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Comment découvrir une vocation divine?

SIGNES D’UNE VÉRITABLE VOCATION

Ce texte pris d’un très beau livre « Vocation, les chercher les trouver, les examiner », nous offre un grand éventail de signes concrets pour pouvoir découvrir une vocation, chez quelqu’un d’autre (un enfant, un jeune homme, une jeune fille) ou bien en nous même, si dans un moment de notre vie nous nous sentons appelés par Dieu à donner totalement notre vie.

Article pris du site : « 40horas » Auteur P. E. Busuttil SI

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1) La peur du monde et de ses dangers.

            Il ne s’agit pas de lâcheté, c’est-à-dire de la peur d’être maltraités ou de ne pas pouvoir mener une vie bourgeoise et sereine. Il s’agit plutôt d’une véritable prise de conscience de la malveillance spirituelle et morale du monde et de la grave difficulté de rester fidèle à la Loi de Dieu.

Et si nous sommes sincères :  

Combien il est difficile de rester pur dans le monde avec tant d’incitations, d’exemples et de tentations venant de toutes sortes de personnes, d’entreprises, de lectures et de circonstances de la vie !   

Comment pouvons-nous être bons dans un monde où il est insensé d’être loyal, répugnant d’être chrétien, anormal de ne pas être bestialement impur, proie facile d’être consciencieux ?  

Il est vrai que dans le monde il y a aussi des saints, mais à quel prix ? Quel tempérament doivent avoir les chrétiens ? Après mille chutes et une vie chaotique, ils peuvent atteindre effectivement un certain niveau de bonté, et grace à une forte intervention divine….. 

Est-ce que je pense qu’il est possible pour moi de traverser ce bourbier sans devenir boueux ?  

Beaucoup de jeunes, à la vue d’un tel spectacle infâme du monde, n’en ressentent rien. Ils ne pensent pas ou n’aspirent pas à être bons. D’autres, au contraire, se sentent troublés et bouleversés ; cela signifie qu’ils portent dans leur cœur la semence d’une voie élevée et sainte, c’est-à-dire la vocation. 

 2) Attirance pour la pureté

Bienheureux les cœurs purs car ils verront Dieu, et même bien des fois… ils le toucheront dans les mystères divins. Parfois, on rencontre des jeunes qui sont une exception, ils traversent un monde de péché et il semble qu’ils ne ressentent rien, ils vivent dans certaines situations difficiles et se déplacent comme s’ils étaient aveugles, ils sont pleins de vie et de force et complètement maîtres d’eux-mêmes. 

On voit que pour eux, il y a une Providence spéciale. Alors que d’autres, dans des circonstances moins dangereuses, tombent, eux … rien, et bien souvent sans grand effort. Dieu les préserve intacts ; l’Ange de la Pureté met le bouclier de ses ailes devant leurs yeux et ils ne voient pas, n’entendent pas et ne comprennent pas, savent mais ne réalisent pas.   

Pourquoi Dieu les garde-t-il intacts ? Certainement pour une raison quelconque. Dieu travaille toujours dans un but précis. Très probablement parce qu’il veut les mettre sur le chemin qui ne peut être parcouru sans pureté. Et plus encore s’il s’agit d’un jeune qui sait, qui a vu, qui comprend et qui a peut-être ressenti en lui les passions les plus violentes mais qui a trouvé dans la grâce et un peu dans son caractère la force et l’énergie pour ne pas tomber. Il est donc clair qu’il y a le doigt de Dieu et que nous sommes en face d’un jeune homme appelé à la perfection. 

Il est également très clair lorsqu’il y a ce que les ascètes appellent « l’instinct » de pureté. C’est quelque chose qui ne peut être défini ou décrit, mais qui rend néanmoins l’âme si délicate qu’elle évite toute ombre d’impureté, et peut-être même sans savoir ce que signifie la pureté. C’est comme les paupières qui se ferment instinctivement dès qu’un moustique indésirable s’approche de l’œil. C’est comme un instinct de virginité, une aversion presque naturelle pour le péché impur.   

