – «non d’un verbe écrit et muet, mais d’un Verbe incarné et vivant»[39]. La Parole de Dieu est maintenant là, parmi nous, «de telle manière qu’on la voit et qu’on la touche»[40]: Parole «vive et efficace»[41], unique et personnelle, unifiant et sublimant toutes les paroles qui lui rendent témoignage[42]. Le christianisme n’est pas «la religion biblique»: il est la religion de Jésus-Christ[43].

Ici s’ouvre enfin une troisième signification de l’affirmation sur la Parole devenue «brève» et «petite». L’homme, pour vivre, a besoin de pain, du fruit de la terre et de son travail. Mais il ne vit pas seulement de pain. Il a besoin de nourriture pour son âme: il a besoin d’un sens qui remplit sa vie. Ainsi, pour les Pères, la mangeoire des animaux est devenue le symbole de l’autel, sur lequel est déposé le Pain, qui est le Christ lui-même: la vraie nourriture pour nos cœurs. Et nous voyons encore une fois qu’il s’est fait petit: sous l’humble apparence de l’hostie, d’un petit morceau de pain. Il se donne lui-même à nous.[44]

+ R. P. Carlos Miguel Buela, IVE.


[1] Cf. Saint Cyprien, Sur le Notre Père, v. 28 ; Cf. LH, III, 411.

[2] Benoît XVI, Homélie à la messe de la veille de Noël 2006.

[3] Benoît XVI, Homélie à la messe de la veille de Noël 2006.

[4] Les paragraphes suivants, jusqu’au 6 inclus, sont tirés de Henri de Lubac, Esegesi medievale. I quattro sensi della Scrittura (vol. III, Jaca Book, Milan, 1996), 258-271. Article paru dans 30 Giorni, n. 12, 2006, 35-38, plus résumé et sans les notes.

[5] Rupert, De S. Spiritu, 1.1, c.6 « Que croyons-nous être la Sainte Écriture, sinon la Parole de Dieu ? Il n’y a qu’une seule Parole de Dieu, l’ensemble des Écritures. Quand nous lisons donc la Sainte Écriture, nous traitons de la Parole de Dieu, nous avons sous les yeux, comme dans un miroir et dans une énigme, le Fils de Dieu» PL, CLXVII, 1575-1576 ; Dans Reg., 1.3, c.14 : « Qu’est-ce que (…) par Moïse et par les prophètes, quelle chose c’était de tisser ensemble la Sainte Écriture, qu’est-ce que la Parole de Dieu, sinon de concevoir dans le cœur, à travers l’esprit prophétique, le Christ, et le faire naître avec leurs bouches?”, 1157 C.

[6] Rupert, In Io., 1.7 « Verbum unum » ; «Les nombreuses paroles qu’il a prononcées sont une seule Parole, « une seule » je dis, puisqu’il s’est lui aussi fait chair. Ce Verbe unique parla avec beaucoup de mots, c’est-à-dire avec de nombreux sons élémentaires et articulés il a mis dans la bouche de nos âmes de nombreux mystères de son incarnation, de sa passion, de sa résurrection et de son ascension » (CLXIX, 494 D). Jérôme, In Eccl, 12,16-17 (XXIII, 1113-1115). Cf. Augustin, In Io., tr. 28, n.9 (CCL, 36, 282-283).

[7] Dans Eccl., h 13 ; PL, CLXXV, 204 D ; h.17 : Parce que l’homme est divisé et devient un autre, de sorte qu’il n’est pas tout un, 237 D.

[8] Prière pour l’Avent, 21 “Ta loi et ta parole, ô Père, sortant de Sion…”.

[9] Sacramentaire lionnais, XIe siècle, « Omnem Scripturae universitatem, omne verbum suum Deus in utero virginis coadunavit » ; «Seigneur, en ce jour, dans le sein de la Bienheureuse Vierge Marie, tu as voulu réunir ton Verbe      …». Rupert, In Is., 1.2, c.31. «Ainsi toute l’Écriture légale et prophétique fut répandue avant que Dieu ne rassemble toute l’Écriture, toute sa Parole, dans le sein de la Vierge. La même Vierge a conçu avant avec l’esprit qu’avec la chair, elle a enfanté avant prophétisant avec la bouche que portant dans le sein. Il est donc faux que le Christ n’ait pas existé avant Marie. En effet, avant de donner naissance à sa chair, la bienheureuse Sion a enfanté par la bouche des prophètes le seul et même Christ, le seul et même Verbe » PL, CLXVII, 1362 BD.

