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Nous sommes tous appelés à proclamer l’Evangile!

Homélie pour le Dimanche XV, année C du Temps Ordinaire

Nous avons entendu, lors de la première lecture les paroles du prêtre Amazias, adressées au prophète Amos : « Toi, le voyant, va-t’en d’ici, fuis au pays de Juda ; c’est là-bas que tu pourras gagner ta vie en faisant ton métier de prophète. Mais ici, à Béthel, arrête de prophétiser ». Ce prêtre voulait comme on peut le constater, chasser le prophète Amos, car celui-ci prophétisait le malheur à cause des infidélités du peuple. Le prêtre, lui-même, comprend la mission d’Amos comme un métier rémunéré. Et pour cela la réponse d’Amos est simple, directe et sincère : il n’était pas prophète auparavant, il ne le cherchait pas comme un travail ou un métier, c’est le Seigneur qui l’a saisi et l’a envoyé. 

Cette lecture est en lien, comme elle l’est habituellement avec l’évangile de ce dimanche. Jésus appelle les Douze et les envoie en mission. En effet, le prophète Amos était aussi une image des apôtres dans la nouvelle Alliance.

Pour accomplir la mission, Notre Seigneur les envoie deux par deux, selon saint Grégoire (Catena Aurea) : « Le Sauveur les envoie deux par deux, pour figurer que le précepte de la charité a un double objet : l’amour de Dieu et l’amour du prochain, et aussi parce qu’il faut deux termes pour que la charité puisse avoir lieu. Il nous enseigne encore par-là que celui qui n’a pas la charité pour le prochain ne doit en aucune façon se charger du ministère de la prédication ».

Mais, l’envoi implique une série de prescriptions rapportées par l’évangéliste. Elles sont des conseils pratiques, mais qui décrivent au fond certains principes universels pour ceux qui sont appelés à annoncer le Royaume de Dieu.

L’annonce implique l’extirpation des vices (figurée par l’expulsion des démons), l’acceptation de la grâce, les conséquences éternelles qu’implique l’acceptation ou non de l’évangile. Pour que leur prédication ne soit pas rejetée comme émanant d’hommes rustiques et incultes, et pour que leur doctrine ait la garantie d’un enseignement venu du Ciel, le Seigneur ordonne aux apôtres de la confirmer, comme d’un sceau divin, avec des miracles de toutes sortes, sur la vie, sur les maladies et sur les démons.

Il leur interdit de recevoir quoi que ce soit en échange des dons spirituels qu’ils confèrent aux peuples : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Matthieu 10,8). Ainsi Jésus prévient ses apôtres contre l’orgueil, puisqu’ils n’ont rien d’eux-mêmes, et condamne toutes sortes d’avidité, surtout le péché de simonie, l’échange des biens spirituels contre de l’argent.

Le Seigneur leur commande l’extrême pauvreté dans leur mission ; les apôtres doivent être la vivante démonstration du commandement de Jésus : « Cherchez d’abord le royaume de Dieu et sa justice, et tout vous sera donné par surcroît »(Mt 6,33).

Et sur le choix qu’ils doivent faire de l’endroit où loger pendant les jours de prédication dans les villes et villages : « Quand vous avez trouvé l’hospitalité dans une maison, restez-y jusqu’à votre départ ». Cette indication est donnée afin de ne pas tomber ni de donner un témoignage d’inconstance ou bien d’un attachement au bien-être, avec mépris pour qui les a reçus en premier.

Et quand vous entrez dans une maison, saluez-la en disant : « Paix à cette maison » ; C’était la formule utilisée en Israël pour la salutation, depuis les temps anciens (Gen. 43, 23; Jud. 19, 20, etc.), bien qu’elle ait sur les lèvres des apôtres un sens plus élevé et plus spirituel de la paix évangélique. « Et si cette maison en est digne, ta paix viendra sur elle » s’il y a là de ceux qui désirent les biens de la paix messianique, Dieu leur accordera. « Mais si elle n’est pas digne, votre paix vous reviendra », c’est-à-dire qu’elle ne produira pas l’effet escompté et elle restera à leur disposition pour être donnée aux autres.

« Si l’on refuse de vous accueillir et de vous écouter, partez et secouez la poussière de vos pieds » : Jésus fait ici allusion à l’action symbolique prescrite par les rabbins de secouer la poussière de leurs pieds chaque fois qu’ils entraient en Palestine à leur retour d’un pays païen, comme s’ils disaient : « Nous ne voulons rien de commun avec toi ». Avec ce geste, les apôtres déclareraient indignes et obstinées les villes dans lesquelles l’évangile avait été rejeté.