Comme Sainte Marguerite Marie Alacoque, qui à l’âge de trois ans, sans savoir ce que cela signifiait, fait vœu de virginité. Sainte Rose de Lima fait de même à l’âge de cinq ans.   

Saint Louis de Gonzague à l’âge de huit ans, en prévient également la tentation. C’est un privilège spécial de Dieu ! 

Lorsqu’une grâce aussi sublime se trouve dans une âme, il est très clair que Dieu ne veut pas qu’elle mène une vie commune et presque insignifiante. Il veut certainement qu’elle se distingue dans la vie de sainteté et qu’elle fasse de grandes choses pour sa gloire.   

3) Désir d’avoir une vocation 

            Combien de fois, quand vous voyez un religieux passer dans la rue, vous dites en votre cœur : « Heureux, si seulement j’avais moi aussi une vocation, la grâce d’être comme lui ! »

Ce désir ne vient sûrement pas du diable ni même de la nature même de chacun, car nous savons tous que la vie d’un religieux est une vie pleine de sacrifices et de renoncements.   

C’est pourquoi il y a quelque chose de surnaturel dans ce qui plaît et attire.

Lorsqu’un jeune commence à avoir ce désir secret, il peut très bien se douter qu’il est sous l’action de Dieu. Même si ce désir n’existe pas actuellement, s’il a déjà existé dans le passé, il ne doit pas être méprisé, mais il doit être examiné et les causes pour lesquelles il a été abandonné doivent être revues. Peut-être est-ce une grâce de Dieu qui a été perdue à cause d’une conduite indigne, peut-être est-elle seulement endormie et alors elle peut être réveillée par la prière. 

C’est un désir qui se fait sentir de temps en temps et qui revit dans la prière ou après la Sainte Communion ou dans les jours de calme et les Exercices Spirituels. Lorsque l’âme entre en contact avec Dieu, Dieu lui parle plus clairement. 

Et souvent, ce désir indéfini atteint la certitude de la conviction : « Oui, je vais devenir religieux ; le reste ne vaut rien ; c’est ce qui est bon pour moi… ».   

Ici, Dieu appelle clairement. 

            Un jour, un jeune garçon de quinze ans est venu me voir :

– Père, j’ai besoin de prières, priez pour moi !  

Ses yeux étaient pleins de larmes. 

            -Bien mais, qu’est-ce que vous voulez obtenir ?  

-J’ai un grand désir de devenir prêtre, mais je crains de ne pas y arriver. Je crains de ne pas avoir la vocation. Mais je veux l’avoir. Je ne sais pas si c’est un péché, mais je veux vraiment cette grâce !  

J’ai souri. Quel signe plus clair ce garçon voulait-il pour être sûr que Dieu l’appelait ? 

Le père Doyle dit : t’est-il venu à l’esprit de te demander : Comment puis-je savoir si j’ai la vocation ou non ? Ce serait suffisant pour te donner un vrai signe de ta vocation.[1] 

Mais il pourrait s’agir d’une velléité ! C’est vrai. C’est précisément pour cela qu’il faut cultiver ce désir, le demander et ensuite attendre que le temps fasse son office. Un désir qui dure trois mois ne peut pas être une chose passagère. Et s’il dure un an chez un jeune de quinze ans, alors on peut dire que c’est une chose très sérieuse.   

 4) Conscience de la vanité des choses terrestres.

Tout fini, tout est vain. Cela vaut-il la peine de passer toute une vie à la recherche de ces biens sans valeur, dépassés, incapables de donner une minute de bonheur serein ?               

Et ce sentiment s’infiltre sournoisement pendant les amusements ou peu de temps après. Quelle folie que la manière de penser et d’agir des hommes ! Tout est artificiel, tout est passager !   

J’étais présent lors d’une conversation entre deux jeunes hommes. L’un d’eux parlait de ses projets de carrière, de richesse et de gloire. L’autre, de temps en temps, intervenait : « À quoi bon tout cela ? À quoi cela va-t-il te servir ? A quoi te servent les applaudissements et de l’estime de tous ? »  

J’ai été impressionné et j’ai voulu lui demander en aparté.   

-Et toi que veux-tu ?  

