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La vocation de saint Joseph

Dimanche de la Sainte Famille

Nous célébrons ce dimanche après Noël, la sainte Famille de Joseph, Marie et Jésus. L’évangile de saint Luc nous décrit les parents de l’Enfant Jésus amenant leur fils pour le rachat correspondant, les enfants devaient être consacrés à Dieu et dans le même moment ils pouvaient être rachetés par une offrande, un sacrifice ; saint Joseph et Marie font l’offrande des pauvres, deux petites colombes, dans le même rite se réalisait aussi la purification légale de la femme qui avait enfanté. Luc complète ce moment avec les deux rencontres, le grand prêtre Siméon et la prophétesse Anne.

Cette année, le 8 décembre, le pape a proclamé une année spéciale pour saint Joseph, car cette année se sont accomplis les 150 ans de sa proclamation comme Patron de l’Eglise.

Nous allons parler aujourd’hui plutôt de la vocation de saint Joseph et de la mission spéciale que Dieu lui a confiée dans l’histoire du salut.

Nous pouvons affirmer que Marie et Joseph sont les premiers disciples de Jésus parce qu’en eux s’accomplissent ses paroles: « quiconque fait la volonté de mon Père qui est aux cieux, il est mon frère, ma sœur et ma mère » (Mt 12, 50 ). Si la sainte Vierge Marie est la femme du « fiat » (qu’il me soit fait), Saint Joseph est l’homme du « fecit » (il a fait…).

Ainsi comme la disponibilité à la volonté de Dieu caractérise Marie, la constance à agir sans se faire remarquer – être effacé – est la vertu de saint Joseph. C’est de cette manière que l’évangéliste Mattieu nous présente saint Joseph : Lorsqu’il s’est réveillé, Joseph a fait ce que l’Ange du Seigneur lui avait ordonné de faire : il a pris Marie chez lui (Mt 1,24). « Joseph se leva, prit l’enfant et sa mère et se rendit en Egypte, où il resta jusqu’à la mort d’Hérode » (Mt 2, 14-15). « Joseph s’est levé, a pris l’Enfant et sa mère et est entré en terre d’Israël, … il s’est retiré dans la région de Galilée, où il s’est installé dans une ville appelée Nazareth (Mt. 2: 21-23) ».

L’amour de Saint Joseph s’exprime dans l’oubli de lui-même et dans la recherche du bien intégral pour la Vierge Marie et pour l’Enfant Jésus, à travers le service désintéressé et dévoué. C’est ainsi qu’il accomplit sa mission.

Parlant de la mission de notre saint, le pape Jean Paul II a écrit une exhortation apostolique, « Redemptoris Custos », où il disait : « La vie de Marie consista à accomplir à fond le premier fiat prononcé au moment de l’Annonciation, tandis que Joseph ne proféra aucune parole lors de son « annonciation »: il « fit » simplement « ce que l’Ange du Seigneur lui avait prescrit » (Mt 1, 24). Et ce premier « il fit » devint le commencement du « chemin de Joseph ». Le long de ce chemin, les Évangiles ne mentionnent aucune parole dite par lui. Mais le silence de Joseph a une portée particulière: grâce à lui, on peut saisir pleinement la vérité contenue dans le jugement que l’Évangile émet sur Joseph: le « juste » (Mt 1, 19). Il faut savoir lire cette vérité car en elle est contenu l’un des témoignages les plus importants sur l’homme et sur sa vocation.

En donnant Joseph pour époux à la Vierge, Dieu lui donna non seulement un compagnon de vie, un témoin de sa virginité, un gardien de son honneur, mais encore, en vertu même du pacte conjugal, un participant de sa sublime dignité.  

Dans les évangiles, on ne retient aucun mot de saint Joseph, on dirait qu’il est silencieux. Mais, plus que le silence de Joseph, on devrait parler de sa discrétion. Le silence ne parle pas, la discrétion c’est la vertu de savoir parler et de savoir se taire. Pensons à la communication sereine et profonde, chargée de grâce que saint Joseph aurait eu avec Marie et l’Enfant Jésus, les dialogues pleins de charité et respect avec les personnes qui passaient par son atelier pendant qu’il travaillait.

Les pères de l’Eglise ont très tôt dans l’histoire de l’Eglise saisi l’importance de la mission de l’Epoux de Marie, ils célèbrent les vertus qui ornaient Joseph, avant tout sa «justice», qu’ils entendent comme le total accomplissement de toutes les prescriptions de la loi et des devoirs de l’État, ainsi que la rectitude de sa vie intérieure; ils exaltent aussi sa virginité, sa pauvreté, son humilité, son silence, son esprit d’abnégation , sa foi et son obéissance aveugle aux dispositions de la Providence Divine. Rappelons-nous que l’évangéliste l’appelle Juste, qui veut dire « saint », juste devant Dieu et devant les hommes.