[10] Bernard, In vir. Nat, s.1, n.1 (CLXXXIII, 87 B). In nat. Dom., s.1,n.1 (115 B). In circ., s.1,n.1 (131 D). In annunt.,s.3,n.8 « excelsus, humiliatus ; immensus, abbreviatus” (396 D) V. Lossky, Études sur la terminologie de S. Bernard, in B. du Cange, 17 (1943), 87-90, explique bien ce sens de “abbreviare, abbreviatus” chez Bernard, mais Il n’y a pas ici de « nouveau sens », comme il le croit.

[11] Guerric, De nat., s.5, n.1 (CLXXXV, 43 BD) ; etc. et Eterius et Bernard, Ad Elip., 1.1, c.37 “Les Juifs et les hérétiques qui ne croient pas que le Verbe abrégé, c’est-à-dire fait homme, est le fils de Dieu” (XCVI, 914 D). Absalom, art. 15 (CCXI, 94 B).

[12] « La Mère du Christ, avec une parole, fait chair le Verbe du Père et devient un Verbe abrégé. Et si le sens diminue, en former ainsi le Fils de Dieu, la foi de la Mère suffit. Vie intérieure… (Rome, 1866), 2, 430.

[13] “Et audita sunt etiam illa quae ante audita non erat ab iis quibus locutus fuet per Prophetas.” “Dieu n’a parlé qu’une seule fois, lorsqu’Il a parlé dans le Fils (…) et on a entendu aussi des choses qui n’avaient pas été entendues auparavant par ceux à qui il avait parlé par l’intermédiaire des prophètes”, Augustin, In ps. 61, n.18 (CCL, 39, 786). Ambroise, In ps. 61, n.33 (PL, XIV, 1180 C).

[14] Irénée, Adv. Haer., 1,3, ch. 18, n.1 “Quand il s’est incarné (…), il a récapitulé en lui-même le long exposé fait par les hommes, nous apportant dans un résumé, le salut ” PG, VII, 832 B.

[15] «Verbum abbreviatum de Verbo abbreviato audivimus», Garnerius, S. 5, De nat. Dom. PL, CCV, 599 C.

[16] Semel locutus est Deus, quia unum genuit Verbum, Bernard, De div. S. 73 (183, 695 B). Cfr. In Cant., s.5, n.1 (554 BC). Bède, In Cant (XCI, 1119 C).

[17] Guerric, In Nat. Dom., s.3, n.3 (CLXXXV, 44 CD). Cf. In Purif. S. 2, n.5 (70 D).

[18] Absalom, S. 22, « Celui même est ce Verbe abrégé que le Seigneur a fait sur la terre, encore plus vraiment brévissime. En effet, bien que dans la nature de sa divinité il soit incompréhensible et infini… » (CCXI, 130 C). Comme chez Etherius et Bernard, Jésus est ici le Verbe abrégé par rapport non seulement à l’Écriture , mais surtout à son statut de Verbe éternel.

[19] Rupert, In Io., 1,6 « Les cinq pains de la loi mosaïque, entiers, c’est-à-dire les livres, aussi les deux poissons, c’est-à-dire les prophètes et les psaumes, qui témoignent simultanément de la loi et de l’Évangile… Il porte Ces pains et ces poissons de l’Écriture sur le cou de son serviteur, mais il ne les mange pas, il transpire sous le poids de la lettre, mais il ne touche pas de ses mains ni de ses dents la moelle du contenu spirituel” (CLXIX, 441 D ; cf. 444 CD).

[20] Bernard, Sup. Missus est, h.4, n.11 (CLXXXIII, 86 B).

[21] Élinand, S. 3 (CCXII, 503 B).

[22] Hildegarde, Scivias, 1.1, vis. 5 “c’est pourquoi les anciens préceptes n’ont pas été perdus, parce qu’ils ont été transformés en un meilleur état”, CXCVII, 435 D.

