« Vous êtes mes amis! »

Comment garder une vraie amitié chrétienne?

Sermon pour le VI Dimanche Pâques, année B

L’évangile de ce dimanche est composé des paroles du Seigneur prononcées lors de  la dernière Cène, comme ce l’était aussi pour le dimanche dernier.

Dans le passage de ce dimanche, le Seigneur donne aux apôtres le commandement nouveau, nouveau non seulement parce que l’homme l’avait oublié, mais surtout parce que c’est Jésus-Christ qui lui donne un sens nouveau et une nouvelle réalité. Dans l’Ancien Testament, Dieu commandait d’aimer le prochain comme soi-même, dans le nouveau Testament, l’évangile, on doit le faire en ayant comme modèle le même Maître : « Je vous donne un commandement nouveau : c’est de vous aimer les uns les autres. Comme je vous ai aimés, vous aussi aimez-vous les uns les autres » avait dit Jésus quelques instant avant de le répéter dans le texte que nous méditons ce dimanche. Nous savons que la façon dont Jésus nous a aimé, c’est en donnant la vie par son sacrifice, par sa croix et sa mort. Ce commandement est aussi nouveau, car il a été élevé a une vertu théologale, il a Dieu comme objet.

Le grand commandement a finalement un seul but, aimer Dieu, soit en lui-même, soit dans le prochain, aimer chez le prochain ce qu’il a de Dieu en lui, c’est-à-dire son image, les bonnes choses qui proviennent de Dieu.

Si nous relisons l’évangile, le Seigneur va révéler son amour comme une amitié, « vous êtes mes amis », plus que ses serviteurs. Mais pour que notre relation avec Jésus soit une amitié, elle revêt quelques aspects :

« Vous êtes mes amis, si vous faites ce que je vous commande » (il faut donc accomplir sa volonté, accomplir les commandements).

« Je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître. » Le Seigneur nous donne accès au trésor de la sagesse de Dieu.

« C’est moi qui vous ai choisis et établis afin que vous alliez, que vous portiez du fruit », le choix vient du Christ et c’est pour faire des œuvres en son nom. 

Alors, dans l’amour au prochain sont inclus plusieurs amours : comme c’est l’amour pour la famille, pour les amis, pour les ennemis, pour ceux qui souffrent. A tous ces différents genres correspondent des conditions qui leur sont propres.

Aujourd’hui, nous parlerons de l’amour envers les amis. Quel est le véritable amour d’amitié ?

« Un ami fidèle, c’est un refuge assuré, celui qui le trouve a trouvé un trésor. Un ami fidèle n’a pas de prix, sa valeur est inestimable » nous enseigne le livre de Ben Sira le Sage (6,14-15). Et pour cela, il faut le chercher, on ne peut pas vivre sans amitié, mais il est nécessaire de mettre de l’ordre dans nos amitiés.

Notre cœur a été créé pour l’amour et pour vivre en communauté, en société, l’amitié nait donc de cet élan naturel et social que nous possédons tous.

Nous découvrons différents types d’amitiés dans ce monde :

D’abord, il existe des fausses amitiés :

Une amitié seulement naturelle : on peut aimer les qualités corporelles d’une personne : sa beauté, c’est-à-dire ce qui en elle est accidentel et non pas essentiel. On peut aimer aussi ses qualités spirituelles, son intelligence, sa bonté ; cela est préférable, mais c’est toujours au plan naturel, c’est la même amitié que pratiquaient les païens et non ainsi que les chrétiens doivent la comprendre.

Une amitié utilitariste : on aime quelqu’un pour ce qu’il peut nous donner, c’est une amitié égoïste ; qui appauvrit le cœur, c’est-à-dire qu’on cherche une amitié pour profiter de ses qualités ou de ses biens matériels.

L’amitié passionnelle : une amitié sensible qui descend bientôt à la sensualité. Ce n’est pas une amitié, c’est une complicité dans le péché. Le libertin n’a pas d’amis, il a des compagnons de corruption. Lacordaire disait : « l’impur n’aime pas, ne peut pas aimer, son âme se matérialise »

Comment reconnaitrons-nous une vraie amitié ?

La véritable amitié est basée sur la charité. Toutes nos affections doivent être subordonnées à l’amour de Dieu, tout doit être au service de son amour :

Tous nos amours doivent nous amener à Dieu, l’amitié qui nous conduit aux péchés ne vient pas de Dieu et ne conduit pas non plus à Lui.

Nous ne pouvons rien aimer sans l’accord de Celui qui doit être aimé le premier.

C’est à Lui aussi à qui nous rendrons compte un jour de nos amitiés. Le Christ, sera-t-il content d’elles ce jour-là ?

Il y a une alliance entre l’amitié humaine et la surnaturelle : Dieu nous commande d’aimer le prochain (famille, amis, ennemis, etc..), c’est un ordre. La charité nous oblige à aimer ce qu’on aime peut-être déjà mais avec des motivations purement humaines. L’amour surnaturel s’unit au naturel pour l’ennoblir et non pour le supprimer, c’est-à-dire, l’amour naturel devient amour-charité.

Quels avantages nous trouvons dans une vraie amitié ?

  • Trouver un ami signifie trouver un conseiller intime qui nous aide à résoudre les problèmes de notre âme.
  • Un correcteur prudent et aimable qui nous dira la vérité par rapport à nos défauts, celui qui nous aime nous fait parfois pleurer…
  • Cette amitié devient une consolation, car un vrai ami écoute nos souffrances et nous donnera peut-être le moyen pour les supporter, les adoucir et les guérir. Lorsque les hommes nous abandonnent, l’ami est toujours là !
  • Cette amitié n’exclut pas la communication de biens entre les amis, mais cela est secondaire.

Pour bâtir une bonne amitié, une sainte amitié regardons le Seigneur. Notre modèle d’amitié est toujours le Christ

 Il avait une vraie amitié, comme avec saint Jean le disciple aimé, qui penchait sa tête sur son cœur.

Avec son ami Lazare, qu’il a pleuré au moment de sa mort, et avec sa famille (les sœurs de Lazare), Jésus logeait chez eux.

Il était l’ami de tous les hommes :

Des pécheurs, Il mangeait avec eux, je ne suis pas venu appeler pour les justes mais pour les pécheurs.

Mais aussi des justes « Je ne vous appelle plus serviteurs, je vous appelle mes amis » car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître.

Et finalement de tous, Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime.

Demandons cette grâce à la très Sainte Vierge Marie, d’aimer comme le Christ l’a fait.

P. Luis Martinez VE.

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