Selon les Pères, trois sources sont à l’origine des grandes grâces et des nobles privilèges accordés à saint Joseph : 1) sa mission personnelle extraordinaire d’époux de Marie et de père de Jésus; 2) la correspondance la plus fidèle de sa vie aux exigences de sa vocation; 3) sa vie même d’intimité familiale aux côtés de Marie et de Jésus.

Parlons maintenant de la virginité de Joseph. Selon la tradition appuyée par les pères de l’Eglise, Joseph et Marie avaient fait tous les deux le vœu de garder leur virginité tout le temps de leur vie. Dieu a pourtant voulu qu’ils s’unissent par le saint lien de mariage, non pas pour les faire repentir de leur vœu, mais pour le raffermir et se fortifier l’un et l’autre à persévérer en leur sainte entreprise ; c’est pourquoi ils ont vécu virginalement ensemble tout le reste de leur vie.

Bien que Joseph ne soit pas le père naturel de Jésus, le Fils de Dieu, il a été chargé de lui donner le nom, ce qui était propre au père, par conséquent, Saint Joseph devient l’homme choisi par Dieu pour une mission très spéciale : être le Gardien du Rédempteur, de Marie et du mystère dont l’accomplissement la lignée de David et toute la « maison d’Israël » attendaient depuis de nombreuses générations.

Un autre aspect pour notre réflexion : Peut-on vraiment affirmer que Joseph était l’époux de Marie ? Ou bien, entre les deux n’a existé qu’un mariage fictif ?

Il y a plusieurs raisons de convenance pour dire qu’un véritable mariage ait existé entre Joseph et Marie:

1) de la part du Christ: il fallait lui donner un ascendant masculin dans sa généalogie davidique, pour cacher en plus des yeux des hommes et aussi du diable sa conception virginale, et lui donner enfin, en tant qu’homme, un père aussi humain (sans le mode de conception humain);

2) de la part de Marie : pour éviter de qu’elle soit accusée et lapidée par les Juifs comme adultère, pour lui assurer ensuite le soutien et la protection nécessaires devant la société et dans les grandes tâches qu’elle a dû endurer dans la naissance, l’éducation et la protection de l’Enfant, et enfin, lui donner, comme figure de l’Église qu’elle était, un mari qui était la figure du Christ.

En ce qui concerne les fonctions et charges de Saint Joseph l’époux vis-à-vis de Marie son épouse, excluant totalement ce qui regarde la virginité, nous pouvons nommer : la compagnie, la protection et le soutien matériel, psychologique et moral que chaque mari doit apporter à sa femme.

Et par rapport à Jésus, saint Joseph était-il vraiment un père ? Excluant une paternité de type charnel, et dépassant la formule d’une paternité purement apparente et même d’une paternité adoptive, la doctrine commune des Pères a affirmé chez Saint Joseph une paternité vraie, réelle et objective à l’égard de Jésus, bien que très unique en raison des caractéristiques qu’elle apportait, comme unique était d’ailleurs la conception de l’Enfant par Marie. Cette paternité a été annoncée par l’ange dans son message à Joseph, reconnaissant explicitement le droit d’une autorité paternelle sur l’Enfant qui devait naître de Marie. Mais, intrinsèquement, la réalité de cette paternité découle de la réalité même de son mariage avec Marie. La paternité de Joseph peut être appelée virginale, par origine, car c’est précisément grâce à la virginité de Joseph que Marie a pu concevoir virginalement le Christ. De cette manière, le mariage de Joseph et de Marie, bien que virginal et très chaste, jouit de la plus riche fécondité dans le Fils divin que le Très-Haut leur donna comme fils. Parce que, réellement et vraiment, c’est à Marie et Joseph, unis dans le mariage, que Jésus a été donné.

La grâce de Noël nous fait contempler aujourd’hui la sainte Famille. Apprenons de chacun d’eux de quelle manière Dieu veut que nous accomplissons notre vocation.

Que Saint Joseph, Marie et l’Enfant Jésus bénissent toutes familles de notre monde.

P. Luis Martinez IVE.

La vocation de Marie au moment de l’Annontiation

Dimanche IV du temps de l’Avent, année B (Lc. 1, 26-38).

Dans ce dernier dimanche du temps de l’Avent, la liturgie de la Parole de cette année nous invite à méditer l’annonce de l’Ange à Marie et la conception de Jésus.

C’est un texte très beau, qu’il faut lire avec la profondeur théologique donnée par son auteur, l’Esprit Saint; le moment est décrit par saint Luc, mais Dieu a voulu qu’il choisisse les paroles exactes afin de nous dévoiler quelques traces de ce grand mystère : l’Incarnation du Verbe et la Maternité divine de Marie avec sa participation dans le plan du salut.