Comme nous l’avons dit avant, toutes ces indications devaient être mises en pratique par les apôtres dans ce moment concret, mais elles ont en même temps une valeur spirituelle pour nous tous.

Nous devons penser que chaque chrétien participe à la mission de l’Eglise, car, par nature, l’Église, durant son pèlerinage sur terre, est missionnaire, puisqu’elle-même tire son origine de la mission du Fils et de la mission du Saint-Esprit, selon le dessein de Dieu le Père. Cela implique que chacun de nous, lorsque nous nous confessons comme chrétiens catholiques, nous devons avoir le désir de continuer l’œuvre du Seigneur dans ce monde, d’annoncer l’évangile aux autres. Nous ne pouvons pas rester bras croisés quand le nombre de non chrétiens est toujours en augmentation, et quand l’Eglise voit que beaucoup de ses enfants déclarent formellement leur apostasie, c’est-à-dire l’abandon total de la foi chrétienne, ou bien vivent comme des apostats.

Saint Jean Chrysostome prêchait à ce sujet : « Si le ferment, mêlé à la farine, ne transforme pas toute la pâte, est-ce, à vrai dire, un ferment ? Et encore, si un parfum n’embaume pas ceux qui approchent, pouvons-nous l’appeler un parfum ? Ne dites pas qu’il vous est impossible d’agir sur les autres ; si vous êtes chrétien, ce qui est impossible, c’est que vous n’agissiez pas » (Commentaire sur les Actes des Apôtres).

Alors, comment pouvons-nous être, nous aussi, apôtres aujourd’hui ? Il se peut qu’on ne puisse pas partir en mission ou bien annoncer directement l’évangile, mais il faut savoir que certains aspects préparent et font déjà une grande mission, une grande annonce de l’évangile dans ce monde :

La catéchèse, par laquelle on enseigne aux autres les vérités de la foi qu’ils ne connaissent pas. Nous avons l’énorme responsabilité d’étudier et d’approfondir sur le mystère le Christ et sur la doctrine de la foi, afin de pouvoir la communiquer à ceux qui en ont besoin ou bien qui nous demanderont sur notre foi.

La liturgie, le culte de l’Église, qui avec la Parole de Dieu, les Sacrements et les autres signes de dévotion sont une leçon continue de la foi chrétienne. Est-ce que nous participons activement et faisons participer les autres aux actes d’adoration, sachant qu’avec cela nous évangélisons d’une manière très puissante ?

Nous comptons aussi sur la prière, avec laquelle nous arrivons partout et allons beaucoup plus loin que notre activité extérieure. Ce fut la première chose que Jésus, contemplant la grande moisson qui nous attendait, nous confia : La moisson est abondante, priez le maître de la moisson d’envoyer des ouvriers dans son champ. Dans cet élément nous incluons aussi la souffrance comme un acte de prière et de sacrifice qui donne beaucoup de fruits à la mission de l’Eglise, saint Jean Paul II (Audience, 23/5/79) prêchait aux membres souffrants de l’Eglise : « Prenez aussi votre souffrance, non pas comme une condamnation, mais comme un acte d’amour rédempteur. A travers « l’Apostolat de la Souffrance », vous êtes, vous aussi à l’avant-garde de l’œuvre de conversion et de salut des âmes ».

Un élément essentiel d’évangélisation est le témoignage. Aujourd’hui, le monde est convaincu par des témoins, pas par des seuls enseignants. Si ceux qui ne croient pas nous voient en accord avec notre foi, ils seront attirés vers Jésus-Christ et vers son Église. Le Seigneur prescrit aux apôtres d’enseigner en témoignant.

Souvenons-nous ces paroles inspirées de saint Paul VI : “ L’homme contemporain écoute plus volontiers les témoins que les maîtres ; ou s’il écoute les maîtres, c’est parce qu’ils sont des témoins ” (Evangelii nuntiandi, 41).

Pour conclure, dans l’Église, où chacun des fidèles est un évangélisateur, le Christ continue de choisir les hommes qu’il veut pour « l’accompagner et les envoyer prêcher au peuple » (Ad gentes, 23) : ainsi le récit de l’envoi des Apôtres se fait histoire de l’Église depuis la première jusqu’à la dernière heure. Que Marie nous obtienne la grâce d’être des grands apôtres pour notre temps.