-Je ne sais pas ; j’espère que Dieu me donnera la grâce de devenir prêtre. Je ne veux pas posséder autant de futilités que mon ami ! Quelle naïveté ! Je ne comprends pas le plaisir qu’il trouve à vouloir être riche et puissant….  

Et puis il a ajouté :  

-Ce n’est pas ça la grandeur ! 

Le cas d’Eva Lavallière est encore récent. Ce soir-là, ils l’ont fait revenir sur scène à plusieurs reprises pour la saluer avec effusion. Les applaudissements du public en délire ont montré qu’ils voyaient en elle la diva, la reine de la scène. Mais peu après la représentation, elle s’est rapidement changée et a emprunté un chemin solitaire vers la Seine. Le regard perdu, le pas incertain, le front plissé, indiquaient clairement qu’elle souffrait d’une tempête dans son cœur. Exactement ! C’était l’amertume désespérée qui laisse dans le cœur la gloire humaine mensongère qui n’est capable de rassasier que ceux qui n’ont pas de nobles sentiments. Eva Lavallière a pensé se jeter dans la rivière et en finir pour toujours avec cette vie qui ne savait pas lui donner ce dont elle avait besoin. Et de façon désespérée, elle a crié au batelier qui l’a récupérée :  

-Laissez-moi tranquille, je suis la femme la plus malheureuse du monde, je suis désespérée !  Plus tard, lorsqu’après son noviciat elle a prononcé ses vœux religieux dans un monastère, elle a dit aux journalistes qui voulaient l’interviewer pour publier les détails passionnants de ce changement extraordinaire :    

-Dites à tout le monde que je suis la femme la plus heureuse du monde !

Ce mépris du monde frise parfois la haine, un sentiment que Jésus lui-même avait, car il maudit le monde et ne voulut pas prier pour lui. Remarquons que ce n’est pas de la haine envers les hommes, mais plutôt envers la façon de penser, d’agir et de considérer les choses qu’ont ceux qui vivent selon les maximes du monde.

5) Attirance pour la prière

            Un désir indicible de se sentir uni à Dieu, de converser avec Lui, de prier. Vouloir être seul, presque se cacher ; aimer, penser et prier. Le jeune sent qu’il veut prier, il est assailli par la peur de ne pas prier assez, et dans la prière il trouve le calme et la joie parce qu’il prie ou parce qu’il a prié. 

N’êtes-vous jamais entré dans une église le soir ? Entrez et il ne sera pas rare de voir un jeune homme prier dans un coin.       

La vie eucharistique est intensifiée de façon presque naturelle. Parmi les jeunes que j’ai aidés dans leur vocation, je peux affirmer qu’il n’y en a pas un seul qui n’ait pas reçu la Sainte Communion quotidiennement.  Cependant, il n’est pas nécessaire de recevoir la communion tous les jours pour pouvoir dire qu’un jeune est attiré par la prière. Quand on voit que l’on passe de la Communion mensuelle à la Communion hebdomadaire ou d’un manque presque total de prière à la conviction ou à la nécessité de prier beaucoup, cela peut être un signe que Dieu veut se faire entendre.  

Un jour, j’ai eu une conversation avec un jeune homme de quatorze ans et ce qui m’a le plus frappé, c’est son inquiétude, car il m’a dit qu’il priait très peu et qu’il ne savait pas comment prier. C’était son problème. Trois mois plus tard, il avait déjà la vocation.  

Un autre m’a dit qu’il récitait six chapelets par jour. 

-Et comment pouvez-vous faire cela ? Pendant les cours ? 

 -Non ! Dans la rue, en rentrant chez moi, pendant les files d’attente, en attendant le professeur, et puis j’en dis deux en toute tranquillité à la maison ou à l’église.   

Il est inutile de dire que l’idéal de la vocation était déjà élevé et splendide à l’horizon de son âme.   

Tout cela s’accompagne souvent d’un goût pour la prière et les consolations spirituelles. Le jeune homme qui ressent ces joies n’ira pas chercher son bonheur ailleurs ; il comprendra sans plus attendre que la vie religieuse doit être une vie de paradis et de vrai bonheur.

