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La dernière apparition de Notre Dame de Lourdes et Le Testament de sainte Bernadette

Le Vendredi 16 juillet 1858 Notre Dame de Lourdes fera sa dernière apparition.

Elle sera la dix-huitième apparition. Ce jour-là Bernadette ressent le mystérieux appel de la Grotte, mais l’accès à Massabielle est interdit et fermé par une palissade. Elle se rend donc en face, de l’autre côté du Gave… et voit la Vierge Marie, une ultime fois : « Il me semblait que j’étais devant la grotte, à la même distance que les autres fois, je voyais seulement la Vierge, jamais je ne l’ai vue aussi belle ! ».

J’aimerais bien partager aujourd’hui un petit écrit de sainte Bernadette, il s’agit du testament de la petite sœur, il nous dévoile l’humilité de cette humble sœur que Dieu avait choisie pour contempler le visage de l’Immaculée Conception.  

« Pour la misère de père et mère, la ruine du moulin, le madrier de malheur, le vin de lassitude, les brebis galeuses, merci mon Dieu !

Bouche de trop à nourrir que j’étais, pour les enfants mouchés, les brebis gardées, merci !

Merci, mon Dieu, pour le procureur, le commissaire, les gendarmes, et les mots durs de l’abbé Peyramale !

Pour les jours où vous êtes venue, Notre-Dame Marie, pour ceux où je vous ai attendue, je ne saurais vous rendre grâce qu’en Paradis !

Mais pour la gifle de Mlle Pailhasson, les railleries, les outrages, pour ceux qui m’ont crue folle, pour ceux qui m’ont crue menteuse, pour ceux qui m’ont crue avide, merci Dame Marie !

Pour l’orthographe que je n’ai jamais sue, la mémoire des livres que je n’ai jamais eue, pour mon ignorance et ma sottise, merci !

Merci! Merci ! Car s’il y avait eu sur terre fille plus ignorante et plus sotte, c’est elle que vous auriez choisie…

Pour ma mère morte au loin, pour la peine que j’ai eue quand mon père au lieu de tendre les bras à sa petite Bernadette m’appela « Sœur Marie Bernard », merci Jésus !

Merci d’avoir abreuvé d’amertume ce cœur trop tendre que vous m’avez donné !

Pour Mère Joséphine qui m’a proclamé « bonne à rien », merci !

Pour Mère Maîtresse, sa voix dure, sa sévérité, ses moqueries, et le pain d’humiliation, merci !

Merci d’avoir été celle à qui Mère Marie-Thérèse pouvait dire : « Vous n’en faites jamais d’autres ! »

Merci d’avoir été cette privilégiée des semonces dont mes Sœurs disaient : « Quelle chance de n’être pas Bernadette ! »

Merci pourtant d’avoir été Bernadette, menacée de prison parce qu’elle vous avait vue, regardée par les foules comme une bête curieuse, cette Bernadette si ordinaire qu’en la voyant on disait : « C’est ça » !

Pour ce corps piteux que vous m’avez donné, cette maladie de feu et de fumée, ma chair pourrie, mes os cariés, mes sueurs, ma fièvre, mes douleurs sourdes ou aiguës, merci mon Dieu !

Et pour cette âme que vous m’avez donnée, pour le désert des sécheresses intérieures, pour votre nuit et vos éclairs, vos silences et vos foudres, pour tout, pour vous absent ou présent, merci Jésus ! »

« L’humilité est une torche qui éclaire nos imperfections »

Homélie pour le dimanche XIV du Temps Ordinaire (Mt 11, 25-30)

Le texte évangélique de ce dimanche commence avec une prière que Jésus adresse à son Père, Il rend grâce pour avoir révélé des grandes choses aux plus petits. Si nous lisons tout ce chapître 11 de saint Matthieu, juste quelques versets auparavant, Jésus fait des reproches aux trois villes, Capharnaüm, Corazine, Bethsaïde, où Il avait accompli beaucoup de miracles, mais qui avaient fermé leur cœur à l’évangile.

Maintenant, devant ceux qui l’ont suivi, qui ont cru en Lui, Jésus glorifie le Père, parce que par Lui, ils vont connaître le Père.

Ensuite dans deuxième partie de l’évangile de ce dimanche où le Seigneur s’adresse à ses disciples et les invite à Le suivre : Venez à moi vous tous qui peinez sous le poids du fardeau.

Notre Seigneur sait mieux que nous quelles sont nos difficultés, nos soucis, nos douleurs, ce que nous appelons les croix dans nos vies, aujourd’hui Il utilise l’image du fardeau, le poids du fardeau.

Jésus nous dit que son joug est facile à porter et son fardeau, léger, mais qu’il ne faut pas le refuser, au contraire, nous devons le prendre et le porter. Même si par nature nous avons une tendance à éviter la souffrance et à nous éloigner d’elle, le Christ dit que sa vie implique la croix et que ses disciples doivent porter la croix comme Lui l’a fait ; mais Il est là pour nous aider. Nous en trouvons un grand exemple chez le même saint Paul, il y a eu dans son ministère quelque chose qui le faisait souffrir, il avait même demandé au Seigneur de le libérer de ce fardeau : J’ai reçu dans ma chair une écharde, un envoyé de Satan qui est là pour me gifler, pour empêcher que je me surestime. Par trois fois, j’ai prié le Seigneur de l’écarter de moi. Mais il m’a déclaré : « Ma grâce te suffit, car ma puissance donne toute sa mesure dans la faiblesse (ou bien dans d’autres traductions, car ma puissance s’accomplit dans ta faiblesse). » (2 Co. 12,9)

