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« Mon âme est triste à en mourir » . La passion du Christ dans son Coeur

Sermon de la Passion

Il est tout à fait vrai qu’une douleur commence au moment où on l’aperçoit avec toute certitude. Nous pouvons donc affirmer que depuis son Incarnation, le Seigneur était totalement conscient de tous les tourments qui allaient précéder sa Mort, avec une implacable précision. Toute sa vie sans oubli possible il a eu devant ses yeux la Passion.

Si le corps très saint de Notre Seigneur a souffert la cruauté et la violence de la part des hommes, l’âme, son cœur a évidemment participé à ces douleurs.  La douleur intérieure du cœur du Christ, dit saint Thomas, avait plusieurs causes ; en premier lieu, tous les péchés du genre humain pour lesquels il satisfaisait en souffrant, si bien qu’il les prend à son compte comme prophétise le Psaume (22, 2) parlant du  » cri de mes péchés « . Puis, particulièrement, la chute de son peuple et de ceux qui lui infligèrent la mort, et surtout des disciples qui tombèrent pendant sa Passion. Enfin, la perte de la vie corporelle lui causait encore de la douleur car, par nature la mort fait horreur à l’homme.

Dans son agonie, le Seigneur contemple déjà toutes et chacune de ses douleurs, Il voit avec toute clarté ce qu’il va souffrir dans quelques heures, il voit le poids des péchés des hommes car selon Isaïe (53, 4)  » Il a vraiment porté nos douleurs (nos péchés). « 

Saint Thomas nous dit « Le Christ, afin de satisfaire pour les péchés de tous les hommes, a souffert la tristesse la plus profonde, en mesure absolue, sans néanmoins qu’elle dépasse la règle de la raison. Cette douleur, enseigne encore le grand docteur, augmente en lui en raison de son innocence, en tant qu’il saisit combien ce qu’il souffre est plus injuste. »

Parmi ses souffrances morales nous avons « la passion de l’honneur », Il a été réduit à l’humiliation extrême pendant sa Passion. Il est livré par Judas pour le prix d’un esclave. Une autre douleur fut l’abandon de la part de ses disciples ; bien que Pierre et les autres qui étaient avec lui à Gethsémani essayent d’empêcher son arrestation, ils fuient finalement, laissant Jésus entre les mains des soldats.

Sur la croix, Il sera compté entre les larrons, entre les malfaiteurs.  

La passion de Jésus dans son honneur continue devant le jugement d’Hérode (un roi assassin, fils d’un assassin, avec une vie consacrée à la luxure et aux plaisirs), Jésus sera l’objet des moqueries, méprisé et traité comme un motif de divertissement et habillé en blanc comme un fou. Et nous voyons la vertu jugée par le vice.

Dans le tribunal civil, Pilate se moque du peuple mais aussi du Seigneur, « voici l’homme », « voici l’homme que vous voulez crucifier » lorsqu’il montrait le Seigneur roué par les fouets, un corps devenu pratiquement tout une plaie.

On peut dire que Jésus a été jugé dans trois jugements, tous les trois évidement injustes, le Seigneur sera jugé et condamné par des juges injustes et avec des faux témoins.

Obligé à porter sa croix, il recevra encore des coups et des fouets, le mépris et les moqueries de ses bourreaux et de ceux qu’il rencontrait sur le chemin de sa croix.

Nous avons encore la passion de son cœur, plus un cœur est délicat plus il est sensible aux manques d’attention : Le Christ souffrait à cause de ceux qui étaient sur le mont calvaire mais il souffrait encore à cause de ceux qui n’y étaient pas.

Il souffrait à cause de la foule, devant Pilate tous demandaient sa mort. C’était son peuple qui demandait sa mort, son peuple choisi, ils accomplissent la prophétie de Michée (6,3) : « Mon peuple, que t’ai-je fait ? En quoi t’ai-je fatigué ? Réponds-moi ».

Le Christ reçoit aussi dans son cœur le mépris du mauvais larron, en lui, nous voyons reflétés tous ceux qui résistent aux divins assauts de la miséricorde de Dieu, qui ferment leur cœur à Dieu. La douleur du Seigneur augmente encore à cause de voir méprisée et rejetée, la rédemption qu’il offre à tous, :  « A quoi servirait mon sang » se demande le Seigneur par la voix de David (ps. 29).

Alors, le Christ a peut-être souffert moins à cause des absents, ceux qui ne sont pas au Calvaire. Où étaient les enthousiastes de son entrée triomphale du dimanche des Rameaux, tous ceux qui ont reçu de lui une faveur, un pain des deux miracles de la multiplication, une guérison, les aveugles qu’il a fait recouvrer la vue, les boiteux et paralytiques à qu’il a rendu la possibilité de marcher.

 « J’espérais un secours, mais en vain, des consolateurs, je n’en ai pas trouvé » chante le psaume 68 (21).