6) Désir de souffrir

            Il nous semble injuste de savoir que Jésus a souffert pour nous alors que nous jouissons de tant de petits conforts. La pensée de tant de péchés et de tant d’ingratitude envers Dieu de la part des hommes laisse, il est vrai, la plupart d’entre eux indifférents, mais elle blesse les autres dans les plus vifs et leur fait sentir le devoir de souffrir et de se sacrifier pour être comme Jésus et réparer ce que tant de pécheurs font. 

Souvent, ils ne pensent pas au pourquoi et au comment. Leur amour pour Dieu les y pousse. 

Il peut arriver que ce soit un pénitent sincère ; parfois, cependant, c’est comme un besoin du cœur qui comprend qu’il ne peut pas aimer Dieu sans souffrir. C’est alors que l’on voit ces âmes se donner au sacrifice, même renoncer volontairement aux distractions et futilités de ce monde ainsi qu’aux amusements autorisés, et se procurer des instruments de pénitence pour faire souffrir le corps et ainsi trouver la joie et la paix de l’âme et sentir la sensation qu’elles commencent sérieusement à aimer Dieu.  

Par conséquent, la dévotion au Sacré-Cœur grandit, une dévotion d’amour et de réparation, elles admirent les religieux parce qu’ils mènent une vie de sacrifice et pratiquent la contrition qui conduit à la mortification non seulement intérieure mais aussi extérieure. 

J’ai connu deux jeunes garçons qui, pendant la récréation, après avoir un peu prié, cherchaient un endroit caché et… ils se mettaient à genoux sur les pierres… pour souffrir. Un garçon de treize ans mettait une planche sur un matelas, faisant semblant de dormir plus confortablement ; un autre, comme Saint Louis, tourmentait son sommeil avec des cailloux coincés entre les draps. J’en ai vu d’autres dormir à même le sol, et combien d’autres m’ont demandé, non en vain, des instruments de pénitence !   

C’est l’un des signes les plus solides et les plus sûrs de la vocation, et à partir de ces pages, je voudrais dire à tous que nous devons présenter la vie religieuse telle qu’elle est réellement, c’est-à-dire une vie de renoncement et de sacrifice. Il est inutile d’essayer de cacher ce côté inconfortable de la vie religieuse. Ce ne serait pas sincère et, de plus, nous dissimulerions ce qu’il y a de plus attrayant dans la vie religieuse.  

Il y a quelques jours à peine, une jeune femme, que je dirige spirituellement, s’est présentée aux Sœurs Franciscaines Missionnaires de Marie pour être admise dans leur Congrégation. Dans leur première providence, les Sœurs ont commencé à la décourager en lui disant que leur règle était très rigide et difficile, que peu d’entre elles étaient capables de résister et que la plupart devaient faire demi-tour. Au début, elle était un peu angoissée, mais ensuite elle a voulu aller au noviciat de Grottaterta pour voir et découvrir la réalité. La Maîtresse des novices l’a accueillie en lui disant : « Pas question ! Notre règle est très dure ; vous ne pourrez pas résister ! »

J’ai loué la façon d’agir de ces religieuses, qui se sont montrées très sérieuses dans leur recrutement. Cependant, cela a eu l’effet inverse sur la jeune femme, car elle m’a dit :

            -Si l’on doit souffrir, tant mieux. Je ne veux pas devenir religieux pour être bien, mais pour me crucifier avec Jésus.

Et le fait est que celui qui a une véritable vocation n’a pas peur du sacrifice ; au contraire, si un jeune demande à embrasser la vie religieuse et reste perplexe à l’idée qu’il devra souffrir et renoncer à tout, il vaut mieux aller lentement et le faire attendre un peu plus longtemps et tant qu’il ne commence pas à vouloir souffrir, ne soyons pas trop enthousiastes pour sa vocation. 

La vie religieuse est un paradis, mais parce qu’elle est une crucifixion permanente : ce n’est pas la joie selon le monde, mais le contraire de celle du monde.  

Nous ne voulons pas de vocations à l’eau de rose, de jeunes qui veulent se donner à Dieu… jusqu’à un certain point. Si c’est le cas, ce n’est pas votre place ! La vie religieuse a besoin de héros et seul celui qui veut souffrir et suivre un roi couronné d’épines et couvert de crachat peut devenir un vrai religieux, et avec cela, saint, heureux et appelé par Dieu.   

