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« En me voyant, on doit voir ce qu’est Jésus ». bx. Charles de Foucauld

Homélie prononcée en occasion de la bénédiction de la statue du Bx. Charles de Foucauld.

Nous sommes dans ce quatrième dimanche du temps ordinaire et l’évangile de saint Marc nous présente le début de la prédication de Notre Seigneur.

Nous découvrons que les gens sont étonnés, frappés, comme nous le dit l’évangile par son enseignement, car Il enseignait avec autorité ; les mêmes paroles vont se répéter à la fin du texte évangélique de ce jour : Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité !

Nous pouvons donc dire que saint Marc veut attirer notre attention sur ces deux qualités du ministère du Seigneur, surtout sur son autorité, qu’Il utilise sur le démon, car l’exorcisme est au centre de tout ce passage évangélique.

L’évangéliste concentre dans ces premiers moments tout ce qui constituera la vie publique de notre Seigneur, son ministère, avant de consumer son œuvre par le sacrifice de la croix.

Nous avons la grâce aujourd’hui de bénir cette statue du Bx. Charles de Foucauld, patron de notre monastère. C’est une grâce encore de l’avoir reçue lorsqu’on sait qu’il est déjà proclamé saint par le pape François et qu’on attend que la situation sanitaire s’améliore pour célébrer formellement sa canonisation à Rome.

Les saints nous apprennent comment nous devons imiter le Christ, un saint et tous les saints de l’histoire ont cherché cela, la plus parfaite imitation du Christ.

Charles de Foucauld l’exprimait d’une manière très claire, « j’ai perdu mon cœur pour Jésus Nazareth, je passe ma vie à chercher à l’imiter autant que le peut ma faiblesse ».

Le Bienheureux Charles est né catholique, dans une bonne famille, mais peu à peu Charles s’est éloigné de la foi de son enfance, jusqu’à même tomber dans le total athéisme, car il ne croyait plus en Dieu, ce monde lui offrait tous les plaisirs au point qu’il pensait que ce n’était pas la peine d’avoir un Dieu et de croire en Lui. Charles vivait comme beaucoup de hommes et de femmes de notre époque, pensant que Dieu n’a pas de place dans leur vie.

Il vivra dans cet état à partir de sa jeunesse jusqu’à l’âge de 28 ans; lorsque se produit sa première grande conversion, un chemin de sainteté qui ne finira qu’à sa mort.

Charles exprimait sa reconnaissance dans un de ses cahiers personnels de méditation: «Mon Dieu, nous avons tous à chanter vos miséricordes, nous tous créés pour la gloire éternelle et rachetés par le Sang de Jésus, par votre Sang, mon Seigneur Jésus, qui êtes à côté de moi dans ce tabernacle; mais si tous nous le devons, combien moi! moi qui ai été dès mon enfance entouré de tant de grâces, fils d’une sainte mère, ayant appris d’elle à vous connaître, à vous aimer et à vous prier aussitôt que j’ai pu comprendre une parole! Et les catéchismes, les premières confessions… ces exemples de piété reçus dans ma famille… et après une longue et bonne préparation, cette première Communion!…

«Lorsque, malgré tant de grâces, je commençais à m’écarter de vous, avec quelle douceur vous me rappeliez à vous par la voix de mon grand-père, avec quelle miséricorde vous m’empêchiez de tomber dans les derniers excès en conservant dans mon cœur ma tendresse pour lui!… Mais malgré tout cela, hélas, je m’éloignais, je m’éloignais de plus en plus de vous, de vous mon Seigneur et ma vie… et aussi ma vie commençait à être une mort, ou plutôt c’était déjà une mort à vos yeux… Et dans cet état de mort, vous me conserviez encore: toute foi avait disparu, mais le respect et l’estime de la religion étaient demeurés intacts…

