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« Va et ne pèche plus » – La conversion de Charles de Foucauld

Homélie pour le V Dimanche de Carême, année C (Jn. 8, 1-11)

L’évangile de ce cinquième dimanche de carême nous fait revivre ce beau moment de l’évangile, où le Seigneur nous apprend le vrai sens de la justice, de la miséricorde et de la conversion.

Les accusateurs de la femme « persistaient à l’interroger », ce qui fait voir la haine et la passion pour faire tomber le Seigneur dans le piège. Mais face à la malice de cette tentative, le Christ leur donne une double leçon de justice et de miséricorde.

La scène est dramatique : des paroles de Jésus dépend la vie de cette personne, mais aussi la vie de Jésus lui-même. Les accusateurs hypocrites, en effet, feignent de lui confier le jugement alors que c’est Lui qu’ils veulent accuser et juger. 

 « Que celui d’entre vous qui est sans péché qu’il soit le premier à lui jeter une pierre. » Ce n’est pas que le Christ ne puisse pas juger une personne ou bien que les juges dans l’histoire ne devraient pas exercer leur fonction. Ce que le Seigneur a condamné, c’est que ces scribes et ces pharisiens étaient des « sépulcres blanchis », « pleins d’hypocrisie et d’iniquité » (Mat. 23,27.28), et avec un faux zèle pour l’accomplissement de la Loi chez les autres alors qu’ils ne l’accomplissaient pas.

Mais la parole du Seigneur, qui était une accusation, a eu bientôt son effet. Les accusateurs ont commencé à s’éloigner. Saint Augustin, en commentant l’Evangile de Jean, remarque que « le Seigneur, en répondant, respecte la loi et n’abandonne pas sa bonté ». Et il ajoute qu’avec ces paroles, il oblige les accusateurs à entrer en eux-mêmes et, en se regardant, à se découvrir eux aussi pécheurs. C’est pourquoi, « frappés par ces paroles comme par une flèche aussi grosse qu’une poutre, ils s’en allèrent l’un après l’autre » (In Io. Ev. tract. 33, 5).

Dans cette scène se trouvent confrontées la misère de l’homme et la miséricorde divine, une femme accusée d’un grand péché et Celui qui, bien qu’étant sans péché, a pris nos péchés sur lui, les péchés du monde entier. Jésus, qui était resté penché pour écrire dans la poussière, lève à présent les yeux et rencontre ceux de la femme. Il ne demande pas d’explication.  Il n’est pas ironique lorsqu’il lui demande :  « Femme, où sont-ils donc ? Alors personne ne t’a condamnée ? » (8, 10). Et sa réplique est bouleversante :  « Moi non plus, je ne te condamne pas. Va, et désormais ne pèche plus » (8, 11). Dans son commentaire, saint Augustin observe encore:  « Le Seigneur condamne le péché, pas le pécheur. En effet, s’il avait toléré le péché il aurait dit:  Moi non plus je ne te condamne pas, va, vis comme tu veux… bien que tes péchés soient grands, je te libérerai de toute peine et de toute souffrance. Mais ce n’est pas ce qu’il dit » (Io. Ev. tract. 33, 6). Il dit:  « Va et ne pèche plus ».

Cette histoire évangélique nous dévoile comme on l’a déjà signalé non seulement la véritable justice, mais aussi la vraie signification de la Miséricorde et du Pardon, Dieu accorde la grâce mais exige, Dieu aime le pécheur, mais il veut que ce pécheur abandonne le mal, abandonne la raison ou bien, l’objet qui le fait éloigner de Dieu. Aucun médecin ne dira qu’il aime le malade lorsqu’il l’abandonne dans sa maladie, sans prescrire un traitement ou une médecine, sans l’aider à sortir de la maladie ou à calmer sa souffrance.

Ainsi, chaque semaine nous avons présenté, dans ce temps de carême, un exemple de conversion. De conversion bouleversante, certaines avec des traits miraculeux, une vision de la Sainte Vierge Marie, un fait surnaturel arrivé dans la vie d’un saint. Mais il faut dire que toute conversion est un miracle en soi, un miracle plus grand que la création du monde, disait un saint.

Nous allons parler de la conversion de notre patron, le bienheureux Charles de Foucauld, bientôt saint Charles.

