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Notre Dame de Lujan, Modèle pour l’évangélisation

Nous sommes réunis pour célébrer la Reine de Famille Religieuse du Verbe Incarné. Depuis les débuts de notre vie dans l’Eglise, la Vierge de Lujan a occupé une place spéciale dans notre spiritualité ; d’abord grâce à l’amour que notre fondateur avait pour cette petite statue, patronne de l’Argentine ; dans sa jeunesse, le père Buela l’avait priée au même sanctuaire demandant la grâce de découvrir et d’accompagner beaucoup de vocations à la vie consacrée et au sacerdoce. Comment Dieu par sa mère accomplit largement les désirs de ses enfants, lorsqu’ils sont authentiques ! Non seulement comme prêtre diocésain le père Buela a orienté des jeunes vers la vie consacrée et le sacerdoce, mais surtout après, en accueillant de Dieu l’inspiration de fonder une nouvelle congrégation, qui deviendrait après toute une famille religieuse. Et pour cela, chaque consacré de notre famille est pour ainsi dire le fruit de la prière exhaussée de Notre Dame de Lujan. Nous étions là, dans la pensée de la Vierge, lorsque le jeune père Buela demandait cette belle grâce !

Nous savons que notre finalité dans l’Eglise, comme membres de la famille religieuse du Verbe Incarné, c’est l’évangélisation de la culture.     

Selon les paroles du pape Paul VI « L’Église, avec l’évangélisation, engendre de nouveaux enfants. Ce processus qui consiste à « transformer de l’intérieur », à « renouveler l’humanité elle-même » (EN 18), est une véritable renaissance. Et dans cette naissance, toujours répétée, Marie est notre Mère. Elle, glorieuse au ciel, agit sur la terre. Participant à la seigneurie du Christ ressuscité, «avec son amour maternel, elle prend soin des frères de son Fils, toujours en pèlerinage» (LG 62).

Notre Dame, nous apprend comme Mère, précisément à engendrer les enfants de l’Eglise, qui est finalement et essentiellement l’œuvre de l’évangélisation.

Nous n’évangélisons pas pour que les hommes aient simplement une « simple » connaissance de la personne de Jésus ou pour promouvoir une rencontre « light » avec lui, c’est-à-dire qui ne représente pas un changement significatif pour leur propre vie. Nous voulons plutôt que les hommes et les femmes soient radicalement transformés par la grâce de l’Évangile et qu’ils aient une nouvelle existence spécifiquement chrétienne.

Tout missionnaire cherche à ce que les hommes puissent «naître de nouveau» (cf. Jn 3,3) et vivre comme enfants de Dieu. Pour cette raison, dès le début, la première action du missionnaire est celle préparer pour le baptême et de celle baptiser ; la première chose est de donner naissance, la naissance spirituelle, après viendra le temps de l’enseignement et de la prédication (cf. Mt 28,19-20).

C’est-à-dire que l’œuvre de l’évangélisation n’est pas conclue sans la transmission de la grâce, qui vient aux hommes à travers les sacrements, tout d’abord, le baptême ; c’est seulement de cette manière que l’on reçoit avec plénitude et certitude le nom de fils de Dieu, dans l’adoption de la grâce, lorsqu’un homme ou une femme appartient à Dieu par le Christ. La mission signifie donc enfanter spirituellement les enfants de l’Eglise.

Cette manière de comprendre l’évangélisation comme une maternité spirituelle a un solide fondement biblique, en particulier dans les lettres de Saint Paul. L’Apôtre, en effet, n’a pas hésité à plusieurs reprises à utiliser l’image de la mère pour parler de la manière dont il exerçait son ministère, comme lorsqu’il écrivait aux chrétiens de la communauté de Thessalonique: «Alors que nous aurions pu nous imposer en qualité d’apôtres du Christ, au contraire, nous avons été pleins de douceur avec vous, comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons. Ayant pour vous une telle affection, nous aurions voulu vous donner non seulement l’Évangile de Dieu, mais jusqu’à nos propres vies, car vous nous étiez devenus très chers.  » (1Thes 2,7-8). Mais aussi, Paul, laissant de côté la métaphore, en est même venu à se sentir comme une mère. Comme il le révèle dans l’un de ses doux et à la fois fermes reproches aux Galates : « Mes enfants, vous que j’enfante à nouveau dans la douleur jusqu’à ce que le Christ soit formé en vous, je voudrais être maintenant près de vous et pouvoir changer le ton de ma voix, car je ne sais comment m’y prendre avec vous ».

