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ouvrir nos oreilles à la voix de Dieu

Dimanche XXIII

L’évangile de ce dimanche débute avec la description géographique d’un voyage de Notre Seigneur, afin de nous situer dans ce miracle. En effet, Tyr, Sidon et le territoire de la Décapole étaient des régions païennes et les gens qui y habitaient ne croyaient pas dans le Dieu unique d’Israël. Le fait que Jésus fasse le miracle raconté par l’évangéliste dans cette terre et la phrase conclusive de l’évangile nous conduisent à méditer sur  l’universalité de l’évangile, annoncé et prêché à tous les hommes, Dieu veut conduire tous les hommes par l’unique chemin qui est son Fils le Verbe de Dieu. 

En ce sens, la condition du malade est significative, puisqu’il est incapable de louer Dieu pour l’œuvre de la Création et encore moins pour celle de la Rédemption : « Le sourd-muet est celui qui n’ouvre pas les oreilles pour entendre le parole de Dieu, il n’ouvre pas non plus la bouche pour la prononcer »(Saint Bède In Marc.). Nous avons donc quelqu’un qui n’est pas capable de recevoir la révélation, selon ce qu’enseigne saint Paul : la foi vient par l’oreille (Rm 10,17) et, en conséquence, il n’est pas capable de louer Dieu ou de professer la foi. Pour cette raison, le bénéficiaire final du miracle de Jésus , ce ne sont pas les oreilles et la langue, mais la personne du sourd-muet lui-même, qui, grâce au miracle, pourra entrer en relation directe avec Jésus et avec les autres. L’homme est rétabli en communion avec les autres, il peut communiquer avec eux.

Et ainsi, en terre païenne, où la Parole de Dieu (le Verbe de Dieu) n’était pas encore arrivée, celui qui était sourd et muet devient le motif pour que les païens rendent gloire à Dieu en Jésus : « Il a bien fait toutes choses : il fait entendre les sourds et parler les muets ».

Alors, il est tout à fait vrai que ces gestes réalisés sur le sourd-muet pouvaient évoquer chez les  païens ou encore chez les juifs certains rites magiques. Nous devons savoir qu’il était formellement interdit aux rabbins à tous ceux qui guérissaient les maladies d’y mêler le chuchotement de paroles, encore moins de versets bibliques, surtout si cela se faisait à l’aide de salive, à qui l’on conférait certaines vertus curatives. La salive était considérée dans l’Antiquité comme un remède médicinal.

Pourquoi le Christ a-t-il fait tout cet ensemble de gestes? Etait ce pour impressionner les gens ? Non, parce qu’il a « séparé le malade » de la foule. Ou bien parce qu’il était nécessaire de créer une sorte suggestion chez le malade ? Non, car lorsque Jésus a ressuscité les morts, il n’a pas fait d’abord, sur eux une suggestion. Pour créer un symbole ou une leçon spirituelle ? Alors, c’est par là que nous devons chercher la réponse.

En Christ, ce miracle était une sorte de « parabole en action », avec laquelle il indiquait ce qu’il allait faire, et avec laquelle il excitait la foi de ce « sourd », puisqu’il ne pouvait pas le faire avec des mots. Mais, ces gestes constituaient un enseignement aussi pour les apôtres qui contemplaient le miracle, de façon que facilement ensuite, l’Eglise fondée sur la foi des apôtres pût incorporer tous ces gestes et même la parole utilisée par Jésus « effata » dans la liturgie du baptême, le sacrement qui nous donne précisément le don de foi en plénitude.

Les miracles du Christ constituent à la fois trois actions : Légation, Aumône et Leçon. Ils sont le sceau de la Légation divine, les lettres de créance avec lesquelles le Père accréditait son Envoyé et tout ce qu’il disait ; ils sont une aumône avec laquelle la compassion du Christ s’est penchée sur la misère humaine (« Je n’ai ni argent ni or, mais ce que j’ai, je vous le donne », cf. Actes 3,6); et les miracles sont en même temps des Leçons, parce que le Seigneur les a réalisés pour donner à ces gestes prodigieux le sens caché d’un mystère de la foi ; bref, rendre visible ce qui Invisible :  « Depuis la création du monde, on peut voir avec l’intelligence, à travers les œuvres de Dieu, ce qui de lui est invisible » Rom 1,20.