[23] Rupert, ib. «Il a pris le livre et a ouvert le livre (…), c’est-à-dire qu’il a pris toute la sainte Écriture de la puissance de Dieu, pour l’accomplir en lui-même, et naturellement toute la distribution des biens en ce qui concerne notre salut, en la nature humaine par lui assumée, l’ouverture du livre prédit, celle des Saintes Écritures est l’accomplissement (…). “Puis le Seigneur Jésus prit dans ses mains le pain des Écritures, lorsque, selon les Écritures, il s’incarna, souffrit et ressuscita.” CLXIX, 443 CD.

[24] P. Claudel, Apocalypse, 50, a renouvelé, à sa manière, ce thème traditionnel : « Ce verbe dilaté à la mesure de l’Infini, le voici réduit au contact de lui-même dans la main de l’Ange, aux dimensions d’un petit livre, ce n’est plus le grand livre important d’il y a peu, mais c’est plutôt un arrachage ténu des pages et des versets, de la substance de la Bible entière pour que nous puissions en prendre une seule bouchée (…). Cette abréviation, disons-nous, est constituée de ce seul mot que nous donne saint Jean dans sa Lettre : “Dieu est Amour. Et tu aimeras aussi…” (Cf. Ap 10,9-10) C’est l’interprétation de Jérôme. et de Sed. Scot (pp.347-348 et 349).

[25] Garnerius, S. 6 du nat. Dom.

[26] «Dans le passé, Dieu a écrit pour nous un livre dans lequel il n’inclut qu’une seule chose sous de nombreux mots; aujourd’hui, il nous a ouvert un livre dans lequel, sous de nombreux mots, il a renfermé beaucoup de choses» PL, CCV, 609 D; « Lui-même est en effet le livre qui avait la chair comme parchemin et la Parole du Père comme écriture (…). Le plus grand livre est le Fils Incarné, car, de même que par l’écriture la parole est unie aux parchemins, de même par l’assomption de l’humanité la Parole du Père est unie à la chair” (610 A, C) Absalom, S.25 ” Eh bien, le livre dont il a été question… est le Christ ” (CCXI, 148 D). Gerhoh, In ps. 21 (CXCIII, 1015-1016) ; etc. Cf. Héb 1,1.

[27] Jérôme, In Is., 1.1, c.1, v.11″Ensuite, selon le texte hébreu, Dieu ne montre jamais qu’il voulait les victimes offertes par les Juifs, et cela est également lu dans le Psaume 49 (…). Et après avoir réfuté les rites de la Loi Ancienne, il passe à la pureté de l’Évangile et nous dit ce qu’il veut à leur place (…). “Il réfute les sacrifices des victimes et nous enseigne que l’obéissance à l’Évangile est supérieure au sacrifice.” PL, XXIV, 33-34.

[28] Dans Is., l.4, cap.10. G. Beleth, Justification, c.40 “Une fois le symbole récité, à la fin il faut faire le signe de croix, car la parole évangélique n’est pas différente de l’évangile lui-même, mais c’est plutôt une parole abrégée” CCII , 49 D.

[29] Abélard Ep. 7, « Celui qui édicte une loi doit le faire de manière à ne pas multiplier les transgressions par la multiplicité des préceptes. Moïse a promulgué beaucoup de choses et pourtant, comme le dit l’Apôtre, la loi n’a rien apporté à la perfection. Le Christ a donné aux Apôtres quelques préceptes sur la bonté des coutumes et le caractère sacré de la vie et a enseigné la perfection ».

[30] Bernard, De dilig. Deo, c.7, n.21. Glossa in Rom., 9,28-29.

[31] Sed Sc., In Rom. : « En effet, c’est le Verbe de Dieu qui perfectionne et abrège avec justice. Historiquement, on donne cette interprétation: de même que j’abrège une parole et que je la définis immédiatement, ainsi Dieu le mènera à son exécution complète en toute rapidité. Dans la prophétie, en outre, par parole abrégée, on entend le Nouveau Testament, parce que tout y est brièvement compris et conclu (…)». “De Moi, en effet, Moïse a écrit.” « Ou c’est aussi le verbe abrégé de toute la doctrine, de sorte que tout ce que la loi précédente et les prophètes contenaient dans une grande extension de préceptes, le Seigneur en venant dit : Tu aimeras etc. (Mt. 22), c’est ainsi qu’Il abrège évidemment, avec ces deux discours, les prophètes et la loi” (CIII, 93 CD). G. Crispin, Disputatio (Blum. 39).