P. Luis Martinez IVE.

Homelie pour le XXIX dimanche du Temps ordinaire. Année A

La liturgie d’aujourd’hui, le vingt-neuvième dimanche du temps ordinaire, nous met devant l’un des nombreux pièges que les ennemis de notre Seigneur Jésus-Christ lui ont tendus au cours de son ministère apostolique. Les évangélistes nous disent qu’ils essayaient de « le prendre au piège en le faisant parler » ; les pharisiens essayaient avec tromperie de trouver au moins un point faible pour discréditer l’enseignement de Jésus, qui était pourtant très solide et convaincant.

Bien que le but du texte de l’Evangile soit de nous montrer la mauvaise volonté des ennemis de Jésus, leur « malice », nous pouvons aussi dire que les questions qu’ils posent au Seigneur semblent être comme des doutes non résolus pour eux et en attente d’une réponse ; qui sait… des questions qui leur ont été posées auparavant par leurs disciples, et auxquelles ils n’ont pas pu donner une réponse cohérente. Concrètement, dans le texte d’aujourd’hui, ils présentent au Christ deux options qui, selon l’esprit des pharisiens, ne semblent pas conformes à la nouveauté évangélique que le Seigneur est venu nous offrir.

D’une part, payer le tribut à César signifiait reconnaître sa suprématie sur le peuple élu, mais ne pas le payer semblait pire encore, car il aurait présenté le Christ comme un révolutionnaire, ou un séditieux ; comme en fait, dans sa Passion, les pharisiens le déclaraient au procurateur (Lc 23,5).

Mais Jésus a une réponse inattendue ! Avec la pièce de monnaie pour le tribut à la main, Il lance à l’histoire un principe de justice, capable de guider toutes les actions extérieures, et en particulier les actions sociales et civiques, des chrétiens de toutes les époques, et plus que jamais dans la nôtre : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu».

Bien qu’il s’agisse d’un principe très clair, certains ont voulu souligner le point le moins important. C’est une tentation récurrente surtout pour ceux qui vivent au milieu du monde… mais pas seulement pour eux ! En fait, certains pensent qu’il est plus important de clarifier ce qu’est « ce qui est à César ». Ils voient en Jésus un enseignant respectueux, qui voudrait nous enseigner avant tout le respect des droits du monde, ou de la société, et une fois que ceux-ci sont établis, ils commencent à se préoccuper de ceux qui concernent Dieu.

Mais pour nous, l’ordre de la question devrait être l’inverse. Nous devons d’abord répondre à ce qui est « à Dieu », et avant tout respecter Dieu et tout ce qui lui appartient.

Ce que nous donnons à César, nous ne devons pas le retirer à Dieu.

Ce qui appartient à César appartient, et avec plus de droit, en premier lieu à Dieu. Parce qu’à Dieu appartient César lui-même, pour ainsi dire ; toute la société est à Dieu, tous les pouvoirs de l’État, toutes les institutions, et donc, toutes nos actions dans l’ordre social et public, appartiennent aussi à Dieu. Il n’est pas licite de dissocier nos œuvres publiques de nos œuvres privées, pour le simple fait qu’il n’est pas licite que même une de nos pensées, une de nos affections, une de nos œuvres extérieures soient enlevées à Celui à qui elles appartiennent : à Dieu.

De ce que nous avons dit, nous pouvons déduire, entre autres, deux vérités pour notre vie quotidienne : la première est la nécessité de nous comporter dans toutes nos actions comme de vrais chrétiens, et de soumettre toutes nos actions à un jugement moral ; c’est-à-dire que nous devons toujours être capables de discerner si telle ou telle décision que nous prenons est conforme à la volonté divine et aux principes de l’Église. Sur ce point, il faut souligner que pour les disciples du Christ, il n’y a pas d’actes qui puissent être jugés exclusivement à partir des critères humains, sociales, civiques, démocratiques ou d’autre critère qui ne puissent pas être aussi soumis au critère du Christ et de l’Église.

Deuxièmement, la nécessité d’œuvrer pour faire de la société une véritable société chrétienne. Car enfin, ce qui appartient à César, ce que nous devons lui donner, c’est le service du Christ. Nous devons travailler pour que notre société devienne une société au service de Jésus-Christ. Notre témoignage chrétien dans le monde a ce but : aider à la préparation au Seigneur d’un peuple disposé, qui le reconnaît non seulement dans les secrets de ses maisons, mais aussi sur les places, dans les lieux publics, dans les médias, dans les lois, etc.

Le Royaume social du Christ est une mission pour chacun de nous. Qu’il soit la première raison et la seule fin de tous nos actes, jusqu’au jour du Christ que s’approche, quand tous « ses ennemis seront mis sous ses pieds » (Hb 10,13).

Que Marie Très Sainte, la Mère du Roi, nous accorde cette grâce.

P. Juan Manuel Rossi IVE.