Le sourd de naissance a vu la Divinité Invisible s’incarner dans un homme à travers le miracle dont le Christ l’a favorisé, et il « a loué Dieu ».

L’Église a toujours vu dans les gestes apparemment étranges que Jésus accomplit chez le sourd-muet un symbole des sacrements, grâce auxquels le Christ continue de nous « toucher » physiquement pour nous guérir spirituellement.

Ainsi, Jésus n’a pas accompli de miracles comme un magicien agitant une baguette magique ou claquant des doigts. L’évangile nous décrit que Notre Seigneur a aussi gémi avant de faire la guérison. Ce « gémissement » qu’il laisse échapper lorsqu’il touche les oreilles des sourds nous indique qu’il s’identifie aux souffrances du peuple, qu’il participe intensément à leur malheur, et s’occupe d’eux. À une occasion, après que Jésus eut guéri de nombreux malades, l’évangéliste commenta : « Il a pris nos infirmités et a porté nos maladies » (Matthieu 8 :17). Selon le commentaire d’un père de l’Eglise, ce gémissement représentait sa Passion, car le Seigneur a libéré du mal beaucoup d’hommes et de femmes, mais Lui-même a voulu affronter le mal, souffrir la douleur et mourir.

Les miracles du Christ ne sont jamais des fins en soi ; ce sont des « signes ». Ce que Jésus a fait un jour pour une personne sur le plan physique indique ce qu’il veut faire chaque jour pour chaque personne sur le plan spirituel. Jésus n’est pas venu nous libérer du mal physique, tout au contraire Il est venu pour nous montrer que le chemin de sainteté passe par la souffrance. Et que si bien Dieu nous concède parfois une grâce particulière, une guérison, il ne nous exempte pas de la croix, qui prendra d’autres formes dans nos vies.

Demandons la grâce à la très sainte Vierge Marie, de pouvoir ouvrir nos oreilles à la voix de Dieu et proclamer avec notre vie ses merveilles.

P. Luis Martinez IVE.

« IL A BIEN FAIT TOUTES CHOSES « 

Lire l’évangile de ce dimanche (Mc 7, 31-37)Guerison-du-sour-muet-verbe incarne

L’évangile de ce dimanche nous présente un miracle, une guérison d’un sourd- muet ; en vérité, dans la langue grecque (langue dans laquelle les évangiles ont été écrits), il s’agissait plutôt d’un sourd qui ne parlait pas bien, c’est-à-dire qu’il était bègue, ce qui est tout à fait normal pour ceux qui sont sourds de naissance, car ils peuvent parler, mais ils ne savent pas comment le faire. Il est important de retenir cela car chaque mot de l’évangile a un sens précis.

Les évangiles racontent beaucoup de miracles du Seigneur, mais dans peu de miracles on retrouve tous les gestes qu’Il fait dans celui d’aujourd’hui. On peut donc se demander pourquoi Il  a fait ces gestes avec ce sourd de l’évangile ?

Saint Ambroise dit «etiam gesta Verbi, verba sunt», « les gestes de la Parole (le Verbe) de Dieu sont aussi paroles », cela veut dire que même les gestes du Christ nous laissent un enseignement.

Le Seigneur en a fait une claire référence à ce qu’est la foi. En fait, l’Eglise a toujours vu dans ces gestes apparemment étranges que Jésus accomplit sur le sourd-muet (il met les doigts dans ses oreilles et lui touche la langue) un symbole des sacrements grâce auxquels il continue de « nous toucher » physiquement pour nous guérir spirituellement, surtout du baptême à travers lequel il nous ouvre à la vie de la foi. Pour cette raison, lors du baptême, le prêtre accomplit sur la personne qui reçoit le baptême les gestes que Jésus avait déjà accomplis sur le sourd-muet : il lui met le doigt dans les oreilles et lui touche le bout de la langue, en répétant la parole de Jésus : Effata, ouvre-toi !