Si cela était le souhait de saint Paul, combien plus ne le serait-il pas aussi celui d’une femme qui a été réellement la Mère de notre Sauveur ?

Le Concile nous rappelle que par disposition divine et dépendant de la seule médiation du Christ, Marie a une mission maternelle (munus maternus), consistant à exercer une influence salvifique (salutaris influxus) sur les hommes, afin qu’ils puissent restaurer leur vie surnaturelle et s’unir avec le Christ (cf. LG 60,61). Le texte prend soin d’indiquer que cette coopération maternelle de Marie à l’œuvre du salut ne correspond pas seulement à sa période historique (sa vie terrestre), mais perdure sans cesse. Aujourd’hui encore, par ses multiples intercessions, elle continue à nous obtenir les dons du salut éternel (cf. LG 62).

La maternité de Marie éveille le cœur filial qui dort en chaque homme, faisant grandir en lui la vie du baptême et le désir de fraternité, qui doit vivre, grandir et se développer dans l’Église. Ainsi, « pendant que nous faisons notre pèlerinage, Marie sera la Mère éducatrice de la foi. Elle veille à ce que l’Évangile pénètre et s’introduise en notre vie quotidienne et produise des fruits de sainteté ».

Alors, Comment la très Sainte Vierge Marie nous apprend à être nous aussi des vrais évangélisateurs ?

Bien que de plein droit nous puissions qualifier Marie comme la parfaite disciple et messagère du Seigneur (évangélisatrice), il est curieux que l’évangéliste Luc, qui nous en dit tant sur elle dans son Évangile, nous en dise néanmoins peu en écrivant le livre des Actes des Apôtres. Son nom apparait juste avant la Pentecôte, où s’est passé cette explosion opérée par l’Esprit, de là tous les apôtres et disciples partent à l’aventure missionnaire. Mais par rapport à la Mère de Dieu, pas de prédication audacieuse de la parole de Dieu, pas de voyages intrépides à travers les villes ou les villages, pas de témoignage aux Juifs. En fait, d’autres femmes semblent avoir une plus grande représentation dans les Actes des Apôtres, comme la jeune Rhodès (cf. Actes 12: 13-15) ou la dame  Lydie, une négociante en étoffes de pourpre (cf. Actes 16: 11-15). La seule mention que Luc fait de la mère de Jésus est au début de son livre missionnaire, où il dit qu’elle persévérait dans la prière avec les apôtres, en attendant la venue de l’Esprit (cf. Ac 1,14). N’est-il pas très révélateur que dans le livre consacré à la description des diverses actions missionnaires, la seule action attribuée à Marie soit la prière ?

Le fait qu’elle reste ainsi, comme dans l’arrière-plan dans l’Église, en prière, veut peut-être nous rappeler que toute activité évangélisatrice y trouve sa source, se plongeant au sein de la Trinité, se confiant à la force invisible, touchant avec nôtre prière l’amour qui sauve, entrant dans le cœur du Père céleste. Si nous omettons cette attitude fondamentale, il est inévitable que nous tombions dans le tourbillon de l’activisme et du fait de se croire le protagoniste principal de l’Evangélisation. Marie a persévéré dans la prière, accompagnant ainsi l’œuvre évangélisatrice des Apôtres et des premières communautés chrétiennes. N’oublions pas que les vraies mères savent toujours se faire discrètes.