Il est né au sein d’une famille catholique, d’une mère fervente, il se souviendra plus tard des prières que sa mère lui avait apprises dans sa petite enfance. Les desseins mystérieux de Dieu ont fait que sa mère et son père partent de ce monde avant que Charles ait atteint ses 6 ans.

A cause de cela, il sera bien élevé avec sa sœur par son grand-père maternel. Un bon ancien militaire, d’un grand cœur, qui aimait ses petits-enfants. Notre saint vivra sous sa protection jusqu’à son adolescence et après la mort de son grand-père, il devient héritier d’une fortune qui lui donnera une vie de plaisirs sans efforts. En même temps que les abondantes lectures qu’il faisait, car il était doté intellectuellement, l’ont éloigné de la foi.

Sans renier le christianisme, toute sa grande famille étant d’une forte tradition catholique, Charles de Foucauld vivait dans un athéisme pratique et devant les siens sous une apparence chrétienne,  assistant ainsi à la messe de Pâques et à celle de Noël avec sa famille mais simplement de façon formelle.

Il se fera militaire, mais sa mauvaise discipline sera la cause de sa désaffectation de service. Il se proposera quelques années plus tard pour explorer le Maroc, à l’époque interdit aux étrangers ; il le fera en qualité d’espion, déguisé en rabbin juif, risquant à plusieurs reprises sa vie. C’est là qu’il commence à sentir l’absence de Dieu dans sa vie.

De retour à Paris, et déjà avec tous les honneurs de la mission accomplie, il résidera chez une cousine, une femme très chrétienne, qui exerçait dans la jeunesse de Charles le rôle de mère, de conseillère. Elle le sera jusqu’à la mort de notre saint.

Dans une de ses méditations, Charles racontera plus tard l’importance de la famille de Marie de Bondy dans le processus de sa conversion :

« En même temps vous resserriez de plus en plus les liens qui m’unissaient à de belles âmes ; vous m’aviez ramené dans cette famille, objet de l’attachement passionné de mes jeunes années, de mon enfance… Vous m’y faisiez retrouver, pour ces mêmes âmes, l’admiration d’autrefois, et à elles vous inspiriez de me recevoir comme l’enfant prodigue à qui on ne faisait même pas sentir qu’il eût jamais abandonné le toit paternel, vous leur donniez pour moi la même bonté que j’eusse pu attendre si je n’avais jamais failli… Je me serrai de plus en plus contre cette famille bien-aimée. J’y vivais dans un tel air de vertu que ma vie revenait à vue d’œil, c’était le printemps rendant la vie à la terre après l’hiver ;… c’est à ce doux soleil qu’avait crû ce désir du bien, ce dégoût du mal, cette impossibilité de retomber dans certaines fautes, cette recherche de la vertu… »

De retour à Paris, à 28 ans, en 1886, éprouvant une « famine spirituelle », il poursuit sa recherche. «Ce besoin de solitude, de recueillement, de pieuses lectures, ce besoin d’aller dans vos églises, sans croire, ce trouble de l’âme, cette angoisse, cette recherche de la vérité, cette prière : “Mon Dieu, si vous existez, faites-le moi connaître !” »

Désireux d’approfondir sa connaissance de la foi, Charles suit les enseignement d’un prêtre ami de la famille Bondy, le père Henri Huvelin, curé de Saint-Augustin (Paris VIIIe). Un jour, notre saint décide de le rencontrer personnellement toujours dans le cadre d’une formation intellectuelle. Mais par une inspiration divine, le prêtre lui propose une confession, on pourrait aussi dire qu’il le contraint à la faire. Et à partir de ce moment, le Christ entrera dans la vie de Charles de Foucauld, pour toujours :