7) Esprit de générosité envers Dieu

            Ne jamais être satisfait de ce que l’on fait pour Dieu, ne jamais dire que c’est suffisant, toujours vouloir en faire plus. Si nous commençons à éprouver une certaine inquiétude, une sainte impatience de faire toujours plus pour Dieu, nous sommes confrontés à un amour authentique pour Jésus, à la compréhension pratique de ce qu’il a fait pour nous, et à la nullité et à la faiblesse de nos efforts pour l’aimer et lui rendre son exquise bonté et sa condescendance. 

Ce désir d’aimer Jésus jusqu’à la folie, ce tourment continuel parce qu’ils n’aiment pas Dieu comme ils le voudraient, cette volonté de faire je ne sais quoi pour démontrer leur amour, poussent ces âmes à de véritables actes héroïques de générosité. L’amour de Dieu est à la fois joie et tourment ; joie parce qu’ils l’ont vraiment, tourment parce que ce n’est pas comme ils le voudraient et autant qu’ils le voudraient.   

Un état mystique ? Non, précisément. 

J’ai vu de telles âmes et je leur ai parlé de la vocation. La plupart d’entre elles n’y avaient jamais pensé, mais ma proposition leur semblait si naturelle qu’elles ne doutaient pas que Dieu les appelait à être tout à lui et pour toujours.   

8) La peur du péché 

 C’est une peur saine du péché, qui est considéré comme le vrai et seul mal de l’âme. En voyant des amis et des connaissances sombrer dans la corruption et la ruine spirituelle, ils désirent un moyen qui les préservera de tant de dangers. Ils cherchent un mode de vie dans lequel le péché est impossible.   

9) Désir de consacrer sa vie à la conversion ou au salut d’un être cher.

            Comme la fille du roi Louis XV, devenue religieuse pour sauver l’âme de son père, qui menait une vie peu édifiante. 

J’ai rencontré un jeune homme aux sentiments affectueux et délicats qui offrait sa vocation pour le salut éternel de sa mère, et au bout de trois mois, son frère a décidé de devenir religieux et a offert son « choix » pour le salut de son père. Aujourd’hui, ils sont tous deux religieux ; la mère s’est envolée au ciel et le père mène une vie véritablement chrétienne.

10) Délicatesse de conscience

 Il y a des âmes très sensibles à l’appel de la grâce et à la vie spirituelle, qui se gardent bien des moindres fautes. La simple crainte d’offenser Jésus, qu’elles aiment tant, les pousse à faire un quelconque renoncement. Elles sont sensibles et fidèles, et découvrent les plus petits défauts avec une dextérité surprenante. Ce sont des âmes appelées à la perfection, prêtes à répondre aux plus hautes aspirations.  

11) La crainte d’avoir une vocation 

            Parfois, on craint d’avoir une vocation ; on enlève toute pensée à ce sujet, qui revient avec insistance ; on prie pour ne pas l’avoir. « Que Dieu garde loin de moi une telle invitation, qui détruirait tant de projets imaginés et chéris ». On se méfie continuellement que celui-ci ou celle-là veuille « m’attraper » pour la vie religieuse ; on évite le danger d’aller avec des religieux ou avec des jeunes qui ont une vocation de peur que la conversation ne tourne sur un sujet aussi dangereux ; on craint les Exercices Spirituels, d’être trop bon et de recevoir les Sacrements, et pourtant on ne veut pas devenir mauvais parce que son âme est juste avec Dieu.

Tout cela, dit le Père Doyle[2], est parfois le signe d’une véritable vocation. 

Le diable, qui est très intelligent, peut prévoir avec une certaine probabilité que, s’ils deviennent prêtres ou missionnaires, ils feront beaucoup de bien, et c’est pourquoi il essaie de mettre ces peurs infondées dans leur cœur pour les écarter du chemin qui serait leur salut et leur sanctification et le salut de tant d’âmes.   

Les exemples de vocations commencées sur ce terrain, contraires et volontairement fuies, sont très nombreux.