Où sont les autres 10 apôtres, Pierre et les autres ? Nous retrouvons seulement saint Jean accompagnant sa Mère…

Mais, une cause bien différente mais qui, à sa façon, provoquait une véritable passion de cœur de Jésus, était la présence de sa Mère, car un enfant souffre lorsque sa mère souffre. La Vierge regardait et écoutait tout ce qui se passait et que l’on disait de son Fils, elle souffrait tout cela, et son Fils souffrait car sa Mère souffrait.

Pour conclure, Notre Seigneur expérimenta encore une agonie plus dure causée aussi par un abandon conforme au dessein divin, celui de son Père : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? » Mystère des mystères, Dieu était là, au plus intime de son être, être de son être, force de sa force, amour de son amour, mais par un mystère que nous ne pouvons ni expliquer ni comprendre cette présence ne se faisait pas sentir au cœur agonisant de Jésus, Il ne la sentait pas. Pourquoi ? Pour rendre force à tous ceux qui se croient aussi abandonnés par Dieu, peut-être ; peut-être pour montrer qu’il devait souffrir jusqu’à l’extrême, l’indicible.

Personne ne peut dire qu’il a souffert autant que Jésus.

Qui n’aimerait celui qui a tant aimé, qui ? Nous-mêmes, en effet nous n’aimons pas suffisamment Celui qui nous a tant aimés comme Il le mérite.

Ces paroles résonnent tristes, ces sont les paroles du Seigneur, lorsqu’Il, montrant son cœur à sainte Marguerite Marie, disait : Voici ce cœur qui a tant aimé les hommes qu’il n’a rien épargné jusqu’à s’épuiser et se consumer pour leur témoigner son amour ; et pour reconnaissance je ne reçois que des ingratitudes par leurs irrévérences et leurs sacrilèges et par les froideurs et mépris qu’ils ont pour moi dans ce sacrement d’amour.

Donne-moi ce plaisir, lui disait-il après de suppléer à l’ingratitude autant que tu en pourras être capable.

Contemplant le Seigneur mort sur la Croix, demandons cette grâce à la très Sainte Vierge Marie.

P. Luis Martinez IVE.

« Si tu veux suivre le Sauveur »

Homélie pour le Dimanche XIII A (Mt. 10,37-42)

« En ce temps-là, Jésus disait à ses Apôtres » débute le passage de l’évangile de ce dimanche. Si nous prenons l’évangile de saint Matthieu et lisons les versets précédents et postérieurs à ces paroles d’aujourd’hui nous constaterons que Notre Seigneur choisit ses douze apôtres pour les envoyer en mission devant lui, mais avant cet envoi Il les prépare, une préparation qui sera utile pour toujours et elle le sera aussi pour les autres apôtres qui viendront ensuite, comme pour tout chrétien qui voudra proclamer l’évangile avec les paroles et avec la vie (sa conduite) au cours de l’histoire de l’Eglise. Ces exigences, qui sont plus radicales pour les apôtres, sont toujours valables pour tout disciple de Jésus, comme on le dira ensuite.

L’évangile de ce dimanche peut être divisé en deux grandes parties, la première sur les exigences requises lorsqu’on se décide à suivre le Christ et la deuxième partie sur les récompenses promises à ceux qui vont aider les apôtres, à chaque fois qu’ils les reçoivent en qualité d’envoyés du Seigneur, la première lecture de ce dimanche nous illumine aussi sur cet aspect, la femme riche de Sunam, elle aide Elisée parce qu’il est un prophète, un saint de Dieu et pour cela elle reçoit une bénédiction.

Lorsque nous donnons une aide à l’Eglise, même considérée comme petite et pour cela le Seigneur parle d’un verre d’eau, nous accomplissons cette deuxième partie de l’évangile. Que nous devions soutenir l’Eglise avec nos moyens proportionnés c’est un commandement, qui fait partie des cinq commandements de l’Eglise :  » Les fidèles sont tenus par l’obligation de subvenir aux besoins de l’Eglise « .  Il a son fondement biblique, surtout dans le Nouveau Testament :

– Jésus est présenté au temple et fait son offrande (Luc 2, 24).

– Il donne les deux drachmes pour le temple (Mt 17, 24-27).

– Jésus exalte le geste de la veuve pauvre qui donne deux petites pièces pour le temple aussi (Luc 21, 1-4).

– Le Seigneur a aussi besoin et demande cinq pains et deux poissons (Jean 6, 9).

Au temps de l’église des Actes des Apôtres, dans la première communauté, les chrétiens partageaient tout (Actes 2:42). Saint Paul demande aux Romains une collecte pour les frais de son voyage (Rom. 15, 24).

De plus, la communion des biens matériels est un signe de communion dans la foi et l’amour. Offrir un bien pour l’Eglise c’est aussi une façon de s’offrir soi-même.