« En me faisant entrer dans son confessionnal, un des derniers jours d’octobre, entre le 27 et le 30, je pense, vous m’avez donné tous les biens, mon Dieu : s’il y a de la joie dans le ciel à la vue d’un pécheur se convertissant, il y en a eu quand je suis entré dans ce confessionnal !… Quel jour béni, quel jour de bénédiction !… Et depuis ce jour, toute ma vie n’a été qu’un enchaînement de bénédictions ! Vous m’avez mis sous les ailes de ce saint, et j’y suis resté. Vous m’avez porté par ses mains, et ce n’a été que grâces sur grâces. Je demandais des leçons de religion : il me fit mettre à genoux et me fit me confesser, et m’envoya communier séance tenante… Je ne puis m’empêcher de pleurer en y pensant, et ne veux pas empêcher ces larmes de couler, elles sont trop justes, mon Dieu ! Quels ruisseaux de larmes devraient couler de mes yeux au souvenir de telles miséricordes ! Que vous avez été bon ! que je suis heureux ! Qu’ai-je fait pour cela ? Et depuis, mon Dieu, ce n’a été qu’un enchaînement de grâces toujours croissantes,… une marée montant, montant toujours : la direction, et quelle direction ! la prière, la sainte lecture, l’assistance quotidienne à la messe établies dès le premier jour de ma vie nouvelle ; la fréquente communion, la fréquente confession venant au bout de quelques semaines ; la direction devenant de plus en plus intime, fréquente, enveloppant toute ma vie et en faisant une vie d’obéissance dans les moindres choses et d’obéissance à quel maître ! La communion devenant presque quotidienne,… le désir de la vie religieuse naissant, s’affermissant,… des événements extérieurs indépendants de ma volonté me forçant de me détacher de choses matérielles qui avaient pour moi beaucoup de charmes et qui auraient retenu mon âme, l’auraient attachée à la terre. Vous avez brisé violemment ces liens comme tant d’autres. Que vous êtes bon, mon Dieu, d’avoir tout brisé autour de moi, d’avoir tellement anéanti tout ce qui m’aurait empêché d’être à vous seul !… Ce sentiment d’autant plus profond de la vanité, de la fausseté de la vie mondaine et de la grande distance qui existe entre la vie parfaite, évangélique, et celle qu’on mène dans le monde…

Ce tendre et croissant amour pour vous, mon Seigneur Jésus, ce goût de la prière, cette foi en votre parole, ce sentiment profond du devoir de l’aumône, ce désir de vous imiter, cette parole de M. Huvelin dans un sermon : « Que vous aviez tellement pris la dernière place que jamais personne n’avait pu vous la ravir ! » si inviolablement gravée dans mon âme, cette soif de vous faire le plus grand sacrifice qu’il me fût possible de vous faire, en quittant pour toujours une famille qui faisait tout mon bonheur et en allant bien loin d’elle vivre et mourir. »

Il découvrira avec sa conversion, sa vocation, une vie totalement donné à Dieu :

«Aussitôt que je crus qu’il y avait un Dieu, je compris que je ne pouvais faire autrement que de ne vivre que pour lui.»

Il écrira à un de ses amis quelques années plus tard :

« Garde mes secrets ; ce sont des secrets d’amour que je te confie. Je suis très heureux ; le cœur a ce qu’il cherchait depuis bien des années. Il ne reste plus maintenant qu’à aller au ciel. »

Charles meurt le 1 décembre 1916, comme prêtre missionnaire dans le pays des touareg, au désert du Sahara, en Algérie. 

Que la Sainte Vierge Marie et notre patron nous aide à toujours chercher Dieu dans nos vies.

P. Luis Martinez IVE.

Revenir de loin! La conversion de sainte Marie Egyptienne. 

Homélie pour le Dimanche IV du Temps de Carême, année C (Lc 15, 1-3.11-32).

Dans ce quatrième dimanche de Carême, dimanche de Laetare, et à mi-chemin vers la Pâque, l’Eglise nous offre à la méditation la parabole du Fils Prodigue. Une des plus belles histoires inventées dans l’histoire de l’humanité ; avec très peu de mots, le Seigneur nous décrit non seulement les faits, mais aussi les sentiments de cœur de chaque protagoniste.

La parabole commence en racontant que Jésus recevait les pécheurs. Voici les paroles d’un saint : « Il reçoit les pécheurs ! » est l’accusation que les pharisiens scandalisés ont hypocritement portée contre Jésus-Christ (Lc 15,2). « Celui-ci reçoit les pécheurs ! Et c’est vrai! Ces mots sont comme l’emblème exclusif de Jésus-Christ. Ils pourraient bien être écrits au pied de la croix, sur la porte de ce Tabernacle !

