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Les chemins de Jésus et Bartimée se croisent et deviennent un seul chemin.

Homélie pour le Dimanche XXX du temps ordinaire, année B  (Mc 10, 46b-52).

Le miracle décrit dans l’évangile de ce dimanche nous donne une abondance de détails qui font de ce moment une scène très vivante, il n’est pas difficile à imaginer, d’entrer dans ce mystère et de le contempler pour notre profit spirituel.

L’aveugle Bartimée « était assis au bord de la route » (Mc 10, 46), aux portes de Jéricho. C’est sur cette même route que passe Jésus. C’est la route qui conduit à Jérusalem, comme nous l’avons déjà dit, où se consommera la Pâque, sa Pâque sacrificielle, vers laquelle le Messie s’avance pour nous. Sur cette route, le Seigneur rencontre Bartimée qui a perdu la vue. Leurs routes se croisent, deviennent une seule route.

Il y a une curiosité, l’évangéliste indique le nom de celui qui reçoit le miracle, c’est le fils de Timée. Il se peut que cette personne fût bien connue au moment où saint Marc écrivit l’évangile, à moins qu’ il n’ait voulu nous montrer par-là que Bartimée était quelqu’un de distingué dans cette ville (ou bien aussi son père Timée), tombé ensuite dans la misère à cause de sa maladie. Pour cela un père de l’Eglise voit en cet aveugle l’image très claire de l’humanité, tombée à cause de l’aveuglement du péché dans la pire des misères, et c’est seulement le Christ qui pourra l’en faire sortir.

Bartimée s’est mis à crier, une fois qu’il a su le passage de Jésus sur ce chemin, deux fois l’évangéliste nous répète son cri afin de nous décrire son insistance ; par deux fois l’aveugle demande à Jésus de lui faire miséricorde. C’est une prière persévérante que celle de notre aveugle.

Et malgré les obstacles qui voulaient faire taire sa voix, malgré les doutes et les peurs qui l’ont fait renoncer à persévérer dans les supplications, Bartimée a continué de crier.

« Au sens mystique, commente saint Thomas d’Aquin, cela signifie que certains, qui sont aveuglés par le péché, crient vers le Seigneur : ‘Aie pitié de nous’. Mais la foule des pensées charnelles et des hommes charnels les rabroue pour éviter qu’il vienne vers le Christ. Mais, contre cela, l’homme doit être constant, combattre et travailler avec force, comme l’enseigne l’Apôtre, (2 Tm 2, 3) : ‘ Prends ta part de souffrance comme un bon soldat du Christ Jésus’. Mais la parole de Dieu n’est pas liée aux paroles des hommes. C’est pourquoi vient ensuite : ‘Mais il criait de plus en plus fort’. » (Saint Thomas d’Aquin, Commentaire à l’Evangile de saint Mattieu)

« ‘Jésus s’arrêta’ nous dit l’évangile. Ici est présentée la miséricorde de Jésus et on montre qu’il s’arrêta. Et pourquoi s’arrêta-t-il ? Parce que le chemin était pierreux et troué ; il voulut donc s’arrêter, car s’il avait continué, l’aveugle se serait peut-être blessé. Au sens mystique, [il s’arrêta] parce que, en venant dans le monde, il poussa à demander, mais il donna le salut en s’arrêtant. Ainsi, par l’incarnation, les hommes sont mus vers l’avant (vers Dieu), mais, c’est par l’enseignement et la persévérance [du Christ], qu’ils sont guéris ».(Ibid.)

« Vient ensuite : ‘il l’appela’. Mais pourquoi l’appela-t-il ? se demande encore saint Thomas. Pour que les autres personnes présentes à cet endroit laissent passer Bartimée. Il indique ainsi ceux que le Seigneur appelle par la prédestination. Rm 8, 29 : Ceux qu’il a connus d’avance et qu’il a prédestinés. » (Ibid.)

