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“Plus qu’un prophète”

Homélie pour II Dimanche du temps de l’Avent, année B.

L’évangile de ce deuxième dimanche de l’Avent nous présente l’image de saint Jean Baptiste, un des grands personnages de ce temps liturgique.

De lui, disait Tertullien « La figure de saint Jean Baptiste est une figure unique dans l’histoire, ornée déjà dans sa vie d’un prestige surhumain, elle s’élève mystérieuse et solennelle sur les confins des deux testaments » ; saint Thomas d’Aquin avait encore ces paroles sur la figure de saint Jean : « Jean ne fut pas seulement un prophète mais, comme dit le Christ en S. Matthieu (11, 9), ” plus qu’un prophète “. Il fut en effet le terme de la loi et le commencement de l’Évangile. Il lui revenait donc d’amener les hommes, par sa parole et par ses actes, à la loi du Christ plutôt qu’à l’observance de l’ancienne loi. »

Ainsi, tout est singulier et presque unique dans la vie de saint Jean Baptiste :

Il est annoncé par une prophétie : « Voici que j’envoie mon messager pour qu’il prépare le chemin devant moi »(Malachie 3.1).

Isaïe nous décrit aussi sa mission, comme nous l’avons entendu dans la première lecture de ce dimanche.

Il est justifié (sanctifié) dans le sein de sa mère et à sa naissance, qui comme celle du Messie est communiquée par un ange et sera toute entourée de miracles, son père Zacharie devient muet mais récupère sa voix en proférant pour lui un cantique aussi prophétique.

Il vit une vie extrêmement pauvre au désert, ne mangeant que des aliments de pénitence.

Mais son apostolat est intimement uni à celui du Christ, de façon qu’il ne l’annoncera pas à travers des prophéties entourées du mystère, il va le montrer de son doigt : « voici l’Agneau de Dieu »(Jn. 1.29).

Il faut aussi voir que Saint Jean n’apparait pas comme un disciple du Christ, il se montre plutôt collaborateur, et cela est révélé par les paroles du Seigneur : « il convient que nous accomplissions ainsi toute justice » (Mt. 3.15). Et finalement il est lui-même choisi par le Seigneur pour lui conférer le baptême.

Saint Jean avait un prestige hors du commun, constaté par les paroles des évangélistes : « Hérode cherchait à le faire mourir, mais il eut peur de la foule qui le tenait pour un prophète » (Mt.14,5). « Toute la Judée, tous les habitants de Jérusalem se rendaient auprès de lui », raconte saint Marc dans l’évangile de ce dimanche. 

Mais c’est le même Seigneur qui fait son éloge : « Parmi ceux qui sont nés d’une femme, personne ne s’est levé de plus grand que Jean le Baptiste ; et cependant le plus petit dans le royaume des Cieux est plus grand que lui » (Mt. 11,11). «Jean était la lampe qui brûle et qui brille » dit aussi le Seigneur dans l’évangile (Jn.5,35).

Ainsi le précurseur du Seigneur nous est proposé comme un modèle spécialement pendant ce temps.

Il est évident pourtant, qu’à la différence de chacun de nous, il a été « rempli de l’Esprit Saint » depuis le sein de sa mère et sa vie n’a été qu’une vie de sainteté.

Mais, dans certains aspects nous pouvons l’imiter, au-delà de la recherche constante de la sainteté et de la volonté de Dieu.

Par exemple, par rapport à la connaissance qu’il avait du Christ : il aimait le Messie car il le connaissait bien : « Voici venir derrière moi celui qui est plus fort que moi » (Mc 1.7).

« Moi, je baptise dans l’eau. Mais au milieu de vous se tient celui que vous ne connaissez pas ; c’est lui qui vient derrière moi, et je ne suis pas digne de délier la courroie de sa sandale. » Ces dernières paroles nous dévoilent aussi son humilité, comme lorsqu’il a dit : « il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue », on peut dire qu’il se réjouissait de disparaître pour laisser sa place au Christ !

Saint Jean s’est éloigné du monde pour écouter dans le silence du désert la voix de Dieu.