Il est curieux de voir que Jésus dit que « mon joug est facile à porter », le mot que l’évangéliste utilise signifie plutôt le joug des bêtes qui s’adapte à l’animal car dans l’antiquité, les jougs étaient fabriqués à la mesure du bœuf, pour éviter qu’il soit blessé. Il y a une histoire qui appartient à la tradition, elle dit que saint Joseph était connu à Nazareth entre autres choses, par le fait de fabriquer de bons jougs pour les animaux, on dit aussi qu’à l’entrée de l’atelier de saint Joseph il y avait cet écriteau mis à l’entrée : « Mes jougs sont faciles à porter » (ils s’ajustent bien !)

Prendre donc le joug du Seigneur veut dire devenir ses disciples, appartenir à son école.

« Devenez mes disciples, car je suis doux et humble de cœur ». On pourrait dire : quel commandement étrange que celui du Seigneur ? Il ne nous recommande pas d’apprendre de Lui à faire des miracles, ni à ressusciter les morts, ni à guérir les malades. Jésus veut que nous apprenions de Lui à être doux et humble de cœur, on dirait que c’est le principal pour Lui. Et si c’est Notre Seigneur que nous donne cette recommandation, cela veut dire qu’en cela nous devenons pleinement ses disciples. 

Voyons d’abord ce que veut dire « douceur ». Cette vertu ne signifie pas faiblesse, lassitude, ou pire encore, lâcheté ; au contraire, c’est une douceur exigeante, comme lorsqu’il y a quelques dimanches on écoutait le Seigneur : celui qui ne prend pas sa croix et ne me suit pas n’est pas digne de moi, et peu après : qui a trouvé sa vie la perdra ; qui a perdu sa vie à cause de moi la gardera. Jésus est exigeant. Il n’est pas dur ni inexorablement sévère, mais fort et sans ambigüités lorsqu’Il appelle quelqu’un à vivre la vérité. 

Le Seigneur nous enseigne aussi qu’il nous faut l’humilité, c’est la vertu qui est la base de la sainteté. Alors, l’humilité est une vertu de grande ampleur ; elle nous donne, si nous la vivons de façon authentique, une vision réaliste de la vie, ce que faisait dire à sainte Thérèse d’Avila : l’humilité c’est marcher dans la vérité. Mais il existe le risque de ne pas vivre une vraie humilité, mais extérieure et fausse, et pour cela nous devons vraiment nous examiner sur la façon dont nous vivons cette vertu.

Un prêtre a écrit, il n’y a pas longtemps, une série de conseils pratiques pour mieux vivre cette vertu. Nous en avons un bon examen de conscience sur la manière dont nous vivons l’humilité.

Ce sont sept manières d’être humble (selon le P. Juan Antonio Ruiz J., L.C.):

  • Savoir découvrir le meilleur des autres : « Efforçons-nous, dit aussi sainte Thérèse d’Avila, d’avoir toujours les yeux ouverts sur les qualités et les vertus des autres ; et, pour ne pas voir leurs défauts, considérons la grandeur de nos péchés. Une telle pratique nous conduit à l’acquisition d’une belle vertu, celle qui nous incline à croire tous les autres meilleurs que nous.
  • Le deuxième est étroitement lié au premier : Savoir dire du bien des autres.
  • Ne pas prendre trop de temps à reconnaître ses propres fautes et ses erreurs, comme enseignait le Curé d’Ars: « L’humilité est une torche qui éclaire nos imperfections ; elle ne consiste pas dans des paroles ou des œuvres, mais dans une connaissance de nous-mêmes, grâce à laquelle, nous découvrons un tas de défauts que notre orgueil nous cachait jusqu’à présent » (Sermon sur l’orgueil)
  • Etre le premier à demander pardon après une dispute. Le livre de l’imitation du Christ dit : « Quand vous verriez votre frère commettre ouvertement une faute, même une faute très grave, ne pensez pas cependant être meilleur que lui ; car vous ignorez combien de temps vous persévérerez dans le bien. Nous sommes tous fragiles, mais croyez que personne n’est plus fragile que vous ».
  • Admettre ses limites et ses besoins : « Si un homme ne se fie pas à son propre jugement, il le doit à son humilité, car les Proverbes (11, 2) enseignent que là où se trouve l’humilité, se trouve aussi la sagesse. Les orgueilleux, au contraire, ont en eux une confiance exagérée » c’est un sermon de saint Thomas d’Aquin (Commentaire au Notre Père).
  • Servir les autres.
  • Reconnaître toujours que tout ce que l’on a de bon vient de Dieu, « tout est don, toute est grâce » disait sainte Thérèse de l’Enfant Jésus. Et pour cela saint Augustin enseignait: « Personne ne se fie de soi-même dans les paroles, personne ne se fie de ses propres forces au moment de souffrir l’épreuve, car, si nous parlons avec rectitude et prudence, notre sagesse provient de Dieu et si nous souffrons les maux avec force, notre patience est un don à Lui ».

Demandons la grâce à la très sainte Vierge Marie, d’imiter son Fils, de l’imiter elle aussi qui a vécu de façon magnifique ces deux belles vertus, la douceur de cœur et l’humilité. 

P. Luis Martinez IVE.