« Deux gestes encore mettent en évidence la foi de cet homme et nous dévoilent aussi la disposition intérieure et nécessaire pour accueillir la foi. Le premier, saint Marc nous dit que Bartimée jette son manteau, nous pouvons dire que pour un mendiant aveugle comme lui, le manteau était toute sa richesse et son monde ; mais il n’a pas peur de le laisser parce que cela pourrait être un obstacle pour aller vers Jésus. Le deuxième acte c’est le fait de bondir, qui montre que sa réponse est diligente et rapide et en même temps joyeuse. » (Ibid)

« C’est alors que Jésus s’enquiert de son désir : ‘Que veux-tu que je fasse pour toi ?’ Il ne demande pas afin de connaître, mais afin de laisser entendre à tous sa propre réponse pleine de tendresse à celui qui demande. Car comme dit le psaume 144, 19 : ‘Dieu fera la volonté de ceux qui le craignent’.» (Ibid.)

La question de Jésus peut sembler étrange. Pourquoi demander à un aveugle ce qu’il veut qu’il fasse pour lui? Cela semble évident car il voulait voir; de plus, l’aveugle avait crié : « Aie pitié de moi », ce qui marquait la conscience de sa misère. Mais Jésus a voulu aller plus loin pour tester la foi de ce malheureux ; Il veut aussi que Bartimée exprime clairement sa foi : « que je retrouve la vue ».

En effet, l’aveugle de Jéricho porta à son extrême la tension de cette scène et demanda alors de manière plus radicale, il demanda au Christ ce qu’il n’avait jamais pu demander à personne auparavant : « Rabbouni (cher Maître), que je retrouve la vue ! Et voici, la lumière du jour brille sur le visage de Bartimée ; voici, la lumière du visage du Christ brille sur lui, le plus beau des hommes.

Ecoutons les paroles du Pape Benoît (25/10/2009): « Dieu connaît le désir de cet homme, mais il le lui demande; il veut que ce soit l’homme qui parle. Il veut que l’homme se lève, qu’il retrouve le courage de demander ce qui lui revient du fait de sa dignité (cela c’est aussi pour nous tous). Le Père veut entendre de vive voix l’homme exprimer sa libre volonté de voir à nouveau la lumière, cette lumière pour laquelle il l’a créé ».

Saint Thomas ajoute encore un détail d’après saint Mathieu, Jésus toucha les yeux de Bartimée. Par le fait qu’il toucha ses yeux et qu’il voit aussitôt, sont abordées l’humanité et la divinité du Christ : le fait de toucher relevait de son humanité ; mais le fait de rendre immédiatement la vue était l’œuvre de la divinité. Le Seigneur lui-même touche par la grâce, mais il illumine par la gloire. (Commentaire à l’évangile de saint Mattieu) 

Et nous pouvons dire : mais, Bartimée demande finalement quelque chose de ce monde et non la vie éternelle ?

Mais nous devons savoir que les biens matériels aident à la santé et la santé c’est pour que l’homme puisse vivre uni à Dieu. C’est la vraie échelle de valeur. Bartimée demande à Jésus de « voir », il s’agit de la santé corporelle, mais avant qu’il ne l’ait confessé comme le Messie. Christ voyant sa foi, veut le miracle, « Va, ta foi t’a sauvé » ; une fois retrouvée sa santé corporelle, il rejoint les disciples de Jésus « il l’a suivi tout au long du chemin ». Bartimée retrouve la santé physique parce qu’il a foi en Jésus et cette foi est ce qui dispose au miracle et se manifeste dans le service de Dieu une fois guéri. En revanche parfois, Dieu ne permet pas la santé physique quand elle serait nuisible à la santé spirituelle.