Son esprit de pénitence nous est révélé par ce qu’il portait comme vêtements et sa nourriture : Jean était vêtu de poil de chameau, avec une ceinture de cuir autour des reins ; il se nourrissait de sauterelles et de miel sauvage.

Bien qu’il se fût retiré au désert, son zèle pour le salut des âmes n’a jamais manqué en lui : il prêche dans le désert de Judée, c’est à lui qu’accourent les foules pour l’écouter, pour se faire baptiser, pour confesser leurs péchés. 

Une autre vertu admirable chez le baptiste c’est la force. Saint François de Sales nous dit qu’il a supporté l’épreuve la plus dure qu’aucun saint n’a pu souffrir : vivre corporellement loin du Christ, tout en sachant que le Christ était proche de Lui. Il n’est pas allé chercher le Christ, il a pourtant attendu que le Messie vienne à lui. Car c’est cela la façon d’accomplir sa mission.

Il continue même à prêcher après avoir baptisé le Christ. Il aurait pu se retirer encore au désert, car la manifestation du Christ comme Messie diminuait naturellement sa renommée, en effet on voit que ses disciples s’en vont auprès de Jésus. Son admirable abnégation et son dévouement pour la mission confiée par Dieu le poussaient à continuer la prédication et à ne pas retourner à la solitude qu’il aimait. 

Et nous pouvons aussi indiquer comme partie de ses grandes vertus, l’amour pour la vérité et la liberté de dénoncer les vices, une carence de cette vertu est un défaut malheureusement très répandu chez nous les chrétiens, qui pour éviter parfois tout ennui préfèrent regarder ailleurs avant de dénoncer le mal.

Saint Jean Baptiste déclarait et condamnait les vices du peuple, des soldats, des publicains, des scribes et des pharisiens et même il l’a fait avec le roi Hérode, cherchant la conversion de tous ; et comme nous le dit son histoire, le fait de dénoncer le mal et de dire la vérité a été la cause de son martyre.

Ces vertus du précurseur nous aident à préparer le cœur pour recevoir Notre Seigneur à Noël et pour le recevoir dans nos vies. Que saint Jean Baptiste et la très Sainte Vierge Marie nous obtiennent la grâce de grandir chaque jour dans la sainteté.

P. Luis Martinez IVE.

Qui tollis peccata mundi! La grâce de la confession

Homélie pour le II Dimanche du T. O. , année A (Jn 1, 29-34)

« Voici l’Agneau de Dieu, qui enlève le péché du monde » L’évangile de ce dimanche rapporte ces paroles de saint Jean Baptiste, ce sont les mêmes paroles que le prêtre reprend à chaque messe, après que les fidèles l’aient aussi chanté par trois fois.

Il est évident que saint Jean Baptiste avait des raisons pour signaler le Seigneur comme l’Agneau de Dieu. Depuis Moïse, la figure de l’agneau pascal était liée à la libération d’Egypte. Là-bas, Dieu avait épargné de la mort ceux qui avaient marqué les portes de leur maison avec le sang de cet agneau.

Depuis cet événement, l’image de l’agneau sacrifié prophétisait celle du Messie. Le Serviteur du Seigneur, le nom que les prophètes Jérémie et Isaïe donnaient au Christ, devait être conduit à la mort comme un agneau innocent : « Moi, j’étais comme un agneau docile qu’on emmène à l’abattoir…» (Jér. 11,19) ; « Maltraité, il s’humilie, il n’ouvre pas la bouche : comme un agneau conduit à l’abattoir, comme une brebis muette devant les tondeurs, il n’ouvre pas la bouche (Is 53,7) ».

Dans le nouveau Testament, le Sacrifice Rédempteur de Jésus signifie pour l’apôtre Saint Paul, la Pâque définitive : « notre agneau pascal a été immolé : c’est le Christ » (1 Cor. 5,7).