Les Pères de l’Eglises (dont Augustin, Chrysostome, Jérôme) interprétaient dans chacun de ces signes notre chemin de conversion à la foi, la naissance à la foi du chrétien ; la foi vient de la prédication entendue, dit saint Paul, c’est-à-dire qu’elle rentre par l’ouïe. Le Seigneur l’amène à l’écart et lui touche les oreilles (symbole de la préparation au Catéchisme), Il regarde vers le Ciel (la foi est une grâce de Dieu, un cadeau), Il touche la langue avec sa salive (la Parole de Dieu) et gémit (cela signifie la Passion, ce que notre rédemption a couté au Seigneur).

Alors, si nous parlons de la foi, de notre foi, il faut être toujours attentif. Attentif à ce que notre foi ne se corrompe pas, ou bien qu’elle devienne une chose différente de ce qu’elle est. On a dit tout à l’heure que la foi est une grâce que Dieu donne librement à chacun de nous, mais ce cadeau de Dieu, il faut le protéger, il faut éviter que par notre négligence, notre foi s’affaiblisse et se perde. Il est nécessaire d’éviter que par notre faute, la foi chrétienne soit délaissée, et devienne plutôt un mélange de croyances ; nous devons protéger notre foi afin que comme dit saint Paul aux Ephésiens (4,14) : nous ne soyons plus des enfants, flottants et emportés à tout vent de doctrine, par la tromperie des hommes, par leur astuce pour induire en erreur.

Il est vrai que notre foi doit progresser, mais il faut savoir comment, dans quel sens elle doit progresser aujourd’hui.

Il est intéressant de relire un texte d’un père de l’Eglise, appelé saint Vincent de Lérins du cinquième siècle. Il disait : « Ne peut-il y avoir, dans l’Eglise du Christ, aucun progrès de la religion ? Si, assurément, et un très grand. A condition du moins qu’il s’agisse d’un véritable progrès dans la foi, et non d’un changement. Car il y a progrès quand une réalité s’amplifie en demeurant elle-même : mais il y a changement si elle se transforme en une autre réalité. Il faut donc qu’en chacun et en tous, en chaque homme aussi bien qu’en Eglise entière au cours des âges et des générations, l’intelligence, la science, et la sagesse croissent et progressent fortement dans le même sens, selon les mêmes dogmes et la même pensée.
Que la religion imite donc la croissance du corps dont les éléments évoluent et se développent au rythme des années, mais demeurent eux-mêmes…Il en va de même pour les dogmes de la religion chrétienne : la loi de leur progrès veut qu’ils se consolident avec le temps et grandissent au loin des âges…
Nos ancêtres ont jadis ensemencé le champ de l’Eglise avec le blé de la foi. Il est normal et il convient que la fin ne renie pas l’origine, et qu’au moment où le blé de la doctrine a levé, nous moissonnions l’épi du dogme. Ainsi, lorsque le grain des semailles a évolué avec le temps, rien cependant ne change des caractères propres du germe.»

Notre foi est essentiellement la même, c’est la foi que custodie l’Eglise, c’est la foi que nous ont transmise les Papes et les Conciles de l’Eglise.papes-verbe incarne

Pour nous, cela nous demande aussi un examen, comment nous protégeons notre foi, si c’est avec un cœur droit qu’on accepte ce que l’Eglise nous enseigne, si nous vivons comme  l’Apôtre Saint Jacques le dit : « Montre-moi ta foi sans les œuvres et moi, je te montrerai ma foi par mes œuvres ».

Demandons la grâce, à la très sainte Vierge Marie, de grandir chaque jour dans la foi.

P. Luis M. Martinez

Monastère « Bienheureux Charles de Foucauld »

Institut du Verbe Incarné