D’autre part, dans L’Évangile de Jean, il est le seul à nous donner les mots prononcés par Marie aux hommes. Ils sont peu nombreux, mais d’une ineffable valeur: «Faites tout ce qu’il vous dira» (Jn 2,5). Nous connaissons bien le contexte: c’était lorsque les époux de Cana manquaient de vin. La chose particulière est que la Vierge a adressé ces mots aux serviteurs, ce qui en grec s’appelle diakonoi. D’une certaine manière, c’est aussi notre condition; nous sommes les serviteurs d’une humanité qui manque du vin de l’Évangile. Que devrions-nous faire? La réponse n’est pas la complication, mais simplement se conformer à ce que Jésus demande. Pour les serviteurs de Cana, c’était six jarres d’eau. Dans notre cas, Jésus ne nous demandera pas beaucoup de choses, mais peu et très spécifiques, l’important est de les faire. Marie est alors celle qui aide notre œuvre évangélisatrice à rester fixée sur le Christ et sur sa volonté.

Dans le but de notre mission d’amener l’évangile à tout homme, de faire que l’évangile pénètre les cultures, envahisse la vie de l’homme pour qu’il se tourne vers Dieu, n’oublions jamais le rôle de Marie. Telle une bonne mère, Elle ne fuit pas, mais se tient debout près de la croix, accompagnant son fils dans sa souffrance (cf. Jn 19,25). Elle sait accomplir le dernier commandement de Jésus qui demande mystérieusement l’acceptation mutuelle : « Femme voici ton fils … Fils, voici ta mère » (Jn 19,26,27).

La nouvelle évangélisation de ce monde est marquée aussi par la présence maternelle de Marie.

Marie dans l’Evangélisation du continent américain

Etant donné que Notre Dame de Lujan provient de l’Amérique Latine, prenons comme modèle l’évangélisation dans ce continent. L’évangélisation dans l’Amérique Latine a aussi été, dès ses débuts, marquée par la présence mariale, si forte et si vigoureuse qu’à juste titre, il a été possible de dire que l’identité historique et culturelle des peuples latino-américains est liée à la Vierge Marie. Si nous regardons les faits historiques :

–  Christophe Colomb a prié devant la Vierge de Guadalupe d’Espagne, avant de se lancer dans son voyage. Il voyage avec une réplique avec lui.

– « Santa María », s’appelait la caravelle dans laquelle arrivât Colomb au nouveau monde.

– La Découverte de l’Amérique se fait le 12 octobre, jour de la Vierge « del Pilar », une Apparition à Saint Jacques apôtre, pour le consoler dans sa tâche très ardue d’évangélisation de l’Espagne.

– La Salve Regina la première prière faite lorsque Colomb est arrivé dans le Nouveau Monde.

Quelques années après la découverte et comme dans le cas de l’Apôtre Saint-Jacques, lorsque la mission des évangélisateurs n’était pas si fructueuse, la Sainte Vierge est apparue au Mexique comme la Vierge de Guadalupe, à un indien nommé Juan Diego, constituant un miracle providentiel pour l’expansion de l’évangile.

Au fur et à mesure que l’évangélisation avance dans chaque région se succèdent les apparitions, les faits prodigieux accomplis par intercession de Marie. Tout cela a fait que les hommes la reçoivent chez eux, comme cela s’est aussi passé d’ailleurs en Europe, en Afrique et dans tous les continents ; car pour nous tous Marie fait partie de nous, de notre culture, de notre vie.

Marie est pour nous l’image et le soutien spirituel pour recommencer encore une fois l’œuvre de l’Evangélisation.