Mais, si nous ouvrons le dernier livre de la Bible, le livre de l’Apocalypse, saint Jean, l’apôtre voit le triomphe final de Notre Seigneur comme le triomphe de l’Agneau : « j’ai vu, entre le Trône, les quatre Vivants et les Anciens, un Agneau debout, comme égorgé (référence à son sacrifice) », « j’ai vu : et j’entendis la voix d’une multitude d’anges qui entouraient le Trône, les Vivants et les Anciens ; ils étaient des myriades de myriades, par milliers de milliers. Ils disaient d’une voix forte : ‘Il est digne, l’Agneau immolé, de recevoir puissance et richesse, sagesse et force, honneur, gloire et louange.’ »

Nous devons encore préciser que le verbe utilisé par saint Jean est encore plus profond que celui que nous traduisons par « enlever » « tollere » en latin ; une traduction plus approximative au sens originaire c’est : « Voici l’Agneau de Dieu, celui qui prend sur ses épaules nos péchés, assumant en lui le châtiment de ces fautes afin de les détruire, les effacer ». Le Seigneur accepte donc de les porter sur lui-même dans sa Passion pour que Dieu ne se souvienne plus de nos péchés.

A partir de cette idée, nous allons réfléchir aujourd’hui sur le sacrement du pardon des péchés par excellence, qui est la Confession, sans oublier que le Baptême aussi nous pardonne tous les péchés, et pour cela Les Pères de l’Église présentent ce sacrement comme ” la seconde planche [de salut] après le naufrage qu’est la perte de la grâce ” (Tertullien, pæn. 4, 2 ; cf. Cc. Trente : DS 1542) (CEC. 1446).

S. Ambroise parle des deux conversions en écrivant que, dans l’Église, ” il y a l’eau et les larmes : l’eau du Baptême et les larmes de la Pénitence ” (ep. 41, 12 : PL 16, 1116B).

Comme nous le savons, nous révélons dans le sacrement de la confession nos propres péchés et pas ceux des autres (comme cela arrive parfois avec les gens qui ne comprennent pas le véritable but de la confession…). Et c’est avec raison qu’on la nomme « accusation », parce que nous ne devons point confesser nos péchés, comme pour en faire parade, à l’exemple de ceux « qui se réjouissent quand ils ont fait le mal », ne pas en faire un récit, comme s’il s’agissait d’amuser des auditeurs oisifs ; il faut en revanche énumérer les péchés avec l’intention de nous avouer coupables, et le désir de les venger sur nous-mêmes par la Pénitence. Si nous confessons nos péchés, c’est pour en obtenir le pardon.

Selon les paroles de Saint Augustin : « La Confession, c’est la révélation d’une maladie cachée, avec l’espoir d’en obtenir la guérison. »

La Confession a été instituée par Notre Seigneur Jésus-Christ (qui a bien fait toutes choses, et uniquement pour notre salut), elle est un effet de sa bonté et de sa miséricorde infinie envers nous. Il l’a fait le jour de sa Résurrection : ses Apôtres étaient réunis dans un même lieu (le Cénacle), Il souffla sur eux, en disant: « Recevez le Saint-Esprit, à qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus» (Jn. 20,23). 

Le ministre de la confession est le prêtre. Mais si Notre Seigneur a donné aux prêtres le pouvoir de retenir et de remettre les péchés, Il les a évidemment aussi établis juges en cette matière ; alors, pour juger il faut connaître la cause, et pour cette raison les prêtres doivent connaître les péchés de ceux qui se confessent.

Au moment du miracle de la résurrection de son ami, Lazare, le Seigneur avait chargé ceux qui étaient là, ses disciples, de le dégager des liens qui le tenaient enseveli, cette image est reprise par Saint Augustin qui explique ce passage en disant:  « Maintenant, les prêtres peuvent eux-mêmes être encore plus utiles et remettre beaucoup plus aux pénitents dont ils pardonnent les péchés dans la Confession ; car en donnant à ses Apôtres le soin de délier Lazare qu’Il venait de ressusciter, Jésus-Christ montrait par-là que les prêtres ont reçu le pouvoir de délier. » C’est encore pour nous apprendre la même vérité que le Sauveur ayant guéri les dix lépreux sur le chemin, leur ordonna « d’aller se faire voir aux Prêtres » et de se soumettre à leur décision. A travers ces images donc, nous arrivons à comprendre la fonction des prêtres dans ce sacrement et le besoin que nous avons de leur déclarer nos péchés.