Commençons donc par la première parole adressée à Marie : « Je te salue ». Mais la parole grecque qui est traduite, « Kaire », signifie en soi « réjouis-toi », « sois contente ». Et il y a là un premier élément qui surprend:  la salutation entre les juifs était « Shalom », « paix », alors que dans le monde grec le mot : « Kaire », « réjouis-toi » était habituel. Il est surprenant que l’Ange, en entrant dans la maison de Marie, salue avec le salut des grecs :  « Kaire », « réjouis-toi, sois contente ». Et les Grecs, lorsqu’ils lurent cet Evangile quarante ans plus tard, ont pu voir ici un message important:  ils ont pu comprendre qu’avec le début du Nouveau Testament avait également eu lieu l’ouverture au monde des peuples, à l’universalité du Peuple de Dieu.

Mais il est aussi important de noter, affirme le pape Benoît (homélie 18/12/2005), que les paroles de l’Ange sont la reprise d’une promesse prophétique tirée du Livre du prophète Sophonie. Le prophète, inspiré par Dieu, dit à Israël:  « Réjouis-toi, fille de Sion; le Seigneur est avec toi et prend en toi sa demeure ». Nous savons que Marie connaissait bien les Saintes Ecritures. Son Magnificat est une étoffe tissée des fils de l’Ancien Testament. Nous pouvons donc être certains que la Sainte Vierge comprit immédiatement qu’il s’agissait des paroles du Prophète Sophonie adressées à Israël, à la « fille de Sion », considérée comme demeure de Dieu. A présent, la chose surprenante qui fait réfléchir Marie est que ces paroles, adressées à tout Israël, sont adressées de manière particulière à Elle, Marie. Elle est appelée à être la véritable demeure de Dieu, une demeure qui n’est pas faite de pierres, mais de chair vivante, d’un cœur vivant ; que Dieu entend en réalité la prendre précisément elle, la Vierge, comme son véritable temple. Nous pouvons alors comprendre que Marie commence à réfléchir avec une intensité particulière sur ce que signifie ce salut.

L’ange Gabriel s’adresse à Marie, avec un nom nouveau, Pleine de Grâce, Comblée-de-grâce, cela montre qu’elle reçoit un nom « nouveau » à cause d’une mission nouvelle donnée par Dieu, comme c’est le cas d’Abraham ou bien de saint Pierre dans le Nouveau Testament. La mission de Marie ou plutôt sa vocation a besoin pour ainsi dire, de la joie, de la grâce et de l’assistance et de la compagnie de Dieu, tous ces éléments sont réunis dans les premiers mots de l’ange.

Alors, bien que l’ange lui commande la joie, se réjouir, parmi les réactions de Marie devant ces paroles (elle est bouleversée, elle se demandait le sens de cette salutation et l’explication, et finira par accepter) l’évangile ne dit pas qu’elle s’était réjouie. C’est après, lors de la visite à sa cousine Elisabeth que Marie dira que son esprit exulte de joie en Dieu. Mais nous avons la certitude que dans toute vocation et mission donnée par Dieu se trouvent toujours le défi et le sacrifice.

Tout laisser pour le Christ ne provoque pas nécessairement une joie sensible et immédiate, mais dans la fidélité quotidienne à cette vocation, on trouve une joie complète. La joie est ce qui rend l’appel de Dieu reconnaissable, c’est l’un des signes qui garantit que cette vocation vient de Dieu. Cette «joie» que l’Ange dit à Marie est un impératif qui préserve sa nature malgré la douleur.

« Le Seigneur est avec toi »: Il ne s’agit pas ici d’une présence générique de Dieu, mais de son aide réelle et efficace. Cette assurance n’est pas donnée dans la Bible à n’importe quelle personne, mais uniquement aux grands appels de l’histoire du peuple de Dieu (Jacob, Moïse, Josué, Gédéon et David). Dans le développement de la mission, ils ne dépendent pas uniquement de nos propres forces humaines. Dieu ne se limite pas à appeler, pour abandonner ceux qu’Il a appelés à leur sort, mais il les accompagne et leur permet d’accomplir leur mission. Il est attentif et reste fidèle. Il leur assure sa constante assistance.

Et Marie réagira à ces paroles de l’ange sur un plan émotionnel et rationnel, de toute sa personne. Sur le plan émotionnel, elle réagit par le bouleversement (comme celui qui reçoit beaucoup de bonnes idées mais ne sait pas par où commencer et se sent en plus, dépassé). Sur un plan rationnel, elle réagit en délibérant et en réfléchissant (en grec: dielogídseto, « elle dialoguait avec elle-même »). Elle demeure ouverte au message et travaille pour le comprendre plus profondément.