Il nous est bien de réfléchir un peu sur cela, afin que notre offrande à l’Eglise ne soit pas seulement matérielle, mais qu’elle soit unie à son but spirituel et que nous soyons aussi conscients qu’elle a son origine dans un acte de foi. Sans oublier que l’aide la plus grande que nous pouvons donner à l’Eglise c’est précisément l’aide spirituelle, à travers l’offrande de nos sacrifices et nos prières pour la mission de l’Eglise et surtout à travers une vie sainte, cherchant à accomplir ce que Jésus nous a enseigné dans l’Evangile et que l’Eglise nous commande de faire. Une âme qui imite plus le Christ est plus important, a beaucoup plus de valeur que toutes les richesses matérielles qu’on puisse offrir à l’Eglise. Il faut s’intéresser plus à vie de la grâce qu’à la dîme !

Nous allons revenir à la première partie de l’évangile de ce dimanche.  « Celui qui aime son père ou sa mère plus que moi n’est pas digne de moi », comme on a dit c’est une exigence plus radicale pour les apôtres mais qui nous implique comme chrétiens aussi. L’amour de Dieu doit occuper la première place, le sommet des autres amours dans ce monde, qui doivent lui être ordonnés , subordonnés et non en conflit. Relevons ici la belle remarque que fait à ce propos saint Jérôme : « Le Seigneur ne défend pas d’aimer son père ou sa mère, mais il ajoute d’une manière expressive : ‘plus que Moi’ ».

Mais, laissons les dernières paroles à l’autre grand Père de l’Eglise, Saint Augustin ; il disait dans un sermon (Sermon 94) sur l’évangile de ce dimanche :

« L’obligation imposée par le Seigneur de se renoncer soi-même si on veut le suivre, semble rude et accablante. Mais rien de ce qu’il commande n’est ni rude ni accablant, puisqu’il aide à l’accomplir. Il est vrai de dire avec le Sauveur : «Mon joug est doux et mon fardeau léger » car la charité adoucit tout ce que les préceptes divins peuvent avoir de dur.

De quoi l’amour n’est-il pas capable? Trop souvent, hélas! l’amour (il fait référence ici à l’amour charnel et passionnel) est corrompu et plongé dans les plaisirs: mais combien n’endure-t-on pas de fatigues, d’indignités, de choses intolérables, pour parvenir au but où tend l’amour! Mais qui pourrait dénombrer seulement toutes les espèces d’amours ? Considérez néanmoins que quelles que soient ses fatigues, l’amour n’en ressent aucune; sa plus grande fatigue n’est-elle pas même de ne pouvoir se fatiguer?

D’un autre côté les hommes en général ressemblent à l’objet de leur amour, et pour régler sa vie il ne faut avoir soin que de régler son amour. Qu’y-a-t-il alors de surprenant qu’en aimant le Christ et en voulant le suivre on se renonce à soi-même pour l’amour de lui ? Si en effet l’homme se perd en s’aimant, c’est sûrement en se renonçant qu’il se sauve…

Et où suivre le Seigneur? Nous savons où il est allé; il y a bien peu de jours que nous célébrions la solennité de son départ. Il est ressuscité et il est monté au ciel; c’est au ciel que nous devons le suivre. Pourquoi désespérer d’y parvenir? L’homme ne peut rien sans doute, mais le Sauveur nous a fait cette promesse. Pourquoi désespérer? Ne sommes-nous pas les membres de ce Chef divin? Au ciel donc il nous faut le suivre…

(Pourtant) Quand le Seigneur parlait ainsi, il n’était point encore ressuscité d’entre les morts; il n’avait pas encore souffert. Il devait endurer le mépris, l’outrage, les fouets, les épines, les blessures, les insultes, l’opprobre et la mort. Cette voie te semble rude; aussi tu es indolent et tu ne veux pas y marcher; entres-y. Car, les aspérités sont l’ouvrage de l’homme; mais le Christ les a effacées en retournant au ciel. Eh? qui ne voudrait être élevé en gloire? Tous aiment la grandeur. Mais l’humilité est un degré pour y monter. Pourquoi élever le pied au-dessus de toi-même? Ce n’est pas chercher à monter, c’est vouloir tomber. Place-le d’abord sur un degré: tu monteras ainsi…

Que signifie: «Qu’il prenne sa croix?» Qu’il supporte tout ce qui est pénible et me suive de cette sorte. En effet, lorsqu’il aura commencé à m’imiter dans mes mœurs (dans ma vie) et à remplir mes préceptes, il rencontrera beaucoup de contradicteurs, beaucoup d’hommes qui chercheront à l’empêcher, à le détourner par leurs conseils et qui prétendront être eux-mêmes les disciples et les compagnons du Christ. N’accompagnaient-ils pas le Christ aussi, ceux qui empêchaient les aveugles de crier vers lui ? Qu’il s’élève donc devant toi des menaces ou des caresses, si tu veux suivre le Sauveur, considère les comme une croix; porte-les, supporte-les et ne succombe pas. »

Demandons aujourd’hui la grâce à la très sainte Vierge Marie et saint Augustin de ne pas avoir peur de suivre le Christ et prions pour que beaucoup d’hommes et femmes acceptent de Le suivre de plus près.

P. Luis Martinez IVE.