Il se souvient ensuite  de sa vie de militaire, toujours athée vivant en Algérie et Maroc, d’abord comme militaire et après comme explorateur, puis il retournera en France, pour publier un livre, c’est à ce moment que se produira sa conversion définitive : «Par la force des choses, vous m’obligeâtes à être chaste, et bientôt, m’ayant, à la fin de l’hiver 1886, ramené dans ma famille, à Paris, la chasteté me devint une douceur et un besoin du cœur. C’est vous qui fîtes cela, mon Dieu, vous seul; je n’y étais pour rien, hélas! C’était nécessaire pour préparer mon âme à la Vérité; le démon est trop maître d’une âme qui n’est pas chaste, pour y laisser entrer la Vérité… Vous ne pouviez pas entrer, mon Dieu, dans une âme où le démon des passions immondes régnait en maître… Mon Dieu, comment chanterai-je vos miséricordes!…

«Une belle âme vous secondait (il parle de sa cousine qui a toujours été comme une mère adoptive, car le bienheureux était orphelin depuis petit) , mais par son silence, sa douceur, sa perfection; elle se laissait voir, elle était bonne et répandait son parfum attirant, mais elle n’agissait pas. Vous, mon Jésus, mon Sauveur, vous faisiez tout au-dedans comme au-dehors. Vous me fîtes alors quatre grâces. La première fut de m’inspirer cette pensée: puisque cette âme est si intelligente, la Religion qu’elle croit si fermement ne saurait être une folie comme je le pense. La deuxième fut de m’inspirer cette autre pensée: puisque la Religion n’est pas une folie, peut-être la Vérité qui n’est sur la terre en aucune autre, ni dans aucun système philosophique, est-elle là? La troisième fut de me dire: étudions donc cette Religion; prenons un professeur de Religion catholique, un prêtre instruit, et voyons ce qu’il en est. La quatrième fut la grâce incomparable de m’adresser à l’abbé Huvelin… Et depuis, mon Dieu, ce n’a été qu’un enchaînement de grâces… Une marée montant, montant toujours!»

La foi de ce nouveau converti va le conduire d’abord comme pèlerin en Terre Sainte, puis comme moine d’abord en France et presque 10 ans en Syrie ; encore sous l’inspiration de Dieu, il reviendra en Terre Sainte pour vivre comme ermite, mais sous le sage conseil d’une religieuse et de son directeur spirituel, il acceptera de devenir prêtre pour aller prêcher l’évangile à ceux qui sont plus éloignés, au sud de l’Algérie, les populations des Touaregs, où le Christ n’était pas encore annoncé.

Ordonné prêtre à 42 ans, le 9 juin 1900, il est conscient que son ministère se passera surtout par l’exemple de vie, vivant comme le Christ. Le Bx. Charles écrira : « Toute notre vie, si muette qu’elle soit, … doit être une prédication de l’Évangile par l’exemple; toute notre existence, tout notre être doit crier l’Évangile sur les toits, … doit être une prédication vivante. » (Méditation sur l’Évangile OS. P. 395.). « Les personnes éloignées de Jésus, doivent sans livres et sans paroles, connaître l’Évangile par la vue de ma vie… En me voyant, on doit voir ce qu’est Jésus »(Règlements et Directoire). « Les Frères « doivent être un Evangile vivant » »( Directoire de l’Union).

Mais, s’il imite le Christ c’est aussi pour annoncer l’évangile avec les paroles, comme il le faisait avec ceux qui l’interrogeaient sur la foi chrétienne, comme il instruisait les esclaves noirs sans religion qu’il arrivait à libérer, comme il enseignait et guidait les militaires français envoyés en mission au Sud de l’Algérie à cette époque.

« L’avenir, le seul vrai avenir, c’est la vie éternelle: cette vie n’est que la courte épreuve qui prépare l’autre… La prédication dans les pays musulmans est difficile, mais les missionnaires de tant de siècles passés ont vaincu bien d’autres difficultés… Donnons-leur l’exemple d’une vie parfaite, d’une vie supérieure et divine».

