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« Le Seigneur ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures » – Quelle est la manière catholique de lire Bible?

Sermon pour le Troisième Dimanche de Pâques, année B

L’évangile de ce dimanche nous ramène une autre fois au dimanche de Pâques, le jour de la Résurrection du Seigneur, cette fois-ci d’après l’évangéliste saint Luc. Nous devons situer ce moment juste après le retour des disciples d’Emmaüs, c’est déjà le soir de ce grand dimanche.

Le Seigneur se présente au milieu des disciples et les invite à regarder et même à toucher ses plaies, comme Il le fera aussi huit jours après, avec l’apôtre Thomas, absent le soir des Pâques.

Saint Bède fait un très profond commentaire sur ce passage, qui nous apporte beaucoup pour notre vie spirituelle :

« Ses mains et ses pieds avaient conservé la trace des clous qui les avaient transpercés. D’après saint Jean, il leur montra aussi son côté que le fer de la lance avait ouvert, afin que la vue des cicatrices de ses plaies guérît la blessure de leurs doutes.

Les infidèles soulèvent ici une difficulté, et accusent le Seigneur de n’avoir pu guérir les blessures qui lui ont été faites. Nous leur répondons qu’il n’est pas logique d’admettre que celui qui a fait évidemment des miracles beaucoup plus grands n’ait pu en faire de moindres.

C’est donc par un dessein plein de miséricorde, que celui qui a triomphé de la mort n’a point voulu détruire les signes que la mort avait imprimés sur son corps: premièrement pour rendre plus ferme dans ses disciples la foi en sa résurrection; deuxièmement, afin qu’en intercédant pour nous près de son Père, il pût lui montrer toujours le genre de mort qu’il avait souffert pour le salut des hommes; troisièmement, pour rappeler à ceux qu’il a rachetés par sa mort, quels secours miséricordieux il leur a aménagés en leur mettant sous les yeux les signes visibles de sa mort; quatrièmement enfin, conclut saint Bède, pour faire comprendre aux impies, au jour du jugement, la justice de leur condamnation ».

Aux disciples le Seigneur reproche leur manque de foi, il mange devant eux pour montrer la vérité de sa résurrection. Finalement, Il montre qu’en Lui, en sa Passion et sa Résurrection se sont accomplies toutes les prophéties de l’Ancien Testament :

“Il faut que s’accomplisse tout ce qui a été écrit à mon sujet dans la loi de Moïse, les Prophètes et les Psaumes.” » Alors, nous dit l’évangile, il ouvrit leur intelligence à la compréhension des Écritures.

Nous pouvons saisir qu’une des grâces que nous fait le Christ Ressuscité c’est de nous ouvrir l’intelligence pour pouvoir comprendre la Parole de Dieu révélée dans la Bible.

La Bible est la Parole de Dieu ; tous les chrétiens sont d’accord là-dessus. Et les paroles du Seigneur sont des paroles de vie éternelle (Jn 6,68).

Nous croyons et nous affirmons dans la foi, que la Sainte Écriture illumine notre intelligence car elle révèle la vérité. Le même Seigneur a dit : Moi qui suis la lumière, je suis venu dans le monde pour que celui qui croit en moi ne demeure pas dans les ténèbres. (Jn 12, 46). Pour cette raison, nous ne devons pas faire taire la Parole de Dieu, ce qui se produit lorsque nous vivons avec notre pensée et notre cœur parmi les choses du monde; comme Jésus l’affirme: « Celui qui reçoit la Parole entre les épines est l’homme qui écoute la Parole, mais les soucis du monde et la séduction des richesses l’étouffent et elle ne peut pas porter de fruit. » (Mt 13,22).

De la même manière, la Parole de Dieu ne doit pas être « trafiquée » (dévoyée pour des intérêts humains), selon les paroles de l’apôtre Saint Paul: « nous ne sommes pas comme tous ces gens qui sont des trafiquants de la parole de Dieu ; au contraire, c’est avec sincérité, c’est de la part de Dieu, et devant Dieu, que dans le Christ nous parlons » (2Co 2,17). Nous ne devons pas non plus falsifier la Parole de Dieu: « nous avons rejeté toute dissimulation honteuse, nous n’agissons pas avec ruse, et nous ne falsifions pas la parole de Dieu » (2Co 4,2).

La Parole révélée par Dieu engendre la vie divine dans l’âme comme une semence incorruptible : « Les paroles que je vous ai dites sont Esprit et Vie » (Jn. 6,83). Elle nourrit, comme le déclare le Seigneur Jésus-Christ : « l’homme ne vit pas seulement de pain mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » (Mt 4,4). Elle nous rend aussi spirituellement féconds (Isaïe 55,10- 11).