Bien comprendre sa vocation, c’est aussi comprendre sa propre insuffisance pour l’accomplir. L’accomplissement de sa vocation ne peut jamais être basé sur une tranquille confiance en ses propres forces. Il est tout à fait normal et légitime que les appelés reconnaissent leurs propres limites, leur petitesse, leurs péchés (pas dans le cas de Marie) et qu’ils attendent tout de l’aide de Dieu. C’est pourquoi l’ange dit aussi à Marie: «ne crains pas». Si Dieu a jugé qu’il fallait dire «ne crains pas» à la Vierge Marie, à plus forte raison il n’est pas anormal que nous éprouvions en nous un certain frémissement devant une vocation et à une mission. La force de l’Esprit se trouve dans l’appel devant l’expression de ses limites et de sa petitesse.

Marie est étonnée et demande: « Comment cela va-t-il se faire, puisque je ne connais aucun homme? » C’est une parole étrange sûrement, car elle était fiancée à un homme, Joseph, de la maison de David, d’où viendra le Messie comme l’ange venait de lui annoncer. Marie voulait dire que, étant vierge, comme l’ange le savait, elle voulait rester dans cette condition ; ou bien, comme les théologiens l’ont interprété, elle avait fait un vœu de virginité et espérait le garder. Elle n’osait cependant pas contredire les volontés de Dieu, qui avait déjà commencé à communiquer avec elle. «Je ne connais pas d’homme» signifie dans sa pensée: «Je ne veux pas le connaître». Mais elle ne dit pas «je ne le connaîtrai jamais » parce qu’elle ne s’oppose pas aux desseins de Dieu et elle attend la solution de cette énigme.

Dieu répond par la force du Saint-Esprit pour dévoiler enfin la mission à laquelle Marie est appelée: « Le Saint Esprit descendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. » Ce que Marie ne peut pas faire avec sa propre force, la puissance et la force de Dieu le feront. C’est ainsi que Dieu avait agi dans la création, faisant tout sortir du rien. Et ainsi qu’Il fera par la résurrection des morts. Et c’est pourquoi il rend possible l’accomplissement de chaque vocation.

A la fin du ce dialogue rempli de mystère, une fois que tout le plan de Dieu est révélé, Marie répond à l’Ange:  « Je suis la servante du Seigneur, qu’il m’advienne selon ta parole ». Marie anticipe ainsi la troisième invocation du Notre Père:  « Que ta volonté soit faite ». Elle dit « oui » à la grande volonté de Dieu, une volonté apparemment trop grande pour un être humain; Marie dit « oui » à cette volonté divine, elle se place dans cette volonté, elle insère toute son existence à travers un grand « oui » dans la volonté de Dieu et ouvre ainsi la porte du monde à Dieu. Adam et Eve, avec leur « non » à la volonté de Dieu, avaient fermé cette porte. « Que la volonté de Dieu soit faite »:  Marie nous invite nous aussi à prononcer ce « oui » qui apparaît parfois si difficile. Nous sommes tentés de préférer notre volonté, mais Elle nous dit:  « Sois courageux, dis-toi aussi:  « Que ta volonté soit faite », car cette volonté est bonne ». Tout d’abord elle peut apparaître comme un poids presque insupportable, un joug qu’il n’est pas possible de porter; mais en réalité, la volonté de Dieu n’est pas un poids, la volonté de Dieu nous donne des ailes pour voler haut, et nous pouvons ainsi aussi oser, avec Marie, ouvrir à Dieu la porte de notre vie, les portes de ce monde, en disant « oui » à sa volonté, en ayant conscience que cette volonté est le vrai bien et nous guide vers le vrai bonheur. 

Pour conclure cette méditation, l’Évangile de Saint Luc dit immédiatement après ce récit: «Marie se leva (anastâsa) et se rendit rapidement (metaspoudês) dans la région montagneuse, dans une ville de Juda; elle entra dans la maison de Zacharie et  salua Elisabeth ». « Marie se leva », c’est le même verbe pour dire « ressusciter » en grec, car accomplir la mission que Dieu nous a donnée signifie vivre déjà comme ressuscités dans ce monde. Et Elle a commencé à accomplir sa vocation « rapidement». Nous devons donc, nous aussi, accepter l’appel de Dieu et entrer « promptement » à son service. Les apôtres, lorsqu’ils ont été appelés, ont aussi répondu « immédiatement»: «Ils ont immédiatement laissé les filets et l’ont suivi» (Mc 1,18; grec: euthéos, immédiatement, instantanément).

Que la très Sainte Vierge Marie prépare nos cœurs pour recevoir son Fils, l’Emmanuel dans quelques jours.

P. Luis Martinez IVE.