On a prétendu dire qu’il cachait son identité chrétienne, comme une façon de s’approcher par la seule amitié des peuples musulmans, ce qui est tout à fait faux, comme l’assure un contemporain militaire très ami du Bx. de Foucauld, Le général Laperrine: «Et ses conversations! Et son costume!» faisant référence à la manière dont Charles y démontrait sa foi . Lorsque quelqu’un se présente à la porte de l’ermitage, le frère Charles apparaît, les yeux pleins de sérénité, la main tendue, enveloppé dans une gandourah blanche, sur laquelle est appliqué un cœur rouge surmonté d’une croix. Cette image du Sacré-Cœur proclame la foi de cet homme blanc; et toute sa vie manifeste l’Évangile. Les indigènes ne s’y trompent pas. 

Mais comme tout saint, Charles avait aussi des moments d’épreuves, qu’il sait surmonter avec un esprit de foi : «En ce moment, je suis dans une grande paix. Cela durera ce que voudra Jésus. J’ai le Saint-Sacrement, l’amour de Jésus; d’autres ont la terre, j’ai le bon Dieu… Quand je suis triste, voici ma recette: je récite les mystères glorieux du Rosaire, et je me dis: qu’importe après tout que moi je sois misérable, et que rien n’arrive du bien que je souhaite? Tout cela n’empêche pas le bien-aimé Jésus – qui veut le bien mille fois plus que moi – d’être bienheureux, éternellement et infiniment bienheureux!…»

Charles Eugene de Foucauld (1858-1916), officier, explorateur et religieux. Ici a Tamanrasset, devant sa premiere chapelle. Tamanrasset, ALGERIE – v.1905.

Et en plus, il avait la pleine conscience que finalement c’est le Seigneur qui fait son œuvre, que déjà la seule présence eucharistique rayonne autour d’elle et fait du bien à ceux qui ne croient pas au Christ : « Je ne crois pas leur faire le plus grand bien (aux infidèles) que celui de leur apporter, comme Marie dans la maison de Jean lors de la Visitation, Jésus, le bien de biens, le sanctificateur suprême, Jésus, qui sera toujours présent parmi eux dans le Tabernacle… Jésus s’offrant chaque jour sur le saint autel pour leur conversion, Jésus les bénissant chaque soir au salut : c’est là le bien des biens, notre Tout, Jésus ».

Le Bienheureux Charles mourra le 1 décembre tragiquement, une mort à laquelle il se préparait même si cela signifiait mourir à cause de la foi : «Supportons toutes les insultes, avait-il écrit, les coups, les blessures, la mort, en priant pour ceux qui nous haïssent… à l’exemple de Jésus, sans autre motif ni autre utilité que de déclarer à Jésus que nous l’aimons». Sa vie donnée pour l’évangile est pour nous un grand exemple et une raison pour continuer à proclamer l’évangile avec nos paroles et surtout avec notre vie. Que Marie et le Bx. Charles nous bénissent !

P. Luis Martinez IVE.

Quelques citations ont été prises d’une lettre spirituelle sur le Bx. Charles de Foucauld de l’Abbaye de Saint Joseph de Clairval

Neuvaine de préparation pour la Solennité de la Nativité du Seigneur

Introduction

L’Apôtre Saint Paul, dans sa Lettre aux Philippiens, dit que Jésus « ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté : il l’a doté du Nom qui est au-dessus de tout nom, afin qu’au nom de Jésus tout genou fléchisse au ciel, sur terre et aux enfers, et que toute langue proclame : Jésus-Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père » (2,6-11).

Le mystère de la venue du Christ dans le monde, que nous célébrons à Noël, est admirablement résumé dans ce paragraphe. Saint Thomas d’Aquin, en commentant ce texte, dit que « l’Apôtre s’est servi avec justesse de cette expression : il s’est anéanti, car le vide est opposé à la plénitude, or la nature divine possède la plénitude, puisqu’elle renferme toute la perfection de la bonté… La nature humaine et l’âme de l’homme ne possèdent pas la plénitude, elles n’ont que la capacité d’y parvenir, car cette âme est comme une table rase ; la nature humaine n’a donc que le vide. Ainsi l’Apôtre dit-il : Il s’est anéanti, parce Jésus-Christ s’est uni la nature humaine » (Commentaire de l’épître de saint Paul aux Philippiens, ch. 2, l. 2).