            Nous avons lu que le Père Miguel Agustín Pro, S. J., ne pouvait pas du tout voir les jésuites. Il leur en voulait parce que, étant les directeurs spirituels de ses sœurs, ils les dirigeaient vers le cloître. Une grande mélancolie s’empara de lui et il s’enfuit dans la forêt lointaine ; il ne voulait voir personne.

Sa mère l’a cherché, l’a trouvé, l’a ramené à la maison et l’a persuadé de faire les Exercices Spirituels… avec les Jésuites détestés. 

Il est allé… …craignant qu’il ne trouve sa vocation. Ce serait un grand affront pour lui. Et en effet, Dieu l’a appelé, et il a eu la chance de suivre la voix du Seigneur. C’était un prêtre et un martyr, la gloire du Mexique, de la Compagnie de Jésus et de l’Église.  

12) Le zèle pour les âmes 

 La narration de la mission lointaine nous enchante et nous émeut. La pensée de millions d’âmes qui ne connaissent pas encore Jésus nous fait pleurer. Alors que d’autres restent froids, comme si c’était quelque chose qui ne les touchait pas, nous en ressentons une vive répercussion. Il nous semble que nous avons des obligations envers ces âmes, que nous devons faire quelque chose pour les aider, que nous ne pouvons pas rester tranquillement main dans la main, nous limitant à des paroles stériles de compassion. 

Parfois, cette pensée semble nous hanter, et la vue d’une rivière d’âmes à la dérive nous tendant les mains, implorant de l’aide, vient vivement à notre imagination. 

L’image de Jésus crucifié s’écriant « J’ai soif ! » nous brise l’âme et nous comprenons le sens profond de la lamentation du Sauveur : « A quoi bon mon sang ? » [3]

Ce sentiment altruiste, fleur de la charité chrétienne, se retrouve souvent dans les âmes jeunes et est un signe évident que Dieu appelle à l’idéal d’une paternité spirituelle, qui est l’expression la plus authentique de la charité et d’une vie consacrée pour le bien des autres.

13) Fuite de l’égoïsme 

Sentir la fraternité universelle, l’amour pour les pauvres, pour ceux qui cherchent à faire l’aumône, défendre les compagnons les plus faibles et ceux qui sont injustement harcelés par des jeunes mal élevés.   

 14) Ressentir une grande  envie de rentrer en religion.

            Lorsque nous voyons passer des religieux, un désir secret nous vient : « Ils sont heureux ! Si seulement j’étais comme eux ! comme ils doivent être heureux ! »

 15) Fuite de la médiocrité.

            Esprit chrétien combatif : toujours prêt à défendre sa propre foi, à goûter à l’honneur d’être des soldats du Christ. Vouloir offrir à Jésus de grandes choses. 

(*)Et nous pourrions continuer cette liste, mais que cela suffise pour l’instant. 

            En disant que ce sont des « signes de vocation », je ne veux pas dire que, ayant certaines de ces convictions ou de ces désirs, on a tout ce qu’il faut pour pouvoir déduire la présence d’une vraie vocation, mais je veux seulement dire que certains de ces « signes » sont déjà une indication pour moi, prêtre ou éducateur, pour argumenter avec une certaine certitude que Dieu a posé ses yeux sur l’âme de ce jeune pour lui donner la vocation qui, pour être vraiment authentique et certaine, doit avoir d’autres dons, comme nous le dirons plus tard.[4] 


[1] F. WILLIAM DOYLE, S.I., Vocations, p. 3

[2] Vocations, p.7.

[3] “Quae utilitas in sanguine meo”.