La Parole révélée par Dieu engendre la vie divine dans l’âme, elle nous réjouit : la Parole de Dieu est plus savoureuse que le miel (Ps 19, 11). Nous constatons cela dans l’expérience des disciples d’Emmaüs, dont le cœur brûlait, après que le Christ leur ait ouvert les Écritures (Lc 24, 32).

On dit aussi que la Parole Sainte est capable de déplacer des pierres : « Ma parole n’est-elle pas comme un feu, comme un marteau qui fracasse le roc ? » s’exclame le Seigneur par le prophète (Jérémie 23,29); l’Ecriture Sainte est notre défense, parce que c’est comme un bouclier d’acier, le glaive de l’Esprit, ces sont des images données par saint Paul (Ep 6: 16-19).

Par conséquent, rejeter la Parole de Dieu est un signe de mort spirituelle, comme on peut le déduire de ce que dit Jésus dans l’évangile de saint Jean : « qui écoute ma parole et croit en Celui qui m’a envoyé, obtient la vie éternelle et il échappe au jugement, car déjà il passe de la mort à la vie » ( 5,24).

Les Saintes Écritures sont le trésor où se trouvent tous les biens. Tous les saints se sont nourris de cette Parole, qu’ils soient missionnaires, docteurs de l’Église, etc. : « l’herbe se dessèche et la fleur se fane, mais la parole de notre Dieu demeure pour toujours » (Isaïe 40,8).

Mais en même temps, pour qu’elle porte ces fruits, la Bible ou la Parole de Dieu doit être lue d’une manière appropriée.

Lorsque le diacre Philippe, comme nous lisons dans le livre des Actes des Apôtres (cf. Actes 8,26ss), rencontre le serviteur de la reine de Candace, ce serviteur n’était pas un ignorant (mais un homme cultivé qui savait lire et occupait une position administrative dans la cour de la reine). Ce serviteur voyageait avec le livre du prophète Isaïe ouvert et lisant sans pouvoir le comprendre, le diacre lui demanda: « Comprends-tu ce que tu lis ? » Et le ministre de la reine répondit : « Et comment le pourrais-je s’il n’y a personne pour me guider ? » Philippe commença aussitôt à « ouvrir» le sens caché des passages que ce païen récitait à haute voix, et finit par lui donner le baptême.

Alors sommes-nous habitués à lire la bible ? De quelle manière doit être notre lecture de la Bible ? Et voici la réponse : Comme elle l’était pour les grands saints de la chrétienté. Soulignons donc quelques caractéristiques :

a) Elle doit être une lecture surnaturelle : car son auteur principal est l’Esprit de Dieu, l’Esprit Saint doit donc nous aider à la comprendre. C’est Lui qui nous aide à nous approcher de la Bible pour ce qu’elle est : la Parole de Dieu ; et le même Esprit nous assiste lorsque nous le faisons avec un esprit de prière, de respect.

Nous devons lire la Bible à la lumière du principe de l’analogie de la foi, qui est un principe qui a deux aspects. Un aspect négatif: aucun texte de la Bible ne peut vraiment contredire un autre texte de la Bible. Pour cette raison, saint Justin disait: « Quand on vient me proposer des passages bibliques qui paraissent en contredire d’autres, j’avoue franchement que je ne les comprends pas, convaincu comme je le suis que l’Écriture ne peut être opposée à elle-même ». Autre aspect positif: « Legere Bibliam biblice »[1], nous devons confronter les différents passages pour parvenir à une meilleure compréhension: ce qui est dit dans un passage obscurément, peut apparaître plus clair dans d’autres.

Un auteur chrétien affirme que la Bible s’explique par la vie de l’Église. En effet, Saint Augustin enseignait, déjà au 4ème siècle, que nous comprenons le sens de la Sainte Écriture à partir des œuvres des saints, c’est-à-dire dans la manière d’incarner la Parole de Dieu dans leur vie ; parce que le même Esprit par lequel les Saintes Écritures ont été écrites, encourage les saints à agir.