Beaucoup de gens ignorent vraiment le bien de la Confession, avançant précisément le fait déclarer les péchés devant un homme et argumentant parfois qu’ils préfèrent le faire devant Dieu même. Nous savons qu’il est impossible de porter un jugement équitable, et de respecter les véritables règles de la justice en punissant le crime dans une cause qui n’est point suffisamment instruite, et que l’on ne connaît point à fond (comment donner une sentence sur une cause qu’on ne connaît pas ?), il s’ensuit donc que les pénitents sont obligés de révéler aux prêtres, par la Confession, tous leurs péchés les uns après les autres.

Saint Augustin comprenait admirablement cette vérité, lorsqu’il s’écriait : « non, que personne ne se dise : Je fais en secret pénitence devant le Seigneur, et Dieu de qui vient le pardon connaît bien ce que j’éprouve au fond du cœur. Car alors le Seigneur aurait dit sans raison (aux apôtres) : ce que vous délierez sur la terre sera délié dans le ciel ; sans raison aussi les clefs auraient été confiées à l’Eglise de Dieu ».

« Lequel des deux, dit à son tour saint Ambroise, honore Dieu davantage, celui qui obéit à ses Commandements, ou celui qui y résiste ? Dieu nous a ordonné d’obéir à ses ministres, et lorsque nous leur obéissons, c’est Dieu seul que nous honorons. ».

Et saint Jérôme : ” Si le malade rougit de découvrir sa plaie au médecin, la médecine ne soigne pas ce qu’elle ignore ” (S. Jérôme, Eccl. 10, 11 : PL 23, 1096)

Le sacrement de la confession est un grand bien pour notre salut éternel. En effet, le Catéchisme de l’Eglise Catholique enseigne que ” Toute l’efficacité de la Pénitence consiste à nous rétablir dans la grâce de Dieu et à nous unir à Lui dans une souveraine amitié ” (Catech. R. 2, 5, 18). Le but et l’effet de ce sacrement sont donc la réconciliation avec Dieu. Chez ceux qui reçoivent le sacrement de Pénitence avec un cœur contrit et dans une disposition religieuse, ” il est suivi de la paix et de la tranquillité de la conscience, qu’accompagne une forte consolation spirituelle ” (Cc. Trente : DS 1674). En effet, le sacrement de la réconciliation avec Dieu apporte une véritable ” résurrection spirituelle “, une restitution de la dignité et des biens de la vie des enfants de Dieu dont le plus précieux est l’amitié de Dieu (Lc 15, 32).

Il faut rappeler que la réconciliation avec Dieu a comme conséquence, pour ainsi dire, d’autres réconciliations qui porteront remède à d’autres ruptures produites par le péché : le pénitent pardonné se réconcilie avec lui-même dans la profondeur de son être, où il récupère sa propre vérité intérieure ; il se réconcilie avec les frères que de quelque manière il a offensé et blessé ; il se réconcilie avec l’Église ; il se réconcilie avec la création toute entière (RP 31).

Celui qui confesse ses péchés agit déjà avec Dieu. « Dieu accuse tes péchés ; si tu les accuses toi aussi, tu te joins à Dieu. L’homme et le pécheur sont pour ainsi dire deux réalités : quand tu entends parler de l’homme, c’est Dieu qui l’a fait ; quand tu entends parler du pécheur, c’est l’homme lui-même qui l’a fait. Détruis ce que tu as fais pour que Dieu sauve ce qu’il a fait… Quand tu commences à détester ce que tu as fait, c’est alors que tes œuvres bonnes commencent parce que tu accuses tes œuvres mauvaises. Le commencement des œuvres bonnes, c’est la confession des œuvres mauvaises. Tu fais la vérité et tu viens à la Lumière (S. Augustin, ev. Jo. 12, 13).

Demandons la grâce d’aimer le sacrement de la confession car le Christ a porté sur lui le poids de nos péchés. Que la Reine de la Miséricorde nous obtienne cette grâce.

P. Luis Martinez IVE.