[4] Pour la commodité des prêtres, nous transcrivons succinctement ce que le Père Iorio, S. J., dit dans son Compendium Theologiae Moralis, vol. II, n. 157:  Quaenam sint signa Vocationis Religiosae?  Resp. Generatim loquendo seu iuxta providentiam ordinariam duo requiruntur et sufficiunt ad vocationem divinam probandam, scilicet debita aptitudo et voluntas.   1. Aptitudo intelligitur idoneitas ad statum religiosum in genere, et in particulari ad observantiam talis Ordinis aut Congregationis propriam. Consistit autem in recto praesertim iudicio, in indole bona, in animo submisso obedientiae iugo, in scientia relative sufficienti, et in carentia defectuum corporis et animi, qui rationi huius vitae repugnant.   2. Voluntas constans, quae proinde non sit frequentibus mutationibus obnoxia, non obstante alioquin quapiam praeterita tergiversatione ex daemonis tentationibus exorta, vel ex quadam naturae repugnantia. Non tamen requiritur ut voluntas ex spontaneitate seu propensione magis quam ex intima animi persuasione procedat. Porro voluntas illa recta esse debet, procedere scilicet ex intentione pura, ex mero desiderio salutem facilius consequendi, maiorem Dei gloriam vel etiam animarum salutem procurandi, etc.  Dixi generatim loquendo seu in providentia ordinaria: quia adsunt evidentiora vocationis signa, nempe 1) divina revelatio, ut vocatus est S. Paulus, S. Aloysius Gonzaga, S. Stanislaus Kostka, etc… 2º) inspiratio singularis, quae consistit in interno motu, quo quis vehementer ad vitam perfectionem impellitur, et quasi attrahitur.

Revenons en esprit au Cénacle !

Homélie pour le Jeudi Saint 2021

Le Pape saint Jean Paul II disait, dans une de ses dernières homélies du jeudi saint : « Ce soir nous entrons déjà dans la Pâque du Christ, qui constitue le moment de conclusion dramatique, longuement préparé et attendu, de l’existence terrestre du Verbe de Dieu. Jésus n’est pas venu parmi nous pour être servi, mais pour servir, et il assumé les drames et les espérances des hommes de tous les temps. Au Cénacle, en anticipant de façon mystique le sacrifice de la Croix, il a voulu demeurer parmi nous sous les espèces du pain et du vin et il a confié aux Apôtres et à leurs successeurs la mission et le pouvoir d’en perpétuer la mémoire vivante et efficace dans le rite eucharistique. »

En effet, toute la cène du Seigneur avec ses disciples, que nous rendons présente dans la liturgie d’aujourd’hui, est comme un grand signe de l’événement toujours actuel de la passion et de la mort de Jésus-Christ. La cène nous introduit dans la Passion.

Déjà le lavement des pieds, qui est la manifestation de la charité et de l’humilité que Jésus nous porte et veut nous enseigner pour que nous nous aimions les uns les autres, nous conduit mystiquement au Calvaire. Jésus est venu servir Dieu le Père et l’humanité d’une manière concrète, c’est-à-dire en acceptant la mort pour notre rédemption, pour payer notre dette devant Dieu.

« Au sens mystique, par ces trois aspects on peut comprendre trois choses. En premier lieu, par le fait qu’Il versa de l’eau dans un bassin est signifiée l’effusion de son sang sur la terre. En effet le sang de Jésus peut être appelé eau parce qu’il a la puissance de laver : Il nous a lavés de nos péchés par son sang (Ap. 5,1). Et de là vient qu’il sortit en même temps de son côté du sang et de l’eau, pour donner à entendre que ce sang était capable de laver les péchés. Ou bien, par l’eau, on peut comprendre la Passion du Christ ; car dans l’Écriture l’eau représente les tribulations : Viens me sauver, Seigneur, car les eaux, c’est-à-dire les tribulations, sont entrées jusque dans mon âme (Ps. 144,7). Il versa de l’eau dans un bassin, c’est-à-dire qu’il imprima dans les âmes des fidèles la mémoire de la Passion par la foi et la dévotion : Souviens-toi de ma pauvreté.