Notre lecture de la Bible doit être une lecture toujours attentive aux enseignements du Magistère. C’est Jésus-Christ lui-même qui a confié aux apôtres et à leurs successeurs la garde du dépôt de la foi, c’est-à-dire de la Sainte Écriture et de la Sainte Tradition. Le rôle du Magistère ne limite ni ne restreint notre initiative ; tout au contraire, il est un guide pour que cette initiative ne s’égare pas.

b) La lecture de la Bible doit aussi être intégrale (complète): cela signifie de saisir tous les sens d’un texte révélé, qui peuvent être multiples. (En plus du sens historique et littéral), il y a des significations spirituelles, car beaucoup des vérités qui y sont contenues ont des applications (prophétiques, morales et spirituelles) pour la vie de l’Église et de chaque chrétien, qui ne s’épuisent pas dans le sens littéral des paroles bibliques.

c) Notre lecture doit être une lecture vivante : c’est-à-dire qu’elle tend toujours à prendre vie, à s’incarner en chaque chrétien. Si elle ne se transforme pas dans la vie du chrétien, elle restera une lettre morte. Si elle ne nous conduit pas à la pratique des vertus, la lecture même de la Bible finira par nous juger, car nous agissons contre la volonté divine que nous connaissons clairement par l’Ecriture.

La vraie lecture et la méditation de la Bible devraient enflammer la charité et la sainteté dans le cœur de chaque chrétien.

Demandons à la très sainte Vierge Marie, qu’elle nous obtienne la grâce d’ouvrir notre âme à l’authentique compréhension de la Parole de Dieu, qu’elle nous obtienne cette grâce de son Fils Ressuscité. 

P. Luis Martinez IVE.


[1] On peut traduire : lire la bible avec la bible, c’est-à-dire, en établissant un lien entre ses différentes parties.

Pour faire connaître à jamais le triomphe de sa victoire!

Aux Corinthiens, dans sa première lettre, st. Paul leur disait : « Moi, ce que je suis, je le suis par la grâce de Dieu, et sa grâce, venant en moi, n’a pas été stérile. Je me suis donné de la peine plus que tous les autres [disciples] ; à vrai dire, ce n’est pas moi, c’est la grâce de Dieu avec moi. Bref, qu’il s’agisse de moi ou des autres, voilà ce que nous proclamons, voilà ce que vous croyez. Nous proclamons que le Christ est ressuscité d’entre les morts ; alors, comment certains d’entre vous peuvent-ils affirmer qu’il n’y a pas de résurrection des morts ? S’il n’y a pas de résurrection des morts, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, notre proclamation est sans contenu, votre foi aussi est sans contenu ; et nous faisons figure de faux témoins de Dieu, pour avoir affirmé, en témoignant au sujet de Dieu, qu’il a ressuscité le Christ, alors qu’il ne l’a pas ressuscité si vraiment les morts ne ressuscitent pas. Car si les morts ne ressuscitent pas, le Christ non plus n’est pas ressuscité. Et si le Christ n’est pas ressuscité, votre foi est sans valeur, vous êtes encore sous l’emprise de vos péchés ; et donc, ceux qui se sont endormis dans le Christ sont perdus. Si nous avons mis notre espoir dans le Christ pour cette vie seulement, nous sommes les plus à plaindre de tous les hommes. Mais non ! Le Christ est ressuscité d’entre les morts, lui, premier ressuscité parmi ceux qui se sont endormis. Car, la mort étant venue par un homme, c’est par un homme aussi que vient la résurrection des morts. En effet, de même que tous les hommes meurent en Adam, de même c’est dans le Christ que tous recevront la vie, mais chacun à son rang: en premier, le Christ, et ensuite, lors du retour du Christ, ceux qui lui appartiennent. Alors, tout sera achevé, quand le Christ remettra le pouvoir royal à Dieu son Père, après avoir anéanti, parmi les êtres célestes, toute Principauté, toute Souveraineté et Puissance. Car c’est lui qui doit régner jusqu’au jour où Dieu aura mis sous ses pieds tous ses ennemis. Et le dernier ennemi qui sera anéanti, c’est la mort, car il a tout mis sous ses pieds. Mais quand le Christ dira : « Tout est soumis désormais », c’est évidemment à l’exclusion de Celui qui lui aura soumis toutes choses. Et, quand tout sera mis sous le pouvoir du Fils, lui-même se mettra alors sous le pouvoir du Père qui lui aura tout soumis, et ainsi, Dieu sera tout en tous. » (1 Cor 15).

Dans tout ce texte dense et profond de saint Paul, certaines vérités nous apparaissent clairement qui, en ce jour où nous célébrons la victoire de Jésus-Christ sur le péché et la mort, devraient être mises en évidence une fois de plus. On nous dit que la Résurrection est la confirmation divine du message du Christ, c’est-à-dire que Dieu authentifie par ce fait sans précédent la vérité de toute la prédication de Jésus. Seul Dieu peut faire revenir un mort à la vie, et encore plus s’il revient par son propre pouvoir. Et si Dieu opère ce miracle, il ne le fait que pour confirmer la vérité de tout ce que le Christ a enseigné sur lui-même et sur le Père tout au long de son enseignement.