[32] L. moz. sacram. (517, 622).

[33] Bernard, In Cant., S. 59, n. 9 : « Ô Verbum abbreviatum, attamen vivum et efficax ! », « Ô Verbe abrégé, mais vivant et efficace ». PL, CLXXXIII, 1056 D.

[34] Or. vis.; or. per l’Avvento (32).

[35] Guarnerius, S. 5 de Nat. Dom.: «Le Verbe s’est fait chair. Nous avons entendu le verbe abrégé du verbe abrégé. Mais « tandis que je cherche à être bref, je deviens sombre » (Horace, Art poétique, 25-26), naturellement, car avec la parole courte et sombre nous parlons d’un verbe abrégé et sombre. Ma parole est obscure car elle est abrégée. En vérité, ce verbe parce que sombre est abrégé. En fait, il était obscur avant d’être abrégé et il a été abrégé pour qu’il soit manifeste. Avant qu’il ne soit abrégé, il ne pouvait pas être vu par les yeux de notre esprit, mais lorsqu’il était abrégé, il pouvait être vu par les yeux de la chair. Le Verbe n’existait pas sous forme abrégée et ne pouvait pas non plus être prononcé, le Verbe était abrégé et pouvait être prononcé. Peut-être était-il possible de dire non pas quelle chose était, mais qu’elle était, mais il n’était pas possible de dire quelle chose elle était, mais plutôt quelle chose elle n’était pas… Ô Verbe ineffable et enfant, dont on peut parler ! Ô Verbe ineffable à côté du Père et  Enfant dont on parle à côté de la mère…” PL, CCV, 599 CD. Ib. : C’est pourquoi, de beaucoup de paroles dont la connaissance était longue et incompréhensible, la Sagesse du Père a pris le Verbe abrégé, dont la doctrine est saine et étroite. (605D). Dans ses discours 5 et 6, Guarnerius développe les thèmes du « Verbe abrégé » avec sa subtilité habituelle.

[36] Aereld, De Jesu duod., n. 13 (SC, 60, 76) ; Spéc. charité., l. 1 C. 16 (PL, CXCV, 520 A). Pour le sens de Paul et celui d’Is. 10,22-23, cité par Paul, cf. Huby-Lyonnet, Ép. aux Rom. (1957), 354-355.

[37] Absalom, S. 25 : « Car le livre dont il a été fait mention est Christ. » PL, CCXI, 148 D.

[38] “Le christianisme, religion du livre saint”, dit Curtius (378), qui, parmi les autres, ne consacre que quelques pages à la Bible.

[39] Bernard, Sup. Missus est, h. 4, n.11, faisant parler Marie, “et que ce ne soit pas une parole écrite et muette, mais une parole incarnée et vivante” PL, CLXXXIII, 86 B.

[40] Jn 1; I Jn 1,1-3. Georges Auzou, La parole de Dieu, nuova ed. (1960), 426.

[41] Martin de Leon, S. de J. Bapt.; “La parole de Dieu est véritablement efficace et vivante, c’est-à-dire qu’elle est le Fils de Dieu” PL, CCIX, 18 B.

[42] Cf. Gerhoh, In ps. 19, CXCIII, 961 D. Il reprend le symbole origénien de la transfiguration.

[43] Aujourd’hui, nous parlons volontiers de religion biblique, de pensée biblique, de métaphysique biblique ; Mais même si ces expressions sont légitimes, il ne faut pas oublier qu’elles ne suffisent pas à définir la foi chrétienne. « Verbum abbreviatum » a parfois simplement le sens du symbole de la foi : Or., In Rm, 1.7, c.19, sur Rom. 9,27-33 PG, XIV, 154 A : glose de Rufin(?) Cf. Rufin, Exp. In symb., 1 PL, XXI, 336 B ; Bernard, In Cant., S. 79, 2 CLXXXIII, 1163 C

[44] Benoît XVI, Homélie à la messe de la veille de Noël 2006.

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