La dernière pensée appartient à saint Jean Paul II, ce grand saint missionnaire et prophète de Marie :

«Nous devons nous souvenir et remercier le rôle joué dans l’évangélisation du continent par la Vierge Marie. Elle nous montre Jésus et nous conduit à lui. Elle, la mère de Jésus, a vraiment été l’étoile de l’évangélisation, celle qui précède et accompagne ses enfants dans le pèlerinage de la foi et de l’espérance. Jésus-Christ, Dieu et vrai homme, ne peut être proclamé sans parler de la Vierge Marie, sa Mère. La foi en l’Incarnation ne peut être confessée sans l’annonce (comme l’Église le fait depuis l’aube du Christianisme) que le Fils de Dieu «a été conçu par l’œuvre et la grâce de l’Esprit Saint et est né de la Vierge Marie». Le mystère de la mort rédemptrice du Christ ne peut être contemplé sans le souvenir de celle qui a participé d’une manière singulière à sa souffrance, et que Jésus lui-même, sur la Croix, nous a donnée comme Mère et nous l’a confiée, afin que nous puissions l’accueillir parmi les dons les plus précieux qu’il a lui-même légués.

Ainsi, avec l’Évangile de Jésus, l’Église reçoit l’annonce de la présence maternelle de Marie dans la vie des chrétiens. Comme dans l’Église naissante de la Pentecôte, la figure de Notre Dame est présente à chaque début d’évangélisation. La Vierge nous offre son divin Fils et nous invite à croire en lui comme véritable Maître et Pain de Vie. « (Saint Jean Paul II , 29 septembre 1995)

P. Luis Martinez IVE.

« En me voyant, on doit voir ce qu’est Jésus ». bx. Charles de Foucauld

Homélie prononcée en occasion de la bénédiction de la statue du Bx. Charles de Foucauld.

Nous sommes dans ce quatrième dimanche du temps ordinaire et l’évangile de saint Marc nous présente le début de la prédication de Notre Seigneur.

Nous découvrons que les gens sont étonnés, frappés, comme nous le dit l’évangile par son enseignement, car Il enseignait avec autorité ; les mêmes paroles vont se répéter à la fin du texte évangélique de ce jour : Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité !

Nous pouvons donc dire que saint Marc veut attirer notre attention sur ces deux qualités du ministère du Seigneur, surtout sur son autorité, qu’Il utilise sur le démon, car l’exorcisme est au centre de tout ce passage évangélique.

L’évangéliste concentre dans ces premiers moments tout ce qui constituera la vie publique de notre Seigneur, son ministère, avant de consumer son œuvre par le sacrifice de la croix.

Nous avons la grâce aujourd’hui de bénir cette statue du Bx. Charles de Foucauld, patron de notre monastère. C’est une grâce encore de l’avoir reçue lorsqu’on sait qu’il est déjà proclamé saint par le pape François et qu’on attend que la situation sanitaire s’améliore pour célébrer formellement sa canonisation à Rome.

Les saints nous apprennent comment nous devons imiter le Christ, un saint et tous les saints de l’histoire ont cherché cela, la plus parfaite imitation du Christ.

Charles de Foucauld l’exprimait d’une manière très claire, « j’ai perdu mon cœur pour Jésus Nazareth, je passe ma vie à chercher à l’imiter autant que le peut ma faiblesse ».

Le Bienheureux Charles est né catholique, dans une bonne famille, mais peu à peu Charles s’est éloigné de la foi de son enfance, jusqu’à même tomber dans le total athéisme, car il ne croyait plus en Dieu, ce monde lui offrait tous les plaisirs au point qu’il pensait que ce n’était pas la peine d’avoir un Dieu et de croire en Lui. Charles vivait comme beaucoup de hommes et de femmes de notre époque, pensant que Dieu n’a pas de place dans leur vie.

Il vivra dans cet état à partir de sa jeunesse jusqu’à l’âge de 28 ans; lorsque se produit sa première grande conversion, un chemin de sainteté qui ne finira qu’à sa mort.