 « Le monde rend les hommes pécheurs, mais après les avoir rendus pécheurs, les condamne, se moque d’eux et ajoute à la boue de leurs péchés la boue du mépris. De la boue sur la boue ; voilà le monde : le monde ne reçoit pas le pécheur. Les pécheurs ne sont reçus que par Jésus-Christ. » (Saint Alberto Hurtado)

Ecoutons d’abord, quelques aspects de cette parabole, commentés par saint Augustin :

« Une fois l’héritage reçu, le fils cadet est allé dans un pays lointain (Lc 15, 13). Lointain, cela signifie qu’il a atteint l’oubli de son Créateur. Il a gaspillé ses possessions, vivant somptueusement, dépensant et n’acquérant pas, dépensant ce qu’il avait et ne recevant pas ce qu’il n’avait pas, c’est-à-dire consommant toutes capacités, son intelligence, en convoitises, en idoles, en toutes sortes de passions perverties.

Pas étonnant que cette convoitise ait été suivie par la faim. « Il y a eu une grande misère dans ce pays » (Lc 15, 14) : ce n’est pas la misère du pain visible, mais la misère de la vérité invisible. A cause de cette misère il s’est mis au service d’un prince de ce pays (Lc 15, 15). Il faut entendre par là le diable, prince des démons, que servent tous les curieux, car toute curiosité illicite est un manque de vérité.

Il parvint enfin à voir sa situation, ce qu’il avait perdu, celui qu’il avait offensé ; et il est revenu à lui-même (Lc 15, 17), il alla d’abord vers lui-même, puis vers son père.

Il était convenable qu’il revienne d’abord en lui-même et reconnaisse ainsi qu’il était loin du père. Revenant à lui-même, il se trouva misérable. « Combien d’ouvriers de mon père ont du pain en abondance, et me voici en train de mourir de faim! » (Lc 15, 17).

Au commencement, l’homme était perdu à cause de l’amour de lui-même. Car s’il ne s’était pas aimé et avait mis Dieu avant lui-même, il aimerait être subordonné à Dieu et pour cette raison il ne se serait jamais éloigné, négligeant la volonté du Créateur et faisant sa propre volonté.

S’aimer, c’est vouloir faire sa propre volonté. Toi, préfère la volonté de Dieu à la tienne : apprend à t’aimer, ne t’aimant pas. Parce qu’après avoir abandonné Dieu, l’homme commence à s’aimer et, pour vouloir les choses qui sont hors de lui, il est expulsé hors de lui-même.

Tu vois que tu es dehors. Tu as commencé par t’aimer ; si tu peux, restes en toi. Pourquoi vas-tu dehors ? Toi qui aimes l’argent, es-tu devenu riche grâce à l’argent ? Tu as commencé par vouloir ce qui était à l’extérieur de toi, et tu t’es perdu à toi.

Qu’est-ce que j’ai dit? Tous ceux qui font le mal ne méprisent-ils pas leur conscience ? Tandis que tous ceux qui respectent leur conscience mettent une limite à leur perversité. Ayant méprisé Dieu pour s’aimer, le pécheur aime en dehors de ce qui n’est pas lui-même et pour cela, il s’est aussi méprisé.

Enfin, le fils prodigue est revenu à lui-même et dit : « Je vais me lever ». Par conséquent, il était tombé. « Je me lèverai et j’irai vers mon père » (Lc 15, 18). Il se nie lui-même pour se retrouver. Comment il se nie? Écoute : Et je lui dirai : Père, j’ai péché contre le ciel et contre toi: je ne mérite plus d’être appelé ton fils (Lc 15, 19). C’est ce que les saints martyrs ont fait ; ils ont méprisé les choses du dehors, toutes les tentations de ce monde, toutes les erreurs et terreurs, ce qui plaisait et ce qui effrayait, ils méprisaient tout, piétinaient tout. Ils sont également entrés en eux-mêmes et ils s’examinaient ; ils se qualifiaient en eux-mêmes et ne se plaisaient pas ; ils se sont lancés vers celui qui les a façonnés, pour revivre et demeurer en lui, pour perdre en lui ce qui a été commencé en eux-mêmes, et pour que demeure ce que Dieu avait créé en eux. Cela signifie se nier soi-même. » jusqu’à là le beau commentaire de saint Augustin.

Mais, nous pouvons dire que non seulement les martyrs, mais aussi les saints de l’histoire de notre Eglise ont fait cette expérience de rentrer en eux-mêmes pour revenir à Dieu, c’est ce que nous appelons conversion. Nous avons déjà écouté pendant ce temps de carême, plusieurs histoires, avec la finalité de voir que nous sommes tous appelés à la conversion et surtout que Dieu est un Père patient et miséricordieux, Dieu ne veut pas la mort d’un pécheur mais plutôt qu’il se convertisse et vive.