En second lieu, il commença à laver les pieds des disciples suggère l’imperfection humaine. Car les Apôtres, après le Christ, étaient les plus parfaits, et cependant ils avaient besoin d’être lavés, ayant en eux des impuretés. Cela pour nous donner à comprendre qu’aussi parfait que soit un homme, il a néanmoins besoin d’être rendu plus parfait et peut encore contracter certaines impuretés : Qui peut dire : mon cœur est pur ? (Prov. 20,9)… Mais il faut remarquer, selon Origène, qu’il commença à laver les pieds des disciples alors que sa Passion était imminente, parce que s’il les avait lavés longtemps auparavant, ils auraient été à nouveau souillés. C’est pourquoi il commença, alors que peu de temps après il allait les laver par l’eau du Saint-Esprit, c’est-à-dire après sa Passion : Vous, c’est dans l’Esprit Saint que vous serez baptisés, dans peu de jours (Actes 1,5). Ainsi, donc, l’effusion de son sang est manifestée par le fait qu’Il versa de l’eau dans un bassin, et la purification de nos péchés par le fait qu’il commença à laver les pieds des disciples.

En troisième lieu apparaît le fait qu’il a pris sur lui nos peines ; en effet non seulement il a lavé nos taches, mais il a pris sur lui les peines qu’elles impliquaient. En effet, nos peines et nos pénitences ne suffiraient pas si elles n’étaient pas fondées sur le mérite et la puissance de la Passion du Christ. Et cela apparaît dans le fait qu’il essuya les pieds des disciples avec un linge, c’est-à-dire avec le linge de son corps : Il porta jusqu’au bout nos péchés dans son corps sur le bois (Pierre 2,24) » (St. Thomas d’Aquin, Commentaire sur l’Evangile de st. Jean).

En lavant les pieds des disciples, Jésus nous montre que sa Passion est la source de la grâce et de la vie éternelle, que par sa mort il a vaincu le diable et le péché, et que sur sa croix il nous libère du poids de nos fautes. Mais il était nécessaire que ce signe nous soit appliqué. Il est inutile d’avoir un vaccin contre une maladie si on ne l’applique pas. C’est pourquoi, dans la Cène, notre Seigneur ne nous a pas seulement donné un exemple, mais il nous a donné le moyen efficace de pouvoir vivre selon ses commandements. Car l’Eucharistie n’est pas seulement un souvenir de la mort du Christ, elle n’est pas seulement une présence mystique et spirituelle, mais un souvenir et une présence réels, c’est-à-dire effectifs, qui suspendent en quelque sorte le temps et l’espace avant la nouvelle apparition du Christ dans son état de souffrance sur tous les autels du monde. Le Cardinal Journet a dit : « A chaque fois que les paroles de la consécration sont prononcées, l’Eglise, représentée par le prêtre et les fidèles, est rendue présente au sacrifice sanglant : les deux mille ans qui nous séparent de la Croix sont abolis, nous sommes là comme l’étaient la Sainte Vierge et saint Jean. Et chaque génération peut à son tour s’engouffrer dans l’offrande éternelle du Christ, offerte pour tous les temps ».

Saint Jean Paul II disait : « Revenons en esprit au Cénacle ! Nous nous rassemblons avec foi autour de l’Autel du Seigneur, en faisant mémoire de la Dernière Cène. En répétant les gestes du Christ, nous proclamons que sa mort a racheté l’humanité du péché, et qu’elle continue à ouvrir l’espérance d’un avenir de salut pour les hommes de chaque époque.

Il revient aux prêtres de perpétuer le rite qui, sous les espèces du pain et du vin, rend présent le sacrifice du Christ dans le monde véritable, réel et substantiel, jusqu’à la fin des temps. Il revient à tous les chrétiens de devenir les serviteurs humbles et attentifs de leurs frères, afin de collaborer à leur salut. C’est la tâche de chaque croyant de proclamer à travers sa vie que le Fils de Dieu a aimé les siens jusqu’à la fin. Ce soir, notre foi se nourrit dans un silence chargé de mystère. »

Nous entrons donc, dans cette célébration, dans la considération de cet événement déterminant dans la vie de chacun d’entre nous, le plus réel, qui est la mort du Christ pour chacun d’entre nous. Que sa présence eucharistique soit la source de notre foi et notre force pour imiter chaque jour son exemple de sacrifice pour Dieu et pour les hommes, et que la Vierge Marie, la Femme eucharistique, la Femme du Calvaire, nous conduise par sa main à la Pâque éternelle du Royaume de son Fils, qui est le seul qui a des paroles de vie éternelle.

P. Juan Manuel Rossi IVE.