Charles exprimait sa reconnaissance dans un de ses cahiers personnels de méditation: «Mon Dieu, nous avons tous à chanter vos miséricordes, nous tous créés pour la gloire éternelle et rachetés par le Sang de Jésus, par votre Sang, mon Seigneur Jésus, qui êtes à côté de moi dans ce tabernacle; mais si tous nous le devons, combien moi! moi qui ai été dès mon enfance entouré de tant de grâces, fils d’une sainte mère, ayant appris d’elle à vous connaître, à vous aimer et à vous prier aussitôt que j’ai pu comprendre une parole! Et les catéchismes, les premières confessions… ces exemples de piété reçus dans ma famille… et après une longue et bonne préparation, cette première Communion!…

«Lorsque, malgré tant de grâces, je commençais à m’écarter de vous, avec quelle douceur vous me rappeliez à vous par la voix de mon grand-père, avec quelle miséricorde vous m’empêchiez de tomber dans les derniers excès en conservant dans mon cœur ma tendresse pour lui!… Mais malgré tout cela, hélas, je m’éloignais, je m’éloignais de plus en plus de vous, de vous mon Seigneur et ma vie… et aussi ma vie commençait à être une mort, ou plutôt c’était déjà une mort à vos yeux… Et dans cet état de mort, vous me conserviez encore: toute foi avait disparu, mais le respect et l’estime de la religion étaient demeurés intacts…

Il se souvient ensuite  de sa vie de militaire, toujours athée vivant en Algérie et Maroc, d’abord comme militaire et après comme explorateur, puis il retournera en France, pour publier un livre, c’est à ce moment que se produira sa conversion définitive : «Par la force des choses, vous m’obligeâtes à être chaste, et bientôt, m’ayant, à la fin de l’hiver 1886, ramené dans ma famille, à Paris, la chasteté me devint une douceur et un besoin du cœur. C’est vous qui fîtes cela, mon Dieu, vous seul; je n’y étais pour rien, hélas! C’était nécessaire pour préparer mon âme à la Vérité; le démon est trop maître d’une âme qui n’est pas chaste, pour y laisser entrer la Vérité… Vous ne pouviez pas entrer, mon Dieu, dans une âme où le démon des passions immondes régnait en maître… Mon Dieu, comment chanterai-je vos miséricordes!…

«Une belle âme vous secondait (il parle de sa cousine qui a toujours été comme une mère adoptive, car le bienheureux était orphelin depuis petit) , mais par son silence, sa douceur, sa perfection; elle se laissait voir, elle était bonne et répandait son parfum attirant, mais elle n’agissait pas. Vous, mon Jésus, mon Sauveur, vous faisiez tout au-dedans comme au-dehors. Vous me fîtes alors quatre grâces. La première fut de m’inspirer cette pensée: puisque cette âme est si intelligente, la Religion qu’elle croit si fermement ne saurait être une folie comme je le pense. La deuxième fut de m’inspirer cette autre pensée: puisque la Religion n’est pas une folie, peut-être la Vérité qui n’est sur la terre en aucune autre, ni dans aucun système philosophique, est-elle là? La troisième fut de me dire: étudions donc cette Religion; prenons un professeur de Religion catholique, un prêtre instruit, et voyons ce qu’il en est. La quatrième fut la grâce incomparable de m’adresser à l’abbé Huvelin… Et depuis, mon Dieu, ce n’a été qu’un enchaînement de grâces… Une marée montant, montant toujours!»

La foi de ce nouveau converti va le conduire d’abord comme pèlerin en Terre Sainte, puis comme moine d’abord en France et presque 10 ans en Syrie ; encore sous l’inspiration de Dieu, il reviendra en Terre Sainte pour vivre comme ermite, mais sous le sage conseil d’une religieuse et de son directeur spirituel, il acceptera de devenir prêtre pour aller prêcher l’évangile à ceux qui sont plus éloignés, au sud de l’Algérie, les populations des Touaregs, où le Christ n’était pas encore annoncé.

Ordonné prêtre à 42 ans, le 9 juin 1900, il est conscient que son ministère se passera surtout par l’exemple de vie, vivant comme le Christ. Le Bx. Charles écrira : « Toute notre vie, si muette qu’elle soit, … doit être une prédication de l’Évangile par l’exemple; toute notre existence, tout notre être doit crier l’Évangile sur les toits, … doit être une prédication vivante. » (Méditation sur l’Évangile OS. P. 395.). « Les personnes éloignées de Jésus, doivent sans livres et sans paroles, connaître l’Évangile par la vue de ma vie… En me voyant, on doit voir ce qu’est Jésus »(Règlements et Directoire). « Les Frères « doivent être un Evangile vivant » »( Directoire de l’Union).