Comme c’est le cas d’une sainte du IV siècle, Marie, connue comme Marie l’Égyptienne car elle est née dans ce pays. Elle-même raconte: « Du vivant de mes parents, à douze ans accomplis, je rejetai toute tendresse à leur égard et me rendis à Alexandrie… » En réalité elle se révoltait contre ses parents pour vivre dans la luxure, à Alexandrie. On a dit que le péché de Marie l’Egyptienne n’était pas seulement d’abord le désordre moral ou social, mais la rupture de la communion avec Dieu. La vie de débauche de Marie l’Égyptienne dura pendant au moins dix-sept ans.

Parlons maintenant de sa conversion. Marie vivait dans la luxure en tous les lieux de péché de la ville. Les hagiographes rappellent que le plaisir voulu pour lui-même est, dans les commencements, à la fois violent et fugitif. Mais au fil du temps, il perd de son intensité et la sensualité devient toujours plus exigeante. C’est ainsi que Marie l’Égyptienne, dans son expérience de l’athéisme, aurait subi l’esclavage des sens. Sous le prétexte de vivre sa liberté, elle était dépossédée d’elle-même, avait perdu toute pudeur, et recherchait un nombre toujours croissant de partenaires. Marie l’Égyptienne expérimentait l’enfer…  Elle avoua: « L’envie insatiable, l’irrépressible amour de me rouler dans la fange me possédait. »

Or, un jour, elle rencontra des pèlerins qui partaient pour Jérusalem sur un bateau. Elle avait 29 ans. Saint Sophrone, son biographe, raconte que les pèlerins arrivèrent devant la Basilique de la Résurrection, le jour de l’Exaltation de la Sainte Croix, et que tous y entrèrent pour prier. Mais Marie ne put en franchir le seuil, une force la repoussait chaque fois qu’elle voulait passer. Comprenant soudain son lamentable état de pécheresse, elle se tourna vers la Vierge Marie et la supplia d’intercéder en sa faveur: « Moi, je suis dans la fange du péché et vous êtes la plus pure des vierges. Prenez pitié d’une malheureuse et faites pour mon salut, que je puisse adorer la croix de votre divin fils. » Aussitôt, son cœur fut apaisé et, elle put entrer dans le sanctuaire.

Il avait fallu du temps à notre sainte pour comprendre que cette impossibilité ne venait pas d’une faiblesse physique. Elle dit: « J’étais découragée, je n’avais plus de force, mon corps était brisé. » Mais, par la grâce de Dieu « le Verbe Sauveur toucha les yeux de son cœur lui montrant que c’était la fange de ses actions qui lui fermait l’entrée. » Le Christ brisa les verrous qui la tenaient captive en les exposant en pleine lumière. Elle était enfin libre.

Quand Marie put enfin entrer dans la basilique, elle entendit une voix qui lui disait: « Si tu passes le Jourdain, tu y trouveras la paix. » Elle communia saintement, et partit au-delà du Jourdain, dans le désert. Elle vécut là 47 ans, sans ressource et souvent aux prises à de pénibles et intenses tentations. Cependant elle accueillait le feu de la foi comme quelque chose de certain. Elle contemplait Jésus qu’elle avait refusé auparavant et comprenait toujours plus le mystère du salut. Une amitié la lia à un autre anachorète, Zosime. Marie aida beaucoup Zosime à découvrir sa pauvreté spirituelle.

Un jour Zosime entendit sa confession et lui donna la communion. Marie lui demanda de revenir l’année suivante, au même endroit, afin de lui apporter de nouveau ce sacrement. Mais, quand Zosime revint, il découvrit la sainte couchée sur le sol, morte, la tête tournée vers Jérusalem. Près d’elle se trouvait un message lui demandant de l’ensevelir à la place où elle était. « Abba Zosime, enterre à cet endroit le corps de l’humble Marie, rends à la poussière ce qui est à la poussière, après avoir prié pour moi. Je suis décédée le premier du mois d’avril, la nuit même de la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ, après avoir participé à l’Eucharistie. »

Que Notre Dame et Sainte Marie Egyptienne nous obtiennent la grâce de la conversion.

P. Luis Martinez IVE.