Aussitôt l’homme retrouva la vue, et il suivait Jésus sur le chemin. Il ne fut donc pas ingrat. En effet, beaucoup, avant d’obtenir un bienfait, suivent le Seigneur, mais, une fois le bienfait reçu, le quittent, par contre, l’Ecriture nous dit que c’est une grande gloire que de suivre le Seigneur. Si 23, 28

« Imitons cet aveugle, ne demandons à Dieu ni les richesses, ni les biens de la terre, ni les honneurs, mais demandons à voir cette lumière que nous avons le privilège de ne contempler qu’avec les anges. C’est la foi qui nous conduit à cette lumière, aussi le Sauveur répond à cet aveugle: «Votre foi vous a sauvé». Il voit et se met à la suite de Jésus, c’est-à-dire, qu’il fait le bien qu’il lui est donné de comprendre; « car suivre Jésus, c’est pratiquer le bien que l’intelligence perçoit, c’est imiter celui qui, aux félicités de ce monde, a préféré les ignominies et les opprobres ». (Saint Bède, Catena Aurea)

Que la sainte Vierge Marie nous donne la grâce de suivre le Christ jusqu’à la Jérusalem du Ciel.

P. Luis Martinez IVE.

Si l’humilité ne venait pas de Toi, il nous serait impossible de l’apprendre!

Homélie pour le XXV Dimanche du temps ordinaire, année C . (Mc 9, 30-37)

Dans le passage de l’évangile de ce dimanche, Notre Seigneur annonce une deuxième fois sa passion, sa mort et sa résurrection.

Et l’évangéliste saint Marc souligne le fort contraste entre la pensée du Seigneur et celle des douze apôtres ; non seulement ils ne comprennent pas les paroles du maître et refusent l’idée qu’il aille à la mort, mais encore ils discutent entre eux qui est le plus grand, le plus important. Et Jésus va leur expliquer en quoi consiste sa logique, la logique de la charité qui se fait service jusqu’au don de soi : « Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »

La description de saint Marc se poursuit en montrant que Jésus, « prenant à ce moment un enfant, il le plaça au milieu d’eux ». Ce geste singulier de Jésus vient immédiatement après la recommandation par laquelle le Maître avait exhorté ses disciples à ne pas désirer la primauté du pouvoir, mais celle du service. Un enseignement qui a dû avoir un impact profond sur les Douze, qui venaient de « se disputer pour savoir qui était le plus important » (Mc 9, 34). On peut dire que le Maître éprouva le besoin d’illustrer un enseignement aussi difficile avec l’éloquence d’un geste plein de tendresse. Il embrassa un enfant, qui selon les paramètres de l’époque ne comptait pour rien, et Jésus s’identifia presque à lui : « Quiconque accueille en mon nom un enfant comme celui-ci, c’est moi qu’il accueille. » (Mc 9,37).

Un serviteur et un enfant en Palestine ne valaient que tant qu’ils travaillaient pour leur maître. C’est ce que Jésus désire pour nous, ses disciples : qu’ayant oublié nous-mêmes et notre prestige, nous nous mettions au service des autres. En effet, les évangélistes utilisent le même mot pour désigner l’enfant et le serviteur.

Jésus nous a laissé un exemple de service. Il est le Serviteur du Seigneur dont parle Isaïe (Is. 50) qui veut tout donner pour nous. Il donne sa vie en offrande pour notre rédemption. « Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir, et donner sa vie en rançon pour la multitude » Marc 10,45.

La soif de liberté et d’indépendance du monde se heurte à cette parole de Jésus. Les hommes veulent être servis. Jésus veut au contraire, que nous servions pour être grands et imiter sa vie. Il a passé sa vie à faire le bien, à servir les autres et est mort sur la croix par amour pour chacun de nous, donnant tout jusqu’à la dernière goutte de son sang.

Concluons avec un beau texte de saint Agustín :  » Jésus-Christ enfin n’a pas dit :  « Apprenez de moi à créer le monde ou à ressusciter les morts » , mais « que je suis doux et humble de cœur».  Etre petit, est-ce donc une si grande chose, que si elle ne venait pas de toi, Seigneur, il nous serait impossible de l’apprendre ?  » (La Sainte Virginité, 35) .

Que la très Sainte Vierge Marie éloigne de nous tout esprit de haine et de jalousie et nous donne la grâce de l’humilité.  

P. Luis Martinez IVE.