Mais, s’il imite le Christ c’est aussi pour annoncer l’évangile avec les paroles, comme il le faisait avec ceux qui l’interrogeaient sur la foi chrétienne, comme il instruisait les esclaves noirs sans religion qu’il arrivait à libérer, comme il enseignait et guidait les militaires français envoyés en mission au Sud de l’Algérie à cette époque.

« L’avenir, le seul vrai avenir, c’est la vie éternelle: cette vie n’est que la courte épreuve qui prépare l’autre… La prédication dans les pays musulmans est difficile, mais les missionnaires de tant de siècles passés ont vaincu bien d’autres difficultés… Donnons-leur l’exemple d’une vie parfaite, d’une vie supérieure et divine».

On a prétendu dire qu’il cachait son identité chrétienne, comme une façon de s’approcher par la seule amitié des peuples musulmans, ce qui est tout à fait faux, comme l’assure un contemporain militaire très ami du Bx. de Foucauld, Le général Laperrine: «Et ses conversations! Et son costume!» faisant référence à la manière dont Charles y démontrait sa foi . Lorsque quelqu’un se présente à la porte de l’ermitage, le frère Charles apparaît, les yeux pleins de sérénité, la main tendue, enveloppé dans une gandourah blanche, sur laquelle est appliqué un cœur rouge surmonté d’une croix. Cette image du Sacré-Cœur proclame la foi de cet homme blanc; et toute sa vie manifeste l’Évangile. Les indigènes ne s’y trompent pas. 

Mais comme tout saint, Charles avait aussi des moments d’épreuves, qu’il sait surmonter avec un esprit de foi : «En ce moment, je suis dans une grande paix. Cela durera ce que voudra Jésus. J’ai le Saint-Sacrement, l’amour de Jésus; d’autres ont la terre, j’ai le bon Dieu… Quand je suis triste, voici ma recette: je récite les mystères glorieux du Rosaire, et je me dis: qu’importe après tout que moi je sois misérable, et que rien n’arrive du bien que je souhaite? Tout cela n’empêche pas le bien-aimé Jésus – qui veut le bien mille fois plus que moi – d’être bienheureux, éternellement et infiniment bienheureux!…»

Charles Eugene de Foucauld (1858-1916), officier, explorateur et religieux. Ici a Tamanrasset, devant sa premiere chapelle. Tamanrasset, ALGERIE – v.1905.

Et en plus, il avait la pleine conscience que finalement c’est le Seigneur qui fait son œuvre, que déjà la seule présence eucharistique rayonne autour d’elle et fait du bien à ceux qui ne croient pas au Christ : « Je ne crois pas leur faire le plus grand bien (aux infidèles) que celui de leur apporter, comme Marie dans la maison de Jean lors de la Visitation, Jésus, le bien de biens, le sanctificateur suprême, Jésus, qui sera toujours présent parmi eux dans le Tabernacle… Jésus s’offrant chaque jour sur le saint autel pour leur conversion, Jésus les bénissant chaque soir au salut : c’est là le bien des biens, notre Tout, Jésus ».

Le Bienheureux Charles mourra le 1 décembre tragiquement, une mort à laquelle il se préparait même si cela signifiait mourir à cause de la foi : «Supportons toutes les insultes, avait-il écrit, les coups, les blessures, la mort, en priant pour ceux qui nous haïssent… à l’exemple de Jésus, sans autre motif ni autre utilité que de déclarer à Jésus que nous l’aimons». Sa vie donnée pour l’évangile est pour nous un grand exemple et une raison pour continuer à proclamer l’évangile avec nos paroles et surtout avec notre vie. Que Marie et le Bx. Charles nous bénissent !

P. Luis Martinez IVE.

Quelques citations ont été prises d’une lettre spirituelle sur le Bx. Charles de Foucauld de l’Abbaye de Saint Joseph de Clairval