Jésus-Christ a voulu s’anéantir pour notre salut, ce qui se voit dans le fait qu’il a non seulement assumé notre nature humaine, en tout sauf le péché, mais il a également voulu assumer de nombreuses déficiences de cette nature, qui ne sont pas contraires à sa mission, c’est-à-dire qui ne sont pas contraires à sa science et à sa sainteté. Saint Thomas d’Aquin nous en explique la cause : « le Christ a pris nos déficiences (les faiblesses de notre nature excepté le péché) afin de satisfaire pour nous, pour manifester la vérité de sa nature humaine, et enfin pour nous donner l’exemple de la vertu » (Somme Théologique, III, 15, 1). En d’autres termes, le Christ a voulu nous libérer de nos déficiences, mais il a d’abord voulu partager les nôtres, les vivre avec nous, afin que nous sachions comment agir vertueusement dans les circonstances difficiles de notre vie humaine et de notre vie chrétienne. C’est l’un des principaux enseignements de la crèche : la radicalité de Jésus, qui nous pousse à être radicaux et à imiter ses « vertus de l’anéantissement ». L’Apôtre Pierre dit : « C’est bien à cela que vous avez été appelés, car c’est pour vous que le Christ, lui aussi, a souffert ; il vous a laissé un modèle afin que vous suiviez ses traces » (1P 2,21).

En cette semaine qui précède la célébration de Noël, nous allons méditer sur ces vertus de l’anéantissement du Christ, telles qu’elles sont énumérées dans le « droit propre » de l’Institut du Verbe Incarné : « l’humilité, la justice, le sacrifice, la pauvreté, la douleur, l’obéissance, l’amour miséricordieux… en un mot, porter la croix » (Constitutions, 11 ; cf. Directoire de spiritualité, 335).

Et pour introduire ces méditations, nous apportons un texte du patron de notre monastère, le bienheureux Charles de Foucauld, qui, contemplant le Christ en croix, met ces paroles sur ses lèvres : «…de ma grotte et de ma crèche, je vous apprends l’amour, l’humilité, la pauvreté, l’abjection, la retraite, la joie quand on est rejeté, repoussé, méprisé par le monde. C’est l’amour qui me fait venir petit et faible, semblable à vous, me livrer à vous, me donner à vous, pour toujours jusqu’à la fin de siècles : pour travailler, souffrir, mourir parmi vous en ces trente-trois ans de ma vie mortelle ; pour rester ensuite avec vous jusqu’à la consommation des siècles dans la sainte Eucharistie, sans souffrances, mais non sans outrages, non sans recevoir d’offenses. L’humilité paraît quand je me fais si petit, si petit et si faible dans la crèche et dans l’Eucharistie. La pauvreté, c’est le dénuement de ma crèche, de ma grotte, de mes parents : quel berceau, quelle demeure ! et pour parents de pauvres ouvriers ! L’abjection, c’est le choix que je fais de ce que méprise le monde pour être mon entourage intime, partageant ainsi leur déconsidération et le dédain qu’on leur prodigue : de pauvres ouvriers pour parents, de pauvres bergers pour premiers amis. La retraite je vous l’enseigne en naissant, passant mes premières semaines loin des hommes, loin des grandes villes, hors même de tout village, en pleine campagne, dans une grotte solitaire à quelque distance d’un village. La joie quand on est rejeté, repoussé, méprisé par le monde ; car désormais, celui d’entre vous qui sera rejeté, repoussé, méprisé par le monde se souviendra que je l’ai été le premier et toute ma vie, de ma naissance à ma mort, et il se réjouira de m’être semblable ; il comprendra que sans souffrir ces rejets, mépris, persécutions, on ne peut m’être semblable, et que plus on les souffre plus on me ressemble, sujet de joie parfaite » (Méditations sur l’Evangile, 25 mars 1905).