On nous dit aussi que la résurrection du Christ est à l’origine de notre foi, qui est fondée sur ce fait et n’a de sens qu’à partir de lui. Et c’est vraiment très important à considérer, parce que cela nous fait voir que, d’une certaine manière, tout comme nous sommes tous morts avec le Christ, nous sommes tous ressuscités avec lui. Le Christ n’est pas ressuscité seulement pour lui-même, mais pour garantir notre résurrection. C’est pourquoi nous disons qu’il est la source d’une vie nouvelle, et que nous sommes déjà ressuscités, même si notre résurrection sera définitivement accomplie à la fin des temps.

Nous devons faire l’exercice de méditer sur cette vie nouvelle, sur le sens de la vie nouvelle que le Christ nous a apportée et a commencé le matin de Pâques. Nous sommes habitués dans notre vie à nous identifier à la croix de Jésus, car nous traversons des tribulations continuelles, dans le corps et dans l’âme. Mais nous devons toujours le faire avec l’assurance que le Christ est mort et ressuscité, et que par conséquent nous ne sommes pas dans cette vie pour souffrir, mais pour vivre dans le Christ, et pour manifester notre vie par la pleine acceptation de nos douleurs. Lorsque nous sommes tentés, lorsque nous nous sentons seuls, lorsque nous constatons que nos forces s’affaiblissent, ou que les moyens de travail spirituel nous font défaut, nous devons regarder vers l’éclat de la résurrection du Christ. Et confiants dans la puissance du Christ, nous nous donnons à nouveau à la lutte quotidienne.

La résurrection de Jésus est en effet la lumière de nos travaux, l’assurance de notre victoire finale en Lui. Et si jamais nous doutons que le triomphe du Christ soit aussi le nôtre, parce que dans notre faiblesse nous nous sentons si éloignés de sa gloire, alors voyons que lui, même dans l’éclat de son triomphe, se fait reconnaître par les plaies de sa croix. Et cela non seulement sur terre, mais pour l’éternité au ciel.

St. Thomas dit qu’« il convenait que l’âme du Christ à la résurrection reprenne son corps avec ses cicatrices pour plusieurs raisons :

1° A cause de la gloire du Christ lui-même. S. Bède écrit que, si le Christ a gardé ses cicatrices, ce n’est pas par impuissance de les guérir, mais « pour faire connaître à jamais le triomphe de sa victoire ». Aussi S. Augustin fait-il cette remarque : « Sans doute, dans le royaume de Dieu, verrons-nous dans les corps des martyrs les cicatrices des blessures qu’ils ont reçues pour le nom du Christ. Car ce ne sera pas chez eux une difformité, mais un honneur ; et en eux resplendira une beauté qui ne sera pas celle du corps, tout en étant dans le corps, mais celle de la vertu. »

2° Pour raffermir les cœurs de ses disciples au sujet « de la foi en sa résurrection ».

3° « Pour montrer constamment à son Père, en suppliant pour nous, quel genre de mort il avait subi pour l’humanité. »

4° « Pour insinuer à ceux qu’il rachetait par sa mort, avec quelle miséricorde il les avait aidés, en mettant sous leurs yeux les marques de sa mort même. »

5° Enfin, « pour faire connaître, au jour du jugement, combien juste sera la condamnation portée ». Aussi, comme l’observe S. Augustin : « Le Christ savait pourquoi il conservait dans son corps ses cicatrices. Il les a montrées à Thomas, qui ne voulait pas croire à moins de les toucher et de les voir; il les montrera aussi un jour à ses ennemis et leur dira en les convainquant par sa vérité : « Voilà l’homme que vous avez crucifié; voyez les blessures que vous lui avez faites; reconnaissez le côté que vous avez percé; car c’est par vous et pour vous qu’il a été ouvert, pourtant vous n’avez pas voulu y croire. » » (S. Th., III, 54, 4).

Si nous voulons croire en la résurrection du Christ, si nous voulons nous confier à sa puissance rédemptrice, en nous efforçant de vivre sa vie en nous, alors ses blessures, ses cicatrices, seront toujours pour nous un signe d’espérance, un signe de sa miséricorde, un signe de sa force. Si nous ne voulons pas croire, ou si, emportés par le découragement, nous cessons de lutter, alors ses blessures seront pour nous un signe de sa justice.

Ne cessons donc jamais de nous confier au Christ, même dans les moments les plus difficiles de notre vie extérieure et surtout intérieure, car en lui se trouve toute la force pour aller jusqu’au bout, car il a déjà vaincu.

Que la Vierge Marie, la première qui, selon les auteurs spirituels, a vu son Fils vivant et glorieux, nous obtienne la grâce d’avoir toujours confiance en son triomphe.

P. Juan Manuel Rossi IVE.